
CEUX QUI ONT CAUTIONNÉ LA POLITIQUE FINANCIÈRE DE MACRON RÉCLAMENT À PRÉSENT L’AUSTÉRITÉ ET UN ENORME EFFORT DES FRANÇAIS
Nicolas Dufourcq, comme le Président de la Banque de France, celui de la Cour des Comptes, le Président du Medef, Bruno Lemaire, Patrick Artus, le prix Nobel… ont cautionné la dérive financière qui met -après 9 ans – la France à genoux.
Aujourd’hui, sans autocritique, ils préconisent de redresser les comptes qu’ils contribué à dégrader en réclamant l’effort des Français : jusqu’à 4000 euros par français pendant 10 ans ( deux revenus mensuels moyens ) pour … non pas rembourser la dette, mais la stabiliser et en finançant le coût , et – en même temps – permettre une augmentation des dépenses de l’Etat.
APRÈS LE « QUOI QU’IL EN COÛTE » ET LA « PSEUDO POLITIQUE DE L’OFFRE », LE MATRAQUAGE PAR LA FISCALITÉ ET LE POUVOIR D’ACHAT
Ils ont laissé la dette croître et préconisent à ôtent une cure d’austérité et de prélèvements sur les revenus et patrimoines des français.
Selon Dufourcq, la France devra procéder à un redressement massif de ses finances publiques, comparable à celui des pays du sud de l’Europe ou de l’Allemagne des années 2000.
Avant même cette descente macronienne aux enfers, cad en 2017, François Fillon était allé plus loin en insistant sur le fait que l’État était en faillite et que des années de redressement, de sang, de larmes et de sueur nous attendaient.
« Cela exige une réforme structurelle de l’État, probablement une réforme de la carte territoriale, un nouveau contrat dans la fonction publique, davantage d’exigences en matière de services publics.
Cela demande surtout de se concentrer, de prioriser. Il n’est plus possible d’être dans le « en même temps ».
Il faut faire des choix clairs. » Don Diego De La Vega
EN FRANCE L’AUSTÉRITÉ N’EST PAS POUR L’ADMINISTRATION, MAIS POUR LES FRANÇAIS : IMPÔTS COTRE ÉCONOMIES BUDGÉTAIRES
En France, l’austérité budgétaire ne conduit pas à réduire la dépense. Mais consiste essentiellement en des hausses d’impôts.
Le budget 2026 en est l’illustration avec une quarantaine de milliards d’impôts supplémentaires.
Or l’austérité devrait consister en une modestie budgétaire, en un réexamen général visant à améliorer la productivité des services publics. Cela s’appellerait la gestion financière responsable … celle prom par Macron qui a agit à contresens pendant 9 ans.
« Il y a des tâches que l’État peut davantage déléguer, et certaines doivent littéralement être abandonnées par l’État.
Cela suppose de faire des choix, d’avoir de la légitimité, de ne pas être dans le « en même temps », et de rompre complètement avec la tradition social-démocrate et vaguement comptable du pays depuis quarante ans.
Ce n’est pas avec Emmanuel Macron et Nicolas Dufourcq que l’on y arrivera. « Don Diego De La Vega
ARTICLE – La France a besoin de 10 ans d’austérité dit le patron de la BPI… vraiment ?
L’avertissement du patron de la BPI, évoquant sept à dix ans d’austérité pour redresser les finances publiques françaises, a relancé un débat aussi explosif que récurrent. Entre discours de rigueur martiale, hausse probable des prélèvements et absence de réforme structurelle de l’État, cette perspective interroge autant sa crédibilité économique que sa faisabilité politique. La France est-elle réellement condamnée à une décennie de sacrifices, ou y a-t-il un autre chemin ? Décryptage.
Don Diego De La Vega ATLANTICO
Atlantico : Dans les colonnes du Figaro, le Directeur général de la Banque publique d’investissement, Nicolas Dufourcq, estime aujourd’hui que l’austérité est inévitable et qu’elle pourrait durer de sept à dix ans. Selon lui, la France devra procéder à un redressement massif de ses finances publiques, comparable à celui des pays du sud de l’Europe ou de l’Allemagne des années 2000. La France a-t-elle réellement besoin de 10 ans d’austérité comme l’indique le patron de la BPI ?
