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RÉSEAUX SOCIAUX ET « INCOMMUNICABILITÉ POLITIQUE »

Photo de Pixabay sur Pexels.com


PRÉSENTATION

Dans le prolongement de notre publication  » la promesse démocratique des réseaux sociaux , https://metahodos.fr/2020/06/12/la-promesse-democratique-des-reseaux-sociaux/

L’incommunicabilité politique

Nous vous proposons l’émission de France Culture du 10 juin 2020: Les réseaux sociaux et « l’incommunicabilité politique » A ÉCOUTER (4 MIN) À retrouver dans l’émission LE BILLET POLITIQUE par Frédéric Says – Quels effets de l’avènement de Twitter et Facebook sur la vie politique ?

Les effets des réseaux sociaux dans les mouvements de révolte ou de colère

Et l’entretien avec Zeynep Tufekci : la technosociologue qui prédisait les mouvements sociaux à l’aune du numérique. Il faut écouter notre invitée de ce matin, Zeynep Tüfekçi, qui développe longuement le changement amené par les réseaux sociaux dans les mouvements de révolte, dans les mouvements de colère.  

Les réseaux permettent, en principe, une information horizontale, de citoyen à citoyen. Ainsi toute mainmise sur l’information, toute tentative de propagande centrale est vouée à l’échec. Sauf à couper l’accès global à internet…  

Mais les plateformes ont aussi pour effet « contraire » celui de renfermer l’information. Ou plus exactement, de la dispatcher en silos, en silos quasi-hermétiques entre eux.  

Nous vous proposons ci contre le texte de Frédéric Says.

Modération ou censure ?

Nous reviendrons sur les tentatives de « modération » ou « censure » des réseaux. On souhaite y combattre les propos inappropriés, anonymes ou touchant à la vie privée, par exemple.

Les médias et les réseaux seraient soumis à des obligations différentes ?

On attend des réseaux le respects de principes dont la presse se passe…la presse par ailleurs est très présente sur les réseaux et s’alimente sur son terrain. Rappelons nous l’affaire dite Griveaux : la presse réclamait le respect de la vie privée de l’homme politique sur les réseaux … et était en pointe pour en parler longuement et largement.

A.Flax

ARTICLE

Bulles et silos

C’est humain, nous avons tendance à suivre et à relayer les personnes qui pensent comme nous. Nous avons l’habitude de ne plu consulter les comptes de personnes dont les avis nous déplaisent.   Et de fil en aiguille (et c’est là où cela devient politique), l’on voit se constituer des poches d’opinions, des réalités parallèles, des visions du monde éclatées.  

En France, en ces temps de tension, quiconque a la curiosité de consulter des comptes antagonistes peut constater cette dislocation d’une réalité commune.   Ainsi pour une partie de ces comptes numériques, par exemple, la cause d’Adama Traoré est celle d’un homme tué directement, voire volontairement, par les gendarmes ;  une autre partie de cette France des réseaux sociaux retient, elle, qu’il s’agit d’un homme en fuite après l’interpellation de son frère soupçonné dans une affaire de délinquance.

Ces bulles parallèles, on peut s’en désoler, mais c’est un fait, elles existent.   C’est dans sa dimension politique que cette « incommunicabilité » est intéressante. Car elle façonne ensuite des débats sans racine commune. 

Même s’il faut se méfier des « effets de loupe » sur Twitter et Facebook : les messages les plus engagés, parfois les plus trompeurs, sont aussi les plus partagés. Et au-delà des utilisateurs très actifs, une plus importante partie de la population n’avait jusqu’ici pas ou peu d’avis, et ne s’était même pas forcément intéressée à cette affaire.  

Mais de manière générale, ces bulles d’opinion, ces prismes antagonistes jouent peu à peu sur la perception du monde ; la rendent caricaturale et univoque.  

Les médias traditionnels conservent-ils une place ?

Bien sûr, ils essaient d’ailleurs de s’adapter à ces forges d’opinion numérique en publiant régulièrement des articles dits de « désintox » ou de « décodage ».   Mais dans une société de la méfiance, tendanciellement, la confiance se porte davantage vers ce proche qui partage une analyse qui correspond à ce que l’on pense… Plutôt qu’à ce journal qui démontre l’inverse de nos préjugés.  

Certes, toutes les opinions ne se valent pas, et en tant qu’internaute, c’est un travail constant de croiser ses sources, pour éviter les contre-vérités et les faits déformés. La propagande n’est pas, n’est plus qu’une prérogative des Etats. Elle est désormais déconcentrée. Les émetteurs en sont multiples.  

A cela, le remède est simple mais ardu.

Cercles

Sur Twitter par exemple, il faut garder en mémoire que notre cercle de relations ne représente pas l’entièreté de cette plateforme ; de même que l’entièreté de Twitter ne représente pas « tous les réseaux sociaux » ; et que « tous les réseaux sociaux » ne représentent pas « l’opinion publique », et ainsi de suite.   Bref, c’est donc une série de cercles concentriques, où votre « bulle » ne pèse pas lourd.  

Autrement dit, si tous ceux que vous suivez en ligne partagent la même opinion, de deux choses l’une : ou bien le monde entier est devenu totalement unanime sur tous les sujets (mais c’est peu probable) ; ou bien vous suivez uniquement des personnes d’accord avec vous.   

Cette tendance naturelle à l’enfermement est-elle nouvelle ?  

Non, mais elle est facilité, amplifiée, et cela a une conséquence politique :   La difficulté de produire un discours commun, qui soit audible par tous – ou disons par un très grand nombre.  

L’allocution de Christophe Castaner cette semaine l’illustre mieux qu’aucune autre : le ministre de l’Intérieur évoque la suspension de policiers, je cite, en cas de « soupçon avéré » de racisme.   Un « soupçon avéré » : c’est ce qu’on appelle un oxymore. Conçu pour ne fâcher personne, au risque finalement de ne contenter personne non plus.  

Frédéric Says

1 réponse »

  1. Frédéric, j’adhère totalement à votre analyse 😃
    En effet, le monde ne se limite pas au cercle de nos interlocuteurs.
    Platon, dans le mythe de la caverne, notait déjà que la microsociété enfermée dans une caverne imaginait le monde de manière univoque sans soupçonner qu’un autre groupe, dans une autre caverne, ne pouvait que le percevoir de manière différente.
    Plus tard, Pascal écrivait : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »
    Les réseaux sociaux n’ont donc pas fondamentalement changé le fait que l’être humain voit le monde à son image sans comprendre qu’une autre personne en a une vision différente.
    Excellent week-end 😎🌞
    Anne

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