
UNE AFFAIRE FRANÇAISE EN 2013/16 DÉJÀ : SIX ARTICLES
1. – Argent, scandales, espionnage : les dessous du Quai d’Orsay
2. – Vincent Jauvert : La face cachée du Quai d’Orsay : enquête sur un ministère à la dérive
3. – Diplomatie : « La Face cachée du Quai d’Orsay », dissection d’un monde feutré
4. – Quand la compagne de Fabius avait la mainmise sur le Quai d’Orsay
5. – La face cachée du Quai d’Orsay: Affaires juteuses et entre-soi
6. – Les étranges pratiques du ministère des Affaires étrangères
1. ARTICLE – Argent, scandales, espionnage : les dessous du Quai d’Orsay
Le journaliste de l’Obs Vincent Jauvert a enquêté pendant plusieurs mois sur la diplomatie française. Il publie un livre très documenté intitulé La face cachée du Quai d’Orsay.
Michaël Bloch09/04/2016 Mis à jour le 07/01/2023 JDD
Un diplomate accusé d’avoir détourné de l’argent
L’affaire commence au début de l’été 2012. Un pli anonyme parvient à la direction générale de l’administration. A l’intérieur, des factures attestent de la remise d’argent (environ 90.000 euros au total) par des entreprises à l’ambassadeur de France à Madrid, Bruno Delaye*. Depuis plusieurs années, le Quai d’Orsay encourage la location de l’ambassade à des marques pour des soirées. Dans le cas présent, l’argent a pourtant été versé directement sur le compte personnel de l’ambassadeur et non sur le compte de l’ambassade.
Le problème, c’est que l’affaire est politiquement très sensible. Mitterrandien, Bruno Delaye « compte également beaucoup d’amis à l’Elysée », écrit le journaliste. Le conseiller diplomatique de François Hollande, Paul Jean-Ortiz a été son adjoint à Madrid pendant trois ans. François Hollande, lui-même, lui doit une faveur, depuis qu’il l’avait accompagné en pleine campagne électorale rencontrer le chef du gouvernement espagnol socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero. Bénéficiant d’une certaine mansuétude de l’administration, Bruno Delaye s’en tirera finalement avec un « blâme ».Un scandale de pédophilie étouffé
L’homme n’est pas cité nommément dans le livre. « Comme il n’a été ni condamné ni officiellement sanctionné, on ne peut pas citer son nom », explique le journaliste. Il est pourtant accusé d’être un prédateur sexuel. En 2013, le FBI monte une opération anti-pédophilie et tombe dans « les numéros de téléphone des prédateurs » sur ce jeune diplomate détaché récemment du Quai d’Orsay au siège des Nations Unies à New York. Immédiatement, l’homme est renvoyé par le secrétaire général des Nations-Unis, Ban Ki-Moon.
Alors que l’homme aurait pu être remis par la France à la justice américaine, il est simplement rappelé à Paris. Pour éviter d’être arrêté sur le tarmac de l’aéroport de New York, l’homme décide alors de rentrer en France en passant par Montréal au Canada, qu’il rejoint en voiture. Rentré à Paris, on le prévient qu’il ne sera plus jamais envoyé à l’étranger mais il n’est pas poursuivi ni licencié. Il est alors chargé de gérer les réseaux sociaux d’une direction de la maison avant d’être recruté dans une prestigieuse banque d’affaires par un ancien diplomate de haut rang. L’histoire ne s’arrête pas là. L’homme n’a pas été rayé des cadres du ministère puisque son nom apparaissait récemment dans un jury de concours interne du Quai d’Orsay. Combien gagne un ambassadeur?
C’est une question taboue au Quai d’Orsay. L’auteur dit avoir eu toutes les peines du monde à faire parler les ambassadeurs sur le sujet : « Combien gagnez-vous? Dès que l’on pose cette question toute simple à un ambassadeur, on assiste souvent à la métamorphose radicale de sa mine avenante. Jusque-là souriant, son visage se ferme. Sa voix se glace et son regard se durcit », écrit le journaliste.
