
A. FAITS ET CITATIONS, ÉLANS ET REVIREMENTS
Emmanuel Macron a finalement annoncé que la France voterait contre la signature de l’accord UE-Mercosur, invoquant un rejet politique unanime en France et des risques pour l’agriculture.
Ses positions sur ce traité ont évolué au fil des ans et des circonstances, l’exécutif a voulu faire accepter cet accord par les français notamment en négociant – tardivement – sans les obtenir – et sans grande conviction – des améliorations.
En même temps, la France n’a pas inquiété BRUXELLES qui a poursuivi le processus sans que la France ne le freine ou l’influence.
1. UNE POSTURE NOUVELLE DÈS 2017 : UN SOUTIEN « GAGNANT »
Septembre 2017 (Tallinn) : Lors du sommet européen, Macron plaide pour une “ouverture sans naïveté” avec réciprocité des normes sanitaires et climatiques, rejetant le “repli néoprotectionniste”.
Cette position positive contraste avec celle du gouvernement socialiste d’avant 2017 dont il faisait partie.
Février 2018 (Salon de l’agriculture) :
“On est gagnants sur le Mercosur”, affirme-t-il, conditionné à des règles équivalentes pour les agriculteurs européens.
2. LE REPLI : EXIGENCE DE RECIPROCITÉ FIN 2018
Novembre 2018 (tweet) : Insiste sur des accords “équilibrés” imposant aux partenaires les mêmes normes écologiques que les Français.
2023-2024 : Critique les “bases trop anciennes du texte” ;
décembre 2024 : “Une ouverture exigeante […] liée à la déforestation zéro et aux normes environnementales”.
3. LE SOUDAIN SOUTIEN ENTHOUSIASTE DE JUIN 2019
En juin (19) 2019, après l’accord de principe UE-Mercosur, il qualifie le texte de
“bon à ce stade”
lors de la conférence de presse du G20 à Osaka le 29 juin, saluant la prise en compte des indications géographiques européennes, des normes environnementales et des filières sensibles, avec une clause liant le Brésil à l’accord de Paris sur le climat. Il défend une ouverture “exigeante sur le plan climatique” sans “naïveté librecéchangiste”, au Parlement européen.
L’enthousiasme de Macron en 2019 repose sur l’idée d’une
“écologie contre commerce”
pour verrouiller les engagements climatiques du Brésil, avant les incendies amazoniens qui provoquent le basculement.
4. REVIREMENT D’AOÛT 2019 : RETRAIT SOLENNISÉ DU SOUTIEN FRANÇAIS
Positif en juin 2019 malgré les contestations internes, Macron opère un revirement.
23 août 2019 (G7 Biarritz) :Revirement radical, retire le soutien français face aux incendies amazoniens, accusant Jair Bolsonaro d’avoir “menti sur ses engagements en faveur de l’environnement” face aux incendies en Amazonie et à l’inaction climatique du Brésil.
:“La France ne peut pas donner son feu vert en l’état”
Macron a vivement critiqué l’accord UE-Mercosur, marquant un revirement par rapport à son attitude initialement bienveillante après l’annonce de l’accord de principe en juin.
Il a dénoncé un traité négocié “sans tenir compte des préoccupations environnementales” et menaçant les agriculteurs européens via des quotas d’importation de viande bovine sud-américaine (99 000 tonnes annuelles).
Macron a changé de posture sous la pression des feux amazoniens et des critiques de son camp, évitant ainsi une ratification immédiate tout en laissant la porte ouverte à des ajustements futurs. Cette position a été saluée par les opposants comme Nicolas Hulot, qui réclamait des sanctions sur les produits liés à la déforestation.
2020-2021 : “Inacceptable tel quel” ; exige des “clauses miroirs” pour imposer aux importations les normes UE (sanitaires, environnementales).
