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« La fraternité est petit à petit asphyxiée et assiégée par des forces puissantes »

LES DIFFICULTÉS DE LA FRATERNITÉ

Urbanisation, déclin des idéologies, montée du matérialisme, éloge de l’égoïsme, réseaux sociaux… Michel de Rosen, auteur d’un essai sur la fraternité, en décrypte les difficultés actuelles. Pourtant, dit-il, « donner ou recevoir de la fraternité, ça fait du bien. C’est bon pour les individus comme pour les pays. »

L’ancien haut fonctionnaire regrette que la troisième valeur de la devise nationale, affichée sur le fronton des mairies, soit autant délaissée.

Michel de Rosen : «La fraternité est un devoir»

TITRAIT LE FIGARO  Marie-Laetitia Bonavita 21/12/2023 QUI POURSUIVAIT :

« Incivilités dans le métro, violences et insultes dans les manifestations, communautarisme… Mais où est donc passée la fraternité? Michel de Rosen, français d’origine russe, ancien haut fonctionnaire et chef d’entreprise qui a vécu aux États-Unis, se penche sur les spécificités françaises qui expliquent le recul de cet esprit de concorde. Dans son ouvrage Fraternité! (Odile Jacob), il appelle à un sursaut d’union et d’unité.

LE FIGARO. – Pourquoi ce livre?

Michel de ROSEN. – Ce livre est à la fois un constat, un cri et un appel. La fraternité se meurt sous l’effet de forces puissantes, plus ou moins récentes, plus ou moins universelles. J’en identifie sept: l’exode rural et l’urbanisation ; le déclin des grandes idéologies et des grandes organisations comme l’Église catholique et le Parti communiste, que j’ose imprudemment placer ici côte à côte ; la contestation du travail ; la montée du matérialisme (avoir plutôt qu’être) ; l’éloge de l’égoïsme ; l’invasion du narcissisme ; le Blitzkrieg… »

ENTRETIEN. « La fraternité est petit à petit asphyxiée et assiégée par des forces puissantes »

Ouest-France  Propos recueillis par Cyril PETIT Publié le 11/05/2024

Liberté, égalité, fraternité. La devise de notre République s’affiche sur toutes les mairies du pays. Et pourtant, l’un des trois mots semble moins discuté que les autres. Oublié souvent. C’est la fraternité, selon Michel de Rosen, qui a publié en novembre 2023 un livre entièrement consacré à cette valeur de la France (Fraternité !, Odile Jacob, 240 pages, 21,90 €).

Chef d’entreprise né à Paris en 1951, il a travaillé chez Rhône-Poulenc, Saint-Gobain ou Eutelsat, fut directeur de cabinet d’Alain Madelin (alors ministre de l’Industrie) et préside aujourd’hui les conseils d’administrations de DBV Technologie et de Forvia (Faurecia). Dans son essai, Michel de Rosen analyse le passé de la fraternité, explique pourquoi elle est menacée et donne ses pistes pour la faire vivre. Car elle est, selon lui, « un sujet capital pour l’avenir de la France ».

Quelle est la place de la fraternité dans le monde ?

Seuls trois pays l’ont inscrite dans leur devise nationale : le Bénin, Haïti et la France. C’est donc une référence officielle rare. Pourtant, même si on n’en parle pas souvent, on la pratique beaucoup. Car l’histoire de l’humanité est une tension permanente entre la violence envers l’autre et la relation bienveillante à l’autre. Cette dernière est ma définition de la fraternité. Notons que le monde est meilleur s’il est fraternel : cela a été démontré par des médecins, des biologistes et des sociologues. Donner ou recevoir de la fraternité, ça fait du bien. C’est bon pour les individus comme pour les pays.

Dans un village, il y a plus de fraternité que dans une ville, où il y a beaucoup de solitude.

Mais on en parle peu…

En France, on parle beaucoup plus de liberté et d’égalité. La fraternité est le parent pauvre du débat public, dans une proportion de 1 à 100 en ce qui concerne les livres, les articles, les colloques…

Et vous écrivez qu’elle est menacée…

Il y a des forces puissantes qui, petit à petit, asphyxient et assiègent la fraternité. Elles ne sont pas spécifiques à la France, elles sont universelles. J’en cite sept dans mon livre : l’exode rural et l’urbanisation ; le déclin des idéologies et des grandes organisations ; la contestation du travail ; la montée du matérialisme ; l’éloge de l’égoïsme ; la montée du narcissisme et le Blitzkrieg des réseaux sociaux.

Parlez-nous de l’urbanisation…

Dans un village, il y a plus de fraternité que dans une ville, où il y a beaucoup de solitude. Dans un village, il n’y a pas seulement de la bienveillance, mais au total, il n’y a pas d’indifférence. On se connaît tous. Il y a quelques fois de la méchanceté, mais au final il y a beaucoup d’entraide.

Quand il y a un problème, les gens se demandent ce que fait l’État au lieu de se demander si, avec leur voisin, ils peuvent aider

Et concernant les réseaux sociaux…

Lorsqu’ils sont nés, au début de ce siècle, nous avons été nombreux à rêver qu’ils nous permettraient de construire un monde plus transparent, plus uni, plus informé, plus humain, plus respectueux, bref plus fraternel. Mais il se passe souvent l’inverse, c’est inquiétant. Beaucoup d’utilisateurs ont tendance à se rassembler avec ceux qui pensent déjà comme eux et à s’éloigner des autres, voire à les combattre ou à les insulter. Les réseaux sociaux ont rendu le monde moins fraternel, plus âpre, plus conflictuel.

Et y a-t-il des menaces spécifiquement françaises ?

Oui, il y a d’abord le poids de l’État. Quand il y a un problème, les gens se demandent ce que fait l’État au lieu de se demander si, avec leur voisin de droite ou leur voisin de gauche, ils peuvent aider, en rassemblant leurs forces. En France, on se tourne toujours vers le haut, rarement sur le côté. Parmi les grandes démocraties, nous sommes un pays très vertical alors que la fraternité est horizontale. Ça a commencé avec Louis XI, et continué avec Louis XIV, Napoléon, le général de Gaulle et même, maintenant, avec Emmanuel Macron.

Vous visez aussi l’appareil redistributif…

C’est lié à la première menace : nous avons un immense appareil redistributif. Il a des avantages évidemment, mais il freine la fraternité, financière notamment. J’ai vécu le cas concret quand je dirigeais une entreprise franco-américaine. Quand on lançait des opérations de charité, très habituelles aux États-Unis, les salariés américains donnaient, les …/…

1 réponse »

  1. Tellement juste et essentiel. Indiquer la « dévoyance » de nos valeurs sociétales semble assez « bisounours » et pourtant ce devrait être là notre premier devoir républicain…Bien  Jean-Marc 

    Yahoo Mail : Recherchez, organisez, maîtrisez

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