L’auteur a toutefois réussi à obtenir ces chiffres. « Les représentants en Afghanistan, en Irak et au Yémen sont aujourd’hui les mieux rémunérés avec environ 29.000 euros net par mois (…). L’ambassadeur à Pékin gagne 21.000 euros; à Washington 20.000; celui à l’Otan, 19.000; à N’Djamena ou à Londres, 17.000; au Gabon ou à Oman 15.000; en Afrique du Sud, 14.000; au Cap-Vert, 13.000; au Canada, 12.000; en Lettonie et à la FAO, à Rome, 11.000; et à Bruxelles , 10.000″, avance le journaliste. Il faut noter qu’une partie du salaire des ambassadeurs est exonéré d’impôts. »Les espions sous couverture diplomatique n’ont jamais été aussi nombreux »
C’est un secret de polichinelle. Les toit de certaines des ambassades françaises à l’étranger sont souvent utilisés pour espionner les communications dans plusieurs régions du monde. C’est le cas à Oman, en Chine ou encore dans plusieurs pays africains : « Personne aux affaires étrangères ne vous le dira, mais il y a des centres d’écoutes dans toutes nos représentations diplomatiques au Sahel et au Maghreb », décrit un haut responsable.
La couverture diplomatique est également utilisée pour des activités d’espionnage. « Depuis quelques années, il y a au moins un espion sous couverture diplomatique dans la plupart des ambassades de France. Ils sont, par exemple, quatre à Washington, trois à Johannesburg, et à N’Djamena, deux à Riga et à Jérusalem, et une à Ottawa », note l’auteur qui explique qu’ils « n’ont jamais été aussi nombreux dans nos représentations diplomatiques ».
Ceux-là sont en général déclarés aux autorités locales du pays avec qui ils échangent des informations. Mais le Quai accepte aussi « au compte-gouttes, de fournir des couvertures diplomatiques ‘épaisses » à quelques agents de la DGSE non déclarés aux autorités locales. » « Nous n’aimons pas cela mais depuis quelques années, nous le faisons quand c’est indispensable pour une opération secrète importante », confie un haut responsable du Quai d’Orsay.
Vincent Jauvert, La Face cachée du Quai d’Orsay, Robert Laffont, 20 euros
* DROIT DE REPONSE
A la suite de la diffusion de cet article, Bruno Delaye nous a envoyé le droit de réponse suivant:
« Mis en ligne le 12 avril 2016, votre site « lejdd.fr » me met en cause sous le titre : « Argent, scandales, espionnage : les dessous du Quai d’Orsay » en laissant entendre que j’aurais détourné à titre personnel quatre-vingt-dix mille euros au titre d’une location des locaux de l’Ambassade de France à Madrid à des entreprises privées et prétend qu’en raison de mes relatons personnelles, j’aurais bénéficié d’un simple « blâme ».
Or, si j’ai effectivement fait l’objet d’un blâme de l’administration, c’est pour ne pas avoir respecté les procédures administratives mais d’aucune manière pour avoir détourné quelque somme que ce soit. Mon intégrité n’a d’aucune manière été mise en doute par les autorités compétentes. Compte tenu du préjudice que je subis en raison de cette allégation inexacte, je vous demande instamment de publier ma réponse sans délai. »
2. ARTICLE – Vincent Jauvert : La face cachée du Quai d’Orsay : enquête sur un ministère à la dérive ; Éditions Robert Laffont, 2016 ; 306 pages
- Par Benoît d’Aboville CAIRN INFO
Pages 175 à 177 .
Vincent Jauvert, grand reporter international pour le magazine Le Nouvel Observateur a enquêté pendant deux ans sur les forces et faiblesses actuelles du dispositif diplomatique français. Son bilan est sévère mais, pour lui, les responsabilités sont largement partagées entre les diplomates qui continueraient de cultiver l’« entre-soi », l’appauvrissement budgétaire continu du ministère et l’attitude de l’Exécutif vis-à-vis du Quai d’Orsay depuis plus d’une dizaine d’années.
