
PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS :
UN « COMITÉ THÉODULE » DE LA DIVERSITÉ (1) : LA COMMUNAUTÉ NATIONALE MENACÉE PAR LES COMMUNAUTARISMES SOUTENUS PAR MACRON
CONFONDRE DIASPORA ET DIVERSITÉ (2) : C’EST OPPOSER DES COMMUNAUTÉS ENTRE ELLES, PLUTÔT QUE RENFORCER LA COMMUNAUTÉ NATIONALE
1. TRIBUNE – Haut-Commissariat à la diversité : «La République n’a pas de “diasporas” : elle a des citoyens»
Par Henri Leroy Le Figaro
Alors que le président de la République envisage de créer un Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas en vue du sommet «Africa Forward», le sénateur LR Henri Leroy lui demande de renoncer à ce projet dans un texte cosigné par une quarantaine d’élus de la majorité à la chambre haute.
Depuis quelques jours, l’Élysée laisse entendre qu’il souhaiterait créer un Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas, en vue du sommet «Africa Forward» annoncé pour mai 2026 à Nairobi, afin de «mobiliser» davantage ces «diasporas» et de les «fédérer».
Je le dis avec gravité, et avec la fermeté que commande l’intérêt supérieur de la Nation : cette initiative est une faute politique. Non pas parce que la France ne devrait pas dialoguer avec ses talents, ses entrepreneurs, ses artistes, ses sportifs – elle le fait déjà, et elle doit le faire mieux – mais parce qu’en érigeant la notion de «diasporas» en catégorie politique interne, on introduit au cœur de la République un logiciel de segmentation : celui des appartenances, des origines, des étiquettes. Or la République ne reconnaît qu’une seule communauté : la communauté nationale.
Notre Constitution est limpide : «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.» Tout est là : des citoyens, égaux en droits, rassemblés par une même loyauté, un même héritage politique, une même exigence d’unité. Quand l’État commence à flatter, même indirectement, des logiques de «communautés», fût-ce sous des mots plus doux, il abîme l’indivisibilité.
Ce projet, de surcroît, demeure entouré d’incertitudes : il n’a pas été annoncé officiellement, sa composition n’est pas arrêtée, une liste de personnalités circule sans cadre clair, et l’on évoque des critères très extensifs pour définir ce que recouvriraient ces «diasporas». Qui décidera ? Sur quels fondements ? Avec quelle légitimité démocratique ?La République accueille, elle élève, elle exige. Elle ne trie pas, elle ne hiérarchise pas, elle ne distribue pas des reconnaissances par « blocs » identitaires.
Et surtout : pour faire quoi ? La France n’a pas besoin d’un énième «machin», d’une instance supplémentaire, d’un signal politique ambigu, d’un affichage sans boussole, quand l’urgence est ailleurs : l’autorité de l’État, l’école qui transmet, la justice qui sanctionne, la sécurité qui protège, l’égalité réelle d’accès aux droits, et l’intransigeance face à tous les séparatismes. C’est par l’unité, la règle commune et l’exigence républicaine que l’on fait Nation, pas en ajoutant des dispositifs dont on ne connaît ni le périmètre, ni l’utilité, ni le coût.
Être Français n’est pas une couleur de peau, ni une case administrative, ni un héritage généalogique : c’est une volonté, un attachement, une fidélité à un destin commun. La République accueille, elle élève, elle exige. Elle ne trie pas, elle ne hiérarchise pas, elle ne distribue pas des reconnaissances par «blocs» identitaires. Et quand l’exécutif donne l’impression de substituer à l’universalisme républicain une diplomatie intérieure des appartenances, il prend le risque le plus grave : diviser ce qu’il a le devoir de rassembler.
Je demande donc solennellement que ce projet soit abandonné. La France a besoin d’un cap clair : celui de la République une et indivisible ; celui de la laïcité, qui protège chacun et soude tous ; celui de l’égalité, qui ne distingue pas les enfants de la Nation ; celui de l’autorité, sans laquelle il n’y a plus de liberté possible. C’est cette ligne qui doit être remise au goût du jour, non pas par des structures symboliques, mais par des actes, des lois appliquées, et une volonté politique de faire Nation.
Les cosignataires :
Pascal Allizard, sénateur
Catherine Belrhiti, sénatrice
Marie-Jeanne Bellamy, sénatrice
Nadine Bellurot, sénatrice
Étienne Blanc, sénateur
Christine Bonfanti-Dossat, sénatrice
Valérie Boyer, sénatrice LR
Guislain Cambier, sénateur
Anne Chain-Larché, sénatrice
Pierre Cuypers, sénateur
Marc-Philippe Daubresse, sénateur
Françoise Dumont, sénatrice
Gilbert Favreau, sénateur
Sylvie Goy-Chavent, sénatrice
Alain Houpert, sénateur
Corinne Imbert, sénatrice
Claude Kern, sénateur
David Margueritte, sénateur
Thierry Meignen, sénateur
Alain Milon, sénateur
Franck Menonville, sénateur
Brigitte Micouleau, sénatrice
Jean-Marie Mizzon, sénateur
Laurence Muller-Bronn, sénatrice
Georges Naturel, sénateur
Louis-Jean de Nicolaÿ, sénateur
Sylviane Noël, sénatrice
Olivier Paccaud, sénateur
Jean-Jacques Panunzi, sénateur
Clément Pernod, sénateur
Annick Petrus, sénatrice
Stéphane Piednoir, sénateur
Rémy Pointereau, sénateur
Hervé Reynaud, sénateur
Bruno Sido, sénateur
Nadia Sollogoub, sénatrice
Sylvie Valente, sénatrice
Jean-Pierre Vogel, sénateur
2. ARTICLE – « La diversité est une richesse et un fait social : elle ne doit pas devenir une matrice politique »
Par Frédéric Sebag le 16/01/2026 MARIANNE
Le journal « L’Opinion » a révélé le 9 janvier le projet de création d’un Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas. L’Élysée et le gouvernement ont démenti depuis. Président de l’association Enfants de la République et chef d’entreprise, Frédéric Sebag explique dans une tribune pour le site web de « Marianne » pourquoi s’il voyait le jour, ce projet contreviendrait, selon lui, aux principes de la République.