2022 (Sommet UE-Amérique latine, Los Cabos) : “Le compte n’y est pas” sans réciprocité totale, mais progrès sur les indications géographiques reconnues
5. NOUVEAU REVIREMENT : UN SOUTIEN « POSITIF « ET « ACCEPTABLE « EN NOVEMBRE 2025 AU BRÉSIL
Novembre 2025 (COP30 Brésil) : VOIR LA PHOTO
“Je suis plutôt positif, mais je reste vigilant” sur un “paquet tout à fait acceptable” incluant clause de sauvegarde pour le vin, l’alcool et l’industrie. »
« En marge du sommet des chefs d’État précédant la COP30 à Belém, au Brésil, Emmanuel Macron a affiché [jeudi 6 novembre] un changement de ton sur le très controversé accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur«
Le président français s’est dit « plutôt positif » sur la possibilité d’accepter cet accord commercial, grâce aux clauses de sauvegarde obtenues par la France, bien qu’il affirme rester « vigilant »
« La Commission européenne avait annoncé début septembre des ‘mesures de sauvegarde‘ pour protéger les secteurs agricoles dans le cadre de cet accord, en espérant arracher un feu vert de la France« , relate France info. Mais cette clause renforcée proposée par Bruxelles doit encore être « adoptée et reconnue » par les pays du bloc latino-américain, a rappelé dimanche le ministre français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad.
6. UNE NÉGOCIATION TARDIVE ET INEFFICACE PRÉSENTÉE COMME SATISFAISANTE
Faute d’avoir négocié plus tôt et compte tenu des nombreuses positions chargeantes, la France n’a pas été entendue à Bruxelles.
Le contenu juridique de l’accord de libre‑échange lui‑même n’a plus bougé depuis décembre 2024 : la négociation avec les pays du Mercosur était close, et les “améliorations” sont venues par des instruments d’application (clause de sauvegarde, règlements d’accompagnement), pas par une réécriture du traité.
L’accord « soulève toujours autant d’objections sévères » sur l’agriculture, le climat, la déforestation, la biodiversité et la justice sociale. Les ONG estiment que les lignes rouges posées par la France en 2020 ne sont toujours pas pleinement satisfaites.
D’où la position – duplicité – de Macron :
– tenter d’abord le retour au calme des agriculteurs et mettre en avant ces avancées,
– mais conclure in fine que le gain économique « très limité « – présenté comme très positif par l’exécutif – ne justifie pas de franchir le pas politiquement
– annoncer un vote français contre la signature.
7. AVERTISSEMENT: LE « COMPTE N’Y EST PAS », ET PAS DE CÔTÉ : FACE À LA COLÈRE PAYSANNE EN DÉCEMBRE 2025
Décembre 2025 (Bruxelles) alors que la colère. Des agriculteurs gronde, Macron comprend qu’il ne pourra pas passer ce traité en force auprès des français.
La France est favorable au commerce et entretient des liens privilégiés avec les pays du Mercosur. Mais cet accord n’apporte que des gains limités à l’économie européenne et ne justifie pas, en l’état, d’exposer certaines de nos filières les plus sensibles qui sont la clé de notre souveraineté alimentaire, alors que les engagements pris pour limiter la concurrence déloyale des produits importés qui ne sont pas produits dans les mêmes conditions de production sont encore insuffisants. C’est la raison pour laquelle le Président de la République a décidé que la France s’y opposerait. Mais la messe n’est pas dite.
“À l’heure actuelle, le compte n’y est pas et l’accord ne peut pas être signé en l’état”.
8. REVIREMENT : UN « ACCORD D’UN AUTRE ÂGE « EN JANVIER 2025 : LA FRANCE OPPOSÉE
• 8 janvier 2026 (communiqué Élysée) :
“La France a décidé de voter contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. […] Cet accord est un accord d’un autre âge. […] Le gain économique attendu […] est extrêmement limité (+0,05% sur le PIB de l’UE à l’horizon 2040). […]
Il ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire et à notre autonomie stratégique. […] Face à un rejet politique unanime en France […]” ;
salue toutefois la “clause de sauvegarde spécifique pour les filières les plus sensibles” et les “mesures de réciprocité sur les normes de production et de transformation” .