Une bonne partie de l’ouvrage est consacrée à quelques scandales mettant en cause des brebis galeuses parmi les diplomates, à la question des rémunérations à l’étranger (mais sans référence aux primes versées dans les mêmes conditions aux agents des autres ministères), aux influences des réseaux politiques et des camaraderies de promotion de l’ENA dans les nominations (ce qui n’est guère propre au Quai d’Orsay) ainsi qu’aux absurdités d’une politique immobilière imposée par Bercy.
Celle-ci, n’est pas sans rappeler les erreurs de la RGPP obligeant le ministère de la Défense à se délester de bases et de terrains d’exercice que l’on regrette aujourd’hui. Elle consiste, pour abonder les caisses de l’État, à céder, sur le marché immobilier à l’étranger, ambassades et résidences, c’est-à-dire à la fois un patrimoine immobilier, accumulé depuis deux siècles et même davantage, auquel il faudra bien substituer des locations coûteuses et un indispensable instrument de travail. L’auteur mentionne quelques plus-values recueillies à New York, à Djakarta ou à Tokyo, mais constate également la perte d’image qui découle de ces cessions d’immeubles prestigieux, surtout lorsqu’en raison d’un budget en constante diminution, les activités culturelles et les réceptions diplomatiques des ambassades deviennent de plus en plus dépendantes du mécénat des firmes locales, avec toutes les ambiguïtés qui en découlent.
On peut cependant regretter que l’auteur consacre autant de pages à ce qu’il qualifie « d’exploration des coulisses du Quai » et aux cancaneries recueillies auprès de diplomates visiblement frustrés et en révolte contre la gestion du ministère (à cet égard, il n’ajoute pas grand-chose à ce qui était déjà décrit en 2011 dans un ouvrage largement passé inaperçu Les diplomates : derrière la façade des ambassades de France de Franck Renaud, Éditions de l’Archipel).
En effet, ces longues digressions, qui concernent pour l’essentiel des mésaventures individuelles, l’emportent largement sur une analyse politique du rôle du Quai d’Orsay par rapport aux grands épisodes de la politique extérieure française des dernières années. Or, en raison de ses fonctions au Nouvel Observateur, l’auteur y était pourtant particulièrement bien placé. À cet égard on pourra se référer utilement à l’ouvrage, paru en 2015 de Xavier Panon Dans les coulisses de la diplomatie française(Éditions de l’Archipel) qui, lui, traite bien davantage, en dépit de son titre, des grands dossiers internationaux.
Tout d’abord, selon lui, dans un chapitre hautement corrosif consacré aux ministres qui se sont succédé, « de 2005 à 2011, le Quai d’Orsay a hérité de trois ministres qui ont accablé leurs subordonnés de leurs insuffisances et de leurs bourdes à répétition ». Philippe Douste-Blazy, « l’ancien maire de Lourdes, en matière de sottise, a fait des miracles » et a accumulé des faux pas qui sont devenus autant de légendes. Bernard Kouchner a beaucoup voyagé, a des contacts internationaux dans le monde humanitaire et des idées, mais « ministre à contretemps » selon la correspondante diplomatique du Monde, qui paiera son commentaire d’un boycottpar le cabinet du Quai d’Orsay ; il est régulièrement recadré par la cellule diplomatique de l’Élysée et contourné par l’activité diplomatique secrète du Secrétaire général de la Présidence. Michèle Alliot-Marie, qui avait pourtant fait ses preuves à la Défense est, on le sait, rapidement emportée par l’affaire tunisienne et sa gestion du « Printemps arabe ». Le chapitre entier consacré à Laurent Fabius n’est pas plus tendre : « Un homme d’État qui a dirigé le Quai d’Orsay comme une machine au service de sa propre gloire », et pour l’auteur, le succès de la COP21 – « dont il n’aurait pas voulu à Paris au départ » – n’efface pas les erreurs de la politique syrienne, le cavalier seul dans les négociations sur le nucléaire iranien et la marginalisation sur les affaires africaines au profit de son collègue de la Défense. Seul, Alain Juppé, lors de son passage au Quai, demeure, selon Vincent Jauvert, « respecté et regretté par les diplomates ».
