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LE JOURNAL « LE MONDE » ENJOINT L’ARCOM, ET SORT DE SA MISSION D’INFORMATION

ARTICLE – « L’Arcom n’a d’autre choix que d’interdire le réseau national hertzien à CNews et à Europe 1 »

Camille Broyelle professeure de droit public Pierre-Olivier Rigaudeau professeur de droit public

Les professeurs de droit public Camille Broyelle et Pierre-Olivier Rigaudeau déplorent, dans une tribune au « Monde », l’abandon par l’Arcom de son poste du gendarme de l’audiovisuel dans la gestion des médias propriété du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré.

Publié le 15 septembre 2026

L’intervention du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auprès de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique [Arcom], dans l’affaire Fedorova, n’a rien de banal. Elle marque la faillite du régulateur, incapable d’assurer le rôle de gendarme de l’audiovisuel que la loi lui a confié.

Rappelons les faits. En mars 2022, l’Union européenne interdit le média RT France, pour ses actions de propagande visant à fracturer la cohésion sociale, à déstabiliser les institutions démocratiques et les processus électoraux. La directrice de la chaîne russe, Xenia Fedorova, et une partie de la rédaction trouvent alors asile dans les médias du groupe Bolloré. Les antennes leur sont ouvertes, et les animateurs de CNews et d’Europe 1 endossent le discours pro-Kremlin.

Distillée sur une télévision et une radio nationales hertziennes, l’influence russe bénéficie d’une crédibilité et d’une visibilité inespérées. Aucune intervention de l’Arcom. Pour pallier sa carence, l’Etat est contraint d’agir, en juillet, par l’intermédiaire du ministre de l’intérieur qui ordonne l’expulsion de Xenia Fedorova. L’annonce par CNews de son retour en duplex ne suscite, elle non plus, aucune réaction du régulateur. De nouveau, le ministre de l’intérieur intervient, cette fois directement auprès de l’Arcom, pour l’inviter, on l’imagine, à prendre ses responsabilités.

La passivité de l’Arcom n’a rien d’un accident. Elle s’inscrit dans la continuité d’une politique délibérée de non-intervention menée depuis dix ans, qui a permis à deux médias audiovisuels nationaux, CNews et Europe 1, de se muer en instrument de combat idéologique, en violation flagrante de la loi et des exigences de pluralisme.

Destiné à permettre à toutes les idées d’être entendues afin que les citoyens soient en mesure de se forger librement leurs propres opinions et de voter de façon éclairée, le pluralisme des médias est au cœur du fonctionnement démocratique. Aux Etats-Unis, la défiance à l’égard de l’Etat et la croyance dans les vertus du marché conduisent à s’en remettre, pour sa réalisation, aux acteurs privés. Comme la plupart des pays européens, la France s’est toujours détournée d’un tel modèle qui revient à donner à ceux qui en ont les moyens financiers le droit d’accaparer les médias et de dominer le débat public. En France, le pluralisme des médias ne dépend pas de …

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