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AHMED AL-CHAREH : L’EX CHEF DJIHADISTE – NON REPENTI MAIS ADOUBÉ PAR MACRON ET TRUMP – S’EXERCE EN GUIDE SUPRÊME D’UN ÉTAT ISLAMIQUE

LEADER RECONNU PAR LES DÉMOCRATIES OU DIRIGEANT AUTORITAIRE D’UN ÉTAT ISLAMIQUE ?

L’ANALYSE DE METAHODOS :

Ahmed al-Chareh (Ahmed al-Charaa / Abou Mohammed al-Joulani) dirige aujourd’hui la Syrie dans un cadre ni démocratique ni laïc, et qui tend clairement vers un régime islamique autoritaire, même si la « République islamique » n’est pas encore formellement proclamée.

Parlement dissous et la Constitution gelée, un pays hors de tout cadre constitutionnel pluraliste

Ahmed al-Chareh est président par intérim de la République arabe syrienne depuis janvier 2025, après la prise de Damas et la chute du régime Assad par la coalition islamiste qu’il dirigeait (Hayat Tahrir al-Cham, ex-Front al-Nosra). Le Parlement issu de l’ancien régime a été dissous et la Constitution de 2012 gelée, ce qui met de fait le pays hors de tout cadre constitutionnel pluraliste classique.

Un pouvoir autocratique, où des religieux et des combattants islamistes occupent les postes clés et surveillent les ministres, avec un appareil policier renforcé, des enlèvements, assassinats et persécutions de minorités


De nombreuses analyses convergent pour décrire un pouvoir fortement autocratique, où des religieux et des combattants islamistes occupent les postes clés et surveillent les ministres, avec un appareil policier renforcé, des enlèvements, assassinats et persécutions de minorités.

La trajectoire vers une « république islamique autoritaire » est tracée. Le rejet du modèle démocratique libéral est assumé, même si Al-Chareh nuance publiquement sur la forme d’application de la charia en renvoyant aux « experts » religieux.

Sur le plan idéologique, Al-Chareh vient du jihadisme d’Al-Qaida en Irak puis de l’État islamique d’Irak, et il a fondé le Front al-Nosra avec l’objectif déclaré de « restaurer l’autorité de Dieu sur Terre » en Syrie. Le système qu’il met en place repose clairement sur une légitimité islamique sunnite dominante, marginalisant les minorités et préparant un ordre politico-religieux qui s’apparente à un État islamique de fait, mais sans la structure califale ou l’appareil total de Daech, et sans processus démocratique réel (absence d’élections libres, pluralisme très limité, répression).

Les preuves que Ahmed al-Chareh dirige un État islamique sont nombreuses

Les preuves que Ahmed al-Chareh dirige un État islamique reposent essentiellement sur plusieurs constats liés à son parcours et à la structure politique qu’il a instaurée en Syrie :

  1. Origines jihadistes et idéologiques : Ahmed al-Chareh, alias Abou Mohammed al-Joulani, est le fondateur du Front al-Nosra puis de Hayat Tahrir al-Cham, mouvement d’inspiration salafiste jihadiste affilié à Al-Qaïda. Il a combattu sous l’État islamique d’Irak et a toujours revendiqué l’objectif d’instaurer la légitimité islamique par la loi islamique (charia) dans les territoires qu’il contrôle.
  2. Contrôle politique autoritaire islamique : Depuis sa prise de pouvoir fin 2024, il dirige une Syrie où la Constitution a été suspendue, où le Parlement dissous, et où il s’appuie sur des religieux combattants pour surveiller et contrôler l’administration ainsi que la population. Son gouvernement impose un ordre conservateur islamique qui marginalise les minorités et assure une forte présence de la charia dans la gouvernance sans processus démocratique.
  3. Suppression des oppositions et islamisation de l’État : Des sources mentionnent que Al-Chareh administre son territoire de manière autoritaire, avec persécutions, enlèvements, et assassinats visant les opposants, notamment les minorités non sunnites. Il est aussi en conflit avec d’autres groupes jihadistes plus radicaux et cherche à faire coïncider l’État avec une vision islamique sunnite dominante.
    Ainsi, même s’il ne proclame pas formellement une république islamique califale à la manière de l’État islamique (Daech), Al-Chareh dirige une entité politique caractérisée par un autoritarisme religieux islamiste qui s’apparente à un État islamique de fait, non démocratique et fondé sur l’application de la charia.

