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MULTIPLICATION, ( ET ABUS ? ) DES COMMÉMORATIONS PRÉSIDENTIELLES : LE PLEIN ET LE VIDE – 14 POINTS DE VUE

CERTAINES DE NOS PUBLICATIONS ANTÉRIEURES

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METAHODOS VOUS PROPOSE 14 SÉQUENCES RELATIVES À LA SUBMERSION MÉMORIELLE À LAQUELLE L’ACTUEL RÉGIME SE PRÊTE

1. ARTICLE – « Commémorations: «Abus de mémoire» »

2. ARTICLE : Pourquoi Emmanuel Macron multiplie hommages et commémorations   

3. ARTICLE : Commémorations des 80 ans de la Libération : qu’est-ce qui pousse Emmanuel Macron à multiplier les cérémonies et les hommages tout au long de l’année ?

4. ARTICLE – Emmanuel Macron ou les illusions de la commémoration permanente

5. ARTICLE – « Emmanuel Macron se retranche dans le symbole pour mieux masquer sa faiblesse politique » 

6. ARTICLE – Macron, médaille d’or des célébrations du passé ?

7. ARTICLE – La « commémo-mania » d’Emmanuel Macron

8. ARTICLE – Hommage national : qui Macron a-t-il déjà honoré ?

9. ARTICLE – « Une visite jusqu’à minuit » : Emmanuel Macron et sa passion du Panthéon

10.ARTICLE – Macron et les commémorations : plus il la démolit, plus il célèbre la France !

11. ARTICLE – Comment Emmanuel Macron exploite le filon des commémorations

12. ÉMISSION – Arthur Chevallier, Nicolas Offenstadt : Emmanuel Macron champion des commémorations ?

13. ARTICLE – Emmanuel Macron et l’inflation mémorielle : le chef de l’Etat s’appuie sur l’histoire pour « retrouver du commun »

14. ARTICLE – La mémoire, l’histoire et le Président

1. ARTICLE – « Commémorations: «Abus de mémoire» »

TITRE LE FIGARO Par Yves Thréard 16/04/2024 QUI POURSUIT :

Plus que ses prédécesseurs, Emmanuel Macron aime jouer avec l’histoire. C’est parfois un jeu dangereux.

La célébration de la mémoire a été un refuge pour tous les présidents de la République. Elle permet de s’extraire du plancher des vaches pour chanter la France et sa grandeur, son génie bâtisseur et l’héroïsme de son peuple. Rappeler le passé pour surplomber le présent leur apporterait un peu d’oxygène…

Plus encore que ses prédécesseurs, Emmanuel Macron apprécie l’exercice. Depuis son arrivée à l’Élysée, en 2017, il a procédé à vingt-six commémorations nationales et cinq entrées au Panthéon, avec, récemment, celles des époux Manouchian. Quant aux hommages, très divers, on ne les compte plus, de Johnny Hallyday à Robert Badinter en passant par l’écrivain Maryse Condé, en ce début de semaine. Jusqu’à la fin de cette année olympique, ponctuée par la réouverture de Notre-Dame, en décembre, il va fêter le 80e anniversaire de la Libération. Ce mardi, il a salué les maquisards du Vercors après ceux des Glières, début avril. N’y aurait-il pas chez lui, comme disait son mentor, le philosophe …

2. ARTICLE : Pourquoi Emmanuel Macron multiplie hommages et commémorations   

Publié le 21/04/2024 LA DÉPÊCHE Philippe Rioux

Pourquoi Emmanuel Macron multiplie hommages et commémorationsDepuis son accession à l’Elysée, Emmanuel Macron multiplie les hommages nationaux et les commémorations. Par goût personnel autant que par stratégie politique pour « faire nation ». Décryptage.

Lorsque les historiens se pencheront sur les dix ans du macronisme, ils ne pourront éviter de remarquer combien Emmanuel Macron s’est plu à multiplier les hommages nationaux et les commémorations, plus qu’aucun autre de ses prédécesseurs. Pour le plus jeune Président de la Ve République, il y a dans ces exercices qui mobilisent toute la pompe protocolaire républicaine assurément l’obsession d’inscrire sa présidence dans le continuum de l’Histoire de France, un goût personnel aussi pour les figures héroïques qui ont façonné la République, et aussi un peu de stratégie politique à l’heure où s’esquisse déjà son bilan.

Les deux corps du roi

Cette appétence pour les commémorations – que certains auraient pu penser désuète pour un jeune homme politique qui n’a pas connu les affres de la Seconde Guerre mondiale – s’est pourtant manifestée très tôt. En juillet 2015, celui qui est alors ministre de l’économie, donne une interview à l’hebdomadaire Le 1 qui consacre son dossier aux liens entre philosophie et politique. Celui qui fut l’assistant de Paul Ricoeur explique que « la démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude car elle ne se suffit pas à elle-même ».

« Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! », estime Emmanuel Macron qui reprend là la théorie des deux corps du roi de d’Ernst Kantorowicz, mortel et immortel. Le 1er mai 2016, sur le parvis de la cathédrale d’Orléans, missionné par François Hollande, Emmanuel Macron rend hommage à Jeanne d’Arc. « Le passé, toujours, brûle notre époque, et le présent est gros de ce qui a été », déclare le ministre dans un discours remarqué avec lequel il plaide pour la « réconciliation des mémoires ».

Enfin, l’année suivante, le soir de son élection à la présidence de la République, le 7 mai 2017, Emmanuel Macron arrive dans la cour du Louvre, seul, dans le stupéfiant clair-obscur d’une inédite mise en scène illustrant l’homme qui a rencontré le peuple.

Hommages et panthéonisations

Le fond et la forme sont dès lors posés qui expliquent la façon dont Emmanuel Macron entend exercer les prérogatives présidentielles. Ainsi, depuis 2017 Emmanuel Macron – qui ne dispose pas comme ses prédécesseurs de l’ancrage territorial que confère un fief électoral – utilise le terrain historique à des fins politiques avec un goût personnel prononcé pour les commémorations et les hommages nationaux aux personnalités disparues, souvent dans la Cour des invalides, qui n’est ainsi plus réservée aux honneurs militaires de ceux qui sont morts pour la France.

