
1. ARTICLE – À Paris, les orgies d’Epstein en présence de «nombreux hommes âgés et fortunés» : les zones d’ombre de l’enquête française clôturée en 2022
En se suicidant, Jean-Luc Brunel, le «rabatteur» du financier américain, a emporté avec lui les secrets de son réseau. La justice rouvre aujourd’hui ce dossier tentaculaire après une première enquête dont Le Figaro a pu consulter les conclusions, incluant des témoignages inédits de victimes présumées.
Ce n’était plus un secret pour personne, Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel étaient de grands amis. En janvier, la déclassification des 3 millions de fichiers Epstein a encore confirmé ce lien privilégié, et son principal but. L’agent de mannequins français, playboy en vue dans les années 1980-1990, fournissait des centaines de jeunes filles désireuses de percer dans le monde du mannequinat au milliardaire américain, dont il était l’un des «rabatteurs». Après leur avoir fait miroiter une carrière, Jean-Luc Brunel s’engageait à loger ces jeunes femmes, souvent mineures, sans le sou, et ne parlant pas anglais. Il leur offrait un toit à Paris, un visa, et promettait de leur dégoter des contrats, notamment via son puissant ami américain, Epstein. Elles se retrouvaient ensuite piégées dans les griffes du réseau, subissant, pour la plupart, des viols du milliardaire et de Brunel.
Ce trafic transatlantique d’êtres humains avait été démantelé par les enquêteurs américains, puis, dès 2019, par les enquêteurs français avec l’ouverture à Paris d’une information judiciaire portant sur les crimes de Jean-Luc Brunel. Dix femmes y mettaient en cause l’agent pour des viols, alors que certaines étaient mineures, et du harcèlement sexuel. Mais à l’époque déjà, seules trois d’entre elles évoquaient des faits non prescrits.
Jean-Luc Brunel passait le plus clair de son temps dans des avions entre les pays de l’Est et l’Amérique latine, à la recherche de très jeunes femmes dont…
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2. Le Figaro s’appuie sur le contenu de la première enquête judiciaire française (2019–2022) … interrompue sans explication
sur Jean‑Luc Brunel et Jeffrey Epstein, que le journal dit avoir pu consulter, et sur des témoignages de victimes présumées versés à la procédure pénale.
Contenu des révélations
• Description de «soirées» et d’«orgies» à Paris, en présence de Jeffrey Epstein, de Jean‑Luc Brunel et de «nombreux hommes âgés et fortunés», dans des lieux privés parisiens (notamment un appartement avenue Haussmann) où étaient conviées de très jeunes mannequins, parfois mineures.
• Rôle central attribué à Jean‑Luc Brunel comme rabatteur : il recrutait des jeunes filles de 14 à 18 ans en Europe de l’Est et en Amérique latine, via ses agences (Karin Models, MC2), avec la promesse de carrières de mannequin, de logement et de visas, puis les plaçait dans l’orbite d’Epstein.
• Témoignages de dix femmes devant la justice française : plusieurs décrivent alcool imposé, consommation de cocaïne lors de soirées, perte de connaissance ou incapacité de résister, puis viols ou pénétrations sexuelles non consenties, parfois alors qu’elles n’étaient pas majeures.
• Mise en avant d’un «climat de violences sexuelles» et d’une atmosphère de prostitution dans ces soirées, jugés particulièrement dangereux pour des mineures ; certaines jeunes filles dormaient dans l’appartement parisien après les fêtes.
• Reconstitution par les enquêteurs des échanges de mails et des agendas : Epstein demandait à Brunel des photos et nouvelles de jeunes filles, s’intéressant à leur âge, Brunel obéissant et multipliant les voyages pour en recruter, même si les conversations ne mentionnaient pas explicitement des rapports sexuels.
Les «zones d’ombre»
• Le suicide de Jean‑Luc Brunel en prison en 2022 a mis fin aux poursuites contre lui en France, emportant avec lui des éléments potentiels sur l’ampleur du réseau, les clients et les complices.
• L’enquête française, close en 2022, n’a pas permis d’identifier clairement tous les «hommes âgés et fortunés» présents aux soirées parisiennes ni de documenter suffisamment leur rôle pour engager des poursuites en France.
