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« Gouverner c’est mentir », Relire Rémy Prud’homme.

Rémy Prud’homme , auteur de « Gouverner, c’est mentir »

Dans son livre, Rémy Prud’homme PROFESSEUR D’ÉCONOMIE À L’UNIVERSITÉ DE PARIS XII, énumère une douzaine de mensonges publics tenus par l’exécutif ces dernières années. Comme un clin d’œil à Pierre Mendès-France, qui disait « Gouverner c’est choisir », Rémy Prud’homme a choisi ce slogan « Gouverner c’est mentir ». « Lui en faisait une prescription, moi je me contente d’en faire une description », appuie l’auteur.

Une défiance en augmentation

« Le mensonge public a toujours existé », avance le professeur émérite d’économie à l’Université Paris XII. Mais quant à la question de savoir s’il a augmenté ces dernières années, Rémy Prud’homme note « que l’on n’a pas trouvé de mesure pour prouver si cela a augmenté mais on a des raisons de le penser ». Pour cela, il s’appuie aux chiffres de la défiance des Français envers le pouvoir et les médias. « 25% des Français seulement ont confiance », souligne-t-il, un taux très faible par rapport « aux autres pays Européens ». Mais est-ce réellement une augmentation du mensonge public ? « Il n’y a qu’un pas que je franchis avec beaucoup de prudence », répond l’auteur.

Parmi les mensonges soulignés par l’auteur, celui sur le budget 2020 annoncé par le gouvernement. Il prévoit une baisse des taux des deux premières tranches sur le revenu des personnes physiques. « Elle a été présentée et reprise dans toute la presse en disant que 95% des contribuables vont voir leur impôt diminuer ». En réalité, « c’est que la moitié des foyers fiscaux qui vont voir leur impôt diminuer ». Or, « comment leur impôt peut diminuer s’ils n’en paient pas ? », s’interroge Rémy Prud’homme qui met ce mensonge sur le compte de « l’omission ».

Autre exemple noté dans ce livre, le site internet de la délégation à la sécurité routière affiche fièrement un message : « Passer de 90 à 80 km/h va réduire les rejets de CO2 de 30% »« C’est absurde, répond le professeur, les rejets ont une fonction directe de quantité de carburant ». Il indique que « ce n’est pas en allant à 3km/h de moins que l’on va réduire 30% » avant de continuer : « Il n’y a pas un seul conducteur qui paie son plein et qui croit que sa facture de carburant va diminuer de 30% ». 

Sur les raisons de ces mensonges, Rémy Prud’homme prône pour l’ignorance. « L’ignorance joue un rôle tout-à-fait clair dans cette affaire », note-t-il. « Nous vivons dans un monde où les choses sont de plus en plus compliquées », constate le professeur. Mais il l’assure, « Je ne prétends pas repérer tous les mensonges tenus dans les domaines dont je n’ai jamais travaillé« . Ayant été dans le secteur de l’énergie, il peut par contre dire « qu’on ne peut pas en parler raisonnablement sans avoir compris un certain nombre de choses ».

ARTICLE

Gouverner c’est mentir, de Rémy Prud’homme

Francis Richard 21 juin 2020 ( Blog )

Lire aujourd’hui ce livre après des mois d’escobarderies sanitaires prend tout son sel. Rémy Prud’homme y aura certainement trouvé matière à enrichir son portefeuille d’exemples de mensonges publics.

Dans Gouverner c’est mentir, publié fin 2019, l’auteur en donne déjà douze qu’il a choisis parce qu’ils sont publics, qu’ils ont été commis dans un passé récent, qu’ils sont quantifiables.

La parole publique

Ces exemples sont circonscrits à la parole publique: La parole publique peut être définie comme le flot d’informations adressées aux citoyens par les administrations et les politiciens, ainsi que par les médias.

A ces quatre groupes d’acteurs de la parole publique, l’auteur ajoute un cinquième composé de ceux qu’il appelle les producteurs d’information:

Les statisticiens, les sondeurs, les enseignants-chercheurs, les officiers d’état civil, les hôpitaux, les renseignements généraux, les magistrats, les organismes de sécurité sociale, certains journalistes.

Ces producteurs d’information devraient être neutres, objectifs, techniques, apolitiques, mais ne le sont souvent pas parce qu’ils dépendent directement ou indirectement des politiciens…

Les douze mensonges publics

Les douze exemples de mensonges publics choisis ne sont qu’un échantillon, mais il est éloquent. Ils ont été proférés au sujet de l’environnement, de l’énergie et de la société.