Don Diego De La Vega : Ce discours est assez similaire à celui de nombreux dirigeants politiques en 2017. François Fillon était allé plus loin en insistant sur le fait que l’État était en faillite et que des années de redressement, de sang, de larmes et de sueur nous attendaient. Il s’agissait de la version aux accents un peu churchilliens. Et il y avait une version plus douce, celle de la Macronie, qui se distinguait de la vision de François Fillon, mais qui insistait malgré tout sur le sérieux budgétaire, qui était opposé à Jean-Luc Mélenchon et à Marine Le Pen, qui étaient présentés comme des candidats qui n’étaient pas crédibles sur le plan du budget.
Emmanuel Macron se présentait comme l’incarnation du sérieux financier par opposition au populisme. Ce discours a été réaffirmé en 2022, puisque c’était le principal argument de cette famille de pensée, des centristes, raisonnables financièrement, validés par la Commission européenne. Ils cherchaient à attirer les votes avec leur sérieux budgétaire.
Après plus de dix années de cette propagande, avouer aujourd’hui qu’il nous reste encore dix années devant nous souligne à quel point, peut-être, les dix années précédentes n’ont pas réellement été des années de rigueur budgétaire.
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L’austérité budgétaire telle qu’elle est conçue en France ne consiste pas à réduire la dépense. L’austérité budgétaire, telle qu’elle a été conçue notamment dans les années Juppé (1995 – 1997), consiste essentiellement en des hausses d’impôts. Ces hausses peuvent être plus ou moins déguisées, via différentes taxes. Cette austérité ne correspond pas réellement à la baisse des dépenses. Au mieux, cela devrait être un gel, mais en pratique, cette austérité s’apparente à un gel administratif ou comptable de certaines dépenses non prioritaires politiquement. En réalité, le gros de l’effort porte sur l’imposition. Souvenez-vous de la TVA à l’époque de Juppé, de la CSG. Les très rares fois où l’austérité budgétaire a été appliquée en France, cela est passé davantage par les impôts que par une véritable restructuration ou ré-ingénierie des dépenses de l’État. Cela est très problématique.
Si l’austérité consistait en une modestie budgétaire, en un réexamen général visant à améliorer la productivité des services publics, cela serait très favorable. Mais l’austérité telle qu’elle est conçue par les responsables politiques français depuis des décennies ne correspond pas à cela. L’austérité en question correspond essentiellement à une canalisation comptable et administrative de la dépense, couplée à une hausse des recettes. Les dirigeants politiques savent aussi qu’il n’y aura pas de croissance à venir. Cela passera donc, d’une manière ou d’une autre, par une augmentation de la CSG ou d’autres taxes périphériques, de la manière la plus indolore possible.
La France a besoin d’une détente monétaire pendant dix ans. Elle a besoin d’un euro-dollar au niveau de 2002, voire de 1985, où l’euro reconstitué était à 0,64 pour 1. Notre pays a aussi besoin de revoir sa copie budgétaire, probablement vers plus de modestie et, si possible, avec une meilleure qualité de dépense publique. Mais cela ne se décrète pas facilement. Cela ne peut pas se faire sans un lissage monétaire mondial via l’euro. Cela doit se faire dans le sens de la qualité plutôt que de la quantité. Comment éviter de sacrifier les services publics tout en les rendant plus productifs ? Cela exige une réforme structurelle de l’État, probablement une réforme de la carte territoriale, un nouveau contrat dans la fonction publique, davantage d’exigences en matière de services publics. Cela demande surtout de se concentrer, de prioriser. Il n’est plus possible d’être dans le « en même temps ». Il faut faire des choix clairs.
Il y a des tâches que l’État peut davantage déléguer, et certaines doivent littéralement être abandonnées par l’État. Cela suppose de faire des choix, d’avoir de la légitimité, de ne pas être dans le « en même temps », et de rompre complètement avec la tradition social-démocrate et vaguement comptable du pays depuis quarante ans. Ce n’est pas avec Emmanuel Macron et Nicolas Dufourcq que l’on y arrivera.
