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LA RAISON D’AGIR – 40ème ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE RAYMOND ARON : CES GRANDS ESPRITS QUI NOUS MANQUENT

Notre démocratie se délite.

Pire le constat est partagé et ceux ( nommer en priorité les décideurs et influenceurs : médias, élus, intellectuels… ? ) qui pourraient agir au bénéfice d’un rebond commentent continûment.

METAHODOS : APPRÉCIER LES RAISONS ET CAPACITÉS D’AGIR DES ACTEURS PUBLICS – UNE PERSPECTIVE MÉTHODOLOGIQUE

METAHODOS S’INTERROGE DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES SUR LA PERSPECTIVE MÉTHODOLOGIQUE D’APPRÉCIATION DES CAPACITÉS – ET DES RAISONS – D’AGIR DES ACTEURS PUBLICS

LA MÉTHODE TELLE QUE NOTRE PROJET LA DÉFINIT :

Chemin qui va au loin.

Du grec μέθοδος – Metáhodos : poursuite, recherche d’une voie pour atteindre un résultat ;

de μετά – Metá : vers, après, au loin ;

et ὁδός – Hodos : méthode, manière de faire, chemin, poursuite, recherche ;

Nous pensons qu’il y a une urgence démocratique,

une urgence à analyser, débattre, décider, agir pour le bien public – une urgence qui doit mobiliser tous les acteurs, décideurs et citoyens.

« Les régimes autoritaires et totalitaires, les tyrans et les tyranneaux, les pseudo-démocraties « illibérales » se portent bien. »

Lire ou relire Aron, c’est nourrir intellectuellement notre volonté de leur résister, explique Michel Winock. (ARTICLE 1)

LIRE RAYMOND ARON

(ARTICLE 2)

1. ARTICLE

Pour résister aux autoritaires et aux totalitaires, il faut relire Raymond Aron!

Par Michel Winock Publié le 09.06.2023 à 07h00

Raymond Aron est mort il y a quarante ans. Un certain nombre d’ouvrages récents à l’occasion de cet anniversaire ont été publiés — notamment un numéro des Cahiers de l’Herne, et, très précieux, très lumineux, une Introduction à la philosophie politique, un cours qu’il a professé à l’ENA en 1952 (Le Livre de poche). Trois ans avant lui, Jean-Paul Sartre, son ancien « petit camarade » de Normale devenu son adversaire politique pendant la Guerre froide, avait été enterré par une multitude d’admirateurs et de fervents. Les obsèques d’Aron furent discrètes ; il n’avait jamais enflammé les foules. Pourtant, c’est l’œuvre politique d’Aron qui, aujourd’hui, résiste mieux au temps et nous aide encore à déchiffrer « le monde tel qu’il est ».https://d-24804659172731843419.ampproject.net/2309181453000/frame.html

Sartre reste un grand écrivain par l’éclat de son verbe et par la diversité de ses talents qui se sont exercés en philosophie, au théâtre, dans le roman, dans ses pamphlets, comme un chef d’orchestre qui sait jouer de tous les instruments. Aron a surtout été un professeur doublé d’un journaliste. Il a enseigné à la Sorbonne et au Collège de France ; il n’a cessé d’analyser l’actualité à Combat, au Figaro et à L’Express. « En fait, nous dit Daniel Cohn-Bendit, le problème d’Aron, c’est qu’il méritait plus le prix Nobel que Sartre parce qu’il a été d’une rigueur politico-philosophique. Mais comme c’est un prix littéraire et pas un prix de philosophie, c’était plus difficile » (L’Herne,p. 212).

Mauvaise presse 

Longtemps, Aron a eu mauvaise presse chez ses pairs, les intellectuels de gauche. Pourfendeur du nazisme, rallié d’emblée à la France libre, il était devenu après la guerre l’adversaire assumé du communisme, à l’indignation des compagnons de route du PCF et d’une grande partie de l’intelligentsia complaisante à l’égard de Staline. Défenseur de la démocratie libérale, qu’il jugeait « le meilleur des mauvais régimes, c’est-à-dire le meilleur de tous les régimes possibles », il n’a cessé d’en soutenir les principes contre les systèmes autoritaires et totalitaires. https://d-24804659172731843419.ampproject.net/2309181453000/frame.html

Considéré comme un homme de droite, Aron fut pourtant le premier des intellectuels français à juger inévitable l’indépendance de l’Algérie, en 1957, dans son livre Tragédie algérienne qui fit scandale. Il rallia de Gaulle et la Vème République, non par enthousiasme, mais par lucidité sur les faiblesses insignes de la IVème. 

En relisant ses œuvres, on peut comprendre ce qui a causé la distance ou l’indifférence à son endroit, mais aussi ce qui le maintient encore aujourd’hui en éclaireur de la pensée politique. 

