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MAJ – EPSTEIN (4) ET L’OMERTA FRANÇAISE : UN AUTRE TÉMOIGNAGE GLAÇANT CACHÉ PAR LA JUSTICE

MAJ 18 02 26

LA JUSTICE TENTE DE FAIRE OUBLIER LES AFFAIRES CACHÉES EN 2019/22

La procureure de Paris, Laure Beccuau, a annoncé sur franceinfo l’ouverture de deux « enquêtes cadres » au sein du parquet de Paris.

Elle appelle les victimes françaises potentielles à se manifester – quid des plaintes classées par la justice ?

Ces enquêtes porteront sur deux volets distincts : l’un relatif aux infractions « à connotation sexuelle », susceptibles d’être qualifiées de traite des êtres humains en bande organisée, et l’autre concernant les éventuelles ramifications « économiques et financières » en lien avec le parquet national financier.

Comment passer sous silence les documents dont dispose la justice depuis 2019/22

Elle annonce exploiter ‌les informations présentes dans les trois millions de documents publiés par les autorités américaines – sans évoquer les informations déjà détenues depuis 2019/22

« Parmi l’ensemble de ces masses de données qui viennent d’apparaître, on ne peut pas passer à côté de la révélation potentielle de faits qui seraient susceptibles d’avoir des qualifications pénales

( ce qui n’a pas été fait en 2029 )

et donc il faut être prêt à exploiter l’ensemble de ces données », a expliqué mercredi sur franceinfo la procureure de Paris Laurence Beccuau, appelant les victimes françaises potentielles à se manifester.

( en se gardant bien de rappeler qu des victimes se sont fait connaître dans les années passées … sans suite. )

UNE PLAINTE DÉPOSÉE EN 2019 … ET CLASSÉE

Première victime à porter plainte contre Brunel en 2019, Thysia Huisman appelle désormais la justice française à identifier l’ensemble des acteurs qui ont permis au réseau de fonctionner.

CAD ce que la justice n’a pas fait en 2019, pourquoi ? Avec quelles directives de l’exécutif ?

LES MINISTRES DE LA JUSTICE AURONT ILS A S’EXPLIQUER SUR L’ENTERREMENT DES FAITS ET PLAINTES ?

Christiane Taubira (jusqu’au 27 janvier 2016)


Jean-Jacques Urvoas (27 janvier 2016 – 21 juin 2017)

François Bayrou (21 juin 2017 – 22 juin 2017)

Nicole Belloubet (22 juin 2017 – 6 juillet 2020)

Éric Dupond-Moretti (6 juillet 2020 – 21 septembre 2024)

ENTRETIEN. « J’ai été droguée et violée à Paris » : le témoignage glaçant d’une ex-mannequin dans l’affaire Epstein

Plus de trente ans après les faits, la néerlandaise Thysia Huisman raconte son viol dans la capitale, sa rencontre avec Jeffrey Epstein et dénonce un système organisé. Elle demande aujourd’hui aux enquêteurs français d’identifier tous les complices.

Ouest-France Propos recueillis par Arnaud WajdzikPublié le 17/02/2026

Ancienne mannequin néerlandaise, Thysia Huisman affirme avoir été agressée par Jean-Luc Brunel à Paris en 1991, alors qu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années. Dans cet entretien, elle raconte son arrivée dans l’appartement du recruteur français, les soirées où évoluaient de jeunes mannequins et des hommes puissants, et sa rencontre avec Jeffrey Epstein. Première victime à porter plainte contre Brunel en 2019, elle appelle désormais la justice française à identifier l’ensemble des acteurs qui ont permis au réseau de fonctionner.

Vous avez expliqué que votre rencontre avec Jean-Luc Brunel a marqué un tournant dans votre vie. Pouvez-vous décrire ce qui s’est passé et dans quel contexte vous l’avez rencontré ?

