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ORLÉANS : DES MAGISTRATS EN CAMPAGNE POLITIQUE ? – NI DEVOIR DE RÉSERVE, NI OBLIGATION DE NEUTRALITÉ

ARTICLE – « Ils en ont marre de se taire » : à Orléans, les magistrats taclent les politiques et les élus locaux

La cour d’appel et le tribunal judiciaire d’Orléans ont tenu leur audience solennelle de rentrée, vendredi 16 janvier. La tradition a, cette année, pris une tournure très politique, avec des piques adressées à ces « dirigeants », y compris au local, qui fustigent les décisions de justice quand elles ne servent pas « leurs intérêts ».


Par Sarah BourletiasPublié le 16 janvier 2026 LA REPUBLIQUE DU CENTRE

Les audiences solennelles de rentrée se sont tenues au sein du palais de justice d’Orléans dans la matinée du 16 janvier. Photo d’illustration © gaujard christelle 

C’est une tradition. Chaque année, les juridictions tiennent leur audience solennelle de rentrée, l’occasion de dresser le bilan et d’évoquer les défis de demain. Mais vendredi 16 janvier, les audiences solennelles de la cour d’appel d’Orléans, puis du tribunal judiciaire, ont pris une tournure très politique. De la première minute à la dernière. 

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Le premier à donner le coup d’envoi, c’est le nouveau procureur général de la cour d’appel d’Orléans, Fabrice Belargent. L’année 2025 a été une année de « turbulence judiciaire », où les magistrats ont été régulièrement « mis au pilori » sur les « réseaux sociaux », mais aussi par tous ces « experts autoproclamés » ayant leur « rond de serviette sur les chaînes d’info en continu ».

C’est dit.

François Bonneau visé

La deuxième salve ne tarde pas, envoyée cette fois par Catherine Gay-Vandame, la première présidente de la cour d’appel d’Orléans. La magistrate cible les « élus » de ces « collectivités territoriales » qui « réagissent trop vite dans les médias », pour fustiger « des décisions de justice » et les qualifier « d’ubuesques ». 

« Sans même prendre la peine de lire ces décisions, et donc de prendre connaissance des points qui les ont motivées », déplore Catherine Gay-Vandame.

La pique est très clairement adressée au président de la Région Centre-Val de Loire François Bonneau, nous confirme une source judiciaire.

Si plusieurs personnalités politiques locales étaient bien présentes (Sophie Brocas, la préfète de la Région Centre-Val de Loire et du Loiret, Serge Grouard, le maire d’Orléans…), François Bonneau, lui, était absent.

Se disant « très en colère », il avait effectivement qualifié dans les médias « d’ubuesque » la décision du tribunal judiciaire de Montargis, qui avait refusé la proposition de rachat par la Région de la Maison Feuillette.

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Serge Grouard, le maire d’Orléans, ne s’était pas privé quant à lui de dénoncer dans les médias « un pays de con », après la liquidation judiciaire de Brandt prononcée par le tribunal des activités économiques de Nanterre.

Mais à « autre tribunal, autre justice », le maire d’Orléans n’aurait donc quant à lui pas été directement visé, nous assure-t-on.

La démocratie menacée

Ces attaques récurrentes contre l’institution judiciaire, quand les magistrats ne sont pas « personnellement visés pour des décisions pourtant collégialement rendues », « fragilisent l’état de droit » et font souffler « des vents mauvais sur la démocratie », ont alerté de concert les magistrats.

Au milieu de ces tempêtes, pourtant, la justice « tient bon », ont rappelé le président du tribunal judiciaire d’Orléans Julien Simon-Delcros et la procureure de la République d’Orléans Emmanuelle Bochenek-Puren. Nombre d’affaires jugées en comparution immédiate en 2025 devant le tribunal judiciaire d’Orléans, de peines de prison ferme prononcées, de défèrements… comme souvent, il n’y a pas grand-chose qui n’ait pas été à la hausse en 2025.  

Au sortir de ces deux heures d’audience, un acteur du monde judiciaire confirme : « C’était bien plus politique que d’habitude ! En même temps, l’année 2025 a été compliquée. Et je crois que les magistrats en ont marre de se taire. »

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