Aucun élément juridique formel n’impose explicitement et rigoureusement la charia comme base unique du système juridique syrien sous Ahmed al-Chareh, mais plusieurs dispositions transitoires intègrent des principes islamiques dans la Constitution provisoire signée en mars 2025.

Un président obligatoirement musulman et la charia comme source du droit

La déclaration constitutionnelle de 2025 effective pour cinq ans, stipule que le président doit être musulman et que la loi islamique (charia) sert de source principale de législation, reprenant des éléments de la Constitution de 2012 tout en gelant l’ancien cadre. Elle confie l’exécutif au président intérimaire, avec une assemblée populaire partiellement nommée par lui, limitant le pluralisme législatif sans élections immédiates.

Il est établi que la charia est inscrite dans la constitution provisoire adoptée en 2025 comme source principale de législation, ce qui implique une islamisation progressive du droit, notamment dans les domaines familiaux et personnels.

Les réécritures touchent traditionnellement les lois civiles en matière de statut personnel, comme le mariage, le divorce, la filiation, l’héritage, et la garde des enfants, domaines où la charia s’applique historiquement en grande partie dans les systèmes juridiques musulmans modernes. Par exemple, les tribunaux qui appliquent la charia adaptent ces règles pour coller à leur vision religieuse.

Voir également UN ARTICLE DE METAHODOS : CE BESOIN IRRÉPRESSIBLE DE PROVOQUER ? : Le président, l’ex jihadiste, Samuel Paty, le Bataclan et les Terrasses

https://metahodos.fr/2025/05/09/mise-a-jour-2-ce-besoin-irrepressible-de-provoquer-le-president-lex-jihadiste-samuel-paty-le-bataclan-et-les-terrasses/

Nous vous proposons deux articles qui éclairent – non sans parti pris – la question

On peut lire dans le premier ( EUROPE 1 ) :

« Loin de ses promesses d’unité et de stabilité, le chef d’État a donc imposé un pouvoir autocratique sur la Syrie »

. »On se dirige tout droit vers une République islamique autoritaire, avec l’élimination progressive des minorités. Après le massacre de mars, tous les Alaouites veulent quitter le pays« 

Fabrice Balanche

Le second article ( RFI ) rappelle que celui dont la tête était mise à prix par les États-Unis à 10 millions de dollars, qui a été emprisonné par l’armée américaine en Irak, est parvenu à se faire adouber par TRUMP et Macron, peut être fasciné par ce combattant sans scrupule et s’affichant en autocrate.

On peut lire dans l’article de LFI les qualificatifs suivants :

« Pragmatique et empreint de realpolitik, le président syrien de la transition »

1. ARTICLE – Syrie, un an après l’accession au pouvoir d’Ahmed al-Chareh : «On se dirige tout droit vers une République islamique», selon Fabrice Balanche

Laura Lego  . le 6 décembre 2025 EUROPE 1,

La Syrie est dirigée depuis un an par l’ancien djihadiste Ahmed al-Chareh, qui a pris le pouvoir après avoir renversé le régime de Bachar al-Assad. Un an plus tard, la situation dans le pays n’a pas évolué, et les minorités semblent être dans le viseur du pouvoir en place comme l’analyse le professeur Fabrice Balanche de l’université Lyon 2.

Il y a un an, le 8 décembre 2024, une coalition de rebelles lançait une offensive éclair en Syrieet faisait chuter le dictateur Bachar al-Assad, contraint de s’exiler à Moscou après 24 ans au pouvoir. Depuis, l’ancien djihadiste Ahmed al-Chareh règne d’une main de fer sur le pays.

