
Le déficit des retraites publiques est à l’origine de 45 % du déficit public total de 155 milliards (69 milliards).
Metahodos a régulièrement traité du déficit des retraites des fonctionnaires en rappelant – comme l’a analysé Jean-Pascal Beaufret – que les pensions pèsent bien plus dans le déficit annuel et la dette publique française que ne le traduisent les présentations officielles qui cachent le phénomène dans les budgets des différents ministères en cachant les pensions dans les dépenses ordinaires.
Jean-Pascal Beaufret ancien fonctionnaire de Bercy avait rédigé un rapport pour la Fondapol, un think tank, présenté à la presse, en février 2025.
La Cour des Comptes – et son président de manière véhémente – a refusé cette analyse en contestant et les chiffres et la réalité budgétaire
L’exécutif et Bercy ont fait de même et ont même obligé Bayrou à renoncer à évoquer une situation qu’il avait découverte.
La Cour des comptes avait même pointé un excédent des retraites de 8,5 milliards en 2023,
Or le déficit des retraites publiques ont été à l’origine de 45 % du déficit public total de 155 milliards (69 milliards).
Sur quelque 389 milliards de pensions en 2023, à peine 80 % étaient financées par des cotisations ou des impôts affectés. Le reste, de l’ordre de 20 %, est comblé par toutes sortes de « subventions », versées non seulement par l’Etat, mais aussi ses opérateurs, les collectivités locales et les hôpitaux, ou encore d’autres branches de la Sécu (famille, Unedic, etc.)
L’Etat devrait cotiser comme n’importe quel employeur privé, à hauteur de 16,46 % (à quoi il faut ajouter le taux de cotisations salariales des fonctionnaires et des salariés, quasi identique, ce qui donne 28 %). C’est loin d’être le cas. Depuis le 1er janvier 2025, le taux de cotisation employeur de l’Etat atteint 78,28 % pour les fonctionnaires civils, de manière à parvenir à l’équilibre financier.
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Metahodoshttps://metahodos.fr › retraite–des–fonctionnairesRETRAITE DES FONCTIONNAIRES – metahodos.fr20 févr. 2025 · En clair, l’Etat cotise à hauteur de 78,28% du traitement des fonctionnaires pour leur seule retraite future ! Cela paraît inconcevable, …
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1. ARTICLE – Reconnaissance tardive d’une évidence sur les retraites : un petit pas vers la transparence
Il aura donc fallu trois ans, plusieurs rapports, et une poignée d’irréductibles économistes pour que l’État admette enfin ce que tout le monde savait déjà : les comptes des retraites publiques ne sont pas tout à fait ce qu’ils prétendent être. Une reconnaissance tardive d’une évidence comptable, saluée comme un progrès… minime, mais symbolique, dans la longue marche vers la transparence budgétaire à la française.
Jean-Pascal Beaufret ATLANTICO
Jean-Pascal Beaufret est ancien inspecteur des Finances, chef de service à la direction du Trésor et directeur général des impôts, directeur financier d’entreprises de télécommunications, associé au fonds de capital développement Ring Capita
Il aura fallu trois longues années pour que l’évidence soit enfin reconnue, comme en témoignent les articles publiés dans la revue Commentaire en mars 2022, puis en 2023 et 2024, ainsi que l’étude de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) en février 2025. Cette avancée, aussi modeste soit-elle, dans la communication et la comptabilité – souvent qualifiée de « lunaire » – de l’État et de la Sécurité sociale concernant le système des retraites, n’aurait pas été possible sans l’obstination de figures comme Stéphane Vojetta, Nathalie Coggia, mais aussi Sylvain Cathala et Marie-Sophie Baumann. Leurs efforts ont permis de franchir ce premier seuil, même si le chemin reste long.
Pourtant, cette réalité n’était pas nouvelle. Elle avait été explicitement soulignée par le Haut commissaire au Plan en décembre 2022, avant d’être reprise par François Bayrou, devenu Premier ministre, dans son discours de politique générale du 14 janvier 2025. Deux anciens Premiers ministres l’avaient également dénoncée : Édouard Philippe dans son ouvrage Le prix de nos mensonges (où il évoque un « tour de passe-passe comptable » à la page 109), et Bernard Cazeneuve dans une tribune publiée dans L’Opinion le 24 avril 2024, où il chiffrait le déficit des retraites à 70 milliards d’euros.
Malgré ces alertes répétées de haut niveau, les autorités tardent encore à intégrer cette évidence dans les comptes réels.
Amélie de Montchalin prétend à présent faire la lumière sur le financement de la retraite des fonctionnaires d’Etat.
2. ARTICLE – Amélie de Montchalin fait la lumière sur le financement de la retraite des fonctionnaires d’Etat
Dans un rapport annexé au projet de loi de finances, l’Etat va reconnaître qu’il est obligé de verser une cotisation de 41 milliards d’euros pour équilibrer les retraites de ses fonctionnaires, comme l’exige la loi
Publié le 22 octobre 2025 Marc Vignaud L’OPINION
La ministre des Comptes publics considère normal de fixer la cotisation normale de l’Etat employeur au même niveau que pour les entreprises privées.
