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NÉRON/MACRON (6) : « Pluie, de colifichets et de promesses sans lendemain » « Il a cramé la caisse … et la Présidence »

NOS PUBLICATIONS PRÉCÉDENTES EN FIN D’ARTICLE

1. EMISSION – Les journalistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran pour « Néron à l’Elysée »

Par La rédaction numérique de France Inter ⸱ Publié le jeudi 8 janvier 2026

Les journalistes et éditorialistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran publie leur essai « Néron à l’Elysée », aux éditions Albin Michel. Le récit d’un espoir deçu par la présidence d’Emmanuel Macron.

Avec

  • Nicolas Domenach, directeur de la rédaction du « Nouveau Magazine littéraire »
  • Maurice Szafran, journaliste et écrivain, directeur général du groupe Challenge

En 2016, ils étaient tombés littéralement sous le charme du jeune candidat Emmanuel Macron, séduit par sa volonté de transgresser, de faire de la politique autrement. Les journalistes et éditorialistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran publie leur essai « Néron à l’Elysée, comment il a tout gâché « , aux éditions Albin Michel. Ce livre est un réquisitoire. Ses auteurs décrivent un chef de l’État naufragé de la dissolution, narcissique, isolé, refusant d’entendre la moindre critique.

« Il n’a pas seulement cramé la caisse, mais aussi cramé l’idée de la présidence qu’il avait lui-même impulsée, Macron n’est plus dans Macron du tout », affirme Nicolas Domenach. « Quand on relit ses interviews, c’est extraordinaire, d’abord il nous disait qu’il venait de la gauche, ensuite qu’il allait faire une présidence partagée, ensuite il a été absent lors de la grande manifestation républicaine contre l’antisémitisme. Ce qui fait que ça a transformé notre déception en mécontentement profond. »

« Qu’est-ce qu’il restera d’Emmanuel Macron ? »

« La question c’est qu’est-ce qui va rester de la Ve République en 2027 ? », s’interroge Maurice Szafran. « Tout est absolument raté depuis le soir du deuxième tour. » Le journaliste, éditorialiste à Challenges et cofondateur de l’hebdomadaire Marianne poursuit : « Il y a certains aspects de la politique étrangère qu’il trouve grâce à mes yeux, mais le système politique français, la société française d’aujourd’hui est totalement bloquée ». Il ajoute : « Qu’est-ce qu’il restera d’Emmanuel Macron si le Rassemblement national est élu à la présidence de la République ? Là, il y a une question absolument essentielle, éthique même. »

Un entourage très masculin

Les deux journalistes décrivent dans leur ouvrage l’Elysée comme « une cour aussi funeste que vulgaire à dominante machiste. Jamais le masculinisme n’a autant sévi au sommet de l’État ». Des propos forts. « Dans cet entourage, il n’y a pas de femmes », affirme Maurice Szafran. Il cite le mandat d’Elisabeth Borne à Matignon : « C’est épouvantable la façon qu’il a eu de la nommer, il lui a lié les mains de A à Z, il n’a cessé de la martyriser (…) c’était un boys band, ils se sont tous entendus pour qu’elle n’ait aucun pouvoir. Il y a cette espèce de fonctionnement entre eux, dès qu’intervient une femme à un poste de pouvoir, on la massacre. »

2. ARTICLE – Néron-Macron-Boucheron : l’or, l’argent et le bronze olympiques

ÉLÉMENTS François Bousquet – 4 août 2024

Pour une fois, Olivier Faure a été bien inspiré :

« On attendait Jupiter, on a eu Néron. »

Victor Hugo n’eut pas mieux dit. Néron-Macron-Boucheron ? Jamais la comparaison ne s’est autant imposée que ces jours-ci. Lisant cette merveille d’anthologie littéraire consacrée au sport, récemment parue dans la collection Bouquins sous la plume de Denis Gombert, je tombe sur un passage de la « Vie des douze Césars » où Suétone retrace l’« épopée » olympique de Néron à l’Olympiade de l’an 67, inondant la Grèce d’une pluie d’or, de colifichets et de promesses sans lendemain. Quasi du Macron.

Suétone est assurément un historien douteux, mais pas plus que Patrick Boucheron, deux propagandistes travaillant sur commande publique. À l’un, la légende noire de Néron ; à l’autre, la légende dorée de Macron. La Cène revisitée par le professeur du Collège de France aurait d’ailleurs eu toute sa place dans la Vie des douze Césars. Même grotesque, même pompe bouffie, même kitch rose bonbon. Bienvenue à Barbie Land. Qui croirait que deux millénaires séparent la cérémonie d’ouverture des mises en scène de Néron ? Ajoutez à cela (pour Boucheron et Thomas Jolly) que Néron persécutait les chrétiens.

Un des traits de la mégalomanie est le sentiment de toute-puissance ubiquitaire. Être pareil à un dieu. C’est là tout le contraire de la définition de l’auteur-créateur selon Flaubert, qui « doit être, comme un Dieu dans l’univers, présent partout et visible nulle part ». Macron est visible partout, comme s’il orchestrait lui-même sa propre divinisation, comme s’il autocélébrait son propre culte de la personnalité, non en costume de sacre à l’instar du Louis XIV de Hyacinthe Rigaud, mais dans la dérision de sa déchéance symbolique, groupie hystérique de nos Hercules de foire.