CYNISME :
mais “L’étape de la signature […] ne constitue pas la fin de l’histoire”
9. ULTIMES DOUBLE POSTURE ET DOUBLE LANGAGE
La France est opposée… mais en même temps – … ne bloquera pas le vote des Vingt-Sept le 9 janvier, risquant un isolement diplomatique.voir l’article ci contre et l’entretien avec Barrot.
10. Le dénigrement de l’accord par la France passe mal à Bruxelles
Le en même temps de Macron lui coûte sur les deux fronts, en interne et à Bruxelles:
Les partenaires de la France comprennent les raisons de politique interne qui l’ont conduite à voter contre le traité avec l’Amérique du Sud. Les défenseurs du texte lui reprochent en revanche de le dénigrer et de s’opposer à son application la plus rapide possible.
FAIRE PORTER LA RESPONSABILITÉ DU REFUS AU PARLEMENT :
Emmanuel Macron a reconnu mes progrès, du traité sur X, jeudi soir, avant d’ajouter : « malgré ces avancées incontestables, le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat ».
11. L’EXPLICATION PAR LE MENSONGE N’EST PAS UN ART, C’EST UN VICE ET UNE FAUTE EN DEMOCRATIE
L’exécutif affirme n’avoir jamais varié sur ce traité. Les faits et déclarations sont là, le mensonge est grossier.
L’interview de BARROT illustre la duplicité du président et de son gouvernement. VOIR ENTRETIEN CI CONTRE
Décontenancé par les réponses et contradictions de Barrot le journaliste tente d’obtenir des reposes claires et non mensongères , il questionne par exemple :
- « Mais pourquoi continuer à s’y opposer ? Même l’Italie a décidé de s’y rallier.«
- « Pourquoi alors continuer à ferrailler contre cet accord ?«
12. ENFIN, LE TEMPS DES MENACES ET D’UN DOUBLE CHANTAGE
PREMIER CHANTAGE :
L’exécutif – menacé par deux motions de censure concernant directement le Mercosur – agite la menace d’une nouvelle dissolution.
Sébastien Lecornu a demandé au ministère de l’Intérieur de préparer d’éventuelles élections législatives anticipées en même temps que les municipales, en mars. Le Premier ministre est visé par deux motions de censure du RN et de LFI qui doivent être débattues la semaine prochaine.
« L’équilibre de la terreur ou le jeu de la barbichette, au choix.ECRIT LIBERATION, Une source au sein de l’exécutif a fait savoir à l’AFP, vendredi 9 janvier au soir, que Sébastien Lecornu avait donné instruction à son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, de préparer l’organisation d’éventuelles élections législatives aux mêmes dates que les élections municipales des 15 et 22 mars. Au cas où… Manière de faire passer le message aux députés tentés de renverser le gouvernement Lecornu. »
« En cas d’adoption d’une motion de censure, Emmanuel Macron, qui a déjà dissous l’Assemblée nationale en juin 2024, pourrait récidiver. Si ce «n’est pas une menace», ajoute cette source, ça y ressemble ; la même, précisant que le Président et le Premier ministre sont d’accord sur le fait que la chute du gouvernement entraînerait un retour aux urnes. «Soyons clairs. Je ne veux ni de la censure, encore moins de la dissolution. Mon combat, c’est la stabilité et repousser le désordre», s’est défendu samedi Sébastien Lecornu auprès du Parisien, s’affichant d’abord soucieux d’échapper au couperet des parlementaires. »
Voir également l’article D Encore une dissolution ? L’apothéose du ridicule
DUPLICITÉ ET MENSONGE : LE CORNU ET DE MONTCHALIN SE CONTRDISENT EN TEMPS RÉEL.
Alors que le projet de budget 2026 arrive dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale mardi, après deux rejets en commission, Amélie de Montchalin promet de continuer à chercher un compromis. Elle prévient aussi que la censure du gouvernement pourrait conduire à une nouvelle dissolution.
