
ARTICLE – «Stop aux interdits !» : les députés divisés sur la présence d’alcool à la buvette de l’Assemblée nationale
Par Chloé Morand-Bridet. LE FIGARO
Un rapport publié le 31 octobre signé du député écologiste Emmanuel Duplessy préconise l’arrêt de la vente d’alcool à la buvette de l’hémicycle. Une idée qui ne passe pas auprès de tous ses collègues.
Prendre un verre de vin après une séance de débat sera peut-être bientôt un lointain souvenir pour les députés. Alors que le projet de loi de finances 2026 se construit, l’heure est aux économies dans les dépenses publiques. En outre, la buvette de l’Assemblée nationale et les dépenses qu’elle génère sont pointées du doigt par un rapport rédigé par le député du groupe écologiste et social Emmanuel Duplessy. En effet, les députés disposent de 6353 € de budget par mois pour couvrir leur frais de mandat, une enveloppe qui intègre les frais de bouche. Et il se trouve que les boissons alcoolisées consommées à l’extérieur comme à l’intérieur de l’Assemblée nationale peuvent être éligibles à ces remboursements.
Une situation qui présente un double problème selon Emmanuel Duplessy. D’abord, pour de simples raisons économiques. En effet, 100 000 € sont dépensés à la buvette du Palais Bourbon chaque année. Ce chiffre ne tient donc pas compte des autres dépenses extérieures elles aussi remboursées. «Je ne vois pas ce qui justifie que l’alcool soit pris en charge. Ça m’a toujours surpris que ce soit possible», explique simplement le député à l’origine de cette proposition. Mais l’écologiste avance surtout un argument d’exemplarité. Bien que ce dernier n’ait jamais assisté à des situations d’ivresses au sein de l’Assemblée, «c’est tout de même un lieu où l’on est censé délibérer». De plus, «il existe d’autres restaurants à l’Assemblée où de l’alcool pourrait encore être servi. Il s’agit simplement de la buvette collée à l’hémicycle». Cependant, Emmanuel Duplessy se dit ouvert à la prise en charge de l’alcool lors de réceptions ou d’événements particuliers, par exemple lors d’un dîner entre élus.
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La question de la présence d’alcool à la buvette n’est pas nouvelle. Comme l’explique Emmanuel Duplessy, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun Pivet avait déjà lancé la proposition d’arrêter le service d’alcool en soirée lors des débats pour la réforme des retraites en 2023. Mais le sujet en était resté à ce point mort avant qu’Emmanuel Duplessy ne s’y penche dans le cadre de ce nouveau rapport budgétaire. «Ça ne m’étonne pas quand je vois les réactions de mes collègues», estime le principal intéressé.
«La gauche veut interdire le vin»
Et en effet, les réactions de ses confrères n’ont pas tardé à fuser après la présentation du rapport. Surtout du côté du Rassemblement national qui s’est fendu d’une affiche annonçant «la gauche veut interdire le vin». «C’est une stigmatisation dont le secteur se passerait bien en ce moment. Stop aux interdits !», s’insurge le député RN Hervé de Lépinau. Ce dernier entend soutenir une filière en difficulté, et tient à rappeler que «l’alcool est une question individuelle» : «Si certains députés ont un problème avec l’alcool c’est à eux de se contrôler, mais il ne faut pas en priver tout le monde», ajoute-t-il.
Enfin, l’élu du Vaucluse estime que la prise en charge de l’alcool dans les frais de mandat se rapporte aux mêmes types de prises en charge que pour les repas d’entreprises. Mais pour lui, l’Assemblée n’est pas que son lieu de travail : «J’y déjeune, j’y dîne…Et en ce moment avec les débats autour du budget 2026 nous avons des journées très chargées qui se finissent tard. Ça ne me semble pas ahurissant de prendre un petit verre de blanc ou une pression en sortant.» Le sujet doit désormais être débattu lors d’une prochaine réunion du bureau de l’Assemblée nationale lorsque ce dernier sera à l’ordre du jour, comme le demandent les Verts.