J’ai rencontré Jean-Luc Brunel en 1991. J’étais un jeune mannequin et mon agent à Bruxelles, Marilou Eggermont de l’agence Models Office, me l’a présenté. Il m’a dit que je devais venir immédiatement à Paris, car il pouvait« faire de moi un top model ». Marilou m’a expliqué que je pouvais rester dans son appartement, ce qu’elle décrivait comme un privilège réservé aux « filles spéciales ». Je suis restée là pendant une semaine. La journée, Brunel semblait professionnel et normal. Mais la nuit, il se transformait en monstre.

Un soir, il m’a donné un verre et m’a droguée. Lorsque j’ai commencé à me sentir étourdie et malade, il m’a poussée sur son lit et m’a violée. J’ai perdu connaissance et le lendemain matin, je me suis réveillée nue dans son lit, vêtue de son kimono. Quand j’ai compris ce qui s’était passé, j’ai fui. J’ai quitté son appartement et continué à courir jusqu’à monter dans un train quittant Paris. Je ne suis jamais revenue, jusqu’en 2019, lorsque je suis devenue la première victime à porter plainte contre Brunel. Je savais qu’il y en avait beaucoup d’autres et je voulais les encourager à parler elles aussi.

Vous avez dit que Jean-Luc Brunel avait « détruit votre vie ». Que voulez-vous dire concrètement ? Quelles ont été les conséquences personnelles et professionnelles de cette rencontre ?

Pendant des années, j’ai été submergée par la honte. Je me sentais coupable et « sale », et je n’en ai parlé à personne pendant 26 ans, sauf à mon partenaire. Mais le traumatisme était en moi et me détruisait de l’intérieur. Le viol a eu des conséquences directes : j’ai souffert longtemps d’anxiété, de dépression et d’addictions. La guérison n’a vraiment commencé que lorsque j’ai commencé à en parler en thérapie, puis plus tard lorsque j’ai commencé à écrire.

J’ai écrit un livre intitulé Close-Up sur ce qui s’est passé (il est actuellement disponible uniquement en néerlandais, et je cherche activement un éditeur français). Porter plainte contre Brunel en 2019 a été une autre étape majeure dans mon processus de reconstruction. Brunel m’a volé quelque chose : mon innocence, mon bonheur et ma capacité à faire confiance. J’ai dû me battre très durement pour me sentir à nouveau en sécurité et heureuse.

Il y avait des hommes plus âgés et très riches

À l’époque, avez-vous immédiatement compris que vous étiez face à un système organisé, ou ne l’avez-vous réalisé que plus tard, en découvrant l’ampleur du réseau autour d’Epstein et de Brunel ?

À l’époque, j’ai assisté à des dîners et des fêtes organisés par Brunel et son ami Jean-Yves Le Fur. Il y avait des hommes plus âgés et très riches dont Jeffrey Epstein ainsi que de très jeunes filles censées accompagner ces hommes. Toutes avaient été repérées et amenées à Paris par Brunel. Même à ce moment-là, cela semblait organisé. Cela ressemblait à un système où de jeunes filles étaient acheminées vers des hommes puissants et riches.

Vous sentiez-vous sous son influence, manipulée ou isolée ? Quels mécanismes étaient utilisés pour vous contrôler ou vous réduire au silence ?

Oui. Brunel utilisait les promesses de carrière comme levier. Il me disait qu’il m’aiderait à réussir comme mannequin. Après ma fuite de Paris, il a appelé mon agent à Bruxelles et menacé que je ne travaillerais plus jamais comme mannequin.

Il est temps d’obtenir une vraie justice !

En France, les autorités ont annoncé la réouverture ou l’élargissement de l’enquête sur le volet français de l’affaire Epstein. Qu’attendez-vous aujourd’hui de la justice française ?

Les autorités françaises ont abandonné les victimes pendant des décennies. Pourquoi rien n’a-t-il été fait en 1988, lorsque Brunel a été accusé par plusieurs victimes de trafic et de viol dans un documentaire de CBS ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’enquête sérieuse après 1995, lorsque Michael Gross a publié Model, qui comportait un chapitre entier sur Brunel intitulé « Le violeur silencieux » ? Et lorsque des victimes se sont manifestées en 2019 et 2020, nous avons parlé à la police de l’existence d’un réseau plus large mais l’enquête s’est concentrée uniquement sur Brunel et Epstein, pas sur le système plus vaste de complices, facilitateurs et recruteurs. Puis l’affaire a été classée après la mort de Brunel.