Depuis 2017, plus d’une vingtaine d’hommages ont ainsi été rendus à des personnalités aussi diverses que Jean-Paul Belmondo, Jean d’Ormesson ou Philippe de Gaulle. Le chef de l’État a également multiplié les panthéonisations : Simone et Antoine Veil en 2018, l’écrivain Maurice Genevoix en 2020, Joséphine Baker en 2021 et cette année, le 21 février 2024, Missak et Mélinée Manouchian et leurs compagnons résistants de l’Affiche rouge.

À chaque fois Emmanuel Macron prononce un discours ciselé, dont l’emphase en agace certains quand le lyrisme en ravi d’autres. Ces hommages permettent surtout au chef de l’État d’envoyer des messages aux Français à l’heure où l’extrême droite ne cesse de progresser et où le débat public est souvent saturé de polémiques identitaires voire xénophobes. Joséphine Baker, la femme noire qui a choisi la France, Manouchian et ses compagnons Français de préférence qui se sont battus pour libérer le pays en sont les exemples.

Emmanuel Macron n’évite toutefois pas le sans-faute. En 2018, pour le centenaire de la fin de la Grande guerre, il crée la polémique en justifiant un hommage à Pétain, qui a été « pendant la Première guerre mondiale un grand soldat », même s’il a ensuite « conduit des choix funestes ».

Anniversaire du Débarquement

Emmanuel Macron a beau assurer qu’il a « toujours regardé l’Histoire de notre pays en face », ses propos ne passent pas. Autre couac tout récemment autour de la responsabilité de la France dans le génocide au Rwanda.

Pour d’autres hommages, comme celui à Hubert Germain, en revanche, Emmanuel Macron touche juste, sans même rien dire en essuyant juste une larme lors de l’inhumation du dernier compagnon de la Libération au Mont Valérien.

Depuis 2017, Emmanuel Macron a parfaitement mesuré la force du symbole des commémorations historiques. Prenant le risque de la banalisation, il ne va évidemment pas y renoncer alors que se profilent les cérémonies du 80e anniversaire de la Libération de la France et du Débarquement, le 6 juin, à trois jours du scrutin européen. Convaincu que ces cérémonies permettent d’unifier les Français à l’heure où l’archipélisation et la polarisation gagnent les esprits, il y voit aussi une arme politique, notamment contre une extrême droite qui, en dépit de son ripolinage de normalisation, reste bien l’héritière de Pétain.

Au grand dam des oppositions qui dénoncent cette boulimie mémorielle, à moins de deux mois des Européennes, nul doute qu’Emmanuel Macron, en présidant notamment les cérémonies du 80eanniversaire du Débarquement comme il a honoré mardi les maquisards de Vassieux-en-Vercors, saura puiser dans le passé les leçons à même de montrer aux Français qu’ils ont un destin en partage qu’il convient de prolonger.

3. ARTICLE : Commémorations des 80 ans de la Libération : qu’est-ce qui pousse Emmanuel Macron à multiplier les cérémonies et les hommages tout au long de l’année ?

Thibaud Le Meneec. France Télévisions 16/04/2024

Le chef de l’Etat enchaîne les célébrations et discours relatifs à la Seconde Guerre mondiale. L’occasion de faire passer bon nombre de messages politiques, avec le risque d’une inflation mémorielle contre-productive.

Avant un été qui sera écrasé par les Jeux olympiques et paralympiques, le printemps offre déjà à Emmanuel Macron une intense période de commémorations. Le chef de l’Etat préside de multiples cérémonies, avec en point d’orgue les 80 ans du Débarquement allié en Normandie, le 6 juin. Après l’hommage aux enfants juifs d’Izieu et aux résistants du plateau des Glières (Haute-Savoie), ce parcours mémoriel se poursuit mardi 16 avril à Vassieux-en-Vercors (Drôme), pour honorer la mémoire des maquisards et des habitants réprimés, massacrés par les Nazis et par la milice de Vichy.

Pour son second mandat, Emmanuel Macron semble accorder à la Seconde Guerre mondiale une place toute particulière dans sa politique mémorielle. « Il charge beaucoup son agenda », observe Thibaut Poirot, professeur d’histoire dans l’académie de Reims. Ce qui ne manque pas de rappeler à l’historien « l’itinérance mémorielle pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, en 2018″.

Souvent louée par Emmanuel Macron, la Résistance occupe dans ce contexte une place majeure. « Il y avait déjà ces hommages à Georges Clemenceau, à Charles de Gaulle ou encore les panthéonisations de Joséphine Baker, de Maurice Genevoix et de Missak Manouchian », note l’historien Jean Garrigues.

à lire aussiMissak Manouchian au Panthéon : comment Emmanuel Macron se sert des grandes figures pour forger son héritage politique

Ces nombreux hommages sont loin d’être totalement désintéressés. « Le secteur mémoriel est une variable d’ajustement politique ; les gestes ne mangent pas de pain et peuvent rapporter », estime l’historien Patrick Garcia, qui y voit « un domaine où il est facile de faire l’unité » du pays, en exaltant le courage du passé face aux défis du présent. « La Résistance permet de réunir tout le spectre politique. C’est un idéal, de la politique intérieure à la scène internationale », poursuit Olivier Le Trocquer, enseignant en histoire contemporaine.

