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L’IMPOSSIBLE RÉFORME PAR DES « DIRIGEANTS » ISSUS DES CABINETS, DES PARTIS, DES CERCLES PARISIENS DU POUVOIR

ARTICLE – «La France ne pourra pas être réformée tant qu’elle restera le royaume des cabinets»

Par Florian Bachelier 5 12 2025

Pour Florian Bachelier, ancien questeur de l’Assemblée nationale, l’échec récurrent de nos gouvernants à résoudre les vrais problèmes du pays tient au fait que, trop souvent, ils n’ont connu que les cabinets ministériels, les appareils de parti et les cercles parisiens du pouvoir.

Florian Bachelier est avocat et ancien député LREM de la 8e circonscription d’Ille-et-Vilaine. Il a été premier questeur de l’Assemblée nationale.


Celui qui n’a jamais créé, jamais entrepris, qui ne s’est jamais engagé dans l’entreprise, celui-là ne peut pas faire la leçon d’économie à ceux qui, un jour, ont pris ce risque. La plupart des débats budgétaires récents sont, pour beaucoup de Français — notamment les chefs d’entreprise — proprement insupportables. Le niveau d’analyse y est trop souvent consternant et fait apparaître deux évidences.

D’abord, la classe politique traite souvent les mauvais sujets : à rebours, à contretemps, à côté.

Ensuite, lorsqu’elle aborde enfin les vrais sujets, elle révèle surtout son inexpérience, son absence de compréhension globale des enjeux.

Ce constat n’a rien d’idéologique. Il tient à un fait : l’endogamie et l’inexpérience professionnelle d’une grande partie de ceux qui gouvernent. Ministres, maires de métropoles, cadres de parti : beaucoup ont fait toute leur carrière dans des cabinets ou des appareils. Les mêmes écoles, les mêmes codes, les mêmes réflexes. La même distance. Ils parlent d’économie sans l’avoir pratiquée, du travail sans l’avoir vécu, du risque sans l’avoir jamais assumé.

Jean-Louis Borloo l’a très justement formulé : «Nous étions un pays de producteurs, nous sommes devenus un pays de contrôleurs.»
Cette phrase résume un basculement profond : un pays où la procédure a pris le pas sur la décision et où la norme étouffe plus vite qu’elle ne protège.

Pendant ce temps, le monde poursuit son durcissement. Conflits hybrides, instabilité démocratique, tensions énergétiques, compétition industrielle, révolutions technologiques, maîtrise des frontières redevenue stratégique, enjeux démographiques : les grandes nations avancent. Et nous continuons de débattre comme si la France évoluait à distance du réel.

Sur le terrain, le diagnostic est clair : des entrepreneurs découragés, des territoires épuisés, une insécurité qui gagne les lieux de travail, des secteurs ralentis par une dette hors de contrôle. À chaque fois que la politique se replie sur ses querelles internes, c’est le pays qui se détache, qui se délie, qui se délite.

Il faut aussi regarder la vérité en face : une organisation ne se réforme pas lorsqu’elle est dirigée par ceux qu’elle a fabriqués. Les dindes renâclent souvent à préparer le menu de Noël.Florian Bachelier

Dans un pays agile, Bercy serait dirigé par des patrons de PME et d’ETI : des hommes qui connaissent et mesurent la fragilité d’une trésorerie, l’enjeu d’une embauche, le pari d’un investissement — et pas seulement la mécanique administrative.

C’était, par ailleurs, l’esprit de 2017 : simplifier, désentraver, faire confiance. Une promesse qui avait rassemblé largement. Huit ans plus tard, sous la tutelle d’une gauche paresseuse «mélenchonisée», nous donnons parfois l’impression de nous renier, jusqu’à ressembler à ce que nous dénoncions alors : une classe politique plus attachée à ses fauteuils qu’à sa colonne vertébrale.

Et plutôt que de se remettre en cause, une partie de cette classe politique préfère encore expliquer que l’électeur s’est trompé, ou le mépriser lorsqu’il ne vote pas pour elle.

Il faut aussi regarder la vérité en face : une organisation ne se réforme pas lorsqu’elle est dirigée par ceux qu’elle a fabriqués. Les dindes renâclent souvent à préparer le menu de Noël. Tant que nous reconduirons les mêmes profils, nous obtiendrons les mêmes décisions.

Il serait temps de confier les responsabilités à des femmes et des hommes qui ont vécu avant de gouverner. L’expérience professionnelle, l’ancrage dans le réel, la confrontation au risque ne sont pas des accessoires : ce sont les conditions de l’efficacité publique. L’heure des pros, en quelque sorte. La bonne échelle n’est ni le prochain budget ni la prochaine élection mais la place de nos filles et de nos fils dans le monde tel qu’il est. La bonne nouvelle, c’est qu’en démocratie, l’employeur, c’est l’électeur.

À lui de regarder les parcours plutôt que les étiquettes partisanes : le CV plutôt que le compte TikTok.

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