C’est une évolution qui pourrait, à terme, avoir de grandes conséquences. Sous les coups de boutoir de ceux qui estiment que le déficit des retraites est sous-estimé, comme l’ancien haut fonctionnaire Jean-Pascal Beaufret, ou François Bayrou, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a annoncé que l’Etat allait indiquer, dans un rapport, le montant des subventions qu’il verse chaque année pour équilibrer le régime de retraites de ses fonctionnaires comme le veut la loi. Une première.
3. ARTICLE – 41,5 milliards d’euros : le chiffre qui met fin au mythe du « déficit caché » des retraites des fonctionnaires
Le gouvernement force la transparence dans les documents budgétaires en détaillant la subvention d’équilibre des pensions civiles et militaires, chiffrée pour la première fois à 41,5 milliards d’euros. Ce geste met en lumière le déséquilibre démographique critique du régime et doit rassurer les agents sur la pérennité de leur système de retraite.
La Tribune. Publié le 29/10/25 CHARLES PLATIAU
Retraite des fonctionnaires : une nouvelle présentation budgétaire pour une meilleure lisibilité des 41,5 milliards d’euros de subvention d’équilibre.
Pour la retraite des fonctionnaires, le problème était dans les lignes du budget de l’État. Jusqu’à récemment, les documents publics affichaient des taux de cotisation employeur si élevés qu’ils semblaient irréels : 78,28 % du salaire pour la pension d’un fonctionnaire civil, et même 126,07 % pour celle d’un militaire. Ces pourcentages étaient clairement disproportionnés par rapport à ceux du secteur privé, où l’employeur cotise autour de 16 %. Ils ne faisaient d’ailleurs pas que créer la confusion ; ils alimentaient la suspicion sur le financement du régime.
Cette opacité a longtemps nourri la rumeur d’un « déficit caché » dans les retraites des agents civils et militaires, un trou financier que la puissance publique masquait par ces surcontributions obscures.
Une subvention colossale
Le gouvernement a agi en détaillant pour la première fois le mécanisme de cette subvention. La nouvelle présentation budgétaire distingue désormais clairement la contribution employeur « classique » – comparable à celle du droit commun – de la subvention versée par l’État, celle qui vise à équilibrer le régime.
Le total des contributions employeurs des fonctionnaires civils et militaires est ramené à un niveau plus intelligible : 11 milliards d’euros, bien loin des 52,4 milliards d’euros de la présentation précédente. Le montant qui était dissimulé, la subvention d’équilibre assumée par l’État, s’élève désormais à 41,5 milliards d’euros.
Ce chiffre colossal est la clé. Il révèle la réalité crue du financement : l’État, en tant qu’employeur et garant, verse directement 41,5 milliards d’euros pour combler le déséquilibre.
Poids démographique contre obligation légale
Derrière les milliards se cache une vérité plus simple et plus implacable : la démographie. Le régime des fonctionnaires accuse un déséquilibre qui s’aggrave année après année. Le ratio entre cotisants et pensionnés se détériore. Au sein de la fonction publique de l’État, 0,9 fonctionnaire actif cotise pour un retraité. C’est le chiffre précis qu’avait livré mi-octobre la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin. Il illustre parfaitement la tension.
L’État subventionne ce régime par obligation légale. La loi impose que le régime soit équilibré. Sans cette subvention, les retraites ne seraient pas payées. Interrogée sur l’avenir de cette compensation, Amélie de Montchalin avait été catégorique. « Il faut quand même qu’on rassure les fonctionnaires. Personne n’imagine supprimer cette cotisation d’équilibre », avait-elle déclaré. La subvention n’est pas un luxe, c’est la condition sine qua non de l’existence du système.
Les règles propres de la fonction publique
Comparer les régimes de l’État et le régime général relève de l’exercice périlleux, constat largement partagé par Bercy et la Cour des comptes. Les règles sont trop différentes.
Les assiettes de cotisation par exemple, diffèrent sensiblement. Dans la fonction publique de l’État, les primes ne sont pas incluses dans le taux de cotisation, contrairement au régime général.
Le député Charles de Courson, ancien rapporteur du budget, avait par ailleurs identifié d’autres surcoûts propres au régime de la fonction publique d’État dans un rapport fin septembre. Les pensions d’invalidité, pour 1,7 milliard d’euros, sont gérées par ce régime alors qu’elles sont prises en charge par la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) dans le régime général. Les militaires, eux, bénéficient de règles spécifiques sur les départs anticipés.
L’innovation budgétaire du gouvernement ne simplifie pas les règles, mais elle expose la vérité économique du système. Elle crée une nouvelle base pour le débat public : un régime de retraite qui a versé 92,5 milliards d’euros de prestations en 2024 à 6,5 millions de personnes – près d’un quart des dépenses de l’ensemble des régimes – dépend structurellement de la subvention d’équilibre de l’État.