Des hommages en « réponse aux populismes »

Quant au Débarquement, il s’agit pour Denis Peschanski d’un « événement-monde ». « C’est le rendez-vous de tous les chefs d’Etat, le lieu où on discute présent et avenir, depuis 1984 et François Mitterrand », retrace le président du Conseil scientifique et d’orientation de la mission des commémorations du 80e anniversaire. La Résistance et la Libération trouvent même un écho très actuel, quand les mots du président mêlent passé et présent. Aux Glières, le 7 avril, Emmanuel Macron ne s’en est pas privé : « Il faut que les assaillants arrêtent, (…) qu’ils soient sûrs de notre détermination, pour qu’on puisse vivre libre ou mourir », a-t-il déclaré, reprenant la devise du maquis des Glières.« Clairement, on voit sa référence à l’est de l’Europe, avec la guerre entre la Russie et l’Ukraine », analyse Thibaut Poirot.Emmanuel Macron en déplacement sur le plateau des Glières, à Thônes (Haute-Savoie), le 7 avril 2024. (PIERRE ALBOUY / POOL / AFP)

L’enjeu est également national, même si l’Elysée jure ne pas faire de « la politique »mais traiter « le politique »« Plus Emmanuel Macron abandonne la défense du social, plus il compense par une surinflation mémorielle », relève Olivier Le Trocquer, qui est membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), en référence aux récentes réformes des retraites ou de l’assurance-chômage

Multiplier les commémorations de la Résistance permet aussi au chef de l’Etat de poursuivre son combat face à l’extrême droite, qu’il n’a pas abandonné depuis 2017 et qu’il entend porter avant les élections européennes du 9 juin. « Il est clair que tous ces hommages sont une réponse à tous les populismes », insiste Denis Peschanski, même si leur résultat dans ce domaine est incertain. 

« Ce n’est pas une politique mémorielle qui va empêcher l’extrême droite de monter. »Denis Peschanski, historien

à franceinfo

« On peut se poser la question de l’efficacité de ces commémorations, car le Rassemblement national (RN) essaie de faire oublier ses origines et revendique la filiation de la Résistance », rappelle Patrick Garcia. « J’ai listé 42 résistants qui étaient à la fondation du parti », avait par exemple affirmé Marine Le Pen, sur France 3, en juin 2023. 

« Le calendrier mémoriel s’impose de lui-même »

Le parcours et la personnalité d’Emmanuel Macron le pousseraient également à accorder une importance fondamentale à la Résistance et à l’aspect mémoriel en général. « Cette question l’intéressait avant son élection, assure Denis Peschanski. Avoir été l’assistant du philosophe Paul Ricœur [auteur de La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli] a beaucoup joué. » « Il a un goût pour la théâtralité du moment mémoriel », abonde Jean Garrigues. 

Pour l’auteur de La République incarnée, de Léon Gambetta à Emmanuel Macron, il y a par ailleurs une attitude générationnelle vis-à-vis de la Résistance.Les trois derniers présidents de la République n’ont en effet pas du tout connu la Seconde Guerre mondiale. « Ils se disent que les Français pourront plus facilement se reconnaître dans Charles de Gaulle ou Missak Manouchian pour refaire nation », explique Jean Garrigues, qui évoque une « incarnation par délégation » au travers de ces figures.

Par conséquent, le nombre de commémorations a augmenté au fil des années et des présidences. Au risque d’alimenter ce qu’on pourrait appeler une inflation mémorielle ? « La référence à la Résistance est une constante croissante, assure Patrick Garcia. Dans ce domaine, Emmanuel Macron ne ferait donc que reprendre le flambeau de ses prédécesseurs. « Le calendrier mémoriel s’impose de lui-même », évacue Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire du chef de l’Etat. Mais le danger de cette accumulation ne doit pas être minoré, selon Thibaut Poirot. 

« Comme il veut cumuler les commémorations, Emmanuel Macron cumule les styles. Enchaîner les événements n’est pas forcément très lisible du point de vue d’une parole présidentielle. »Thibaut Poirot, professeur d’histoire

à franceinfo

Pour améliorer la lisibilité de ces hommages, une commission présidée par l’historien André Kaspi préconisait en 2009 [PDF] de limiter les commémorations nationales à trois dates : le 8-Mai, le 14-Juillet et le 11-Novembre. L’idée était de faire des autres dates « des commémorations locales ou régionales », mais « le rapport a été abandonné avant même d’être remis à l’Elysée », rappelle Patrick Garcia. Il n’est plus possible de faire marche arrière, à ses yeux : « Si Emmanuel Macron ne va pas aux Glières et ne panthéonise pas, que dira-t-on ? Il y a un mouvement quasi irréversible, sauf à susciter des controverses inutiles. »

« Le pouvoir politique a toujours tendance à instrumentaliser l’histoire »

Il y a un autre risque à multiplier des moments d’hommage à la Résistance : celui d’apparaître comme un président qui se servirait de cette période à des fins politiques, sans respecter toutes les vérités du passé. Un reproche formulé au lancement, au printemps 2022, du Conseil national de la refondation, qui empruntait au Conseil national de la Résistance son nom, mais pas son idéologie. « On peut en effet parler de mésusage de l’histoire, mais ce travers n’est pas propre à Emmanuel Macron. Le pouvoir politique a toujours tendance à instrumentaliser l’histoire et à en faire un mauvais usage », analyse l’historien Olivier Wieviorka, d’après qui « il n’y a pas de distorsion majeure ni vision biaisée de l’histoire » chez le chef de l’Etat.

« Le président de la République a pour mission d’évoquer des figures exemplaires, il n’est pas là pour faire un travail scientifique », défend Bruno Roger-Petit. De son côté, « l’historien doit analyser ce que le discours présidentiel dit de la sensibilité collective au passé et le positionnement qu’entend prendre le président », explique Patrick Garcia.

« On ne lit pas les discours avec un stylo rouge, on n’est pas là pour corriger. »Patrick Garcia, historien

à franceinfo

« En France, le pouvoir politique n’écrit pas l’histoire. Reste qu’il y a des silences et des mots qu’il faut bien soulever. On ne les corrige pas, mais on doit s’attarder sur les simplifications possibles au nom du message politique que le président veut faire passer derrière », nuance Thibaut Poirot. Le professeur prend l’exemple des 150 ans de la République, célébrés par Emmanuel Macron en septembre 2020« Même s’il n’est pas historien, ne pas évoquer la Première et la Deuxième Républiques me semble gommer la complexité de l’histoire », estime-t-il.

Des dossiers mémoriels en concurrence ?

