
PUBLICATIONS DE METAHODOS AU SUJET D’UN RÉARMEMENT EN PANNE DE DÉCISIONS ET DE BUDGETS
ALORS QUE L’EFFORT POUR LA DÉFENSE EST EN PANNE EN FRANCE, L’ALLEMAGNE A DÉFINI UN PLAN DE 83 MILLIARDS
DÉPENSES MILITAIRES : PROMISES (221) À 100 MILLIARDS, LES ANNONCES PRÉSIDENTIELLES RÉTRÉCISSENT À 64 MILLIARDS
ARTICLE – M. Chiva quitte la Direction générale de l’armement en catimini
Chargé d’équiper les forces armées françaises, de gérer, à ce titre, entre 10 et 20 milliards d’euros de crédits budgétaires par an, de préparer l’avenir, de garantir le maintien des savoir-faire industriels, de promouvoir les exportations d’armement et d’assurer les approvisionnements stratégiques, le poste de Délégué général pour l’armement est un rouage essentiel du ministère des Armées. Or, c’est par une indiscrétion relayée par La Tribune et Challenges, la semaine dernière, que l’on a appris que son actuel titulaire, Emmanuel Chiva, allait quitter ses fonctions, sans que l’on en connaisse exactement la raison.
Cette information a été confirmée lors du Conseil des ministres du 10 novembre, avec l’annonce de la nomination du conseiller d’État Patrick Pailloux à la tête de la Direction générale de l’armement [DGA], à compter du 17 novembre prochain. Le décret confirmant cette décision a été publié dans le Journal officiel de ce jour.
Pour rappel, M. Chiva avait été nommé Délégué général pour l’armement en juillet 2022 alors que, contrairement à ses prédécesseurs [à l’exception de Jean-Laurens Delpech, dans les années 1970], il n’était pas ingénieur de l’armement.
Passé par l’École normale supérieure [ENS], docteur en biomathématiques, auditeur de la 49e Session Nationale Armement & économie de défense de l’Institut des Hautes Études de la Défense nationale [IHEDN], entrepreneur, M. Chiva avait porté l’Agence de l’innovation de défense [AID] sur les fonts baptismaux avant de prendre les rênes de la DGA, à un moment charnière, étant donné qu’une nouvelle Loi de programmation militaire [LPM] était en gestation et qu’il fallait assurer la transition de la Base industrielle et technologique de défense [BITD] vers « l’économie de guerre ».
À la tête de la DGA, M. Chiva a dû gérer les programmes menés en coopération avec l’Allemagne, comme le Système de combat aérien du futur [SCAF], le Système principal de combat terrestre [MGCS] ou encore l’EuroDrone. Programmes qui sont tout… sauf simples, au regard des tensions entre les industriels impliqués et des enjeux politiques.
Par ailleurs, et conformément aux instructions données par Sébastien Lecornu, qui aura été son ministre de tutelle pendant trois ans avant de devenir Premier ministre, M. Chiva a lancé une ambitieuse réforme de la DGA [tout en veillant à lui redonner toute sa militarité], en mettant l’accent sur la simplification, l’innovation, les ressources humaines [avec la modernisation des corps d’ingénieurs de l’armement ainsi que sur la résilience industrielle [avec les créations de la Direction de l’industrie de défense pour soutenir la BITD et du service « Sécurité économique » ].
Évidemment, on ne réforme pas une maison comme la DGA en un claquement de doigts… ni sans susciter quelques résistances. Est-ce la raison du départ de M. Chiva ? Une autre a été avancée : la nouvelle ministre des Armées, Catherine Vautrin, aurait souhaité placer un « proche de confiance » à la tête de la DGA pour préparer l’actualisation de la LPM 2024-30. Actualisation hypothétique pour le moment puisqu’on ignore si la loi de finances 2026 sera adoptée par le Parlement.
Quoi qu’il en soit, et contrairement aux usages, le remplacement de M. Chiva par M. Pailloux n’a fait, pour le moment, l’objet d’aucun commentaire officiel de la part du ministère des Armées, que ce soit via un communiqué ou via les réseaux sociaux. Et la ministre n’en a pas dit un mot non plus.
Sur LinkedIn, M. Chiva a commenté son départ. « Ensemble, nous avons mené des projets d’ampleur couronnés de succès : la transformation de la DGA, l’application rigoureuse de la LPM 24-30, l’accélération des commandes et des livraisons, l’innovation de défense, notre attractivité et la fidélisation de nos agents. […] Je quitte mes fonctions, fier du chemin parcouru, confiant dans l’avenir et convaincu que notre institution continuera de servir la défense et la souveraineté de la France avec le même professionnalisme, la même passion et la même détermination », a-t-il écrit.
Le remplacement de M. Chiva à la tête de la DGA intervient au moment où le sort du SCAF reste incertain [du moins, pour ce qui concerne l’avion de combat de nouvelle génération] et où les contrats du MGCS doivent être notifiés aux industriels.
Jusqu’alors directeur du cabinet civil et militaire du ministre de la Défense, Patrick Pailloux est, comme deux ex-DGA [Jean-Yves Helmer et Jean Blancard], passé par Polytechnique avant de devenir ingénieur général des mines. Après avoir travaillé au sein de France Telecom, il a assuré les fonctions de chef de département dans le domaine des systèmes d’information et de télécommunication au sein du ministère des Armées entre 1995 et 2003. Conseiller auprès du Secrétaire générale de la Défense nationale [SGDSN] par la suite, il a dirigé l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information [ANSSI] dès sa création, en 2009, puis la Direction technique de la Direction générale de la sécurité extérieure [DGSE] jusqu’en 2022.