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Pierre Bentata et Jean-Marc Siroën
Cela suppose un ensemble d’éléments aujourd’hui absents. Les principaux partis français ne proposent pas grand-chose en la matière. Ils n’ont aucune envie d’aller vers une réforme de type néo-zélandais, où l’on s’intéresse réellement à la qualité de la dépense. Ils n’ont pas non plus envie de s’inspirer de la subsidiarité suisse ou danoise, c’est-à-dire responsabiliser véritablement les budgets des collectivités locales, leur permettre de s’administrer librement d’un point de vue budgétaire, et résoudre les problèmes au plus bas niveau possible avant de les faire remonter à l’échelle nationale.
Aucun de ces acteurs n’évoque ne serait-ce que le début d’un bras de fer avec Francfort, afin que les efforts budgétaires, qui devront effectivement durer dix à quinze ans, puissent être accompagnés.
Compte tenu du fait que la caisse a été complètement vidée pendant les années Macron, des efforts aussi longs et aussi profonds ne peuvent se faire qu’avec un accompagnement. Il faut des taux relativement bas pour que le service de la dette n’annihile pas tous les efforts consentis. Bref, il faut sortir de la trappe à dettes.
Il n’est pas possible à la fois de mener des efforts budgétaires sur dix ans, avec une population déjà épuisée par les réformes avant même d’avoir commencé, et en même temps avoir des taux d’intérêt supérieurs à la croissance nominale. Actuellement, l’OAT à dix ans est autour de 3,5 %, dans une économie dont la croissance nominale est de 2 à 2,5 % au maximum, et encore, cette croissance va diminuer. C’est impossible. Nous sommes déjà dans une logique où le service de la dette capitalise plus vite que notre capacité à la rembourser sans douleur. Nous sommes déjà en train de préempter la croissance future, et même de puiser directement dans la poche des contribuables simplement pour assurer le service de la dette.
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Dans ce contexte, quand on crée moins de richesses et que les engagements financiers s’accumulent, il faut impérativement canaliser la facture financière. Cela implique de demander un accompagnement monétaire, via le quantitative easing ou la possibilité de loger une partie de la dette française dans le bilan de la BCE.
Si la France n’obtient pas cela, ni une baisse de l’euro qui nous donnerait une chance, même minime, d’enrayer la désindustrialisation – ce que vous ne trouverez ni chez Nicolas Dufourcq ni dans les 400 pages de son livre sur la désindustrialisation, où ces questions sont absentes – alors cela risque de ne pas fonctionner.
Au bout de quelques années, lorsque les citoyens comprendront qu’ils font des efforts pour rien, que les sacrifices budgétaires ne produisent aucun résultat tangible, cela ne tiendra pas. Historiquement, cela ne tient ni trois ans ni cinq ans. Les gens s’épuisent, et c’est une prime gigantesque donnée aux populistes, qui, eux, peuvent être à peu près certains de ne pas réduire la dépense.
– Au-delà de la nécessité économique des mesures évoquées, ce recours à l’austérité semble ne pas pouvoir se faire sans aller à l’encontre des souhaits actuels de la population. Est-ce que ce type de mesures peut fonctionner en allant contre la volonté populaire ?
Lorsque Churchill, en 1925, a voulu rétablir la livre sterling à son niveau de 1914, il a provoqué une déflation absolument inouïe. Les efforts budgétaires promis ont explosé, les déficits se sont creusés et la dette a augmenté, précisément parce que les conditions d’une crise avaient été créées, rendant les efforts totalement vains.
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La macronie s’en moque complètement. Ce n’est pas un argument pour eux. Ce sont pourtant les mêmes personnes qui nous ont mis dans cette situation catastrophique, au bord du gouffre, littéralement, après dix années de gestion très solitaire des comptes publics par Bruno Le Maire. Il y a le budget officiel, mais aussi le budget « off », celui de structures comme la BPI ou la Caisse des dépôts et consignations, qui mériteraient peut-être un audit un jour. Récemment encore, il a été révélé que plus de 150 millions d’euros d’aides publiques avaient été investis dans une entreprise d’alimentation à base d’insectes, aujourd’hui en faillite. Et ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines.