Ces « messages politiques » se lisent aussi au travers des périodes et des dossiers mis en lumière par Emmanuel Macron. « Plus qu’à l’Occupation ou à la Résistance, Emmanuel Macron se réfère à la Libération, vue comme un acte fondateur », estimait dans Le Mondeen 2017 Olivier Wieviorka. Sept ans plus tard, l’historien considère que la donne a changé : « L’accent se porte davantage sur la Résistance et le Débarquement. »

Par ailleurs, « la grande affaire d’Emmanuel Macron reste l’Algérie et le Rwanda, davantage que la Seconde Guerre mondiale », affirme aujourd’hui l’historien. Au sujet de l’Algérie, le chef de l’Etat avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » avant d’être élu en 2017, et avait annoncé en 2022 la création d’une commission d’historiens français et algériens sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Quant au Rwanda, il avait « reconnu » en 2021 les « responsabilités » de la France dans le génocide des Tutsis de 1994.

Mais là encore, la situation n’est pas simple pour celui qui, quoi qu’il arrive, quittera l’Elysée au printemps 2027. En témoigne une polémique sur le Rwanda, née le jour d’un double hommage présidentiel aux enfants juifs d’Izieu et aux résistants du plateau des Glières. « En voulant être à beaucoup d’endroits, Emmanuel Macron prend le risque de mettre sur le même plan différentes choses et de provoquer une collision entre les agendas mémoriels », met en garde Thibaut Poirot.

4. ARTICLE – Emmanuel Macron ou les illusions de la commémoration permanente

Emmanuel Macron doit se rendre, ce dimanche 7 avril 2024, à la Nécropole nationale des Glières à Morette, dans la commune de Balme-de-Thuy. Il s’agit de commémorer le 80e anniversaire des combats des Glières.

Laurent Avezou est historien, spécialiste des mythes historiques. Il a notamment publié Raconter la France : histoire d’une histoire (Paris, Armand Colin, 2008), La Fabrique de la gloire : héros et maudits de l’histoire (Paris, PUF, 2020), et Verdun et les lieux de mémoire de la première guerre mondiale (Paris, Larousse, 2024).Voir la bio »SUIVRE

Emmanuel Macron ou les illusions de la commémoration permanente

avec Laurent Avezou

Atlantico : Emmanuel Macron doit se rendre, ce dimanche 7 avril 2024, à la Nécropole nationale des Glières à Morette, dans la commune de Balme-de-Thuy. Il s’agit de commémorer le 80e anniversaire des combats des Glières. Peut-on dire du président qu’il fait preuve d’une certaine tendance à la commémoration permanente ?

Laurent Avezou : Une de mes interventions sur votre site, il y a huit ans, le 8 mai 2016, était déjà consacrée à la participation du candidat Macron aux fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans. Depuis son élection en 2017, le président en exercice n’a pas lésiné sur les commémorations tous azimuts et les hasards du calendrier l’y prédisposent aisément, du centenaire de l’armistice de 1918 aux 80 ans du Débarquement, en passant par les 110 ans du début de la première guerre mondiale. Mais il n’y a pas lieu de lui reprocher d’être dans son rôle de garant de l’identité historique du pays. Après tout, malgré son côté « bon élève » un peu agaçant, cet ancien khâgneux pétri de culture classique me semble plus à sa place dans l’exercice commémoratif que ses deux prédécesseurs : François Hollande, le président trop normal qui a moins marqué les esprits par sa sensibilité à l’histoire que par son incapacité à y apposer sa griffe (le fiasco de son passage à Carmaux le 23 avril 2014 pour y commémorer le centenaire de l’assassinat de Jaurès en témoigne : « Jamais Jaurès ne parlerait comme vous », y a-t-on entendu), et surtout Nicolas Sarkozy, le président hyperactif, qui ne les que trop marqués par ses usages désordonnés de l’histoire, de la sommation faite, le jour même de son investiture, le 16 mai 2007, à lire dans les classes la lettre d’adieu du jeune militant communiste Guy Môquet (présenté d’ailleurs comme un résistant, alors qu’il avait été arrêté pour ses opinions, et non pour faits de résistance), jusqu’au projet de Maison de l’histoire de France (qu’on aurait enfermée comme dans une maison de retraite !) presque unanimement désavoué par la communauté historienne. Au moins Emmanuel Macron donne-t-il l’impression de maîtriser ses références, sans avoir à se les faire souffler à l’oreille par des conseillers mal informés. Ce qui interroge, c’est la fréquence …

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5. ARTICLE – « Emmanuel Macron se retranche dans le symbole pour mieux masquer sa faiblesse politique » 

Emmanuel Macron commémore dans le Vercors ce mardi les 80 ans de la Libération. Le chercheur et essayiste Raphaël Llorca décrypte pour « Les Echos » la longue séquence mémorielle du chef de l’Etat tout ce printemps.

Par Grégoire Poussielgue. 16 avr. 2024. LES ECHOS

Emmanuel Macron prévoit un programme très dense pour le 80e anniversaire de la Libération. Comment analysez-vous cette politique mémorielle ?

C’est une constante qui court depuis son premier quinquennat : le macronisme n’est pas une idéologie ou une méthode, mais avant tout une symbolique, une forme de pouvoir qui se pense et se construit par et pour le symbole….

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6. ARTICLE – Macron, médaille d’or des célébrations du passé ?

Le président de la République s’est lancé dans une course mémorielle si effrénée, qu’on en perd le fil. En fait-il trop ?

Par Serge Raffy Publié le 17/04/2024 LE POINT

Qui trop embrasse mal étreint ? Notre président est en train de battre tous les records de la Ve République en matière de commémorations. Vingt-six célébrations de héros de notre passé, de faits historiques glorifiant la France depuis le début de son premier quinquennat, contre treize à François Hollande et trois à Nicolas Sarkozy.

Dans ce domaine, Emmanuel Macron fait sauter tous les compteurs. Face à ses prédécesseurs, il est sans contestation médaille d’or. Sa dernière visite, dans le Vercors, mardi 16 avril, où il a rendu hommage aux résistants de ce massif rebelle aux nazis…

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7. ARTICLE – La « commémo-mania » d’Emmanuel Macron

Laurence Ferrari17/04/2024 PARIS MATCH

Le président de la République Emmanuel Macron a un agenda très chargé en ce printemps. 