Distance en effet, parce que, résolument, Aron veut penser la politique, sans ardeur, sans passion — sinon la passion intérieure de comprendre. Même quand il traite du communisme ou du système soviétique qui furent ses cibles durables, l’analyse prévaut sur la polémique. C’est en raison de cette primauté de l’entendement qu’il reste lisible, utile, nécessaire, loin des batailles de son temps. « Il rendait intelligent, écrit le co-fondateur du Nouvel Observateur, Jean Daniel. Pour lui répondre, il fallait viser haut. »

Un libéral convaincu 

Plutôt pessimiste sur la nature humaine, Aron n’en a jamais déduit la nécessité des pouvoirs coercitifs. Il mettait au-dessus de tout la liberté des citoyens, en quoi il était libéral. En disciple de Tocqueville, il savait aussi l’irrésistible montée en puissance de l’égalité dans les sociétés contemporaines. Ni réactionnaire ni conservateur, il a défendu toute sa vie la nécessité de l’équilibre entre les principes de liberté et d’égalité, qui peuvent se révéler contradictoires. 

Il n’en a pas résulté dans son esprit la théorie d’un régime idéal, mais la recherche du moindre mal dans un système démocratique qui limite la liberté des puissants et la frénésie égalitaire grosse de dictature des révolutionnaires. Régime démocratique imparfait, régime corruptible, régime perfectible, mais le seul compatible avec la dignité humaine. « Je n’en conclus malheureusement pas, disait-il en 1952, qu’il soit démontré à l’avance que c‘est celui qui doit triompher. »

Soixante-dix ans plus tard, les régimes autoritaires et totalitaires, les tyrans et les tyranneaux, les pseudo-démocraties « illibérales » se portent bien. Lire ou relire Aron, c’est nourrir intellectuellement notre volonté de leur résister. Et de comprendre ce qui chez nous peut desservir cette volonté, la discorde séculaire entre des citoyens irréconciliables. La disponibilité au double extrémisme représente une des faiblesses de notre démocratie qu’Aron avait bien décrites. Nul mieux que lui n’a analysé les tares et les vulnérabilités de notre société politique, toujours menacée, comme disait Ernest Renan, de la rupture d’un anévrisme.

2. ARTICLE

BIBLIOTHÈQUE RAYMOND ARON

REDÉCOUVREZ LES GRANDS ÉCRITS DE RAYMOND ARON DANS LA COLLECTION BIBLIOTHÈQUE RAYMOND ARON

POURQUOI (RE)LIRE RAYMOND ARON EN 2023 ? 

« Raymond Aron et Calmann-Lévy, c’est l’histoire d’une ancienne et profonde relation. En 1947, mon père a créé et dirigé la collection Liberté de l’esprit, prolongement naturel de sa pensée et de son action contre les totalitarismes ; collection qui a marqué en profondeur la vie des idées et le combat pour la liberté de l’esprit. La publication de L’Opium des intellectuels et de Paix et guerre entre les nations, restés des classiques, ont été des étapes capitales dans cette collaboration. Aujourd’hui, je suis heureuse que soit regroupée chez ce même éditeur une grande partie de son oeuvre […] l’urgence de défendre la liberté de l’esprit reste la même aujourd’hui même si ses formes peuvent paraître différentes. Le combat est toujours d’actualité.» 

Dominique Schnapper

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C’est à Londres, en 1943, que la route de Raymond Aron croise pour la première fois celle de la famille Calmann-Lévy. Aron mène alors, dans les colonnes de la revue La France libre, le combat pour la liberté de l’esprit contre la barbarie nazie. Dans les années qui suivent la Libération, alors que s’installe la tension de la guerre froide, la pensée antitotalitaire ne dispose guère de lieu pour se faire entendre ; ni dans la presse ni à l’université, encore moins dans le monde des revues. Aussi, dès 1947, la maison Calmann-Lévy ouvre ses portes à Raymond Aron et son projet de créer une collection destinée à accueillir les auteurs engagés dans le combat pour les libertés. Cette association de l’intellectuel et de l’éditeur permet ainsi au lecteur français de découvrir des auteurs tels que Arthur Koestler, Hannah Arendt ou Karl Popper, parmi bien d’autres. Mais c’est d’abord comme auteur lui-même qu’Aron tisse un lien durable avec Calmann-Lévy. La maison devient bientôt un de ses principaux éditeurs et publie près d’une dizaine de ses oeuvres. Cette collaboration est non seulement remarquable par le nombre de livres publiés, mais surtout par l’importance de ceux-ci dans l’oeuvre du philosophe. Ainsi le catalogue de Calmann-Lévy peut-il s’enorgueillir de compter parmi ses titres : L’Opium des intellectuels (1955), Paix et guerre entre les nations (1962), Essai sur les libertés (1965) ou Les Désillusions du progrès(1969).

Aujourd’hui, en accord avec Dominique Schnapper, sa fille, Calmann-Lévy crée la « Bibliothèque Raymond Aron ». Rejoignent notre catalogue des ouvrages importants qui étaient publiés par les éditions de Fallois tels que : Le Spectateur engagé (1981), les Essais sur la condition juive moderne (1989), Le Marxisme de Marx (2002), et les recueils d’articles qu’Aron a publiés dans les différents journaux auxquels il a collaboré (CombatLe FigaroL’Express), ou dans les revues qu’il a dirigées (PreuvesContrepointCommentaire).

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