« Je ne veux ni censure, ni dissolution »… Lecornu nie laisser planer le spectre d’élections législatives anticipées
SECOND CHANTAGE
Suite aux manifestations relatives au Mercosur, l’exécutif a enfin « lâché » des dispositifs en mesure d’atténuer les effet de la crise agricole. Il fait savoir que ces dispositifs ne seront mis en oeuvre que si le budget était voté, mettant ainsi sous pression des parlementaires qui craindraient une dissolution.
B. ARTICLE – « Isolement de la France », « une plaie pour Macron »… Le raté français sur le Mercosur vu d’Europe
Les ambassadeurs des Etats membres de l’Union européenne ont donné majoritairement leur feu vert vendredi à l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur. Ils ont ainsi ouvert la voie à sa signature officielle.
Par Julien Chabrout. Publié le 10/01/2026 L’EXPRESS
La France va voter contre l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, a déclaré jeudi 8 janvier 2026 Emmanuel Macron.
Vingt-cinq ans de négociations pour l’adopter. Les États membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé vendredi 9 janvier la signature de l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur malgré l’opposition de plusieurs pays, dont la France. Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l’UE.
Ces autorisations ouvrent la voie à la signature de l’accord par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le Marché commun du Sud, qui regroupe l’Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, à Asuncion. La cérémonie de signature de cet accord, le plus important signé par l’UE en matière d’allègement douanier puisqu’il supprimerait quatre milliards d’euros de surtaxes sur les exportations, aura lieu ce 17 janvier.
L’Italie longtemps hésitante
L’accord a été arraché par la Commission européenne, notamment grâce au soutien de l’Italie, resté longtemps incertain, qui a fini par céder après la promesse faite par Ursula von der Leyen d’une avance sur 45 milliards d’euros d’aides de la politique agricole commune (PAC) débloquée en 2028 – plus tôt que prévu. « Un geste particulièrement destiné à l’Italie, qui menaçait de faire pencher la balance contre le Mercosur et qui est désormais convaincue », indique le quotidien suisse Le Temps. Emmanuel Macron a également salué cette annonce, sans pour autant se laisser convaincre de pencher en faveur du « oui ».
Privée du soutien de l’Italie, la France n’était plus en mesure de bloquer l’approbation du texte. Bien que la Pologne, la Hongrie, l’Irlande et l’Autriche aient également voté contre, les opposants au Mercosur n’arrivaient plus à atteindre le seuil de la minorité de blocage qui nécessite de représenter au moins 35 % de la population européenne. Au moins 15 pays représentant 65 % de la population totale du bloc européen ont voté pour.
Un moment qui « restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron »
Pour Le Temps et bien d’autres, l’opposition publique du président français sur le sujet « isole la France ». « Les diplomates français se plaignent que (la présidente italienne du Conseil des ministres, NDLR) Giorgia Meloni revendique le succès comme le sien, car ils auraient été ceux qui auraient travaillé avec la Commission pour des mesures en faveur de l’agriculture », indique Il Foglio. Selon le quotidien italien milanais, qui a interrogé « plusieurs sources », Emmanuel Macron s’était pourtant « convaincu qu’il n’y avait plus de raison de s’opposer au Mercosur », conscient « à quel point la signature sur le Mercosur est importante économiquement et géopolitiquement pour une UE qui a besoin d’une stratégie de diversification devant Donald Trump ». Mais confronté à la colère de ses agriculteurs « qui bénéficient d’un fort soutien dans la population », selon le quotidien allemand Tageszeitung, Emmanuel Macron était « contraint de voter ‘non’ contre ses convictions, d’accepter d’être mis en minorité dans l’UE et de subir des critiques en France pour son isolement et sa défaite », estimeIl Foglio. « L’alternative était de voter ‘oui’, d’enflammer la protestation agricole, de provoquer la chute du gouvernement Lecornu et d’être accusé de trahir la France », ajoute le quotidien milanais.
