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L’ÉTAT NOUNOU A DÉVORÉ L’ÉTAT STRATÈGE

LIRE « Le Livre noir de l’argent public »

Jean-Baptiste Leon, auteur et directeur des publications des Contribuables Associés, critique la gestion des finances publiques dans son livre, Le Livre noir de l’argent public.

Il souligne que le véritable déficit de l’État français atteint 34,7 % du PIB, bien plus que les 5,3 % officiellement annoncés. Selon lui, l’État dépense 443,4 milliards d’euros, contre 289,5 milliards de recettes nettes, révélant un déséquilibre alarmant où plus d’un euro sur trois est financé par crédit.

Leon appelle à une prise de conscience lucide plutôt qu’à la panique, estimant que le modèle actuel est en faillite.

1. ARTICLE – Jean-Baptiste Leon : «L’État nounou a dévoré l’État stratège»

Par  Charles Jaigu, pour Le Figaro

L’auteur publie Le Livre noir de l’argent public au moment où le débat budgétaire s’intéresse moins à la dérive des dépenses publiques qu’à la hausse des impôts. Bienvenue au pays du gâchis, de la suradministration et de la décentralisation ratée.

Votre livre est très noir ! Et même apocalyptique. À la troisième page, on a une attaque de tachycardie. Commençons par le bilan, qui suppose des ordres de grandeur. Vous dites que le vrai déficit de l’État n’est pas de 5,3 % du PIB, mais de 34,7 %. Vous voulez créer la panique ?

Jean-Baptiste LEON. La panique n’est pas souhaitable, car elle paralyse au lieu de mobiliser. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un sursaut lucide. Je relève simplement qu’en 2024, l’État a dépensé 443,4 milliards d’euros pour seulement 289,5 milliards de recettes nettes. Le vrai déficit, rapporté aux seules dépenses des administrations centrales de l’État, est donc de 153, 9 milliards d’euros, soit 34,7 %. Plus d’un euro sur trois est financé à crédit. Le chiffre officiel de 5,3 % du PIB est une moyenne technocratique, utile pour les comparaisons internationales, mais qui dilue la gravité du déséquilibre.

Dire aux Français que leur État vit avec un tiers de ses dépenses à crédit revient à admettre que le modèle est en faillite

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2. ARTICLE – L’État-stratège a disparu : comment l’État-providence a mangé la vision de long terme

Antoine Marcel. 14/11/2025 NLTO

La France n’est plus dirigée : elle est entretenue. Là où l’État fixait autrefois un cap, pensait à vingt ans, assumait des choix collectifs, il ne fait plus aujourd’hui que gérer l’immédiat. Comme le montre Jean-Baptiste Léon dans son Livre noir de l’argent public, l’État-stratège s’est dissous dans un État-providence tentaculaire. Cette évolution n’a rien d’un hasard : elle résulte d’une dérive démagogique profonde. Pour accéder au pouvoir, il ne faut plus dire ce qui est nécessaire, mais ce que les électeurs veulent entendre. On ne présente plus une trajectoire, on promet des avantages. On n’explique plus les efforts à faire, on distribue pour plaire. Le résultat est simple : la vision disparaît, et le pays s’enlise.

Un État qui gère les envies plutôt que l’avenir

L’État ne pense plus le long terme : il le contourne. Toute décision qui impliquerait un effort, un changement, une contrainte, est devenue politiquement impossible. Dire la vérité, annoncer une mauvaise nouvelle, expliquer une réforme impopulaire : tout cela est devenu toxique électoralement. Et comme aucun pouvoir ne veut perdre, chacun se contente de promettre. On gouverne désormais selon les désirs immédiats des citoyens, même lorsqu’ils sont contradictoires ou insoutenables. L’appareil public répond, compense, rassure, multiplie les dispositifs. Mais il ne dirige plus. Le court terme étouffe le long terme. À force de vouloir satisfaire tout le monde, on ne construit plus rien. Le pays avance comme un bateau sans gouvernail : propulsé par des dépenses toujours plus élevées, mais sans direction claire.

La dérive démagogique : acheter la paix sociale et les voix

Au cœur du problème se trouve une mécanique simple : pour être élu, il faut promettre ce que les gens veulent, non ce dont le pays a besoin. On ne parle plus d’efforts, d’adaptation, ni de transformations profondes. On parle d’aides, de primes, de « coups de pouce ». La redistribution devient une stratégie électorale plutôt qu’un outil de cohésion. On achète la paix sociale et, de plus en plus, les voix. Chaque gouvernement ajoute une couche de dépenses pour éviter la colère, chaque candidat annonce de nouvelles mesures pour séduire un segment d’électorat. Ce jeu crée une illusion de protection, mais il détruit la capacité d’action. Plus personne n’ose dire ce qui est difficile. Plus personne n’ose penser demain. Et lorsque les dirigeants n’assument plus la nécessité, c’est l’État-stratège qui meurt. L’État-providence devient alors non seulement un modèle, mais un piège : il stabilise à court terme, mais il condamne à l’immobilisme à long terme.

La vraie question n’est plus de savoir si l’État-providence protège : il le fait. La question est de savoir quel prix nous payons pour cette protection devenue réflexe politique. Une démocratie où l’on achète la tranquillité par la dépense est une démocratie qui renonce à la vérité et à l’avenir. Le choix devant nous est clair : continuer dans la logique de la séduction permanente, ou retrouver un État capable d’annoncer le nécessaire, même lorsqu’il n’est pas désiré. Ce choix déterminera la suite de l’histoire française.

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