L’auteur démonte ces mensonges publics à chaque fois en opérant un calcul à partir de chiffres incontestables auxquels en cherchant bien il est possible d’avoir accès.

Il serait plus difficile de démonter des jugements de valeur ou des mensonges qualitatifs, car il est par définition souvent impossible et toujours discutable de « prouver » leur dimension de tromperie.

Anatomie des mensonges publics

Quoi qu’il en soit, ces douze exemples le conduisent à mettre à nu une anatomie des mensonges publics par ordre croissant de complexité:

– le mensonge simple: par exemple faire une citation tronquée ou inventée, travestir ou déguiser la réalité,

– le mensonge par sélection: par exemple ne retenir que ce qui va dans le sens de la thèse ou occulter ce qui lui est contraire,

– le mensonge par analyse: par exemple confondre corrélation et causalité, confondre le multicausal et le mono-causal.

Physiologie des mensonges publics

Quels sont les agents infectieux de cette maladie qu’est le mensonge public?

– la politisation croissante: le politique ne pèse pas seulement sur la société par les dépenses publiques et les taxes, mais par la réglementation et a besoin des électeurs auxquels il fait des promesses pour être élu;

– la complexité grandissante: c’est pourquoi une grande majorité de personnes […] n’en savent pas assez pour porter un jugement et sont des proies faciles et tentantes pour la propagande et le mensonge;

– la soif des idéologies: le christianisme et le communisme ayant perdu de leur attrait, de nouvelles idéologies permettent de l’étancher, telles que l’environnementalisme ou le réchauffisme qui se caractérisent par textes sacrés, menaces terrifiantes, ennemis à terrasser, rédemption par la souffrance, communion, grand-messes etc.;

– le rôle croissant des lobbys: les lobbys, qui font le lien entre les entreprises ou les groupements d’entreprise et les politiciens, ont la connaissance, leurs cibles non;

– les biais de formationon peut en France devenir administrateur, politicien ou journaliste, sans avoir jamais fait de mathématiques. La voie royale consiste à passer le baccalauréat dans la série L, d’entrer à Sciences-Po, puis à l’ENA – sans avoir jamais utilisé une règle de trois…

– le recul des contre-pouvoirs: qu’il s’agisse des médias (qui ont glissé de la presse vers le radio, puis vers la télévision, puis vers les réseaux sociaux, qui subissent la contrainte de l’immédiateté et qui se sont appauvris), des scientifiques (qui se sont politisés), ou encore de la fonction publique (dont, notamment, le recrutement ne se fait plus au mérite).

Les conséquences

Le mensonge public peut profiter au menteur dans son combat politique ou pour construire son image politique. Il peut même profiter d’une certaine manière au public parce qu’il le fait rêver.

Mais, si, au début, la tromperie est l’emballage qui fait désirer le contenu de l’envoi, assez vite, l’emballage augmente au détriment du contenu, l’expertise cédant la place à la pure communication.

Il en résulte que la menterie engendre la menterie et que le public se laisse tromper: non seulement les mensonges deviennent de plus en plus gros, mais ils sont de mieux en mieux gobés…

A un moment donné, toutefois, le public, à l’attitude ambiguë, ne fait plus confiance aux politiciens et aux journalistes qui, par lui, sont considérés comme marchant la main dans la main:

D’un côté, le public en veut, des tromperies publiques, et en redemande. D’un autre côté, il n’est pas dupe: il sait ou il sent, qu’on lui ment, et qu’il ne peut avoir confiance dans la parole publique. Il est comme le drogué qui veut sa dose et qui en méprise son dealer.

Cette perte de confiance a un coût social (le pacte social est remplacé par les violences) et un coût économique (les acteurs économiques, par prudence, réduisent leurs investissements et l’activité du pays).

Conclusions

Il ne faut pas s’en remettre à l’État: la lutte contre les politiciens ne peut pas passer par l’augmentation du pouvoir des politiciens. Ils sont le problème, ils ne peuvent pas être la solution.

Il faut renforcer les défenses immunitaires du pays: on peut recommander un cocktail fortifiant à base de Descartes [et son scepticisme scientifique], de Galilée [et sa culture de la mesure] et de Voltaire [et sa tolérance], auquel il faudrait ajouter un glaçon de recul et d’humour (emprunté à Cervantes par exemple).

Francis Richard

Gouverner c’est mentir, Rémy Prud’homme, 160 pages, L’Artilleur.fr

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