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CONFONDRE DIASPORA ET DIVERSITÉ (2) : C’EST OPPOSER DES COMMUNAUTÉS ENTRE ELLES, PLUTÔT QUE RENFORCER LA COMMUNAUTÉ NATIONALE

« Lettre ouverte au président de la République, de la part d’une Française »

TRIBUNE. Pour l’essayiste Rachel Khan, le projet de création d’un Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas est une faute politique, philosophique et républicaine.

PAR RACHEL KHAN. 10/01/2026 LE POINT

Emmanuel Macron, lors de la présentation de ses vœux aux Français à la télévision, le 1er janvier 2026 (photo), n’avait pas évoqué ce projet de Haut commissariat à la diversité et aux diasporas. L’information est tombée le 9 janvier et pourrait être officialisée à l’occasion du sommet « Africa Forward » de mai 2026. © Jean-Marc Barrère/Hans Lucas via AFP

Monsieur le président,

Vous proposez la création d’un Haut-Commissariat à la « diversité ». Permettez-moi de vous le dire avec gravité : c’est une faute politique, philosophique et républicaine. Et, pour la francophonie, une manière de tordre la langue française.

J’ai été en première ligne pendant votre dernière campagne. Non par goût du combat, mais par fidélité à une certaine idée de la France. Souvent seule, parfois exposée, j’ai défendu ce que vous disiez incarner : l’universalisme républicain, la laïcité sans adjectif, l’humanisme des Lumières. J’ai porté ce discours quand il était attaqué, caricaturé, sali. Je l’ai porté parce que j’y croyais.

Quelque chose s’est fissuré

Entre les deux tours, votre positionnement est devenu incompréhensible, alors même que beaucoup d’entre nous restions arrimés à votre discours des Mureaux, votre discours qui disait faire barrage au séparatisme, à l’entrisme islamiste, au racialisme et à la haine dirigée contre la France.

Ce que l’on sait du futur Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas

Quand je parle de haine contre la France, je parle d’une haine communautariste, anti-juive, identitaire, racialiste. Une haine qui ne vise pas un gouvernement, mais une civilisation politique, celle de la vieille Europe d’ailleurs, qui vous est chère.

Mais, bec et ongles je défends, je vous défends parce que j’ai dans le sang une histoire française qui survie malgré les dénonciations et la colonisation. Je sais ce que veut dire afro-yiddish, ce que j’ai dans le sang, quand d’autres donnent des leçons de créolisation exotique.

À mon endroit, ils se permettent, d’ailleurs, des comparaisons coloniales dégradantes, ou des accusations antisémites infamantes. Le tout pouvant se résumer, depuis le 7 octobre, en un « Y-a-bon Banania génocidaire ». Effectivement, vive la « créolisation » !

Cette bureaucratie qui entretient le racisme qu’elle prétend combattre

Vous proposez donc la création d’un Haut-Commissariat à la « diversité ». Je sais, et vous savez, que ces dispositifs « diversité » servent aussi à justifier des postes, des structures, des salaires. Une bureaucratie identitaire qui se nourrit d’elle-même et entretient ce qu’elle prétend combattre : le racisme. Ce n’est pas de la justice. C’est de la gestion symbolique.

La diversité, si elle signifie « nous tous », dit ici précisément l’inverse de la lutte contre les discriminations. Elle dit Noirs. Elle dit Arabes. Elle devient un fourre-tout autant qu’une assignation. Vous instituez une nouvelle case « diversité », pour ne pas dire « races ».

Or, la diversité, comme le dit Raphael Enthoven, c’est presque un nouveau pays : « Divercity », une nouvelle adresse, dont seraient issus des Français, mais pas tous les Français. Il y aurait des gens pas tout à fait français. Nuance.

La France ne s’est pas construite sur la reconnaissance des différences, mais sur leur dépassementRACHEL KHAN

Comme si une couleur de peau parlait à votre place, pensait à votre place, votait à votre place. Comme si le racisme avait une couleur. Comme si l’histoire n’avait pas montré que la haine, malheureusement, touche tous les continents.

La rente victimaire, cette arnaque

La France ne s’est pas construite sur la reconnaissance des différences, mais sur leur dépassement. Sur la méritocratie exigeante, imparfaite mais émancipatrice, celle qui ne garantit ni le droit à la paresse, ni la rente victimaire.

La République reconnaît des citoyens, tous différents parce que libres. C’est le cheminement inverse que trace votre message. Institutionnaliser la diversité, ce n’est pas combattre les discriminations. C’est les administrer. C’est remplacer l’égalité par le classement.

Entrisme des Frères musulmans : Paris, Vienne et La Haye mettent la pression sur Ursula von der Leyen

Qui est “suffisamment divers” ? Et qui ne le sera jamais ? Vous invoquez aussi le contexte international. Donald Trump, dit-on. Soyons lucides : Donald Trump se moque de nos commissariats. Il sert les intérêts américains.

La paix qu’il invoque passe aujourd’hui par la lutte contre les entreprises de colonisation islamistes, parce que l’Onu n’a rien produit depuis 50 ans contre ce fléau. Le droit international est caduc face aux nouvelles menaces de l’entrisme et de l’ingérence non étatique, précisément.

L’ethnicisation du politique, une menace pour la démocratie

Il suffit de regarder la carte du monde, de l’Afrique au Moyen-Orient : Hamas, Hezbollah, Daech, Boko Haram. Ce sont des réalités. Pas des concepts.

De vous à moi, ma couleur de peau n’est pas un vote.RACHEL KHAN

La France devrait faire l’inverse de ce que vous proposez : lutter fermement contre l’ethnicisation du politique pour défendre la démocratie.

De vous à moi, ma couleur de peau n’est pas un vote. Ma couleur de peau n’a pas à être représentée ici par qui que ce soit, c’est une histoire personnelle, une intimité qui me regarde.

Mes éthiques, mon parcours, mon héritage ne sont pas un programme politique. Je ne connais pas la diversité. Je connais la liberté. Mes ancêtres, venus de partout, ont lutté pendant des siècles pour s’affranchir des cases, des statuts, parfois des numéros gravés sur la peau.

Je suis née de parents qui ont pu s’aimer ici, librement à la fin des années 60, alors que les États-Unis en étaient encore à la lutte contre la ségrégation raciale. Ils se sont aimés et s’aiment encore sans assignation. Sans autorisation. Sans commissariat.

C’est cela, une certaine idée de la France. C’est la France à travers le monde, juste et droite, avec une vision des choses qui ne laisse pas place aux ingérences, ou aux intimidations ; une France bien plus complexe qu’une carte de visite « diversité », parce que c’est la France des Lumières. Alors, à nouveau : ne la trahissez pas.

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