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ORTHOGRAPHE : Nous assistons depuis 1989 au naufrage de nos méthodes de lecture et d’écriture

Jean-Paul Brighelli, a écrit «La fabrique du crétin»

L’essayiste Jean-Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du crétin, revient sur les récentes déclarations de Pap Ndiaye.

Quelques jours après la publication des résultats au bac 2023, l’histoire se répète: les enseignants déplorent des copies truffées de fautes d’orthographe. Un constat sur lequel le ministère de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, est rapidement revenu.

«À partir d’un certain niveau de langue trop problématique», des points pourraient désormais être retirésaux copies mal orthographiées, a-t-il indiqué samedi 8 juillet au micro de Radio J. Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir les syndicats et qui interroge les spécialistes comme Jean-Paul Brighelli, auteur du best-seller «La fabrique du crétin», qui alarmait dès 2005 sur la faillite de l’école.

ENTRETIEN

Jean-Paul Brighelli: «Les lycéens sont mauvais en orthographe parce qu’on ne leur a jamais appris»

Par Jeanne Paturaud • Publié le 10/07/2023 LE FIGARO

Que pensez-vous de la proposition de Pap Ndiaye?

Jean-Paul BRIGHELLI.- Elle me semble complètement inutile. Les élèves qui sont aujourd’hui au lycée sont mauvais en orthographe pour la bonne et simple raison que l’école ne leur a jamais appris l’orthographe avant. Sanctionner les copies mal orthographiées au lycée reviendrait à punir quelqu’un qui ne sait pas courir alors qu’on ne lui a pas appris à marcher. Je n’y vois que de la communication politique.

Il est donc inutile d’agir pour faire progresser les lycéens? 

Disons que ce sont des générations malheureusement perdues. Même une réforme du collège n’y changerait rien: il a été prouvé qu’il est très difficile d’apprendre un mécanisme, une structure, après ses 12 ans. Si le ministre souhaite malgré tout imposer une sévérité face aux fautes d’orthographe, il faut en tout cas qu’il transmette un vrai barème aux enseignants puisque aujourd’hui les professeurs peuvent retirer seulement deux points aux élèves qui font des fautes d’orthographe.

Nous assistons depuis 1989 au naufrage de nos méthodes de lecture et d’écriture Jean-Paul Brighelli

Quelle serait la réforme idéale selon vous?

La priorité doit être l’entrée des élèves en primaire: c’est là que tout se joue et que les bases de la langue française peuvent être intégrées. Ces années clés doivent être l’occasion d’insister sur l’orthographe, mais en utilisant les bonnes méthodes, c’est-à-dire l’inverse de celles qui sont utilisées aujourd’hui. Dans le cas où l’école primaire serait ainsi réformée, il faudrait surtout être patient, puisque les effets d’une progression ne s’observent qu’après une quinzaine d’années.

Que reprochez-vous aux méthodes aujourd’hui utilisées?

Nous assistons depuis 1989 au naufrage de nos méthodes d’apprentissage de lecture et de l’écriture. La loi dite «Jospin» a intronisé ce qu’on appelle le constructivisme, un courant de pensée selon lequel l’élève construit lui-même ses propres savoirs. L’idée était de placer l’enfant au «centre du système», sans le contraindre à intégrer des savoirs qui lui seraient étrangers. Ce qui explique les graves lacunes en orthographe des enfants depuis le milieu des années 90. À mon sens, la seule méthode qui permette vraiment aux élèves d’apprendre à lire et écrire correctement est la méthode syllabique: celle qui permet d’apprendre les mots en identifiant chaque lettre présente afin d’en faire des syllabes.

7 réponses »

  1. Ce que ce Monsieur oublie c’est la décision du ministre de Robien d’imposer à la rentrée scolaire 2006 l’usage exclusif de la méthode syllabique aux professeurs de CP…

    Ce que les enseignants savent, c’est qu’apprendre la lecture demande plusieurs méthodes et que certaines fonctionnent mieux sur certains élèves que d’autres.

    « Quel modèle est le plus susceptible d’aider les enfants à devenir des décodeurs habiles ? Cette dernière question est particulièrement provocante car elle soulève la possibilité que la Méthode Globale (Whole Language), en plus d’être plus cohérente avec un engagement philosophique en faveur de l’apprentissage actif, soit également « le meilleur programme de phonétique qui soit », selon les termes de Jerome Harste de l’Université de l’Indiana. Pourquoi ? Parce qu’il est plus facile de décoder un mot lorsque vous en connaissez déjà le sens. En insistant sur le fait que le sens doit primer sur les compétences, la Méthode Globale (Whole Language) n’est pas seulement plus agréable, mais aussi plus efficace. »

    Source: https://www.alfiekohn.org/article/reading/

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  2. Les preuves « scientifiques » de la supériorité de l’apprentissage phonique/syllabique sont du même acabit que celles d’un observateur qui émettrait l’hypothèse que la bonne façon d’apprendre à courir est d’utiliser un tapis roulant : on avance, certes, mais pour aller nulle part…

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  3. Ayant fait de l’aide aux devoirs pendant vingt ans, je suis parfaitement d’accord avec vous :
    la méthode syllabique est la meilleure.

    En 1953, je devais être en Ière ou en terminale, 5 fautes dans une dissertation et c’était « 0 » !!!

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      • Merci pour votre réponse.

        Je ne suis pas d’accord avec la dernière phrase de la réponse de Serge Ravet.

        1) Il n’est pas certain qu’un élève de CE2 soit capable de juger que l’une des deux méthodes est plus agréable que l’autre.

        2) Quant à l’efficacité de la méthode globale, voici un exemple tiré de mon expérience
        personnelle : le texte à lire comportait le mot « casquette », l’enfant, en CE2 , a  » lu » ce texte
        en remplaçant le mot « casquette » par le mot « chapeau » …. Oui, le sens a primé sur ses
        compétences : les deux se portent sur la tête !………….

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