Il n’est pas possible de mettre le pays au bord du gouffre et ensuite de dire qu’il n’y a pas le choix. Les Français, eux, veulent du choix, de la marge, et c’est normal. Il n’est pas possible de demander des sacrifices à des gens qui ont l’impression de passer cinq heures aux urgences avant d’être pris en charge. Il est impossible de leur demander de nouveaux sacrifices sur les services publics, les subventions ou la redistribution.
Comme la qualité des services publics a baissé, ils ont aussi des raisons de penser qu’il faut conserver tout ce qui peut l’être.
Il ne faut pas proposer dix années d’efforts supplémentaires, toujours pour les mêmes. Ce qu’il faut proposer, c’est un nouvel accord deal. La France s’approche dangereusement du bord du gouffre à cause de Nicolas Dufourcq, d’Emmanuel Macron et de Bruno Le Maire. Or, il ne sera pas possible de redresser le pays avec ceux qui l’ont mis dans cet état.
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Il est important de demander à la BCE une aide. Et si elle refuse, il faudra demander moins gentiment. Après tout, il serait possible d’appliquer une politique de la chaise vide pour paralyser l’institution. Un nouvel accord doit être acté. il faudra faire des efforts, mais il faut une “carotte” à côté du “bâton”. Sinon, c’est désespérant. La “carotte” peut être la participation, ou le fait de travailler à nouveau pour soi-même, plutôt que pour la veuve de Pensacola et le retraité de Milwaukee.
Cela peut passer par un chantier long et difficile, mais qu’il faut négocier avec le patronat en leur proposant un assouplissement réglementaire massif en échange de l’ouverture du capital aux salariés. Cela pourrait être un premier accord favorable aux classes moyennes. Il faut absolument offrir une “carotte”, car le problème des discours churchilliens est que ceux qui les tiennent ne paient pas le prix des réformes.
Pour la majorité de la population, dix ans d’austérité sans perspective est insupportable. Quand on est en difficulté, le taux d’actualisation est très élevé. Les Français concernés souhaitent voir les premiers fruits des efforts au bout de dix-huit mois, pas dans dix ans. C’est ce que je reproche à Patrick Artus, à Nicolas Dufourcq et à tous ceux qui expliquent qu’il va falloir suer sang et larmes : c’est acceptable pour eux, pas pour la majorité de la population. Il faut être en capacité d’offrir quelque chose, au moins une perspective. Je pense à la participation, à la remise de dettes, mais aussi à la subsidiarité. Il est crucial de rendre les gens plus puissants à l’échelle locale, leur donner un véritable pouvoir de décision.
Aujourd’hui, le budget des collectivités locales est largement piloté depuis Paris, ce qui vide l’échelon local de son sens. Lever ce carcan permettrait de libérer les initiatives. Il est aussi possible de négocier avec les entreprises, de leur demander de contribuer davantage, en échange d’une détente réglementaire. Le code du travail, le code fiscal et le code foncier sont extrêmement lourds en France. Il y a matière à discussion.
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Dire simplement qu’il faut se former davantage et payer plus d’impôts, ou annoncer quinze ans d’austérité n’est pas un projet. C’est exactement ce que je reprochais déjà à François Fillon en 2017 : un discours qui n’était pas réaliste.
– Si nous reconnaissons la nécessité de réduire les dépenses, leur application sur le plan politique ne risque-t-elle pas de se révéler très difficile ?
Il faut soit lisser cette réduction monétairement, soit l’accompagner d’un certain nombre de contreparties, soit faire de la pédagogie, mais pas une pédagogie comme François Bayrou, une vraie pédagogie. Sinon, ces efforts ne seront réalisés que sous la contrainte, c’est-à-dire lorsque nous aurons réellement le couteau sous la gorge, dans cinq ans, quand cela nous sera littéralement imposé, comme à un vulgaire pays du Club Med, par les marchés financiers et par la BCE, ou plus exactement par la BCE utilisant les marchés financiers pour débarquer avec une troïka. Il serait préférable que cela soit fait maintenant.