« Face à l’impopularité profonde de l’accord en France, Emmanuel Macron se retrouve dans la position délicate de devoir s’y opposer tout en défendant les concessions obtenues », estime également Politico Europe. « L’incapacité de la France à stopper le Mercosur restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron », juge ce média. « L’échec du président français, fervent europhile, à empêcher la conclusion de l’accord est un constat humiliant du déclin de l’influence de Paris au sein de l’UE, où la France a longtemps été réputée pour son exceptionnalisme et son droit de veto. » En outre, analyse Politico, « l’incapacité de la France à bloquer l’accord commercial UE-Mercosur vendredi permet aux partis d’opposition d’enfoncer le clou face à un Emmanuel Macron déjà fragilisé pour le reste de son mandat ».
Un vote crucial du Parlement européen
Le Parlement européen devra toutefois se prononcer à majorité simple sur l’accord avec le Mercosur avant qu’il n’entre en vigueur. Le soutien du Parlement sur les questions de libre-échange « ne sera pas chose aisée », rappelle El Pais. « Cela pourrait même déclencher une nouvelle motion de censure contre le gouvernement d’Ursula von der Leyen, cette fois-ci de la part du groupe d’extrême droite Patriots », relève le quotidien espagnol.
« Le scrutin pourrait être très serré : dans l’assemblée, les considérations idéologiques se superposent aux sensibilités nationales », indique également Le Soir, précisant qu’une « fronde monte déjà ». Ainsi, quelque 150 députés européens issus de plusieurs groupes politiques, soit un cinquième du Parlement, appellent déjà l’assemblée à saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), constate le quotidien belge. « Si cette résolution devait être votée et la Cour saisie, cela suspendrait la ratification par les eurodéputés », selon le quotidien belge. « L’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », affirmait laconiquement jeudi Emmanuel Macron par le biais d’un communiqué de l’Elysée.
C. ARTICLE – Mercosur : validation de l’accord, opposition française, Cour de justice… Les réponses du ministre
Dans un entretien exclusif accordé à Ouest-France sur la situation internationale, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’exprime sur l’accord du Mercosur. « Seule la saisine de la Cour par le Parlement européen amènerait à suspendre la ratification de l’accord. La balle est désormais dans le camp du Parlement européen », précise le ministre.
Ouest-France Propos recueillis par Laurent MARCHAND, Patrice MOYON, avec Stefan BRÄNDLE (Funke) et Bartosz WIELINSKI (Gazeta Wyborcza).
Vendredi 9 janvier 2026, une majorité des États européens ont voté en faveur de l’accord commercial avec le Mercosur,malgré la mobilisation des agriculteurs européens et le fait que la France a voté non. Plusieurs responsables politiques, notamment le patron des socialistes, Olivier Faure, appellent à saisir la Cour de justice de l’Union européenne. « Cette saisine suspensive permettra de gagner dix-huit mois pour revenir sur ce traité délétère », justifie-t-il.
Dans un entretien exclusif accordé à Ouest-France, et à ses partenaires de médias européens, Funke (Allemagne) et Gazeta Wyborcza (Pologne), le chef de la diplomatie française explique la position française et renvoie au Parlement européen le choix de saisir ou non la Cour de Justice de l’Union européenne.
En s’opposant à la signature du traité avec les pays du Mercosur, la France ne s’isole-t-elle pas ?
Quand la France a parlé la première de souveraineté européenne en 2017, elle était seule à le faire. Aujourd’hui, on considère qu’elle a été visionnaire. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est notre souveraineté alimentaire. Et j’observe que d’autres pays européens, comme la Pologne, l’Autriche, l’Irlande, la Hongrie ou la Belgique partagent cette position.
Mais pourquoi continuer à s’y opposer ? Même l’Italie a décidé de s’y rallier.
Seule la saisine de la Cour par le Parlement européen amènerait à suspendre la ratification de l’accord.
La France va-t-elle entamer une procédure contre cet accord ?