Le président de la République est parti pour une saison… au pays des commémorations ! Cela a commencé la semaine dernière sur le plateau des Glières en Haute-Savoie pour saluer la mémoire des combattants qui ont lutté vaillamment contre l’occupant allemand. Cela s’est poursuivi lundi dans le Vercors, où il s’agissait de célébrer le même esprit de résistance. Il y aura aussi les commémorations du 8-Mai pour la libération de Marseille, avant l’évènement mondial du 80ème anniversaire de la Libération les 5, 6 et 7 juin sur les plages du débarquement en Normandie, en présence de Joe Biden et peut-être d’une délégation venue de Russie puisque Vladimir Poutinen’a pas été convié. 

À lire aussi Escapade littéraire pour Emmanuel Macron en compagnie de Brigitte et Rachida Dati

Une itinérance mémorielle

N’oublions pas ensuite le souvenir du massacre d’Oradour sur Glane le 10 juin, l’assassinat de Georges Mandel dans la forêt de Fontainebleau le 7 juillet, avant les célébrations de la Libération de Paris puis Strasbourg. Enfin dans un autre registre, nous aurons cet été les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jo, avant le point d’orgue final de la réouverture de Notre Dame de Paris le 7 décembre prochain…. Ouf ! 

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8. ARTICLE – Hommage national : qui Macron a-t-il déjà honoré ?

La Croix le 14/02/2024

Un hommage national sera rendu à Robert Badinter, ancien ministre de la justice et artisan de l’abolition de la peine de mort, place Vendôme, mercredi 14 février 2024. Il sera le 23e sur la liste des personnalités honorées par Emmanuel Macron depuis son accession à la présidence.

Un hommage national sera rendu à Robert Badinter devant le ministère de la justice, place Vendôme, mercredi 14 février. L’ancien garde des sceaux, décédé vendredi à l’âge de 95 ans, restera comme celui qui a fait adopter la loi d’abolition de la peine de mort en 1981.

Distinction officielle de la République, l’hommage est décidé par le président de la République et inscrit au Journal officiel. Il se déroule dans un cadre protocolaire très précis, articulé autour du discours et de l’éloge funèbre prononcés par le chef de l’État, qui préside la cérémonie.

Hommage à Robert Badinter : Panthéon, cérémonie… Ce qu’il faut retenir

Cérémonie officielle destinée aux militaires morts pour la France, l’hommage a récemment été étendu à d’autres circonstances. Les premières personnalités civiles à avoir reçu un hommage national ont été les victimes des attentats du 13 novembre 2015. Depuis, leur nombre s’est multiplié, notamment sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le chef de l’État a déjà rendu 22 hommages nationaux depuis 2017.

► 5 juillet 2017 : Simone Veil. L’ancienne magistrate, rescapée d’Auschwitz, se fait connaître lors de son passage au ministère de la santé. Elle fait adopter en 1974 la loi dépénalisant le recours à l’avortement, ensuite désignée comme « loi Veil ». Première présidente du Parlement européen, elle est considérée comme l’une des promotrices de la construction européenne.

► 8 décembre 2017 : Jean d’Ormesson.Écrivain membre de l’Académie française, il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, allant des romans aux essais philosophiques.

► 28 mars 2018 : Arnaud Beltrame. L’officier de gendarmerie meurt égorgé après s’être volontairement substitué à un otage au cours de l’attaque terroriste du 23 mars 2018 à Trèbes, dans un geste de courage héroïque.

► 12 juillet 2018 : Claude Lanzmann.Journaliste, écrivain et cinéaste, il réalise Shoah, un documentaire consacré à l’extermination des juifs d’Europe par les nazis.

Julie Grand, otage libérée par Arnaud Beltrame : « Il ne cherchait pas à mourir en martyr »

► 5 octobre 2018 : Charles Aznavour.Auteur-compositeur-interprète, le chanteur français d’origine arménienne a connu le succès dans le monde entier. Il a enregistré près de 1 200 chansons.

► 29 septembre 2019 : Jacques Chirac.Premier ministre sous Valéry Giscard d’Estaing puis François Mitterrand, il est élu président de la République française entre 1995 et 2007, pour un septennat puis un quinquennat.

► 28 février 2020 : Jean Daniel. Écrivain et journaliste, il fonde Le Nouvel Observateur. Il a participé à la campagne de libération de la France de l’occupation allemande en 1945.

► 21 octobre 2020 : Samuel Paty. Le professeur d’histoire-géographie meurt à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, tué par un islamiste tchétchène de 18 ans. Il avait montré quelques jours auparavant des caricatures du prophète de l’islam Mohammed lors d’un cours sur la liberté d’expression.

Hommage national : Samuel Paty, un enseignant passionné par son métier

► 29 octobre 2020 : les victimes de l’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice. Deux femmes et un homme ont été poignardés à mort dans l’église, par un Tunisien de 21 ans.

► 26 novembre 2020 : Daniel Cordier. Secrétaire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre mondiale, il devient historien et marchand d’art.

► 9 septembre 2021 : Jean-Paul Belmondo. Acteur, cinéaste et directeur de théâtre, il joue notamment dans Léon Morin, prêtre (1961), L’As des as (1982), L’Homme de Rio(1964), Pierrot le Fou (1965), Un singe en hiver(1962), Peur sur la ville (1975) ou Borsalino (1970).

Belmondo : une vie en sept films et une pièce

► 15 octobre 2021 : Hubert Germain. Engagé dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale, il était le dernier compagnon de la Libération.

► 27 avril 2022 : Michel Bouquet. Acteur et comédien, il avait obtenu à deux reprises le César du meilleur acteur et le Molière du comédien.

► 1er juin 2022 : Françoise Rudetzki.Dirigeante d’entreprise, elle est victime d’un attentat en 1983 qui la laisse gravement blessée. Elle s’investit alors aux côtés des victimes du terrorisme, avec l’association SOS Attentats.

