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1. ARTICLE – Sommes-nous dirigés par une administration de l’administration ?
via Michel Gesquière – KESSEL 19 12 25
Le budget 2026 mime l’hésitation entre deux plaisirs très français : taxer plus ou dépenser “mieux”. Pendant ce temps, la vraie stratégie nationale continue sa petite vie : payer l’intermédiaire. Pas le prof, pas l’infirmière, pas le policier, non : la couche logicielle de la République, celle qui “pilote”, “coordonne”, “instruit” et “fiabilise” jusqu’à ce que le réel dépose un ticket et attende son tour.
La facture a la douceur d’un abonnement premium qu’on n’a jamais signé : 205 Md€ pour la machine État/collectivités (hors social, hors opérationnels, hors dette) + 50 Md€ pour administrer l’administratif du social.
Traduction : ~3 000 € par habitant par an, plus ~700 € de frais de dossier, le “service” étant principalement de prouver douze fois qu’on existe déjà.
Et en échange ? Des délais, des doublons, des strates qui se surveillent comme des collégiens en voyage scolaire, et une “numérisation” qui a surtout réussi un exploit : dématérialiser la queue. Avant on patientait debout ; maintenant on rafraîchit la page en position fœtale.
Le remède, lui, a le mauvais goût des idées simples : couper les doublons(agences, tutelles, recouvrements, millefeuille local), puis réécrire les processus en partant du citoyen comme si c’était autre chose qu’un dossier à instruire — plateforme unique façon France.gov, “once-only” (donné une fois, jamais ressaisi), un responsable par démarche, pilotage par coûts etsatisfaction et IA utilisée pour éviter de recruter encore une génération de gens dont le métier sera d’expliquer pourquoi le formulaire 7B bloque au champ 12.
La France a su faire les JO et Notre-Dame vite ; elle peut donc, techniquement, réussir un passeport sans rite initiatique. Reste à trouver le plus difficile : l’envie.
255 milliards par an pour la machine administrative française ! Un angle mort réformable.
Tandis que les débats à l’Assemblée sur le budget 2026 convergent vers de nouvelles hausses d’impôts et des dépenses supplémentaires – alourdissant le fardeau sur l’économie et les générations futures –, un autre chemin existe pour réduire le déficit.
2. GARDER L’ESPOIR
4 min ⋅ 16/12/2025 newsletter GARDEEZ L’ESPOIR
Le débat sur le modèle social français est politique, clivant, sans consensus à ce jour. Celui sur la machine administrative, en revanche, est technique — donc plus facilement réformable.
Améliorer la qualité des services publics, réduire leur coût, et revaloriser les opérationnels, c’est possible. À condition d’oser regarder la réalité en face. Et de s’inspirer de nations jeunes, moins bureaucratisées, dotées d’une administration 100 % digitale, centrée sur la satisfaction du citoyen.
Quelques précisions sur l’approche. J’ai volontairement isolé la “machine administrative” – hors social, hors dette, hors missions opérationnelles. Les transferts de l’État vers les régimes sociaux (retraites, santé, famille, chômage…) sont intégrés au modèle social dit « élargi ». L’estimation du coût – ordre de grandeur – de la machine administrative est ainsi prudente. C’est ma propre synthèse, réalisée à partir de sources officielles et indépendantes : INSEE, rapports de la Cour des comptes et du Sénat (2024), données du PLF 2025-2026, ainsi que les travaux de référence de FIPECO et de l’iFRAP.
Le sujet est technique, pas idéologique.
A. LA VERITE A L’ETAT BRUT
Vérité n°1. Les dépenses publiques représentent en France 57% du PIB. C’est 8 % de plus que la moyenne de l’UE.
France
- ~ 57 % du PIB soit 1 700 Md€
- 900 Md€ pour le modèle social
- 800 Md€ pour l’État, les collectivités et la dette
UE
- ~ 49% PIB
Écart
- +8 points de PIB en 2024 → 230 Md€
Vérité n°2. L’essentiel de l’écart (70-80%) est lié à notre modèle social bien plus développé que chez nos voisins.