Sur un autre plan, on aurait aimé un jugement plus élaboré sur le fonctionnement actuel du dispositif diplomatique dont, avec la cellule diplomatique de l’Élysée, la Défense, les services spéciaux, Bercy, et les autres ministères concernés, le Quai d’Orsay n’est qu’un des éléments, même si c’est à lui qui, en définitive, incombera de traduire sur le terrain et auprès des interlocuteurs étrangers les orientations arbitrées par l’Élysée. À côté de quelques passages bien venus, comme celui concernant la réconciliation entre la DGSE et le Quai d’Orsay, longtemps antagonistes, on notera l’absence singulière de mention des rapports complexes avec les lourdes bureaucraties de l’UE et de l’Otan et, s’agissant de notre place à l’ONU qui, à elle seule, méritait de plus amples développements, une simple mention déplorant le mode statutaire de la répartition des coûts des opérations de maintien de la paix pour les cinq membres permanents.
On attendait enfin beaucoup, avant la parution de l’ouvrage, de son analyse de la pseudo-influence d’un « clan » de néo-conservateurs qui aurait largement contribué à orienter la politique française sur nombre de dossiers décisifs. Ce rôle d’une petite « secte » – le terme est repris par Vincent Jaubert – composée d’une quinzaine de brillants énarques et normaliens ayant en commun, pour beaucoup d’entre eux, leur passage auprès de notre ambassade à Washington et au sein de la Direction des affaires stratégiques (DAS) du Quai d’Orsay, a été en effet une des constantes de l’interprétation, très répandue par la presse française – y compris par Le NouvelObservateur et chez les diplomates étrangers en poste à Paris – de la politique étrangère pro-américaine de Sarkozy et, sous la présidence Hollande, de l’attitude française dans les négociations sur le nucléaire iranien.
Vincent Jauvert cite, sans surprise, des noms de fonctionnaires en fonction à l’époque, mais si l’on y regarde de plus près la diversité des personnalités, des appartenances politiques supposées et des positions adoptées au fil du temps sur différents sujets, il est patent qu’il s’agit davantage de camaraderies nourries d’expériences communes et d’une vision pessimiste de l’évolution du système international (d’où notamment l’importance attachée aux questions de non-prolifération) que d’une camarilla qui aurait ambitionné de s’emparer de la politique étrangère française. Vincent Jauvert croit notamment pouvoir présenter la regrettée Thérèse Delpech (disparue en janvier 2011), professeur de philosophie, chercheuse au CERI et à la RAND, membre du Conseil de l’IISS de Londres, membre de la Commission du Livre blanc, comme le « gourou » de la « secte ». Or, non seulement Thérèse Delpech se situait bien au-delà des affiliations partisanes et a produit nombre d’ouvrages qui sont devenus autant de classiques, mais elle disposait d’une rare influence internationale parmi les spécialistes de stratégie, notamment aux États-Unis. Il était dès lors inévitable qu’elle apparaisse comme une référence et une amie respectée pour ces jeunes diplomates. On est donc loin de la thèse du complot.
Au final, l’auteur présente un bilan catastrophique de la situation actuelle du Quai d’Orsay : « Un ministère dirigé au doigt mouillé, maltraité par le pouvoir politique sous Sarkozy comme sous Hollande, qui depuis dix ans ne sait plus où il va, ni à quoi il sert, si ce n’est à maintenir son pré carré au cœur de l’État ». Il appelle donc, selon lui, « une vraie réforme », allant bien au-delà de celles qui ont été tentées depuis 1993 et salue le dévouement des hommes et des femmes, qui, à travers le monde et souvent dans des situations dangereuses, continuent néanmoins, en dépit de ce contexte, de s’efforcer de représenter au mieux notre pays et ses intérêts.
3. ARTICLE – Diplomatie : « La Face cachée du Quai d’Orsay », dissection d’un monde feutré
Au moment où Laurent Fabius publie une auto-hagiographie retraçant son « œuvre » à la tête du ministère français des Affaires étrangères durant près de quatre ans (« 37, quai d’Orsay », Plon), il n’est pas inutile de confronter son regard à l’enquête de Vincent Jauvert parue il y a quelques mois aux éditions Robert Laffont, et dont le titre aguicheur, « La Face cachée du Quai d’Orsay », n’est pour une fois pas usurpé.
