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VALÉRIE, SI ACTUEL – « Régime perpétuel de la perturbation des intelligences » – « Exagération de tous les moyens de communication soumettant les esprits à une nervosité généralisée »

ÉMISSION – Devrions-nous faire plus attention à notre attention ? 

Samedi 10 janvier 2026 FRANCE CULTURE

Dans le bain tumultueux où il barbote désormais, notre esprit peut-il tenir le choc ? Pourra-t-il continuer de pratiquer à sa guise l’équivalent de ce qu’est l’alpinisme pour le corps, c’est-à-dire s’élever au-dessus des bruits de notre monde, de ce que Simone Weil appelait son « tumulte glacé » ?

Avec

  • Célia Zolynski, professeure de droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, personnalité qualifiée de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, membre du Comité national pilote d’éthique du numérique
  • Apolline Guillot, rédactrice en chef de Philonomist, professeure agrégée de philosophie

En 1939, Paul Valéry constatait déjà que ses contemporains vivaient sous le « régime perpétuel de la perturbation de leurs intelligences » et que « l’exagération de tous les moyens de communication soumettait les esprits à une nervosité généralisée ».

On n’ose imaginer ce qu’il dirait s’il revenait parmi nous. Dans notre monde gorgé d’écrans, rythmé par la musique des clics, que devient ce qu’il appelait la « vie de l’esprit » ?

À l’évidence, elle se modifie en profondeur. D’abord du fait de notre hyper-connexion, qui rend la ligne de séparation entre notre intériorité corporelle et le milieu qui aspire notre attention de plus en plus difficile à repérer : filant à toute allure sur les réseaux, excité par la « scintillation fantastique des événements », notre esprit s’excentre du corps et se téléporte dans l’activisme des machines. Ensuite, parce que la vitesse apparente du monde s’accroît, soumettant les corps et les esprits à des cadences inédites. Hartmut Rosa parle d’une « accélération sociale généralisée », qu’il définit comme une « augmentation quantitative par unité de temps touchant tous les secteurs de nos vies ». Dans le bain tumultueux où il barbote désormais, notre esprit peut-il tenir le choc ? Pourra-t-il continuer de pratiquer à sa guise l’équivalent de ce qu’est l’alpinisme pour le corps, c’est-à-dire s’élever au-dessus des bruits de notre monde, de ce que Simone Weil appelait son « tumulte glacé » ?

La question se pose avec d’autant plus de force que nos outils technologiques multiplient la quantité de couplages que nous pouvons avoir avec le monde et avec nos semblables. Ils singularisent et personnalisent ce dont s’occupent nos cerveaux individuels, ce à quoi nos esprits accordent leur attention. C’est ainsi qu’ils saucissonnent notre vie psychique, engendrant une entropie qu’on pourrait qualifier de « chrono-dispersive » : le corps demeure ici, là où il est, mais l’esprit virevolte ailleurs. Dès lors, est-il devenu nécessaire que nous reprenions la main sur notre attention ? Et si oui, comment faire ?

Avec Célia Zolynski, professeure de droit à l’université Paris-I- Panthéon-Sorbonne, co-auteure de Pour une nouvelle culture de l’attention, Que faire de ces réseaux sociaux qui nous épuisent (Odile Jacob, 2025) ; Apolline Guillot, professeure agrégée de philosophie et rédactrice en chef de Philonomist, auteure de Hors de soi, Déjouer la tyrannie de l’attention (Philosophie Magazine éditeur, 2025)

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