
ARTICLE – Néron à l’Élysée : Domenach et Szafran dénoncent la personnalisation du pouvoir et la désillusion journalistique face à Macron
Parlons Politique. 07/01/2026
Dans Néron à l’Élysée, Nicolas Domenach et Maurice Szafran racontent leur désillusion face à Emmanuel Macron : d’anciens enthousiasmes médiatiques à un bilan sévère qui pointe la personnalisation du pouvoir, l’écart entre promesses et pratiques, et la responsabilité des éditorialistes (Challenges). Un court essai critique qui interroge la distance critique des journalistes.
Le dernier livre de Nicolas Domenach et Maurice Szafran, Néron à l’Elysée (Albin Michel, 256 pages, 20,90 euros), est présenté comme un récit d’affliction : il traduit la déception profonde de deux éditorialistes qui, naguère, avaient placé de grands espoirs dans la trajectoire politique d’Emmanuel Macron.
Des enthousiasmes d’hier
Les auteurs, connus pour leurs chroniques dans le magazine Challenges, n’hésitent pas à reconnaître, dès l’introduction, qu’ils furent séduits par le candidat. Ils évoquent un enthousiasme ancien, « il y a près de dix ans », pour celui qu’ils qualifiaient alors d’« homme exceptionnel ». Ils citent ses qualités telles qu’ils les percevaient : « des intuitions, du courage, de l’ambition pour le pays et pour ses citoyens » et un positionnement se réclamant de la gauche.
Cette proximité intellectuelle s’est concrétisée, affirment-ils, par une rencontre notable : une « longue et puissante interview » accordée par Emmanuel Macron en octobre 2016. Dans cet entretien, le candidat « En Marche », volubile, insistait sur la nécessité de « retrouver un imaginaire commun » et d’inventer une « nouvelle forme d’autorité démocratique ». Ces passages, rapportés par les auteurs, servent de point de référence pour mesurer l’écart entre les promesses proclamées et les pratiques observées depuis lors.
Des éditoriaux favorables qui ont fait débat
À mesure que la campagne présidentielle avançait, les éditoriaux élogieux signés par Domenach et Szafran se sont multipliés dans l’hebdomadaire. Ces prises de position ont contribué à forger une image enthousiaste du candidat parmi une partie de la presse. Ce soutien public, écrivent-ils, n’a pas été sans conséquence : il a suscité des protestations internes, en particulier de la part de la société des rédacteurs du magazine.
Les auteurs soulignent cette tension comme révélatrice d’un questionnement plus large sur la relation entre journalistes et responsables politiques. Leur témoignage mêle donc regret et autoexamen : il ne se limite pas à accuser, mais cherche à comprendre comment un espoir collectif a pu se transformer en désillusion personnelle et professionnelle.
Le livre comme bilan critique
Néron à l’Elysée est présenté comme un bilan sévère et réfléchi. Les deux plumeux y recomposent la chronologie de leur adhésion et détaillent les raisons de leur recul critique. Le titre lui‑même joue sur une métaphore historique et symbolique, laissant entendre une lecture dépréciative du pouvoir exercé et des comportements observés à la présidence.
Sans reprendre ici l’ensemble des arguments développés dans l’ouvrage, on peut noter que les auteurs misent sur le récit personnel pour illustrer une critique politique plus générale : celle d’un espoir public qui n’a pas tenu ses promesses selon eux. Ils utilisent leurs propres engagements passés comme un étalon pour mesurer les écarts entre discours et action.
Réflexion sur la déception politique
Au‑delà des noms et des dates, l’intérêt du livre réside dans le regard qu’il propose sur la mécanique de l’adhésion médiatique et sur les conséquences du désenchantement politique. L’ouvrage interroge le rôle des éditorialistes, la part d’anticipation dans leur jugement et la manière dont les promesses de renouveau peuvent alimenter des attentes fortes, parfois difficiles à vérifier.
En se plaçant dans la position de témoins qui avouent leur erreur d’appréciation, Domenach et Szafran offrent un matériau utile pour penser la responsabilité des chroniqueurs politiques. Leur démarche invite aussi à mesurer les effets de la personnalisation du pouvoir et de la construction médiatique des carrières politiques.
Sans prétendre épuiser le sujet, le livre prolonge ainsi un débat ancien sur la distance critique que doivent conserver les journalistes vis‑à‑vis des acteurs qu’ils couvrent. Il met aussi en lumière la difficulté à concilier admiration passagère et analyse rigoureuse lorsque se mêlent urgence politique et ambition éditoriale.
NOS PUBLICATIONS PRÉCÉDENTES :
« NÉRON A L’ÉLYSÉE » (1) : EXTRAITS EN AVANT PREMIÈRE
« NÉRON À L’ÉLYSÉE » (2) : COMPRENDRE L’EFFONDREMENT DE LA 5eme REPUBLIQUE
« NÉRON À L’ÉLYSÉE » (3) : EROSTRATE, L’INCENDIAIRE
MISE À JOUR – « NERON L’INCENDIAIRE DESTRUCTEUR », « LE GONDWANA FRANÇAIS » – LA FRANCE VUE D’AILLEURS (suite 2)
MACRON/NÉRON (4) : « LE MÉTAMORPHE DE L’ÉLYSÉE » – « DE JUPITER À NÉRON » – POINT DE VUE
https://metahodos.fr/2026/01/08/le-metamorphe-de-lelysee-de-jupiter-a-neron-point-de-vue/