► 2 novembre 2022 : Pierre Soulages.Peintre, il se singularise par son usage des reflets de la couleur noire, qu’il appelle « noir-lumière » ou « outrenoir ».

► 8 mars 2023 : Gisèle Halimi. Avocate et femme politique, elle milite en faveur des droits des femmes et pour la défense du droit à l’IVG.

► 25 mai 2023 : Steven Greblac, Paul Medeiros, Manon Raux. Ces policiers affectés au commissariat de Roubaix ont été tués dans un accident de la circulation le 21 mai 2023 dans l’exercice de leurs fonctions.

► 7 juillet 2023 : Léon Gautier. Fusilier marin des Forces françaises libres, il est le dernier membre du commando Kieffer ayant participé au débarquement de Normandie lors de la Seconde Guerre mondiale.

► 25 août 2023 : Jean-Louis Georgelin. Ancien chef d’état-major des armées, il avait été choisi pour superviser la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame après l’incendie dévastateur.

► 3 octobre 2023 : Hélène Carrère d’Encausse. Historienne et femme politique d’origine géorgienne, spécialiste de la Russie et du monde slave. Elle était secrétaire perpétuel de l’Académie française depuis 1999.

Jacques Delors, un catholique à la « ferveur discrète » et proche spirituellement du pape François

► 5 janvier 2024 : Jacques Delors. Ministre de l’économie et des finances de François Mitterrand, il devint ensuite une figure de la construction européenne. Il fut notamment président de la Commission européenne durant une décennie (1985-1995).

« Ils étaient de France » : l’hommage d’Emmanuel Macron aux victimes du 7 octobre

► 7 février 2024 : victimes françaises des attaques du Hamas. Quarante-deux Français, victimes de l’attaque du mouvement islamiste palestinien contre Israël le 7 octobre 2023, ont été honorés aux Invalides.

9. ARTICLE – « Une visite jusqu’à minuit » : Emmanuel Macron et sa passion du Panthéon

Par Idèr NABILIPublié le 20 février 2024 TF1

Emmanuel Macron présidera mercredi la cérémonie d’entrée au Panthéon du résistant Missak Manouchian.Depuis son premier mandat, le chef de l’État n’a cessé d’organiser des événements dans ce lieu chargé d’Histoire, au sein duquel il multiplie les visites discrètes.Récit.

Suivez la couverture complèteMissak et Mélinée Manouchian au Panthéon

Pour Emmanuel Macron, c’est (presque) devenu une habitude. Mercredi 21 février, une semaine après avoir affirmé que le nom de Robert Badinter devait « s’inscrire au Panthéon », le chef de l’État présidera la cérémonie de panthéonisation du résistant d’origine arménienne Missak Manouchian, 80 ans jour pour jour après son exécution par les Allemands sous l’Occupation. Une entrée que le président de la République a lui-même décidée il y a près d’un an, lui qui connaît par cœur ce lieu dédié « aux grands hommes ».

Depuis qu’il a été élu à l’Élysée, en 2017, Emmanuel Macron a déjà été à l’origine de trois panthéonisations : celle de Simone Veil, en 2018, de Maurice Genevoix « et ceux de 14 », en 2020, et de Joséphine Baker, en 2021. Avec Missak et Mélinée Manouchian, cela porte le total à quatre cérémonies en sept ans – un record depuis François Mitterrand -, en attendant une cinquième peut-être pour Robert Badinter, qui témoignent de l’attachement du chef de l’État à ce monument du Vᵉ arrondissement de Paris.

Un jour, Emmanuel Macron est arrivé à 18h pour en repartir à minuitUne source à TF1info

« Il a un rapport très intellectuel au lieu », raconte à TF1info une source ayant travaillé avec Emmanuel Macron sur différentes cérémonies au Panthéon. « Le président de la République s’y est toujours investi très personnellement. » Au point, parfois, de changer les habitudes. Pour l’entrée de Maurice Genevoix« et ceux de 14 », Emmanuel Macron avait lui-même commandé une série d’œuvres à l’artiste plasticien Anselm Kiefer pour illustrer la guerre, ainsi qu’une œuvre musicale au compositeur Pascal Dusapin afin d’habiller musicalement le monument. « Il n’y avait pas eu de telle initiative artistique au Panthéon depuis près d’un siècle », vante l’Élysée auprès de TF1info.

Une commande que le chef de l’État a minutieusement suivie, jusqu’à s’inviter au Panthéon à plusieurs reprises, dans la plus grande discrétion. « Il est venu très régulièrement superviser l’installation des œuvres », assure un habitué des lieux. « Il s’agissait pour lui de prendre des décisions sur le déroulement de la cérémonie. »

Cet engagement peut parfois durer des heures, en dehors de tout agenda officiel. « Un jour, Emmanuel Macron est arrivé à 18h pour en repartir à minuit », se souvient-il. « Il s’est alors rendu jusqu’en haut du Panthéon, en passant par des espaces pas tout à fait accessibles au public. » Une « fine connaissance » d’un endroit qu’Emmanuel Macron « considère comme le temple des forces de l’esprit républicain », justifie l’Élysée. « Pour lui, il s’agit d’un monument essentiel pour ce qu’il raconte de l’histoire de notre pays. »https://22b4c8414780e17445eca09093a7b449.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-40/html/container.html?n=0

Des panthéonisations, et pas seulement

Au Panthéon, le chef de l’État aime aussi bousculer l’agenda… y compris en pleine cérémonie. « Pour Simone Veil, la cérémonie se déroulait en extérieur et devait se terminer par l’entrée des deux cercueils, du couple Macron et de la famille, avant la fermeture des portes. Mais le président de la République a souhaité visiter la crypte avec son épouse », alors que quelque 2000 invités attendaient d’entrer pour rendre hommage à cette figure de la vie politique, se rappelle l’un des artisans de cette cérémonie. « Ce n’était pas du tout au programme. »

Signe de son affection pour le Panthéon, Emmanuel Macron a placé ce lieu au cœur de cérémonies très diverses, comme l’hommage à Arnaud Beltrame, le gendarme qui s’était substitué à une otage lors de l’attentat de Trèbes (Aude), en 2018. Si la cérémonie s’est déroulée aux Invalides, « le point de départ du cortège était au Panthéon ».

