
La démocratie serait passée d’un état solide, ( clivage gauche-droite ), à un état liquide ( après Maastricht ), et enfin à un état gazeux ( depuis 2017, avec Macron )
Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès, publie un essai intitulé « La démocratie à l’état gazeux » où il décrit l’évolution de la démocratie française. Selon lui, la démocratie est passée d’un état solide, caractérisé par le clivage gauche-droite, à un état liquide après Maastricht, et enfin à un état gazeux depuis 2017, sous l’influence d’Emmanuel Macron.
Ce dernier état se caractérise par une fragmentation des partis et des structures politiques, où la politique devient diffuse, sans réelle forme ni solidité. Finchelstein analyse ce phénomène en s’appuyant sur des métaphores chimiques pour décrire le désordre et l’instabilité politique contemporains.
1. ARTICLE – Gilles Finchelstein : « Emmanuel Macron est à la fois l’effet et la cause de l’état gazeux de la démocratie »
Après avoir été solide puis liquide, notre démocratie est aujourd’hui à l’état gazeux, c’est à dire informe, instable et inflammable. C’est la métaphore que file le secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès dans son dernier essai, La démocratie à l’état gazeux. Une histoire politique 1945-2045 (Flammarion)
Publié le 13 novembre 2025. Corinne Lhaïk
Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès qu’il a dirigée pendant vingt ans, publie La démocratie à l’état gazeux. Une histoire politique 1945-2045 (Flammarion). Il est notamment l’auteur de La dictature de l’urgence (Fayard, 2011), et de Piège d’identité, Réflexions (inquiètes) sur la gauche, la droite et la démocratie (Fayard, 2016).
A quel saint se vouer pour comprendre le fonctionnement de notre démocratie et de notre système politique ? Plutôt que d’en appeler au divin, Gilles Finchelstein s’en remet à la science, une des plus dures : la chimie. Sa métaphore sur les différents états de la matière épouse très bien les phénomènes politiques. Il fut un temps où l’on marchait sur la terre ferme. Puis le monde s’est liquéfié jusqu’à devenir gazeux. Mieux que les « bordel », « bazar » et « folie » que nous empruntons au vocabulaire du désordre pour exprimer l’incompréhension, ce mot tente de rationaliser notre désarroi.
2. EMISSION – « Démocratie gazeuse » ou les métamorphoses de la démocratie
Jeudi 13 novembre 2025 RADIO FRANCE
Dans son nouvel essai, « La démocratie à l’état gazeux » (Flammarion) Gilles Finchelstein décrit la démocratie française passant de l’état solide (clivage gauche-droite) à l’état liquide (après Maastricht) puis gazeux (depuis 2017 avec Macron-Le Pen). Zoom sur la démocratie gazeuse.
- Gilles Finchelstein, directeur de la fondation Jean Jaurès
Imaginez, une démocratie qui s’évapore. Plus de grandes structures, plus de militants, plus de partis, la politique qui se diffuse partout, tout le temps, sans jamais vraiment prendre forme, comme un gaz. Bienvenue dans la démocratie gazeuse.
C’est une notion qui va émerger dans les années 2010 avec le politologue, Dominique Reynié. S’il ne parle pas à proprement parlé de “démocratie gazeuse”, il en décrit les stigmates : disparition des corps intermédiaires, syndicats et partis, mise à l’écart des médias traditionnels au profit des réseaux sociaux, chacun parle directement à tout le monde, et tout particulièrement à ses supporters sans filtre, sans question des journalistes. C’est le règne de l’instant et de l’émotion. Des mobilisations qui s’enflamment en quelques heures, avant de disparaître dans le flot ininterrompu de ce qu’on avale. On like, on partage, on s’indigne, mais on ne construit plus grand-chose de durable.
Quant à cet état gazeux, il semble être apparu lors d’un dîner d’avril 2016. Et c’est notre invité, Gilles Filchenstein, qui le raconte en préambule de son livre. Un dîner autour d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie et qui vient de créer son parti, « En Marche ! », ni de droite, ni de gauche”, disait-il. Un positionnement auquel Gilles Finchelstein ne croyez pas, et il dira au futur Président : “notre démocratie a quitté l’état solide, si elle est désormais à l’état liquide, j’ai raison. Si c’est l’état gazeux, tu as raison”. C’est le futur Président qui avait raison. Et il a gagné. Mais la démocratie gazeuse, c’est aussi celle des leaders liquides, qui captent un moment l’attention, avant de se dissoudre dans le tourbillon médiatique.