Par Rémi Carayol Publié le 1 décembre 2016 jeune Afrique
Dans cet ouvrage qui fourmille d’anecdotes, le journaliste de L’Obs dissèque un ministère « à la dérive », tant sur le plan éthique qu’au niveau du porte-monnaie, et s’arrête sur lespetites mesquineries de Ses Excellences autant que sur leur désarroi de voir leur mission de plus en plus galvaudée.
On y apprend que les diplomates jouissent d’une impunité quasi totale, quoique à géométrie variable selon qu’ils viennent de l’ENA ou non, que les ambassades sont devenues des succursales des services secrets (à Djibouti notamment) ou encore qu’un petitgroupe de hauts fonctionnaires (« la secte »), parmi lesquels figure le très influent conseiller diplomatique de Jean-Yves Le Drian, a réussi à faire de la France l’ennemi numéro un duprogramme nucléaire iranien. « Fabius imperator » en prend pour son grade. Comme ses prédécesseurs d’ailleurs, dont le « French doctor » préféré d’Alpha Condé, BernardKouchner.
4. ARTICLE – Quand la compagne de Fabius avait la mainmise sur le Quai d’Orsay
Dans « La Face cachée du Quai d’Orsay », le journaliste Vincent Jauvert révèle les coulisses du temple de ce qu’il qualifie de « nomenklatura française ».
Publié le 07/04/2016 LE POINT
Trafics, détournements, tricheries… La Face cachée du Quai d’Orsay, enquête sur un ministère à la dérive regorge de petites histoires et de grands scandales qui se sont joués sous le ministère de Laurent Fabius, aujourd’hui à la tête du Conseil constitutionnel. L’Obs en a publié les bonnes feuilles sur son site internet. Le livre commence par l’histoire d’un scandale étouffé. Au cœur de ce scandale, on retrouve l’ambassadeur de France à Madrid, Bruno Delaye.
Celui-ci est accusé de se faire rémunérer la location de l’ambassade à Madrid. Le détournement de fonds pourrait avoir atteint 91 000 euros. « Pendant des décennies, le Quai d’Orsay a totalement fermé les yeux sur les petits arrangements avec les frais de représentation alloués aux ambassadeurs, qui atteignent aujourd’hui entre 10 000 et 200 000 euros par an », relève le journaliste Vincent Jauvert.
Le choix des nominations
On découvre aussi le rôle particulièrement important joué par Marie-France Marchand-Baylet, la compagne de Laurent Fabius. Si l’on en croit le livre, elle aurait mené à la baguette les attachés de presse du ministre des Affaires étrangères. Elle serait par ailleurs régulièrement intervenue à propos des nominations au sein du ministère de son mari. Ainsi, la nomination d’une diplomate aurait été retoquée… après un rendez-vous conflictuel avec Marie-France Marchand-Baylet. Une simple « mésentente entre femmes », aurait alors tenté de minimiser Laurent Fabius.
C’est elle, également, qui serait à l’origine de la restauration du château oublié de La Celle-Saint-Cloud (résidence officielle des patrons du Quai d’Orsay). La vie au Quai d’Orsay serait d’ailleurs tellement difficile qu’un ambassadeur resté anonyme a déclaré à l’auteur : « Je n’en peux plus du Quai, de sa bureaucratie, de ses ministres fous. Je reste ici le temps de trouver un bon job dans le privé. »
DROIT DE RÉPONSE DE BRUNO DELAYE
Le site Le Point.fr a publié, ce 8 avril, sous le titre « Quand la compagne de Fabius avait la mainmise sur le Quai d’Orsay », un article où l’on prétend que j’aurais détourné des fonds pour une somme atteignant quatre-vingt-onze mille euros, en me faisant rémunérer la location de l’Ambassade de France à Madrid. J’oppose le plus formel démenti à cette accusation qui me fait passer pour un homme malhonnête mêlé à un scandale. Je n’ai jamais détourné le moindre centime de l’argent public que j’ai pu avoir à gérer dans mes fonctions successives au cours des quarante années passées au service de la République. Le blâme auquel il est fait allusion n’est d’aucune manière en rapport avec une quelconque malhonnêteté ni avec un quelconque détournement. Il est la simple conséquence, après enquête, du non-respect de procédures administratives relatives à la mise à disposition des locaux de l’Ambassade au bénéfice d’entreprises françaises. Je n’ai rien à me reprocher sur le plan de l’intégrité et je vous demande de porter cette réponse à la connaissance de vos lecteurs.