« Les maîtres ont changé mais le système est le même »

Ce dirigeant au double visage a réussi à s’imposer sur la scène internationale. Ahmed al-Chareh a été reçu par Emmanuel Macron, à la tribune de l’ONU, et en novembre par Donald Trump. Mais sur le plan intérieur, la réalité est tout autre pour Fabrice Balanche, professeur à l’université Lyon 2. La situation en Syrie n’a pas évolué depuis la chute de Bachar al-Assad.

« Finalement, les maîtres ont changé mais le système est le même », affirme-t-il. « On a un système policier qui se renforce avec des religieux combattants qui occupent toutes les positions clés et qui surveillent ce que font les ministres. Et sur le terrain, on a donc beaucoup d’insécurité, des kidnappings, des assassinats », note le maître de conférence auprès d’Europe1.

Les minorités dans le viseur

Loin de ses promesses d’unité et de stabilité, le chef d’État a donc imposé un pouvoir autocratique sur la Syrie, selon Fabrice Balanche. « On se dirige tout droit vers une République islamique autoritaire, avec l’élimination progressive des minorités. Après le massacre de mars, tous les Alaouites veulent quitter le pays », souligne l’enseignant.

Comme les Alaouites, les chrétiens et les Druzes sont également dans le viseur. Un an après l’accession au pouvoir d’Ahmed al-Chareh, les scènes de liesse populaire semblent bien loin.

2. ARTICLE – De al-Joulani à al-Charaa: du jihadiste repenti au stratège qui réconcilie la Syrie avec le monde

Depuis un an en Syrie, Ahmed al-Charaa, le président de transition, mène une opération séduction aux quatre coins du monde. Objectif affiché : protéger son pays aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur et, surtout, le reconstruire et protéger son unité.  

Publié le : 08/12/2025 -LFI. Par :Anne Bernas RFI

Depuis douze mois, et après plus de treize années d’isolement imposé au régime de Bachar el-Assad pour sa répression sanglante du soulèvement de 2011, la Syrieentend renaître, et se reconstruire, en renouant voire en nouant des liens diplomatiques avec les grandes puissances de ce monde.  

À ce titre, le 10 novembre 2025 restera dans l’histoire de la Syrie. Depuis l’indépendance du pays en 1946, c’est la première fois qu’un président syrien rend visite à son homologue américain à la Maison Blanche. Pour que l’événement se produise, le Conseil de sécurité de l’ONU a levé les sanctions contre Ahmed al-Charaa le 6 novembre, Washington lui emboîtant le pas le lendemain en retirant le dirigeant syrien de la liste noire des terroristes, lui permettant donc de fouler le sol américain. 

Selon la présidence syrienne, les deux dirigeants ont évoqué « les manières de développer et renforcer » la relation bilatérale, ainsi que « plusieurs sujets régionaux et internationaux ». Surtout, Ahmed al-Charaa a obtenu une nouvelle pause pour 180 jours de la loi César qui imposait des sanctions américaines drastiques contre le gouvernement de Bachar el-Assad, et qui avait déjà été suspendue en mai. Ce sera désormais au Congrès de les lever éventuellement pour de bon.  

Comme largement attendu, cette visite a aussi été l’occasion d’annoncer l’entrée de la Syrie dans la coalition internationale anti-jihadiste menée par les États-Unis, visant le groupe État islamique. Damas devient ainsi le 90e membre de cette coalition contre Daech, créée en 2014 quand le groupe jihadiste s’était emparé d’un tiers de l’Irak et de la Syrie. Enfin, les États-Unis ont aussi autorisé à la Syrie à reprendre les activités de son ambassade à Washington. 