L’accord ne sera pas définitivement adopté tant qu’il n’aura pas été adopté par le Parlement européen. Il devra ensuite être ratifié par le Conseil. J’entends dire qu’une saisine de la cour de Justice de l’Union européenne permettrait d’empêcher l’entrée en vigueur de cet accord : c’est faux. Seule la saisine de la Cour par le Parlement européen amènerait à suspendre la ratification de l’accord. La balle est désormais dans le camp du Parlement européen.
Mais la Commission a prévu de se passer de cet accord ?
Les règles européennes sont claires : l’accord doit encore être approuvé par le Parlement européen, la procédure se poursuit. Que ceux qui menacent notre gouvernement de motion de censure utilisent cette énergie à faire entendre leur voix à Strasbourg. Qu’ils montrent leur influence réelle en Europe et au sein de leurs groupes politiques respectifs.
Quelles avancées ont été obtenues dans la dernière ligne droite ?
Des mesures sans précédent au bénéfice des agriculteurs français, sous notre impulsion. La clause de sauvegarde que nous avons arrachée protégera les filières agricoles sensibles contre toute déstabilisation de marché. C’est tout simplement la disposition la plus protectrice jamais insérée dans le cadre d’un accord commercial conclu par l’Union européenne. Ses critères de déclenchement sont même ceux que souhaitaient les organisations agricoles. Nous avons, en outre, exigé et obtenu le principe de réciprocité s’agissant de l’interdiction de l’entrée sur le marché unique de produits agricoles contenant des résidus de substances interdites aux producteurs européens, le renforcement des contrôles aux frontières, un relèvement très significatif des montants disponibles pour les aides aux revenus de la PAC, et la suspension de la taxe carbone sur les engrais qui risquait de lourdement pénaliser les grandes cultures.
La France assume de dire non quand il le faut
Pourquoi alors continuer à ferrailler contre cet accord ?
Certaines garanties précises restaient insuffisantes pour notre agriculture. Aucune surprise : la France avait été transparente du début à la fin, comme l’ensemble des forces politiques représentées au Parlement. À cet égard, les dépôts de ces motions de censure en réaction à cette décision font donc le choix d’affaiblir la voix de la France plutôt que celui de l’unité nationale dans la défense de notre agriculture.
C’est aussi une première. Jamais la France n’a refusé de se rallier à un accord commercial européen.
La France s’est opposée de longue date à cet accord en l’état, sans quoi il aurait sans doute été adopté depuis longtemps. La France assume de dire non quand il le faut, et souvent l’histoire lui donne raison.
Et sur le risque de laisser le champ libre à la Chine et aux États-Unis au cas où cet accord échouerait ?
Mon ministère est pleinement mobilisé pour permettre à nos entreprises de trouver de nouveaux débouchés, et de sécuriser nos approvisionnements. L’Union européenne a intérêt à diversifier ses partenariats, tout en préservant les conditions de sa souveraineté. C’est ce qu’elle est en train de faire avec l’Inde, dont j’ai convié le ministre des Affaires étrangères à être l’invité d’honneur de notre Conférence annuelle des Ambassadrices et des Ambassadeurs.
D. ARTICLE – Encore une dissolution ? L’apothéose du ridicule
par Laurent Joffrin | LE JOURNAL INFO 11 01 26
Le bruit court sérieusement que l’exécutif songe à dissoudre une nouvelle fois l’Assemblée si d’aventure il était censuré. Après quatre mois de pantalonnade à propos du budget, la classe politique se donnerait donc le ridicule d’un troisième scrutin législatif en quatre ans…
portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)Info du « Monde », puisée à bonne source : le Premier ministre et le président envisageraient une dissolution de l’Assemblée nationale en cas de censure du gouvernement. En difficulté à l’Assemblée, menacé d’une motion de censure RN et LFI sur le Mercosur, incapable de trouver un compromis sur le budget, Sébastien Lecornu n’a donc rien trouvé de mieux que d’agiter le spectre d’une nouvelle élection nationale pour ramener les députés à la raison. La dissolution précédente ayant donné les formidables résultats que l’on sait, il aurait tort de se priver.