5. ARTICLE – La face cachée du Quai d’Orsay: Affaires juteuses et entre-soi
Anne-Laëtitia Béraud
Dans son ouvrage sur le ministère des Affaires étrangères, le journaliste Vincent Jauvert révèle une institution « à la dérive »…
La face cachée du Quai d’Orsay: Affaires juteuses et entre-soi
Une culture de l’entre-soi peu soucieuse de transparence. Privilèges d’une nomenklatura diplomatique, impunité, malversations, copinage entre diplomates et avec les entreprises sont détaillés par Vincent Jauvert dans son ouvrage La face cachée du Quai d’Orsay, enquête sur un ministère à la dérive (éd. Laffont)*. Le journaliste d’investigation s’est appuyé sur une centaine de témoignages et des documents confidentiels pour mener l’enquête. Retour sur quelques bizarreries d’un ministère « à la dérive »…
Soupçon de détournement de fonds
L’ambassadeur en Espagne, Bruno Delaye, est épinglé dès le début de cet ouvrage. L’auteur relate qu’à l’été 2012, de mystérieuses factures arrivent à la direction de l’administration du ministère. Elles révéleraient que l’ambassadeur, ami d’une pléiade d’artistes comme de François Hollande, se fait rémunérer la location de l’ambassade à Madrid. Le détournement de fonds pourrait avoir atteint 91.000 euros. A la fin d’une discrète enquête, l’ambassadeur ne reçoit qu’un blâme, alors qu’il aurait pu être radié, relève le journaliste.
Tricheries et harcèlement
L’ouvrage fourmille d’anecdotes telle que ce couple, dont l’homme est diplomate, qui frauderait sur les notes de frais, ou de surprenantes « disparitions » d’objets de valeur dans les représentations diplomatiques. Le Quai d’Orsay fermerait aussi les yeux sur les petits arrangements avec les frais alloués aux ambassadeurs, qui atteignent, selon les postes, entre 10.000 euros et 200.000 euros par an. « Jusqu’en 1999, il était on ne peut plus simple de grignoter quelques milliers d’euros chaque année », confie même un diplomate au journaliste.
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Un salaire parfois plus important que celui du chef d’Etat
Parmi les plus secrets du Quai d’Orsay, figurent les revenus réels des ambassadeurs. « Si nous disons la vérité, nos compatriotes constateront que presque tous les ambassadeurs gagnent effectivement plus que le chef de l’Etat », confie un haut responsable du ministère des Affaires étrangères au journaliste. Outre un « appointement de base », les diplomates touchent des indemnités de résidence qui s’avèrent rondelettes. « Les représentants en Afghanistan, en Irak et au Yémen sont aujourd’hui les mieux rémunérés avec environ 29.000 euros net par mois, dont 24.000 d’indemnité de résidence exonérée d’impôts (…)»
Les diplomates femmes pas toujours bien vues
Nombre de diplomates hommes se disent « dégoûtés » par les récentes promotions de leurs collègues féminines. Selon eux, « les promues sont trop jeunes, trop inexpérimentées, et n’ont été choisies qu’en raison de leur sexe », relate l’auteur, qui ajoute que les « mâles du Quai d’Orsay n’admettent toujours pas l’intrusion des femmes dans ce qui a été leur chasse gardée (…) pendant quatre siècles (…)»
6. ARTICLE – Les étranges pratiques du ministère des Affaires étrangères
Sous les ors du Quai d’Orsay, que de misères, de scandales étouffés, d’erreurs d’analyses… comme le révèle un livre au vitriol.