- Retraites +60 Md€
- Santé +32 Md€
- Famille +58 Md€
- Chômage/exclusion +30 Md€
- Total : + 180 Md€ vis-à-vis de l’UE.
Vérité n°3. Le reste est un angle mort du débat public : notre machine administrative est l’une des plus chère du monde… par habitant
France
- Machine administrative : dépenses de fonctionnement – gestion, administration, pilotage – hors prestations sociales, hors missions opérationnelles, hors intérêts de la dette
- 205 Md€ dans les 800 Md€ du budget de l’État et des collectivités locales + 50 Md€ pour la gestion du modèle social
- 205 Md€ ÷ 68,6 millions ~ 3 000 € par habitant et par an
- + 50 Md€ ÷ 68,6 millions ~ 700 €
Comparaisons internationales
- Suède : 28 Md€ ÷ 10,6 millions ~ 2640 €
- Corée du Sud : 50 Md€ ÷ 51,7 millions ~ 1000 €
- Singapour : 4 Md€ ÷ 6,1 millions ~ 655 €
La France a un problème de productivité administrative.
B. LES FAITS QUI DERANGENT
Fait n°1. La dégradation des services publics
- 26e rang sur 70 pays testés en maîtrise élémentaire du langage, de l’écriture et du calcul de nos élèves de 15 ans (classement Pisa)
- 2 à 3 mois pour une carte grise ou un passeport
- 4 heures d’attente en moyenne aux urgences
- 6 mois pour un généraliste, 12 à 18 mois pour un spécialiste
- 18 à 24 mois pour un jugement correctionnel
Fait n°2. Un millefeuille administratif avec des doublons massifs
- 1130 opérateurs et agences en plus des ministères et administrations centrales
- Hôpitaux sous triple tutelle (ARS, CPAM, ministère) avec trois reporting différents
- 101 rectorats/vice-rectorats pour 67 millions d’habitants
- 35 000 communes + 1 200 intercos qui gardent en parallèle les services transférés
Fait n°3. Une suradministration de nos services publics.
- 37 non-enseignants pour 100 enseignants dans l’enseignement (maternelle, primaire, secondaire), soit 320 800 versus 869 300.
- À l’hôpital, 35 non-soignants pour 100 soignants, soit 361 400 versus 1 028 600.
- Promesse Macron en 2017 : moins de 120 000 fonctionnaires
- Réalité : + 278 000 entre 2017 et 2025 (de 5,5 à 5,8 millions), essentiellement opérationnel, sans réduction parallèle des effectifs administratifs.
Fait n°4. Une inflation normative et des processus kafkaïens
- 350 000 articles législatifs et réglementaires + 100 000 articles en 15 ans
- 2 à 3 ans pour obtenir les autorisations d’ouverture d’une usine en France
- MaPrimeRénov’, 10 étapes, règles changeantes, délais 70 → 105 jours
- 200 prélèvements auprès des entreprises
Fait n°5. Une numérisation à plusieurs vitesses
- 92% de déclarations des impôts en ligne mais toujours 4 000 centres physiques
- 27 systèmes de paie/retraite
- 36 000 logiciels différents pour l’État civil/aides sociales
C. LA SOLUTION QUI BOUSCULE MAIS QUI LIBERE
On peut récupérer 50 Md€ par an à l’horizon 5-7 ans sans toucher aux retraites, à la santé, aux profs ou aux soignants.
25 Md€ → par suppression des doublons et simplification des strates inutiles.
Collectivités locales
- Doublons communes/communautés de commune
Enseignement
- Réduction des chevauchement CNED/Canopé/CéreQ/Eduscol/ INSPE+
- Simplification entre 101 rectorats + strates déconcentrées.
Santé
- Suppression des ARS et de la triple tutelle (ARS, CPAM, ministère) des Hôpitaux.