Mais cela ne peut pas être fait avec des propos matamoresques d’Emmanuel Macron ou de Nicolas Dufourcq. L’austérité n’a pas réellement été appliquée. Il y a donc des raisons pour lesquelles elle n’a pas été mise en œuvre depuis dix ans, et c’est la méthode qu’il faut revoir. La méthode repose sur la nécessité de trouver un accord. Ce que propose Donald Trump ressemble à un accord. Le but est d’essayer de s’organiser pour que le dollar ne soit pas trop fort, afin de donner une chance à la réindustrialisation. Certains industriels sont accompagnés par des baisses d’impôts et de réglementation, et en échange des efforts de réindustrialisation sont demandés. Il y a là les contours d’un accord et cela peut être compris par un certain nombre d’acteurs, entrepreneurs comme salariés. Par contre, si l’on ne propose que des sanctions, le progrès restera limité.
– La France est aujourd’hui presque dans une dynamique déflationniste, avec une croissance très faible. Dans ces conditions, une politique d’austérité serait-elle appropriée ?
Ce choix est possible, à condition qu’il soit jugé nécessaire. Le poids de l’État est-il trop important dans l’économie française aujourd’hui ? Oui. Avons-nous des déficits importants, y compris dans les phases hautes de la conjoncture ? Oui. Avons-nous une dette trop élevée, au point de ne plus être réellement maîtres de notre destin et de pouvoir subir un chantage aux taux d’intérêt de la part de la BCE ? Oui. Existe-t-il une trajectoire de long terme insoutenable en matière de dépenses, de déficits et de dette ? Oui. Tout cela est-il négatif pour les libertés fondamentales ? Oui. Donc, il est urgent d’agir.
Il serait crucial de mener une réforme de l’État-providence. Mais cela est extrêmement difficile à mettre en œuvre car les Français sont dépendants de l’État-providence et nous n’avons pas d’institutions suffisamment fortes, crédibles, pédagogues et anticipatrices pour mener ces réformes calmement.
Soit on adopte la méthode brutale proposée par Nicolas Dufourcq ou celle qui nous sera imposée dans cinq ou dix ans par une troïka venue de Francfort avec ses alliés. Soit on adopte une méthode plus intelligente, que j’appellerais une méthode à la Jacques Rueff, fondée sur le bâton et la carotte. La dernière fois que la France a véritablement restructuré son appareil d’État, avec De Gaulle et Rueff au début des années 1960, un accord a été proposé. Les dirigeants ont décidé de se retirer de l’Algérie, une décision douloureuse mais permettant d’éviter des dépenses improductives.
En parallèle, l’Europe a été pensée comme un cadre pour agir efficacement. En échange de la réduction des droits de douane et du réajustement réglementaire préconisé par le rapport Armand-Rueff, la France a maintenu ses efforts pour garantir son autonomie et sa souveraineté, notamment à travers le nucléaire et la capacité militaire. Il y avait un véritable équilibre entre le secteur public et le secteur privé. Tout cela a été accompagné d’une dévaluation : le nouveau franc de 1959 était précisément un outil pour lisser la réforme, lisser les efforts initiaux et permettre leur financement. C’est la dernière fois que l’on a réellement touché aux structures de l’État et procédé à une remise à plat du système. Cela remonte à plus de soixante ans. Depuis, les dirigeants français ont soit empilé des micro-réformes, soit mené des contre-réformes, avec un discours martial, mais sans jamais atteindre les objectifs fixés.
Il serait nécessaire de retrouver cet esprit rueffien. Il n’est pas possible d’obtenir des efforts simplement en les demandant, surtout lorsque l’on manque de légitimité pour le faire. Il faut négocier.
Dans le gaullisme, il y avait un discours pro-business, mais aussi un discours en faveur de la participation. Il y avait l’autorité de l’État, mais aussi un renforcement de la parole donnée au peuple. Emmanuel Macron et son entourage ont promis la croissance via la « start-up nation » et davantage de démocratie. Nous n’avons eu ni l’un ni l’autre. Dès lors, un élément de l’accord pourrait consister à rendre la parole aux citoyens : davantage de libertés locales, plus de participation en entreprise, et une véritable réforme de la réglementation.
Il ne devrait plus être possible d’ajouter un texte sans en supprimer un autre d’importance équivalente. En redonnant cette liberté aux citoyens, via des référendums d’initiative locale, ils seront en mesure d’accepter plus facilement certains efforts nécessaires. Mais ces efforts ne doivent pas passer par des hausses d’impôts. Ils doivent passer par des réductions de dépenses. La dépense improductive est telle en France qu’il est possible de réduire la voilure intelligemment, sans toujours faire peser l’effort sur les mêmes.
