
LE BILAN DE MACRON S’ÉCRIT PAR LES PROMESSES AVORTÉES
DE 2018 à FÉVRIER 2026 ; UN CHAPELET DE REPORTS QUI ILLUSTRENT L’INCAPACITÉ À DÉCIDER
La promesse d’un « plan grand âge » renvoie d’abord à un engagement pris par Emmanuel Macron en 2018 d’une grande loi ou d’un plan structurant sur la dépendance et l’autonomie des personnes âgées, plusieurs fois annoncé, puis abandonné ou reporté, et à nouveau remis à l’agenda depuis 2024
Promesse de juin 2018 et première séquence avortée
• Dès 2018, Emmanuel Macron promet une grande loi « grand âge et autonomie » pour réformer en profondeur la prise en charge de la perte d’autonomie (financement, gouvernance, conditions d’accueil, aide à domicile, soutien aux aidants).
( via la création d’une branche autonomie de la Sécu, attractivité des métiers, offre d’hébergement et domicile )
• Cette promesse donne lieu à de nombreux rapports (dont ceux de Luc Broussy, Jérôme Guedj, etc.) et à un travail préparatoire assez avancé, mais le texte n’est jamais déposé comme grande loi structurante.
En septembre 2021, le projet de loi « grand âge » est discrètement enterré
par le gouvernement, malgré le contexte post‑Covid qui avait mis en lumière les dysfonctionnements des Ehpad et de l’aide à domicile.
Illustration : la presse de 2022 souligne qu’une loi promise en 2018, jugée « bien ficelée », a été abandonnée à l’automne 2021, ce qui marque un premier renoncement à la « grande réforme » annoncée.
2022‑2023 Requalification de l’agenda : de la « loi grand âge » au « bien vieillir » – les mesurettes
• À partir de 2022‑2023, l’exécutif sort de l’agenda l’idée d’une grande loi « grand âge » au profit de textes plus ciblés, dont la loi du 8 avril 2024 « portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie ».
• Cette loi « bien vieillir » comporte une quarantaine d’articles (prévention dès 60 ans, lutte contre l’isolement, renforcement de la bientraitance, pilotage local de l’autonomie).
• Elle prévoit surtout qu’« avant le 31 décembre 2024, puis tous les cinq ans, une loi de programmation pluriannuelle pour le grand âge » fixera la trajectoire des finances publiques en matière d’autonomie pour au moins cinq ans, introduisant juridiquement la notion de programmation « grand âge ».
Autrement dit, la « grande réforme systémique » promise en 2018 se transforme en un enchaînement de mesures sectorielles, complétées par une promesse de loi de programmation financière spécifique au grand âge.
Retour de la promesse : plan « Grand âge » pour 2026
• Fin 2025‑début 2026, le gouvernement annonce la préparation d’un plan « Grand âge » présenté comme une stratégie nationale structurante jusqu’en 2050, articulée aux outils existants (loi « bien vieillir », cinquième branche Autonomie, PLFSS).
• La ministre déléguée Charlotte Parmentier‑Lecocq indique qu’un plan « Grand âge » doit être présenté début février 2026, avec un fort accent sur le virage domiciliaire, le développement de l’habitat intermédiaire/partagé, la cartographie fine des besoins et des créations de postes en Ehpad et en aide à domicile.
Promis pour février 2026
• Ce plan est explicitement présenté comme l’opérationnalisation et la mise en perspective à long terme (2030‑2050) de la politique du grand âge, avec trajectoire financière pluriannuelle et cibles territoriales, ce qui reprend l’idée de loi de programmation évoquée en 2024.
Début février 3036 nouveau report
Toutefois, début février 2026, sa présentation est de nouveau reportée « sine die », alors qu’il devait être dévoilé mi‑février, nourrissant l’idée d’un nouveau rendez‑vous manqué après les renoncements de 2021.

ARTICLE – La Défenseure des droits s’inquiète du report du plan « grand âge »
Claire Hédon insiste sur l’urgence de revoir à la hausse le taux d’encadrement dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.
Le nouveau report du plan « grand âge » est « inquiétant », a estimé, vendredi 13 février, la Défenseure des droits, Claire Hédon, insistant sur l’urgence de revoir à la hausse le taux d’encadrement dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).
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Conséquence du départ imminent du gouvernement de la ministre déléguée chargée de l’autonomie, Charlotte Parmentier-Lecocq, ce report n’est pas le premier, a rappelé sur France Inter la représentante de l’autorité indépendante chargée de veiller au respect des droits en France.
Or il y a urgence à revoir le taux d’encadrement dans les Ehpad et à le faire passer à huit professionnels pour dix résidents, contre six et demi pour dix actuellement, a-t-elle ajouté. « Dans plusieurs Länder en Allemagne, il est de dix pour dix. Dans les pays du nord de l’Europe, il est de dix pour dix. Donc, quand on demande huit sur dix, je dirais que c’est un minimum », a précisé Claire Hédon.
« Ce taux d’encadrement permettra évidemment de mieux prendre en charge les personnes âgées. Oui, ça demande des moyens ; mais respecter les droits des personnes, ça demande des moyens », a-t-elle insisté. Et d’ajouter : « Est-ce que le respect de la dignité des personnes âgées n’est pas un objectif majeur ? »
Question financière
Depuis des décennies, les acteurs du secteur réclament une loi « grand âge » de programmation pluriannuelle – à l’image de ce qui se fait notamment pour les armées –, seule à même, à leurs yeux, de répondre aux enjeux du vieillissement de la population. Mais cette loi est devenue une arlésienne de la présidence d’Eammnuel Macron. Promise au début du premier quinquennat, elle n’a pas vu le jour, se heurtant à la question financière.
A défaut, un plan « grand âge » devait être présenté le 12 février pour « définir » les réponses à apporter aux personnes en perte d’autonomie et proposer plusieurs scénarios de financement. Mais ce plan a été reporté sine die avec l’annonce du départ de Mme Parmentier-Lecocq, chargée du dossier au gouvernement.
Quatre ans après le scandale Orpea et la révélation de cas de maltraitances et de malversations financières, la Défenseure des droits a affirmé, vendredi, recevoir « pas mal de réclamations sur des situations de maltraitance qui perdurent dans les Ehpad ».
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Claire Hédon s’est également inquiétée de la « peur de représailles » de familles alertant l’autorité indépendante sur des dysfonctionnements dans certains établissements mais finissant par se désister par crainte d’une « forme de vengeance »sur leur proche. Une situation « fréquente », a-t-elle alerté.