Budget, Mercosur et motion de censure
Il est vrai qu’il pourra cette fois se défiler en accusant les parlementaires. Revenu à l’Assemblée après son déshabillage par le Sénat, le texte de la loi de finances a pour l’instant suscité un désaccord complet en droite et gauche. Les concessions propres à amadouer les socialistes ont pratiquement disparu et la droite s’arc-boute sur son refus de tout nouvel impôt. La colère paysanne – pourtant bien minoritaire – donne l’occasion au RN et à LFI de brandir pour la énième fois leur motion de censure. Et une Assemblée désabusée, sans boussole, effrayée à son tour devant l’ire des syndicats d’agriculteurs, pourrait la voter en désespoir de cause.
Encore une fois, les louvoiements macroniens sont à la base de la crise qui couve. Favorable au fond de lui à l’accord commercial avec le Mercosur, le président a dû composer avec le risque d’une insurrection paysanne attisée par l’épizootie de dermatose nodulaire, qui a pour l’instant provoqué l’abattage de quelque 3 000 vaches sur une quinzaine de millions. Après avoir vanté les concessions arrachées à l’Union européenne, le gouvernement a finalement voté contre l’accord à Bruxelles par peur d’une centaine de tracteurs et, surtout, de la motion de censure annoncée par les extrêmes. Ce qui revient à désavouer par le vote les avancées obtenues auprès des partenaires européens. Ces atermoiements couplés avec l’irritation née de débats interminables et stériles peuvent conduire les députés au suicide politique.
Un nouveau scrutin, quels effets politiques ?
Nous voici donc menacés d’une nouvelle crise politique. Elle nous manquait… Les élections envisagées auraient deux issues possibles : une victoire du RN, ou bien une nouvelle Assemblée ingouvernable, qui risque de conduire la majorité des partis à exiger la démission d’Emmanuel Macron. Y a-t-il un suprême calcul derrière ces palinodies ? Une cohabitation d’un an avec le RN qui démontrerait son incapacité à gouverner ? Mais les lepénistes auront beau jeu de faire porter à Macron, assiégé à l’Élysée, la responsabilité de ce pandémonium, pour se retrouver en bonne position en 2027. L’effondrement d’une gauche empêtrée dans ses divisions, ou bien contrainte de retrouver une unité factice à laquelle personne ne peut croire, tant LFI a rendu le rassemblement impossible par ses outrances ? Cela ne suffira pas à dégager une majorité.
L’instabilité, disent les économistes, explique en grande partie la défiance croissante des marchés et de l’Europe envers la France. Ces soubresauts politiques, pour couronner le tout, seraient donc suivis d’une autre crise, financière et économique celle-là. Par peur des nuages, on déclencherait une tornade. Voilà qui offrirait à Macron-Gribouille une sortie en beauté…
E. ARTICLE – Mercosur : le dénigrement de l’accord par la France passe mal à Bruxelles
Les partenaires de la France comprennent les raisons de politique interne qui l’ont conduite à voter contre le traité avec l’Amérique du Sud. Les défenseurs du texte lui reprochent en revanche de le dénigrer et de s’opposer à son application la plus rapide possible.
Par Karl De Meyer. 11 janv. 2026 LES ÉCHOS
Le feu vert des Vingt-Sept à l’accord commercial avec le Mercosur, vendredi 9 janvier, contre l’avis de la France et de quatre autres Etats membres, crée des frictions politiques qui pourraient avoir des suites dans les semaines qui viennent. A un moment où l’Europe est attaquée par les Etats-Unis, la Chine et la Russie, plusieurs partenaires de la France réprouvent le discours de Paris autour de son vote négatif.
« Tout le monde sait que le commerce est un sujet traditionnellement toxique en France et que Macron est dans une situation domestique très instable. A ce titre, on peut comprendre que la France vote au final contre le Mercosur, même si elle a obtenu toutes les garanties qu’elle demandait depuis un an », indique un diplomate européen.