Environnement
- Doublons ministère vs. OFD/ADEME
Social
- RSA (DGC vs. départements)
- Emploi. (DGEFP vs. Unédic/France Travail)
- Fusion DGFiP/Urssaf pour recouvrement impôts/cotisations sociales
25 Md€ → par réécriture des processus, numérisation, IA et plateformisation
Principes communs
- Partir du citoyen, de l’élève, du patient, de l’entreprise pour redessiner les processus
- Attribuer une responsabilité unique au processus
- Fixer un cadre national commun stricte à respecter pour accroitre l’autonomie des établissements
- Numériser, mutualiser, intégrer, « plateformiser »
- « Once-only principle » : s’appuyer sur FranceConnect , viser le zéro ressaisie
- Utiliser l’IA pour repenser et enrichir les activités opérationnelles, simplifier les fonctionnelles, mieux prévoir
- Mesurer et piloter la baisse des couts + satisfaction citoyenne
Exemples sectoriels
Enseignement
- Reengineering gestion ministère/rectorats/DRAJES
Santé
- Reengineering ministère/CNAM/CPAM
- Mutualisation des données anonymisées
- IA/télémédecine/DMP
Emploi et social
- Reengineering demandes/allocations
- Plateforme unique Unédic/France Travail
Aides aux entreprises
- Reengineering + plateforme unique pour les aides (fusion DGFip et Ursaff)
Services généraux
- Plateforme unique RH/IT
- Mutualisation immobilière/achats
D. LE CHEMIN DE L’ESPOIR
Horizon 1 – 100 premiers jours (été 2027)
- Ordonnance « Zéro doublon + simplification administrative »
- Loi « France.gov » (plateforme unique)
- Gel des recrutements administratifs hors rajeunissement
Horizon 2 – 18 premiers mois (fin 2028)
- Plateformes en production (régions pilotes)
- Première vague d’agences supprimées
- « Quick wins » : carte grise 48 h, passeport 15 jours
Horizon 3 – 4/5 ans (2032)
- Un tiers des effectifs administratifs non essentiels en moins
- 100 % des démarches en ligne avec IA
- 250-300 Md€ cumulés sur 5 ans réalloués à la croissance ou rendus aux Français
CE QU’IL FAUT RETENIR
La France a su organiser les JO et relever Notre-Dame en un temps record.
Elle peut le faire avec son administration.
Qui porte ce projet ?
3. ARTICLE – Avec près de 4% de son PIB perdu à cause de la complexité administrative, la France bat un record mondial dont elle pourrait allègrement se passer
Une étude menée par des enseignants de l’Université Columbia et de la New York University Shanghai dévoile le coût du poids de la bureaucratie et de la complexité administrative sur le PIB de différents pays.
Marc de Basquiat et Charles Reviens
Atlantico : Au regard de cette étude, la France perd près de 4% de son PIB à cause de la complexité administrative. La France bat un record mondial dont elle pourrait allègrement se passer. Comment en sommes-nous arrivés là et quelles sont les conséquences d’une telle perte pour notre productivité et notre économie ?
Marc de Basquiat : Les auteurs de l’étude, Bruno Pellegrino et Geoff Zheng, ont cherché à identifier si les réglementations nationales contribuent à diminuer le PIB de deux manières. D’abord, les charges administratives (déclarations diverses, contraintes, etc.) peuvent être vues comme une sorte d’impôt « fantôme » pesant sur la rentabilité des entreprises. Ensuite, la diversité des règles administratives applicables aux entreprises selon leurs secteurs, leurs niveaux de chiffres d’affaires, leurs localisations… a pour effet de favoriser tel ou tel à investir (ou pas) à rebours d’une logique économique raisonnable.
VOIR NOS PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS
LE COÛT DE LA BUREAUCRATIE FRANÇAISE
https://metahodos.fr/2024/09/24/le-prix-de-la-bureaucratie-francaise/
LA FRANCE CHAMPIONNE DE L’OCDE POUR LES COÛTS DE SON ADMINISTRATION
https://metahodos.fr/2025/07/21/92710/
DÉMEMBREMENTS DE L’ÉTAT (7) : DES COÛTS INSAISISSABLES
https://metahodos.fr/2025/04/03/demembrements-de-letat-7-des-couts-insaisissables/