Autre exemple avec la cérémonie pour la présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2022, qui, comme l’a voulu Emmanuel Macron, s’est tenue dans « le temple de la nation française ».« On ne pense pourtant pas d’emblée au Panthéon lorsqu’on parle de questions européennes », commente cette même source. Deux ans plus tôt, le Panthéon avait aussi été le théâtre de la cérémonie des 150 ans de la République française.

Des chefs d’État en visite sur recommandation du Président

Même quand il n’y est pas présent, le chef de l’État n’oublie pas le Panthéon, qu’il peut évoquer lors d’entretiens avec ses homologues. « Il n’est pas rare, lors de ses rendez-vous avec de grands dirigeants, qu’il parle du Panthéon », nous assure un connaisseur du dossier. « Des chefs d’État et de gouvernement sont venus au Panthéon expressément sur recommandation du président de la République », affirme-t-il. À l’instar du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, pour qui « il a fallu organiser une visite du jour au lendemain ».

Emmanuel Macron « s’imprègne du rôle moral et citoyen que joue ce monument », qu’il « apprécie particulièrement », ajoute cet habitué des lieux. « Il existe aussi un rapport culturel important : pour certaines cérémonies, la manière dont il a poussé les artistes à s’approprier le lieu pour leurs œuvres est extrêmement impressionnante. »

« Un vrai rapport d’intimité », selon cette source, qu’Emmanuel Macron entretient également avec la basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale. « Il faut relier sa relation avec le Panthéon, devenu une nécropole nationale après la Révolution, et celle avec la basilique de Saint-Denis, avant la Révolution », insiste-t-on du côté de l’Élysée.

« Pour le Président, cela forme un tout. Il considère que l’histoire de France est un bloc, que la République commence avant la République et que la République est une affaire de transmission. » Et que le chef de l’État se doit de garder le contact avec les lieux « où les grands hommes ont laissé une trace symbolique de leur passage ».

10.ARTICLE – Macron et les commémorations : plus il la démolit, plus il célèbre la France !

Bd Voltaire Marie Delarue 17 04 24

C’est un titre largement répandu dans la presse, ce 17 avril, au lendemain du déplacement du Président à Vassieux-en-Vercors : saisi par une véritable « frénésie mémorielle », Emmanuel Macron« exploite le filon » des commémorations.

Il nous avait prévenus, dans sa vidéo du 6 mars dernier : après les hommages rendus à Jean Moulin, aux enfants d’Izieu, à la prison de Montluc, au Conseil national de la Résistance, aux résistants de Corse puis « aux étrangers « Français de préférence » qui se sont engagés parfois au péril de leur vie » (cf. Manouchian au Panthéon), le printemps allait se transformer en marathon pour le 80e anniversaire de la Libération.

Et donc, après les cérémonies au plateau des Glières, puis mardi dans le Vercors, la Mission Libération va conduire le Président à Marseille le 8 mai, à Plumelec et à Saint-Lô le 5 juin, à Saint-Laurent-sur-Mer le 6, à Cherbourg le 7, avant une grande cérémonie à Bayeux où il commémorera « la permanence de la République, de ses valeurs ». On enchaînera avec le massacre d’Oradour-sur-Glane le 10 juin, l’assassinat de Georges Mandel le 7 juillet, l’anniversaire de la libération de Paris le 25 août, puis celle de Strasbourg le 23 novembre.

Et pourquoi pas jusqu’en 2027 ?

Mais c’est pour la bonne cause, car « 2024 fera mémoire de la renaissance de notre nation », a dit Emmanuel Macron. 2025 aussi, à la poursuite de « notre vaste programme commémoratif ». Si bien qu’en tirant un peu, on devrait même pouvoir arriver en 2027, car le programme est chargé qui demande à chacun d’exploiter la mémoire familiale pour mieux « rebaptiser les rues de France du nom de nos héros » dont beaucoup sont « venus du continent africain pour libérer notre pays ».

Remarque, en passant : ça risque de coincer avec les féministes qui, elles aussi, veulent rebaptiser les rues du nom de leurs héroïnes…

Reste que la ficelle est un peu grosse et il n’a pas échappé aux Français que cette présidentielle danse de Saint-Guy sur les lieux de mémoire avait – aussi – des motifs moins nobles. Emmanuel Macron adore se mettre en scène, déclamer ses discours avec des airs compassés ; il n’est jamais aussi heureux que dans la cour des Invalides, lorsqu’un illustre de la République lui fait le cadeau de rendre son âme à Dieu… alors, cette année, c’est festival !

L’Histoire plutôt que la réalité

L’ordonnateur de ces pompes funèbres est Bruno Roger-Petit. Ephémère porte-parole du gouvernement en 2017, le journaliste a été reconverti en « conseiller mémoire » de la présidence. Sur l’activisme mémoriel du Président, il dit au Figaro : « Je pousse à l’essentiel et c’est une question essentielle, au cœur des enjeux actuels », ajoutant : « La mémoire est la pierre angulaire de l’imaginaire qui nous constitue en tant que nation ». Remarque cocasse dans un pays où l’on n’ose même plus enseigner l’histoire…

« Le Président suit sa méthode consistant à dire ce qui est : regarder l’Histoire en face et en bloc pour bâtir l’avenir », martèle-t-on à l’Élysée, écrit Le Figaro. On aimerait surtout qu’il regarde la réalité en face au lieu de la fuir. Et puis qu’il cesse d’instrumentaliser l’Histoire avec des sous-entendus pesants comparant, l’air de rien, la milice au Rassemblement national, son obsession.

De ce côté, d’ailleurs, on pointe chez Emmanuel Macron un zèle mémoriel « en contradiction avec une posture de repentance qu’il adopte très souvent », le député RN Roger Chudeau rappelant la colonisation française en Algérie qualifiée de « crime contre l’humanité » ou l’appel aux Français à « déconstruire notre propre histoire ». Sans oublier le récent rétropédalage sur la culpabilité de la France dans le génocide rwandais…

11. ARTICLE – Comment Emmanuel Macron exploite le filon des commémorations

Par Louis Hausalte. 17/04/2024 LE FIGARO

RÉCIT – Le chef de l’État a marqué, mardi dans le Vercors, une nouvelle étape d’un parcours qui frôle la frénésie mémorielle.