– Vous évoquez l’importance d’un accompagnement par la Banque centrale. Dans ce contexte, le terme d’austérité reste-t-il pertinent, ou a-t-il été en partie redéfini ?
Ce terme renvoie à une idée de gestion prudente, de « bon père de famille ». Le problème est que cette notion est devenue une gestion purement comptable. Ce que l’on appelle aujourd’hui l’austérité en France correspond au gel administratif et comptable des dépenses, couplé à des hausses de prélèvements. En résumé, lorsque Bruxelles exige une réduction des déficits, la France trouve le moyen d’augmenter la CSG d’un point. Voilà ce qu’est devenue l’austérité. Depuis les années Juppé notamment, cela correspond à une approche très verticale, une technique d’énarques, un discours de Bercy, et l’importation d’un discours allemand appliqué à des réalités administratives françaises.
En procédant ainsi, on passe sous silence la qualité de la dépense et près de 20 % de l’agenda. L’évaluation de l’action publique, notamment celle de la BPI dirigée par Nicolas Dufourcq, est également omise, alors qu’il s’agit d’un domaine clé où la France pourrait progresser. L’essentiel demeure ainsi ignoré.
Enfin, la question de l’austérité est presque toujours dissociée de celle de la coordination avec l’autorité monétaire. Lorsque cette dernière impose des taux d’intérêt trop restrictifs en même temps qu’une politique budgétaire austère, elle crée des conditions dépressionnaires qui neutralisent l’ensemble des efforts engagés.
Ce scénario s’est reproduit à de nombreuses reprises dans l’histoire, y compris dans l’histoire de France. La bonne méthode serait évidemment la coordination. Si cette coordination est refusée, si nous n’arrivons pas à l’imposer, notamment face au camp germanique, qui, soit dit en passant, ne pratique absolument pas l’austérité budgétaire aujourd’hui, la situation devient problématique.
Maintenant que l’Allemagne est devenue presque proto-keynésienne, il serait effectivement intelligent pour nous de cultiver une forme de modestie budgétaire. Mais si cette modestie budgétaire est couplée à des restrictions monétaires, la seule chance de s’en sortir consiste à proposer un New Deal avec l’ensemble des parties prenantes : salariés, contribuables, entreprises.
Ce New Deal serait fondé sur trois piliers, inspirés de la doctrine sociale de l’Église : la subsidiarité, la remise de dettes et la participation. C’est, à mon sens, la seule manière de s’en sortir par le haut et de proposer quelque chose qui ne soit pas excessivement dépressif. Il n’a jamais été facile de demander des efforts aux populations sans leur proposer de contreparties. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une démocratie avancée, plus capricieuse. Ce n’est plus la démocratie parlementaire classique de la fin du XIXᵉ siècle en Angleterre, ni celle décrite par Tocqueville. C’est une démocratie des réseaux sociaux, du zapping permanent, plus fragmentée, avec moins de corps intermédiaires crédibles.
Dans ce contexte, il faut encore davantage raisonner en termes d’accord. Il n’est pas possible de gouverner uniquement avec le bâton plus de six mois. Ce n’est pas possible. Peut-être que le général de Gaulle aurait pu, au début des années 1960, passer en force, mais aujourd’hui, cela ne fonctionne plus. L’exemple des Gilets jaunes l’a montré. Emmanuel Macron ne voulait pas céder, et il a fini par céder. Il y a donc une vraie nécessité d’adopter cette approche. Ces questions devront être réglées en 2027. Il faut espérer que ce ne seront pas les mêmes équipes aux commandes, car j’ai peur qu’elles n’aient pas compris ce qui leur est arrivé en termes d’échecs depuis dix ou douze ans. Les leçons n’ont manifestement pas été tirées.
Il faudra sans doute une autre génération, une autre administration, une autre manière de faire, pour affronter ces difficultés. Demander des efforts à une population qui n’a aucune intention d’en faire — et qui, au contraire, demande plus d’interventions publiques, plus de dépenses, plus de transferts et plus de protections — sera extrêmement difficile.