On peut, et on doit, lutter fermement contre les discriminations, sans organiser la France en catégories. C’est même une condition de l’égalité républicaine : la République ne tient pas par l’administration des appartenances ou des étiquettes individuelles mais par l’effectivité du droit et d’un pacte commun, simple et exigeant : droits garantis, devoirs assumés.
Les données de l’Indice de citoyenneté française (ICF), développé par l’association Enfants de la République, envoient une alerte claire : notre difficulté majeure n’est pas celle d’un déficit de droits proclamés mais celle d’une crise de la réciprocité civique. En 2024, l’ICF s’établit en dégradation continue depuis dix ans à 48/100. Un score très bas en soi. Il révèle surtout une dissymétrie préoccupante : les droits progressent nettement (de 36 en 2015 à 62/100 en 2024) quand les devoirs reculent fortement (de 64 à 34/100) sur la même période. Dit autrement : le pacte républicain se déséquilibre parce que l’exigence du liant commun s’affaiblit.
OUTIL DE PLUS
Or, dans ce contexte, la création d’un Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas, notamment à l’approche du rendez-vous « Africa Forward », a été évoquée par L’Opinion, puis démenti par l’Élysée. Une bonne nouvelle, car certes, l’intention de toujours mieux prendre en compte les réalités et de combattre les discriminations se comprend. Mais un outil de plus, fabriqué à la va-vite, pour embrasser l’air du temps, desservira la cause. Si l’État lui-même se met à penser la nation par catégories, on renforce des frontières intérieures qui deviendront infranchissables.
À LIRE AUSSI : Plus de droits, moins de devoirs : un nouvel indice révèle une citoyenneté « déséquilibrée »
Il faut sortir d’un débat piégé où l’on serait sommé de choisir entre « voir les différences » et « les nier ». La question républicaine n’est pas là. La vraie ligne de reconnaissance – celle qui conditionne la cohésion nationale – n’est ni l’origine, ni l’apparence, ni l’étiquette « diversité ». Elle est civique, pas identitaire. Ceux qui adhèrent effectivement au droit commun (lois, principes, devoirs) se séparent de ceux qui s’y soustraient (séparatisme, intimidation, violences, refus des règles communes). Cette ligne n’assigne personne, elle s’applique à tous. Elle protège les plus vulnérables précisément parce qu’elle refuse de figer les individus dans des identités administrées.
À LIRE AUSSI : Olivier Le Cour Grandmaison : deux ouvrages pleins d’approximations pour déconstruire la République
Créer une instance produirait un effet paradoxal : en voulant inclure, on institutionnalise l’idée que l’on n’appartient jamais pleinement au même corps national et social. On fabrique des porte-parole, des clientèles, des concurrences symboliques et l’on nourrit, mécaniquement, la division. Le problème n’est plus de nommer les discriminations ; il est de forger un véritable socle commun, un vivre ensemble, sur nos valeurs républicaines. La République répare des injustices par le droit, pas par une administration des identités. Si l’objectif est réellement l’égalité, la priorité est simple : moins d’instances, plus d’effectivité.
EFFECTIVITÉ DU DROIT
Priorité numéro un : l’effectivité de la lutte contre les discriminations. L’égalité ne progresse pas par proclamation. Elle progresse par des procédures accessibles, des délais raisonnables, des contrôles, des sanctions, et une culture professionnelle du recours. Protéger mieux, c’est rendre le droit plus praticable.
Deuxième priorité : la transmission civique. Les devoirs s’effondrent, ce n’est pas un jugement moral : c’est un constat chiffré pointant l’individualisme sans véritable réciprocité. La réponse passe par l’école, par l’éducation civique, par la compréhension exigeante de la laïcité, de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la liberté de conscience et par le respect des règles communes. Il existe un texte sobre et puissant : la Charte des droits et devoirs du citoyen français. Elle rappelle une évidence : les droits ne tiennent que si les devoirs sont assumés.
À LIRE AUSSI : Vote RN, caractère « systémique », violences et discriminations… La France est-elle vraiment raciste ?
Conclusion, la diversité est une richesse et un fait social. Elle ne doit pas devenir une matrice politique. La France n’a pas besoin d’une administration des appartenances ; elle a besoin d’une République qui protège sans assigner et qui rassemble par l’exigence civique. L’égalité ne se décrète pas par catégories : elle s’obtient par l’effectivité du droit. Notre pays ne manque pas de droits proclamés, il manque de devoirs assumés. Notre cap est clair et il vaut pour tous : il consiste en l’adhésion au pacte républicain. Restaurer cet équilibre, c’est la condition de l’égalité réelle et la seule voie durable pour faire nation.