• Les investigations ont dépendu en partie de procédures américaines (PV, courriels, fichiers Epstein), laissant en suspens la question de ce qui s’est exactement passé à Paris par rapport à d’autres lieux (États‑Unis, îles Vierges, sud de la France).
• Le Figaro insiste sur l’écart entre la gravité des témoignages recueillis et la faiblesse des suites judiciaires initiales en France, ce qui explique la décision récente de rouvrir le dossier.
Nature des sources évoquées
• Procédure pénale française 2019–2022 : procès‑verbaux d’audition de victimes présumées, réquisitoires et synthèses d’enquête de l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes).
• Éléments transmis ou issus des procédures américaines sur Epstein : PV, courriels et fichiers, notamment ceux déclassifiés début 2026, retraçant la relation Epstein–Brunel et le rôle de recruteur de ce dernier.
• Témoignages de la gérante de Karin Models et d’autres personnes du milieu du mannequinat, confirmant l’organisation de fêtes et l’usage des appartements parisiens de Brunel pour héberger de jeunes filles.
L’enquête française sur Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein (2019-2023) a recueilli les témoignages de dix femmes,
Détails des témoignages
Ces dix femmes ont été auditionnées par l’OCRVP et ont décrit des faits similaires :
• Recrutement sous prétexte de mannequinat (souvent mineures, d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine).
• Participation à des “soirées” ou “orgies” à Paris (appartement avenue Haussmann), avec alcool forcé, drogue (cocaïne), perte de connaissance, puis viols ou actes sexuels imposés par Brunel, parfois en présence d’Epstein.
• Rôle de Brunel comme rabatteur pour Epstein : acheminement de jeunes filles, promesses de jobs/visas/logement.[lefigaro]
Plaintes spécifiques identifiées
Parmi elles, plusieurs plaintes précises ont été déposées ou signalées :
• Plainte d’août 2019 (signalement Innocence en Danger) : une plaignante accuse Brunel de l’avoir violée dans les années 1980, majeure débutante en mannequinat.
• Plainte d’octobre 2019 : une Française (20 ans) pour “harcèlement sexuel” récent (moins de 4 ans).
• Plainte de Thysia Huisman (ex-mannequin néerlandaise) : viol en 1991 après drogue ; prescrite mais auditionnée en septembre 2019
• Deux plaintes des années 1970-1980 : agressions sexuelles par Brunel, entendues après perquisitions (Karin Models, septembre 2019).
• Trois femmes en un mois (septembre-octobre 2019) : manifestées suite à l’appel à témoins du parquet.
Les autres témoignages (portant le total à dix) proviennent d’auditions complémentaires, intégrant des éléments des enquêtes US, sans que des noms ou dates précises ne soient publics pour toutes. Ces éléments ont conduit à la mise en examen de Brunel, close par non-lieu après son suicide.
Plaintes non prescrites recensées
• Plainte pour harcèlement sexuel (octobre 2019) : Une Française majeure d’une vingtaine d’années accuse Brunel de faits récents (moins de 4 ans avant 2019), non prescrits. Elle a contacté le parquet de Paris et été auditionnée par l’OCRVP.
• Plainte pour viol (fin années 1990, mise en examen 2021) : Une mannequin (âgée de 17 ans à l’époque) vivait aux États-Unis ; elle accuse Brunel de l’avoir droguée lors d’une soirée en discothèque parisienne, puis violée à son domicile. Les faits, bien que datant d’environ 20 ans, ont été jugés recevables pour mise en examen supplémentaire.
• Deux plaintes pour viols sur mineures (2020-2021) : Deux mannequins (anonymes dans les détails publics) accusent Brunel de les avoir droguées et violées alors qu’elles étaient mineures ; ces affaires ont contribué à son incarcération provisoire fin 2020. L’une est une mannequin de renom restant anonyme.
Contexte général
Sur les six plaintes principales suivies par l’avocate des victimes (Maître Lejeune), seules deux décrivaient explicitement des faits non prescrits ; les autres étaient prescrites mais ont nourri les auditions. Ces plaintes non prescrites ont motivé les perquisitions (Karin Models, domicile) et la garde à vue de Brunel, close par non-lieu après son suicide en 2022.