Cinquante nuances d’attouchement

L’homme aux 3 000 milliards de dette, l’homme de la dissolution, l’homme du chaos institutionnel, l’homme du gouvernement démissionnaire qui ne démissionne, se donne ainsi en spectacle en mondovision. Du haut de son pouvoir discrétionnaire, il a décrété la trêve olympique comme l’Église jadis instaurait des jours chômés. Au diable l’avarice. La dette française n’est plus à un milliard près, n’est-ce pas. La France pourra ainsi compter chaque soir ses médailles comme les enfants leurs billes pendant que les agences de notation dégradent la note de notre dette.

Macron est en vacances, dans toutes les acceptions du mot, dont celle de la vacance du pouvoir. On l’avait laissé au fort de Brégançon où il s’adonnait torse nu sur un yacht à des jeux d’eau ou des histoires d’O comme dans le roman de Dominique Aury (on ne sait plus trop avec lui : jeu de main ou jeu de vilain ou jeu anodin ?). Toujours est-il qu’il n’en finissait plus d’enlacer des corps masculins, de les toucher, de les affleurer. Voilà un président tactile à défaut d’être tactique, qui aime la proximité des corps fumant, suant, ahanant. On en avait eu un aperçu en 2018 sur l’île de Saint-Martin, aux Antilles, où Macron, en nage, posait avec deux jeunes hommes dont l’un nous adressait un sympathique et significatif doigt d’honneur. Des cinq sens, son préféré c’est le toucher, la palpation, la palpitation érotisante, le corps à corps.

Bref, le jeudi, il prenait un bain de pieds – et son pied manifestement – dans la Méditerranée ; et on le retrouve le vendredi, ubiquité oblige, à l’Arena Champs-de-Mars et à la piscine de la Défense Arena, enlaçant Léon Marchand ruisselant d’eau, Teddy Riner ruisselant de sueur, Romane Dicko ruisselant de larmes. C’est à peine s’il ne tirait pas l’oreille de Teddy Riner pareil à Napoléon félicitant ses grognards. Comme s’il s’emparait leur succès. Comme les rois thaumaturges d’antan et leur toucher des écrouelles : « Le roi te touche, Dieu te guérit ».

Néron redivivus

Néron se rêvait l’égal d’Hercule et descendait dans l’arène, dit Suétone, où il avait « fait préparer un lion qu’il devait, paraissant tout nu dans l’arène de l’amphithéâtre, soit assommer à coup de massue, soit étouffer dans ses bras ». Étouffer dans ses bras, c’est très exactement ce que fait Macron quand il enlace nos champions. Mais le champion des champions, qu’on ne se méprenne surtout pas, c’est l’empereur et le président, les vrais dieux du stade.

La légende noire de Néron rapporte qu’il aurait raflé plus de 1 800 victoires, toutes clownesquement truquées. Macron ne fait rien d’autre avec Kylian Mbappé, Teddy Riner ou Léon Marchand. Leurs victoires ne sont certes pas truquées. Ce qui l’est en revanche, c’est leur appropriation présidentielle.

S’il n’y avait que cela ! Macron boxant rageusement son sac de frappe dans la salle de sport de l’Élysée, les muscles saillants et photoshoppés, c’est aussi Néron redivivus. Ses discours-fleuves (quasiment deux heures à la Sorbonne en avril dernier), c’est encore et toujours Néron redivivus déclamant ses vers. « Quel artiste le monde perd en moi », a dit Néron à sa mort. « Quel artiste le monde gagne en moi », lui répond en écho Macron. Jusqu’aux dépenses somptuaires (voir le dernier rapport de la Cour des comptes). Macron, c’est le train de vie d’un maradja. Néron traversait les villes sur des chars sardanapalesques comme Hélios dans son char d’or. Le char de Macron, c’est son Falcone. Le « quoi qu’il en coûte » valant surtout pour la cassette présidentielle.

Macron aurait-il eu sa place dans la Vie des douze Césars, parmi les Caligula, les Claude et les Néron ? La vie d’un Césarion plutôt. Il n’a pas incendié Paris (il laisse cela à Anne Hidalgo), mais Néron a-t-il fait brûler Rome ? Peu vraisemblable ; et qui sait s’il ne se trouvera pas à l’avenir un Suétone qui nous expliquera que Macron a incendié Notre-Dame ?

NOS PUBLICATIONS PRÉCÉDENTES : 

« NÉRON A L’ÉLYSÉE » (1) : EXTRAITS EN AVANT PREMIÈRE

« NÉRON À L’ÉLYSÉE » (2) : COMPRENDRE L’EFFONDREMENT DE LA 5eme REPUBLIQUE

« NÉRON À L’ÉLYSÉE » (3) : EROSTRATE, L’INCENDIAIRE

MISE À JOUR – « NERON L’INCENDIAIRE DESTRUCTEUR », « LE GONDWANA FRANÇAIS » – LA FRANCE VUE D’AILLEURS (suite 2)

MACRON/NÉRON (4) : « LE MÉTAMORPHE DE L’ÉLYSÉE » – « DE JUPITER À NÉRON » – POINT DE VUE

NÉRON/MACRON (5) : « Faut-il être haï ou aimé pour gouverner ? »

https://metahodos.fr/2026/01/09/de-neron-a-macron-faut-il-etre-hai-ou-aime-pour-gouverner/

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