Dans le recueillement de la place de Vassieux-en-Vercors, des écoliers égrènent des noms. Ceux des 73 habitants tués en 1944, quand l’armée allemande a détruit ce village du massif dont les maquisards avaient fait une place forte de la Résistance. Une page de l’histoire à la fois héroïque et tragique, qu’Emmanuel Macron rappellera ensuite dans sa prise de parole.

Car cette cérémonie, mardi, était le nouvel épisode d’un véritable feuilleton mémoriel soigneusement orchestré par l’Élysée. Emmanuel Macron avait déjà abondamment rendu hommage à la Résistance, en faisant entrer au Panthéon le communiste Missak Manouchian et ses camarades de l’Affiche rouge en février, ou en se rendant sur le plateau des Glières début avril. La prochaine étape du parcours sera l’acmé de cette année mémorielle: les cérémonies des 80 ans de l’opération Overlord, en Bretagne et en Normandie. Emmanuel Macron doit y consacrer pas moins de trois jours, du 5 au 7 juin, avec la présence…

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12. ÉMISSION – Arthur Chevallier, Nicolas Offenstadt : Emmanuel Macron champion des commémorations ?

Mardi 16 avril 2024 FRANCE INTER

Les débatteurs du jour sont les historiens Arthur Chevallier et Nicolas Offenstadt.

lien vers l’émission

13. ARTICLE – Emmanuel Macron et l’inflation mémorielle : le chef de l’Etat s’appuie sur l’histoire pour « retrouver du commun »

Le président de la République rend hommage, dimanche 7 avril, aux combattants du plateau des Glières, en Haute-Savoie, et aux enfants juifs de la maison d’Izieu, dans l’Ain. Premières d’une longue série de commémorations à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la Libération de la France. 

Par Nathalie SegaunesPublié le 07 avril 2024. LE MONDE

A peine refermé le « temps un » des commémorations des 80 ans de la seconde guerre mondiale, celui de « la Résistance comme une forme de résilience », entamé autour de l’hommage à Jean Moulin en 2023 et clos avec l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon, le 21 février 2024, Emmanuel Macron ouvrira, dimanche 7 avril, « le temps deux », celui de « la Libération comme la renaissance du pays ». Dans le massif des Bornes, en Haute-Savoie, le président de la République rendra d’abord hommage aux maquisards du plateau des Glières, que l’armée allemande entreprit d’éliminer fin mars 1944. Puis se rendra à Izieu, dans l’Ain, pour honorer la mémoire des quarante-quatre enfants juifs raflés par la Gestapo de Lyon, le 6 avril 1944, déportés et assassinés à Auschwitz.

Ce double déplacement n’est que la première étape d’une longue série de commémorations, qui rempliront l’agenda présidentiel jusqu’aux premiers frimas. Le chef de l’Etat célébrera les résistants de l’intérieur et des maquis dans le Vercors, le 16 avril ; puis la Résistance marseillaise, le 8 mai, qui marque la fin de la seconde guerre mondiale… et l’arrivée de la flamme olympique dans la cité phocéenne ; le débarquement des forces alliées les 5, 6 et 7 juin en Normandie, point culminant des commémorations, à la veille des élections européennes ; il assistera, le 7 juillet, au traditionnel hommage rendu à Georges Mandel, ancien ministre de l’intérieur persécuté par les nazis et assassiné par la Milice ; il honorera les combattants venus de l’étranger sur les plages du débarquement de Provence, aux alentours du 15 août ; fêtera la Libération de Paris, le 25 août dans la capitale ; et enfin celle de Strasbourg, le 23 novembre.

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14. ARTICLE – La mémoire, l’histoire et le Président

Depuis le début de l’année 2024, Emmanuel Macron enchaîne les commémorations et les hommages nationaux à un rythme très soutenu. Bien des historiens y voient une instrumentalisation de l’histoire pour asseoir sa légitimité.

Par Pascale Tournier. Publié le 30/04/2024 LA VIE

Depuis le début de l’année 2024, l’agenda mémoriel d’Emmanuel Macron est surchargé. En janvier, le chef de l’État a honoré Jacques Delors, qui a « réconcilié l’Europe avec son avenir ». En février, Robert Badinter, « une conscience morale ». En mars, l’amiral Philippe de Gaulle, « le premier compagnon (de la Libération), et le dernier ». En avril, l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, une femme qui « vivait dans l’amour inconfortable de la Guadeloupe, dans l’attachement intranquille à la France ».

En moins de quatre mois, le Président a aussi fait entrer au Panthéon une grande figure de la Résistance, le communiste d’origine arménienne Missak Manouchian, avec son épouse et ses compagnons, s’est rendu sur le plateau des Glières pour célébrer la mémoire d’autres résistants et le même jour à la maison d’Izieu pour rappeler la rafle d’enfants juifs. Il s’est enfin déplacé sur le plateau du Vercors, pour encenser cette fois le courage des maquisards victimes de l’attaque des milices françaises.

Rituel mémoriel

Le Président aurait-il le regard trop tourné vers le passé ? « Il est du rôle du Président d’évoquer les figures, les événements même les plus tragiques, qui nous permettent de forger, temps après temps, l’imaginaire qui constitue la pierre angulaire de ce qui nous constitue en tant que nation », justifie-t-on à l’Élysée, qui annonce déjà une autre longue séquence mémorielle autour de l’année 1944, au milieu de laquelle s’intercalent les élections européennes : du 5 au 7 juin en Normandie pour les 80 ans du débarquement, le 9 juin à Tulle, le 18 juin sur l’île de Sein. Le 7 juillet, le souvenir du résistant et journaliste Georges Mandel sera rappelé. Sans oublier les cérémonies fin août pour la libération de Paris et en novembre à Strasbourg.

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