Je dis donc : il est enfin temps d’obtenir une vraie justice et de véritables responsabilités, pour tous ceux qui ont été complices, ont facilité ce réseau et ont contribué à son fonctionnement.

Plusieurs documents suggèrent que des intermédiaires étaient utilisés pour identifier et recruter de nouvelles victimes. Comment fonctionnait ce système ?

D’après ce que j’ai vu et compris par la suite, le recrutement était central. Ce n’était pas aléatoire : cela reposait sur des accès, des cercles sociaux, des agences et des personnes qui savaient identifier de jeunes femmes, gagner leur confiance et les placer dans des situations où des hommes puissants avaient le contrôle.

Le jour où j’ai rencontré Jeffrey Epstein…

Quel rôle Paris et Jean-Luc Brunel ont-ils joué dans le réseau international d’Epstein ?

Je pense que Brunel était l’un des principaux trafiquants d’Epstein. Il repérait des filles à l’international, surtout en Europe de l’Est et en Russie, mais aussi en Amérique du Sud. Il payait leur voyage jusqu’à Paris, et une fois sur place, beaucoup devenaient dépendantes et piégées, ce qui les rendait vulnérables. À partir de là, elles étaient introduites dans des cercles sociaux : dîners, fêtes avec des « amis » plus âgés, riches et puissants.

Avez-vous personnellement rencontré Jeffrey Epstein ?

Oui. Je l’ai rencontré lors de mon séjour dans l’appartement de Brunel, en septembre 1991, lors d’une fête. L’appartement était rempli de mannequins, de figures du monde de la mode et d’hommes plus âgés et riches. Il y avait aussi de très jeunes filles venues de Russie et d’Europe de l’Est. Je parlais avec une jeune fille russe lorsqu’un homme l’a tirée sur ses genoux et a commencé à la toucher. Il s’est présenté à moi sous le prénom « Jeffrey » et m’a donné des conseils de carrière. Il m’a dit que Brunel croyait en moi, que c’était important et que je devais l’utiliser à mon avantage. Je ne l’ai vu que cette nuit-là. Des années plus tard, en 2017, lorsque j’ai commencé à enquêter sur Brunel, j’ai découvert qu’il était mentionné plus de 60 fois dans les documents judiciaires de l’affaire Epstein de 2008. Quand j’ai vu la photo d’Epstein, je l’ai immédiatement reconnu.

Des institutions ou entreprises ont-elles facilité ce système ?

L’agence Karin Models de Brunel lui a permis d’agir. Ils savaient exactement quel type de prédateur il était. Et mon agence à Bruxelles, Models Office, l’a également permis. Ils savaient qu’il était un violeur, et m’ont quand même envoyée chez lui.

Epstein enregistrait les personnes pour les faire chanter

Pensez-vous que des figures importantes restent à identifier en France ?

Nous savons maintenant qu’Epstein enregistrait des personnes et utilisait ces enregistrements comme moyen de chantage. C’est ainsi qu’il a acquis de l’influence. Donc oui, comme aux États-Unis, il est probable que des personnes puissantes en France aient été impliquées aussi. Et il est possible qu’elles aient été victimes de chantage. Mais la seule voie responsable est la vérification : suivre les preuves, les flux financiers, les voyages, les données téléphoniques, les manifestes de vol, les logements et les archives.

Que diriez-vous aujourd’hui aux victimes ou témoins hésitant à parler ?

Je comprends à quel point il est difficile de parler. Mais dire la vérité peut faire partie du processus de guérison. Vous ne devez jamais avoir honte. Ce n’est jamais votre faute. Et il n’est jamais trop tard. Lorsque les victimes et les témoins parlent, en particulier à la police, nous pouvons arrêter les abuseurs et exposer les systèmes qui les ont protégés. Le moment est venu de parler, car le monde écoute.

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