
ARTICLE – Justice : la circulaire de Gérald Darmanin sur la protection des victimes contestée par des syndicats de magistrats
La circulaire adressée en octobre 2025 par Gérald Darmanin aux procureurs, visant à replacer les victimes au cœur de la procédure pénale, est contestée devant la justice administrative par les deux principaux syndicats de magistrats. Présenté comme une feuille de route destinée à améliorer l’information et la protection des victimes, le texte est devenu un nouveau point de tension entre la Chancellerie et une partie du corps judiciaire.
VA 22 février 2026
Nouveau bras de fer entre le garde des Sceaux et les magistrats. La circulaire envoyée le 13 octobre 2025 par Gérald Darmanin aux procureurs est contestée devant la justice administrative par l’Union syndicale des magistrats (USM) et le Syndicat de la magistrature (SM). Le texte, censé replacer les victimes au cœur de la procédure pénale, devient un point de tension entre la Chancellerie et une partie du corps judiciaire, rapporte Le JDD samedi 21 février.A LIRE La justice désarmée face à la violence des mineurs
Dans sa circulaire, le garde des Sceaux part d’un constat largement relayé par les associations et les usagers de la justice. Nombre de victimes disent se sentir tenues à distance de leur propre dossier, faute d’informations suffisamment claires, de décisions comprises tardivement ou de procédures perçues comme interminables. Le ministère demande notamment aux parquets de renforcer l’information des victimes, en particulier lorsqu’un mis en cause ou un condamné est remis en liberté.
C’est précisément le caractère prescriptif de ces orientations que contestent l’Union syndicale des magistrats (USM) et le Syndicat de la magistrature (SM). Selon eux, la circulaire franchit une ligne en formulant des consignes trop directives, susceptibles d’empiéter sur l’indépendance des magistrats et sur l’organisation des juridictions. Les syndicats critiquent notamment l’idée d’une procédure « recentrée » sur la victime et s’opposent à certains dispositifs, comme l’information systématique en cas de remise en liberté. À l’inverse, le ministère met en avant un impératif concret : lorsque l’information ne circule pas, certaines victimes peuvent se retrouver dans une situation de vulnérabilité bien réelle.
Limiter les renvois et favoriser la contribution citoyenne
Autre point central du texte : le déroulement des audiences. Gérald Darmanin invite les procureurs à limiter les renvois jugés évitables, estimant qu’ils prolongent inutilement l’attente et l’incertitude pour les victimes. Là encore, les syndicats dénoncent une ingérence dans le fonctionnement des juridictions. Un argument juridiquement fondé, mais qui intervient dans un contexte où la lenteur de la justice est régulièrement pointée du doigt, y compris par les pouvoirs publics eux-mêmes.
La circulaire encourage aussi le recours à la « contribution citoyenne », un mécanisme par lequel certains condamnés peuvent participer financièrement à des actions d’intérêt général, y compris au bénéfice de dispositifs d’aide aux victimes.
Ces tensions entre la Chancellerie et la magistrature surviennent dans un contexte où la place des victimes s’impose comme un enjeu central du débat public, tandis que la lenteur des procédures et la lisibilité des décisions demeurent parmi les principales critiques adressées à l’institution judiciaire.