Aller au contenu principal

DISSOLUTION (4) DE LA GOUVERNANCE INSTITUTIONNELLE

ÉMISSION – Ve République : la Constitution est-elle réparable ? 

Depuis la dissolution de juin 2024, les politiques n’ont toujours pas trouvé les ressources nécessaires dans la Constitution pour dépasser la fragmentation de l’Assemblée. La Ve République est-elle réparable ? 

RADIO FRANCE – Avec

  • Olivier Beaud, professeur de droit public à l’Université Paris 2
  • Perrine Simon-Nahum, directrice de recherche au CNRS, professeure à l’École normale supérieure de Paris

Olivier Beaud et Denis Baranger sont les auteurs de La Dissolution de la Vᵉ République, paru chez Les petits matins en 2025.

Une Ve République fragilisée : retour aux fondamentaux parlementaires

Olivier Beaud pose un constat : la dissolution du 9 juin 2024 a transformé « une république présidentielle » en « une république parlementaire, mais sans majorité« . Pour lui, « un régime parlementaire fonctionne s’il y a un gouvernement, un gouvernement qui doit évidemment avoir la confiance du Parlement. Il faut donc qu’il y ait une majorité dans ce Parlement« , ce qui n’est plus le cas. Cette situation, explique-t-il, n’avait pas été anticipée et place la Vᵉ dans une configuration inédite.

Dans un extrait de Raymond Aron, celui-ci rappelle que la démocratie parlementaire est « probablement tout de même le meilleur des régimes« . Perrine Simon-Nahum souligne la clairvoyance d’Aron et de Tocqueville sur les tensions entre institutions et pratiques : « ce que Tocqueville souligne —  à savoir le fait que les intellectuels ne vivent pas dans le monde politique concret, mais fantasment une vie politique imaginaire — me semble valoir aussi pour aujourd’hui ». Elle insiste aussi sur le « dissensus organisé » constitutif de la démocratie, au cœur de la pensée de Raymond Aron.

2025 : la rentrée des blocages. Crise politique ou institutionnelle ?

De Gaulle, Aron et les ambiguïtés du pouvoir : héritages et impasses

Le débat revient ensuite sur la conception gaullienne des institutions. Olivier Beaud rappelle le souhait fondateur de la Ve République : « un gouvernement qui gouverne ». Il souligne que l’élection présidentielle au suffrage universel a fait du chef de l’État un « concurrent » du Parlement, perturbant l’équilibre imaginé en 1958. S’ajoute selon lui un « aveuglement de la classe politique » qui refuse de voir que le président n’a plus la légitimité pour « décider à la place des Français, à la place du Parlement ou à la place du chef du gouvernement« .

Perrine Simon-Nahum, replaçant Aron dans son rapport au général de Gaulle, rappelle que leurs relations furent « toujours critiques sur le plan de la définition du pouvoir » malgré un grand respect. Elle souligne combien Aron insistait sur l’articulation entre politique et société : la démocratie est un « état social » qui requiert « la circulation des élites » et une légitimité sans cesse réassurée. Elle insiste sur la dimension historique et morale de son œuvre : l’individu demeure « acteur de sa propre histoire ».

Vivons-nous la fin de la Ve République ? 

Médias, réseaux sociaux et démocratie : nouvelles fractures, anciens diagnostics

Dans la dernière partie, l’entretien aborde la crise de l’information. Pour Simon-Nahum, « l’information est le nerf de la guerre », mais les labels ne suffisent pas : seules « l’éducation de la jeunesse et la formation de son esprit critique« permettent de renforcer la légitimité démocratique. Olivier Beaud alerte sur la concentration médiatique : la « presse Bolloré est une puissance économique extrêmement importante, qui désormais contrôle beaucoup de médias et qui fait une propagande pratiquement quotidienne, avec un objectif politique très précis ». Cela illustre selon lui un mélange inquiétant entre « pouvoir économique et pouvoir politique », appelant le législateur à agir.

La discussion s’élargit aux réseaux sociaux. Olivier Beaud y voit un facteur de polarisation rendant le débat difficile. Perrine Simon-Nahum mobilise Tocqueville : si celui-ci n’a pas connu Internet, il avait anticipé « l’effet de ressentiment » produit par l’égalité démocratique et la fragmentation du lien social. Elle rappelle enfin le pessimisme tocquevillien face au « despotisme doux », contraste avec la confiance d’Aron dans la capacité des hommes à « cultiver une forme de raison historique qui permettait aux individus de s’opposer à ces dérives démocratiques ».

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.