Dénigrement
Paris a, de fait, arraché un grand nombre d’engagements, par exemple des clauses de sauvegarde très protectrices pour les produits agricoles les plus sensibles, une augmentation des contrôles sanitaires, une sécurisation des aides au revenu agricole, des exemptions pour limiter la hausse du prix des engrais, etc.
Emmanuel Macron a reconnu ces progrès, sur X, jeudi soir, avant d’ajouter : « malgré ces avancées incontestables, le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat ».
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Ce qui est mal passé à Bruxelles, c’est le dénigrement de l’accord Mercosur, présenté par Emmanuel Macron comme « un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps [un quart de siècle, NDLR] sur des bases trop anciennes ». Emmanuel Macron a aussi minimisé les bénéfices économiques généraux de l’accord, estimés par la Commission à 0,05 % du PIB de l’UE à l’horizon 2040.
Paradoxe français
« D’abord, c’est un mauvais message à envoyer à nos partenaires latino-américains que de relativiser la portée de notre alliance. Ensuite, ça nuit à nos négociations en cours avec d’autres pays, notamment l’Inde », indique le même diplomate. Les autres pays qui ont voté contre le texte sont restés beaucoup plus sobres. La Pologne, par exemple, qui avait fait passer le message qu’elle ne pourrait jamais voter pour, même avec une avalanche de garanties, en raison de sa situation de cohabitation conflictuelle.
« Il est tout de même paradoxal que la France n’évoque pas la dimension géopolitique du Mercosur, alors que c’est elle qui pousse depuis des années l’objectif d’autonomie stratégique de l’UE et du dérisquage, notamment vis-à-vis de la Chine, et a réussi à imposer ses idées à Bruxelles », indique un autre diplomate.
Le traité Mercosur est pensé par ses partisans comme une réponse à la volonté d’hégémonie de Donald Trump en Amérique latine et à l’agressivité commerciale de la Chine dans la région. Il sécurise, en outre, pour l’industrie européenne l’accès à des matières premières critiques.
Autre sujet de friction : l’opposition frontale de la France à l’option d’une mise en oeuvre temporaire du volet commercial de l’accord avant le « consentement » du Parlement européen. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a déclaré souhaiter « que la démocratie soit honorée […]. Je pense que la consultation du Parlement européen est une étape absolument indispensable pour valider l’accord ». L’eurodéputé français Pascal Canfin juge « scandaleuse » la stratégie « du fait accompli » que la Commission européenne semble envisager.
Saisine de la Cour de justice
Les partisans de l’accord ne voient pas du tout les choses de cette façon, estimant au contraire normal, voire nécessaire, que l’accord soit mis en oeuvre le plus vite possible après sa ratification par l’un des pays du Mercosur. « Les juristes du Conseil ont confirmé que c’est la procédure normale », souligne un autre diplomate.
Le Parlement européen doit se prononcer à la majorité simple au printemps. Un groupe d’élus souhaite, au préalable, faire approuver en plénière la saisine de la Cour de justice de l’UE pour vérifier la compatibilité de l’accord avec les traités européens. Si l’accord n’est pas entré en vigueur de manière temporaire au moment d’une éventuelle saisine, celle-ci différerait le vote du Parlement sur son consentement jusqu’à la décision des juges de Luxembourg, qui prendra au moins six mois.
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Pour les défenseurs de l’accord, un nouveau délai serait catastrophique. Il confirmerait aux yeux du reste du monde que la complexité de sa gouvernance empêche l’UE de manoeuvrer dans un moment de spectaculaire accélération. « Dans le nouvel ordre mondial, il est de la responsabilité de chaque Etat membre d’être le plus pragmatique possible », estime le premier diplomate.
Agathe Demarais, experte du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), conclut que « les exigences maximalistes et la rhétorique audacieuse de Paris n’ont en rien contribué à renforcer la crédibilité de la France auprès de ses pairs européens ». L’Elysée conteste cette vision : « nous [la France, NDLR] sommes un Etat fondateur, incontournable, notre rôle reste entier et intact ».