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LE FMI INVITE À UNE RÉVISION DU CONTRAT SOCIAL FACE À L’EXPLOSION DE LA DETTE

ARTICLE – Face à une dette « explosive », l’Europe doit revoir le contrat social, selon le FMI

Selon le Fonds monétaire international (FMI), le niveau croissant de la dette publique européenne devrait mener les gouvernements à « repenser »fondamentalement leur rôle dans la fourniture de services essentiels aux citoyens de l’UE.

Thomas Moller-Nielsen. EURACTIV

Dans une note publiée mardi 4 novembre, le FMI explique que le niveau d’endettement de l’Europe risque de devenir « explosif » si des réformes des entreprises et du travail ne sont pas mises en œuvre et si les déficits ne sont pas réduits en augmentant les recettes fiscales, en limitant les dépenses sociales et en améliorant l’efficacité des gouvernements.

Mais le FMI avertit également que le niveau d’endettement de l’Europe, qui devrait doubler pour atteindre 130 % en moyenne d’ici 2040, est désormais si élevé que, même avec des réformes rapides, « une remise en question du rôle des gouvernements pourrait être inévitable dans certains pays ».

« Si les réformes et la consolidation à moyen terme s’avèrent insuffisantes, des mesures budgétaires plus radicales pourraient être envisagées, notamment une réévaluation de la portée des services publics et d’autres fonctions gouvernementales, ce qui pourrait avoir une incidence sur le contrat social », note l’organisation.

La hausse du niveau d’endettement intervient alors que les gouvernements de l’UE sont de plus en plus contraints de soutenir le vieillissement de la population tout en stimulant les investissements stratégiques, en particulier dans les technologies vertes et la défense.

L’année dernière, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a affirmé que l’UE devrait augmenter ses investissements annuels d’au moins 800 milliards d’euros, soit 4 à 5 % du PIB annuel de l’Union, afin de ne pas se laisser distancer par les États-Unis et la Chine. Selon lui, jusqu’à la moitié de ce montant devrait être fournie par le secteur public.

Douze des 27 États membres de l’UE ont désormais un ratio dette/PIB supérieur au seuil de 60 % fixé par Bruxelles. Plusieurs grandes économies, dont l’Italie, la France et l’Espagne, ont un ratio d’endettement supérieur à 100 %. L’Italie et la France font également partie des neuf capitales de l’UE soumis à une « procédure de déficit excessif » de la Commission européenne pour avoir dépassé le seuil de déficit de 3 % fixé par l’Union.

Le FMI suggère toutefois que des coûts d’emprunt relativement bas, des recettes fiscales plus importantes et des marchés financiers plus profonds et plus liquides signifient que la plupart des gouvernements de l’UE peuvent désormais maintenir en toute sécurité un ratio d’endettement de 90 % sans compromettre leur viabilité budgétaire.

Il affirme aussi que la nécessité de réduire les déficits et les niveaux d’endettement pourrait être largement compensée par des réformes « favorables à la croissance ». Celles-ci comprennent l’approfondissement du marché unique européen pour les capitaux et l’énergie, la rationalisation des règlementations commerciales et l’émission d’une dette commune de l’UE pour financer des « biens publics » essentiels, tels que les infrastructures énergétiques et militaires.

Même dans ce cas, un ensemble de réformes « modérées » ne suffirait probablement pas à rétablir la soutenabilité de la dette dans de nombreux États membres, ajoute le FMI.

Environ un quart des pays européens devraient réduire leurs dépenses nettes de plus d’un point de pourcentage du PIB chaque année pendant cinq ans, ce qui est nettement supérieur à l’assainissement budgétaire généralement observé dans les pays européens au cours des dernières décennies.

« Dans ces pays, un débat sur la portée et la viabilité du “modèle européen” semble inévitable », indique l’organisation internationale.

Les gouvernements pourraient chercher à « différencier les services de base et les services premium » dans des domaines clés tels que les retraites, l’éducation et la santé, seuls les services de base restant financés par les pouvoirs publics et accessibles gratuitement, selon le FMI.

Toutefois, l’organisme financier prévoit que de telles mesures risquaient de se heurter à une forte résistance de la part de la population, le sentiment anti-gouvernemental étant déjà alimenté dans de nombreux pays de l’UE par la détérioration des services publicsla désindustrialisation et la baisse ou la stagnation des salaires.

Alfred Kammer, directeur du département Europe du FMI, reconnaît que « certaines parties » de la population européenne pourraient percevoir les réformes proposées comme « douloureuses », mais qu’il fallait « faire face à cette douleur ».

« Lorsque vous menez des réformes, vous ne voulez pas créer de souffrance, rien que de la souffrance, pour les années à venir », explique Alfred Kammer aux journalistes, ajoutant que les gouvernements devraient « être honnêtes »et chercher à « trouver des compromis » avec les citoyens européens.

« Des mesures progressives sont plus susceptibles d’être réalisables et de bénéficier du soutien du public », conclut le FMI. « Les gouvernements devraient expliquer clairement les raisons qui motivent les réformes, identifier les pressions sur les dépenses auxquelles elles répondent et redéfinir les attentes du public. »

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