« Un véritable leader » 

Celui dont la tête était mise à prix par les États-Unis à 10 millions de dollars, qui a été emprisonné par l’armée américaine en Irak, est parvenu à se faire adouber par le président américain. « Un jeune homme séduisant. Un dur à cuire. Un passé solide. Un combattant. (…) C’est un véritable leader», déclarait déjà, le 14 mai dernier à Riyad, Donald Trump à propos de son homologue Ahmed al-Charaa. Dans le bureau ovale ensuite, le président américain a poursuivi ses éloges : « Je l’aime bien (…) Il a un passé brutal, et je pense, franchement, que sans passé brutal vous n’avez aucune chance ». 

Pragmatique et empreint de realpolitik, le président syrien de la transition a accédé aux demandes de Washington. À savoir, coopérer dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi stopper l’influence iranienne. Cependant, une question chère à Donald Trump reste en suspens, celle de la normalisation des relations entre Damas et Tel-Aviv.  

Si Ahmed al-Charaa n’a, pour le moment, pas formulé de réponse positive, il a tout de même affirmé qu’il respecterait l’accord de désengagement du Golan signé entre les deux pays en 1974. Mais Israël occupe illégalement depuis 1967 le plateau du Golan syrien et seul Washington reconnaît cette annexion de fait. Et depuis la chute de Bachar el-Assad, Israël s’est employé à détruire méthodiquement tous les sites militaires du territoire syrien, a mené des centaines de frappes et conduit des incursions en Syrie. Le 28 novembre dernier, l’armée israélienne a tué 13 personnes lors d’une opération dans le sud de la Syrie,l’attaque la plus meurtrière depuis un an. Le ministère syrien des Affaires étrangères a dénoncé un « crime de guerre » et accusé Israël de vouloir « embraser » la région.

Ce 1er décembre, contre toute attente, Donald Trump a mis en garde Israël contre toute ingérence en Syrie. « Il est très important qu’Israël maintienne un dialogue fort et véritable avec la Syrie, que rien ne vienne interférer avec l’évolution de la Syrie en un État prospère », a déclaré le président américain sur sa plateforme Truth Social. « Nous attendons de la Syrie qu’elle établisse une zone tampon démilitarisée entre Damas et (…) les abords du mont Hermon », a répondu ce 2 décembre Benyamin Netanyahu, justifiant l’occupation du territoire syrien par la nécessité « d’assurer la sécurité des Israéliens ».

Pourtant, le nouvel homme fort de Damas avait déclaré en mai être en contact indirect avec Israël dont l’armée avait déjà établi, au lendemain de la chute de Bachar el-Assad, une bande de sécurité de 15 kilomètres de large à l’intérieur du territoire syrien. Ce même Israël qui, selon Reuters en février dernier, « fait pression sur les États-Unis pour maintenir la Syrie faible et décentralisée, notamment en permettant à la Russie de conserver ses bases militaires sur place afin de contrer l’influence croissante de la Turquie dans le pays ». 

La Russie qui était il y a moins d’un an le pire ennemi du jihadiste repenti et ancien chef rebelle Abou Mohammed al-Joulani. Dorénavant, c’est un véritable travail d’équilibriste qu’entreprend avec Moscou celui qui est redevenu Ahmed al-Charaa. 

Ami avec son ennemi 

C’est en Russie que s’est réfugié l’ex-dictateur syrien Bachar el-Assad, avec sa famille, le 8 décembre 2024. C’est aussi le Kremlin qui l’a soutenu militairement dans sa lutte implacable contre la révolution syrienne à laquelle a participé le groupe d’al-Joulani. Mais al-Charaa, 42 ans aujourd’hui, toujours pragmatique, a décidé de passer outre et veut s’assurer que Moscou n’aidera pas les forces restantes de Bachar el-Assad à se réarmer. 

Le président de transition est ainsi conscient que le maintien des liens avec la Russie est important pour la Syrie. Et tout pense à croire que ce positionnement est réciproque puisque Moscou aurait été concerté sur la chute d’Assad avant le 8 décembre. Ahmed al-Charaa a ainsi révélé le 12 septembre dernier que des négociations secrètes s’étaient tenues : « La Russie est restée à l’écart du combat (…) dans le cadre d’un accord conclu entre nous », a-t-il notamment déclaré, précisant que ses forces « avaient évité d’attaquer la base aérienne de Hmeimim ». 

