
Une lettre secrète de Bruno Le Maire à Emmanuel Macron témoigne d’un avertissement ignoré sur la dérive des comptes publics
Un courrier daté du 6 avril 2024 refait surface le 9 novembre 2025 dans C dans l’air. Bruno Le Maire alertait Emmanuel Macron dans cette lettre sur la situation budgétaire “hors de contrôle” de la France et appelait à des mesures d’urgence. La missive est loin de témoigner positivement de la gestion des finances publiques de la France.
Il s’agit d’un document n’ayant jusqu’ici jamais été publié ou vu par le grand public. Une lettre d’alerte sur la dérive des comptes publics envoyée le 6 avril 2024 par Bruno Le Maire à Emmanuel Macron.
LE MAIRE ACCABLE ET LACHE MACRON
“Je ne veux pas être le bouc émissaire de la dette française”
B LE MAIREC
Après bien des proches ou très proches, ATTAL, PHILIPPE… Bruno Le Maire brise le silence sur sa lettre secrète à Emmanuel Macron : “Je ne veux pas être le bouc émissaire de la dette française”.
Il pointe la responsabilité directe d’Emmanuel Macron, mais aussi celle de l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, qu’il accuse d’avoir « multiplié les dépenses sans prévenir son ministère ».
Dans le documentaire de la 5 des proches de l’ancien ministre décrivent un homme « lucide mais impuissant », voyant les comptes publics déraper sous ses yeux sans pouvoir inverser la tendance. Selon eux, les avertissements de Bercy étaient “systématiquement ignorés” par l’exécutif, davantage focalisé sur les priorités politiques à court terme que sur la soutenabilité des finances de l’État.
Les conséquences sont désormais connues : une dette record, des recettes en baisse, des dépenses en hausse, et une dégradation de la note de la France par plusieurs agences de notation internationales. « Fait rare », souligne La Tribune Dimanche, « certaines dégradations ont même été publiées hors du calendrier prévu », signe d’une inquiétude grandissante sur la crédibilité financière du pays.
« SECRET »
Diffusée d’ici quelques heures le 9 novembre 2025 sur C dans l’air, cette missive estampillée du mot « Secret » accuse l’exécutif de mensonge d’État.
Selon La Tribune, l’ancien locataire de Bercy se défend – dans une interview de Le Maire par C Roux- en désignant Élisabeth Borne comme fautive pour avoir multiplié les dépenses sans prévenir son ministère.
« Face à moi, j’avais un homme politique qui jouait son bilan, son honneur, sa peau, car il ne veut pas rester dans l’Histoire comme celui qui a cramé 1000 milliards », souligne Caroline Roux auprès de la Tribune.
Que contient la lettre ?
Dans sa lettre, Bruno Le Maire réclame directement une « LFR », soit une loi de finances rectificative, pour entériner les nouvelles mesures d’économies.
B LE MAIRE
« L’enjeu est la crédibilité politique de la France en Europe. (…)
Nous ne pouvons pas continuer à nous singulariser par le niveau élevé de notre dépense et de nos prélèvements »
Dans son courrier du 6 avril 2024, Bruno Le Maire alerte Emmanuel Macron sur la dérive des comptes publics. « La chute des recettes fiscales en 2023 a porté notre déficit à 5,5 % au lieu des 4,9 % attendus », déplore l’ex-ministre qui appelle à « une stratégie ambitieuse de contrôle de nos finances publiques ».
« Il est indispensable que certains de ces objets d’économies soient présentés simultanément.
Sans quoi nous risquons de nous faire accuser de cacher notre copie et des économies douloureuses pour le lendemain des élections européennes »
B LE MAIRE
Parmi les mesures rectificatives proposées par Bruno Le Maire figurent 15 milliards d’euros d’économies supplémentaires, une loi de finances rectificative et un retour « sous les 3 % de déficit en 2027 ». « Toute stratégie d’évitement est vouée à l’échec »
MACRON : “Je n’en vois pas l’intérêt”
Pourtant, l’avenir aura vu le président de la République ignorer l’ensemble de ces requêtes.
« Toute stratégie d’évitement est vouée à l’échec ».
B LE MAIRE
“Je n’en vois pas l’intérêt”, lâche-t-il aux chefs de la majorité quelques jours plus tard, le 8 avril, au sujet de la LFR. Le déficit atteindra finalement 5,8 % en 2024. Bruno Le Maire avait pourtant conclu sa lettre par une phrase assez significative : « Toute stratégie d’évitement est vouée à l’échec ».
UN APERÇU DU MÉPRIS DES RÉALITÉS ET DE L’INTERET DU PAYS – ET DE L’ABSENCE DE GOUVERNANCE
Cette correspondance secrète met en lumière – lit on dans la presse – la fracture entre la rigueur économique prônée par Bercy et la vision plus politique et sociale d’Élysée, attachée à préserver les réformes coûteuses jugées électoralement stratégiques….
… Et la défaillance de la chaîne de commandement et de responsabilité, en l’absence d’une gouvernance présidentielle.
La lettre secrète et les révélations de Le Maire au-delà de leur aspect explosif, illustrent les désaccords profonds sur la manière de piloter la France en période de crise.
LE MAIRE DEVANT LE PARLEMENT : LE DÉNI ET LES ACCUSATIONS
Auditionné à l’Assemblée nationale et au Sénat sur les origines du fiasco, Bruno Le Maire a surtout chargé les parlementaires, dénonçant pêle-mêle « hypocrisie » et « mensonge » de leur part. Sans faire aucun mea culpa. Tout juste avait-il reconnu « une grave erreur technique d’évaluation des recettes ».
DES ALERTES DÈS 2022, 2023
À partir de l’automne 2022, Bruno Le Maire met en garde la Première ministre de l’époque Élisabeth Borne, puis Emmanuel Macron lui-même…. dans une note d’octobre 2023
LE MAIRE SUR MACRON :
Le contrôle des dépenses, « ce n’est effectivement pas sa majeure »
B LE MAIRE
« Macron a une bonne capacité de déni. »
Auprès de Libération ( 4 novembre ) l’ancien ministre explique qu’il lui était « impossible » d’alerter l’opinion de façon aussi franche. « Vous ne réalisez pas : la parole du ministre de l’Économie est contrainte. Les marchés auraient illico paniqué et précipité la crise », se dédouane-t-il. Pour mieux renvoyer la faute sur le président de la République. Le contrôle des dépenses, « ce n’est effectivement pas sa majeure » glisse-t-il avant de tacler : « Macron a une bonne capacité de déni. »