Par Henri Vernet Le 7 avril 2016
Tout commence comme une histoire de corbeau : un paquet anonyme qui atterrit à l’été 2012 sur le bureau de la directrice administrative du Quai d’Orsay. A l’intérieur, des photocopies de factures d’entreprises de luxe — L’Oréal, Kenzo, Ruinart, Relais et Châteaux… —, pour un total de plus de 90 000 €, réglées à titre personnel à l’ambassadeur de France à Madrid. Louer une ambassade à des groupes privés, surtout un lieu aussi prestigieux que la résidence madrilène avec ses 18 000 m², sa piscine et ses tapisseries des Gobelins, c’est chose banale depuis que l’Etat rabote et rentabilise partout. Mais l’argent doit aller dans les poches du ministère, pas de l’ambassadeur.
L’accusation est grave. Mais l’intéressé n’est pas n’importe qui : Bruno Delaye est le diplomate chéri de la gauche. Ancien conseiller de Mitterrand et de Védrine, le sexagénaire porte beau, aime les grosses motos, les grands vins et la corrida, est à tu et à toi avec Hollande comme avec Carla Bruni. Dans un Quai d’Orsay plutôt gris, il est autant jalousé que glorifié. Bref, affaire sensible !
Résultat, elle est traitée en douceur et en toute discrétion par les bœufs-carottes du ministère. Là où d’autres fonctionnaires auraient pu être radiés voire pire.
Le détournement n’étant pas prouvé, Delaye n’écopera que d’un blâme… et paradait dernièrement dans un dîner d’Etat à l’Elysée. L’ouvrage « la Face cachée du Quai d’Orsay »*, du journaliste de « l’Obs » Vincent Jauvert, fourmille de révélations de ce genre, signes du délabrement — physique et moral — d’un ministère au prestige fané.
Des diplomates qui fraudent en couple sur les notes de frais, vendent de l’alcool sous le manteau dans telle capitale arabe, subtilisent les œuvres d’art en dépôt à la résidence, harcèlent leur personnel quand ils ne sont pas pris dans des affaires de pédophilie comme naguère en Asie, le tout dans une quasi-impunité sous prétexte d’épargner l’institution du scandale : voici le sombre tableau dépeint par Jauvert, qui a récupéré des documents confidentiels et recueilli des dizaines de témoignages « maison ».
La compagne de Fabius se mêlait de tout
De fait, côté politique, le bilan n’est pas plus reluisant, entre un réseau réduit à peau de chagrin et un patrimoine vendu à la découpe (New York, Berlin…) pour cause de coupes budgétaires, les compromissions, les erreurs d’analyses. Exemple, ce télégramme diplomatique envoyé quelques mois avant le début de la guerre civile en Syrie par l’ambassadeur à Damas. Eric Chevallier, un « bébé Kouchner » nommé par le French Doctor, y vante la réussite de « son » 14 Juillet dans la capitale syrienne : « Un très grand coup », se félicite-t-il dans la missive restée dans les annales, tout le régime de Bachar al-Assad se pressait aux festivités ! L’homme s’obstinera longtemps à plaider en faveur du président massacreur… avant, il est vrai, d’aider aux livraisons de matériel aux rebelles.
Côté politico-people, on découvre le rôle influent joué au ministère par la compagne de Laurent Fabius, Marie-France Marchand-Baylet (ex-femme du ministre radical de la Fonction publique). Elle aurait mené à la baguette les attachés de presse du ministre, œuvré à la restauration du château oublié de La Celle-Saint-Cloud (résidence officielle des patrons du Quai d’Orsay) et se serait même mêlée de nominations.
L’auteur raconte qu’une diplomate chevronnée, sur le point d’obtenir une belle ambassade, aurait été finalement blackboulée… juste après un tête-à-tête avec Madame. « Mésentente entre femmes » aurait commenté un Fabius interrogé sur l’épisode. La morale de cette enquête passionnante appartient à un ambassadeur : « Je n’en peux plus du Quai, de sa bureaucratie, de ses ministres fous. Je reste ici le temps de trouver un bon job dans le privé. »