Maintenir les bases militaires russes représente tout d’abord un moyen de contrer les ingérences israéliennes, comme c’était déjà le cas sous Bachar el-Assad. Un gage de dissuasion essentiel pour la Syrie vis-à-vis d’Israël. Un deal qui ne déplaît pas à Moscou qui conserve dès lors sa seule ouverture sur la Méditerranée et sur l’Afrique.  

Mais Damas a aussi besoin de l’aide financière de Moscou pour la reconstruction de son pays ravagé par la guerre. Selon la Banque mondiale, le montant nécessaire à cette tâche est estimé à plus de 215 milliards de dollars.  

Ahmed al-Charaa s’est donc rendu à Moscou le 16 octobre dernier pour y rencontrer Vladimir Poutine. Peu d’informations sont sorties de leur entretien, sinon, entre autres, que l’entreprise russe Goznak, sous le coup de sanctions britanniques, européennes et américaines, gardera le marché de l’impression des billets de banque syriens. Mais la diplomatie d’al-Charaa envers Moscou est délicate et le président de transition doit veiller à ce qu’elle ne complique pas la sortie de son isolement auprès de ses autres partenaires, les États-Unis bien entendu mais aussi la Turquie et l’Union européenne.  

Tisser des liens avec l’Occident 

La Turquie s’est portée garante des accords conclus entre les présidents syrien et américain le 10 novembre à la Maison Blanche. Se rapprocher d’Ankara représente pour Ahmed al-Charaa une manière de se protéger encore une fois d’Israël et de ses velléités territoriales. Recep Tayyip Erdoğan avait qualifié la chute de Bachar el-Assad de « révolution magnifique ». Cet automne, la Turquie et la Syrie ont ainsi signé un accord de coopération militaire : des soldats syriens sont actuellement formés chez le voisin turc, ce qui, espère le président al-Charaa, pourra permettre de construire une armée capable de maintenir la sécurité et l’unité du pays. La Turquie « n’autorisera aucun acteur à affecter la stabilité de la Syrie », a déclaré le 8 octobre le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan. 

Du côté de la France, elle a lourdement condamné et combattu le régime de Bachar el-Assad durant plus d’une décennie. Auprès du président français le 7 mai 2025, Ahmed al-Charaa a tout fait pour rassurer après le changement de régime. Face aux exhortations d’Emmanuel Macron de protéger « tous les Syriens sans exception », après des massacres contre certaines communautés (dont les Alaouites et lesDruzes), le président de transition a affirmé que la sécurité des Syriens est « la première priorité ». Il a aussi martelé qu’il n’y aurait « pas de place pour les confrontations confessionnelles » en Syrie et a estimé avoir « prouvé » être « un partenaire fiable pour la lutte contre le terrorisme ». 

Mission qui semble réussie pour celui qui a été accueilli à l’Élysée avec les honneurs de la garde républicaine pour sa première visite officielle dans un pays occidental. Emmanuel Macron a aussi plaidé pour une « levée des sanctions » économiques européennes qui pèsent lourdement sur l’économie du pays. Chose faite le 20 mai dernier : la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a annoncé un accord politique des Vingt-Sept pour une levée totale des sanctions économiques infligées à la Syrie depuis 2011.

« L’Union européenne veut prendre le risque d’un nouveau départ avec la Syrie. Nous voulons donner une véritable chance aux nouveaux dirigeants », a déclaré Johann Wadephul, ministre des Affaires étrangères allemand, tandis que son homologue luxembourgeois Xavier Bettel prévenait : « On ne doit pas être aveugle. On a de l’espoir, mais ce sont quand même d’anciens terroristes au pouvoir à Damas. On doit conserver des moyens de pression, en se laissant la possibilité de revenir en arrière. » 

Cette annonce sur la levée des sanctions européennes est une victoire importante pour Ahmed al-Charaa qui ne cesse d’asséner vouloir relancer l’économie de son pays en lambeaux. Selon l’ONU, 90% des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté et les apports financiers sont plus que nécessaires pour redresser le pays. 

Les États arabes du Golfe sont ainsi largement sollicités par le diplomate al-Charaa qui sait que la fin du soutien de Damas à Téhéran représente pour eux une victoire sans précédent. 

L’allié saoudien 

La première visite du président de transition syrien à l’étranger a ainsi eu lieu en février 2025 en Arabie saoudite. Riyad, bien qu’ayant tenté ces dernières années un rapprochement avec le régime de Bachar el-Assad, est désormais l’un des principaux soutiens au président par intérim. Mohammed ben Salman estime que la fin de l’isolement de la Syrie est la clé de la stabilité régionale et le royaume ne souhaite par ailleurs pas voir retomber la Syrie dans le giron de l’Iran. 

C’est chose faite en juin, lorsqu’Israël attaque la république islamique. Damas laisse l’aviation israélienne survoler son territoire pour bombarder l’Iran, et reste silencieux sur ces frappes illégales et condamnées par la plupart des pays de la région. 

En juillet, le nouveau régime a obtenu 6,4 milliards de dollars de promesses d’investissements pour soutenir la reconstruction du pays. Pour la Syrie, l’Arabie saoudite représente certes un potentiel investisseur de taille mais également un allié qui peut l’aider à réintégrer son pays au sein du monde arabe et sur la scène internationale. 

En avril, le royaume saoudien et le Qatar – qui s’est toujours refusé à normaliser avec le régime de Bachar el-Assad et qui a été un soutien inconditionnel de l’opposition syrienne – se sont engagés à régler la dette de la Syrie envers la Banque mondiale, environ 15 millions de dollars. 

À écouter «La Syrie au cœur. Du cachot à la liberté », dialogue entre Najah Albukaï et Theo Padnos

Une realpolitik efficace 

Le ministre des Affaires étrangères syrien As’ad al-Chaïbani, dans une interview mi-octobre à la chaîne officielle syrienne Al-Ikhbariya, a expliqué que la nouvelle diplomatie syrienne « adopte une politique étrangère à l’écart des polarités, visant à redéfinir la position de la Syrie en tant que pays cherchant à atteindre la stabilité et la coopération internationale ». Le 29 octobre, soit moins d’un an après sa prise de pouvoir, le nouveau régime de Damas a affirmé que la Syrie avait attiré 28 milliards de dollars d’investissements. 

En un an, Ahmed al-Charaa, islamiste parvenu au pouvoir par la force, a réussi à courtiser les plus grands dirigeants de ce monde avec un pragmatisme totalement inattendu. « Il suit sa voie avec cohérence et succès, alors qu’il semblait impensable qu’un homme ayant eu des liens avec al-Qaida et Daech puisse devenir un acteur politique digne d’une poignée de main », analyse le chercheur russe Nikita Smaguine dans un entretien au Monde.

De paria à alliée de l’Occident et de nombreux pays arabes, « la Syrie reprend la place qui lui revient parmi les nations du monde », a déclaré Ahmed al-Charaa le 25 septembre dernier aux Nations unies, le premier discours d’un président syrien à cette tribune onusienne depuis 1967 et alors que son pays était toujours sous sanctions internationales. Les 6 et 7 novembre, encore une première pour un président syrien, il s’est rendu au Brésil à l’occasion de la COP30. Son objectif principal est la survie du nouveau pouvoir et depuis le 8 décembre 2024, il semble bel et bien y parvenir. Sa trajectoire spectaculaire et la confiance que les grands de ce monde mettent en lui en sont la preuve. Quant au peuple syrien, il ne demande lui aussi qu’à faire confiance au nouveau régime après plus d’une décennie de cauchemars. 

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