
La France de 2017 à 2026 : des mesures keynésiennes sans continuité et sans cohérence, et en contradiction avec les mesures d’ «offre»
La Emmanuel Macron a combiné des baisses d’impôts, des réformes structurelles, des aides aux entreprises et plusieurs plans massifs de soutien à l’activité. Certaines mesures sont nettement keynésiennes ; d’autres relèvent plutôt de l’offre ou de la politique industrielle.
EN RÉALITÉ, L’EXÉCUTIF A MÊLÉ SANS COHÉRENCE TROIS POLITIQUES CONTRADICTOIRES ( DEMANDE, OFFRE, INDUSTRIELLE ) …
SANS EFFET NOTABLE SUR L’EMPLOI ET LA CROISSANCE …
ET QUI A RUINÉ LE PAYS AVEC UNE DETTE NON MAÎTRISABLE …
QUI PARALYSE L’ACTION PUBLIQUE
1. Ce qu’est une mesure keynésienne
Une politique keynésienne vise à soutenir l’activité lorsque la demande privée est insuffisante, notamment en augmentant les dépenses publiques, en transférant des revenus aux ménages ou en soutenant l’investissement.
Il faut distinguer trois catégories :
Relance de la demande : chèques, transferts aux ménages, prestations sociales, dépenses publiques supplémentaires.
Soutien à l’investissement et à l’activité : commandes publiques, subventions, aides à l’investissement, soutien à l’emploi.
Mesures de l’offre : baisses pérennes de prélèvements sur les entreprises, allègements de cotisations ou réformes structurelles. Elles peuvent stimuler l’activité, mais ne constituent pas automatiquement une relance keynésienne.
Le point central est le suivant : un montant annoncé, un crédit budgétaire, une dépense effectivement réalisée et son effet sur le PIB sont quatre choses différentes.
2. Les principales mesures, par période – NI CONTINUITÉ NI COHÉRENCE
Les montants ci-dessous sont des ordres de grandeur budgétaires issus des documents publics. Ils ne doivent pas être additionnés sans précaution : certains dispositifs se chevauchent, certains sont pluriannuels et les prêts garantis ne sont pas des dépenses publiques équivalentes à une subvention.
2017-2019 — Soutien ciblé aux ménages et sortie de crise sociale
Nature des mesures :
Hausse de la prime d’activité et mesures d’urgence de décembre 2018, après la crise des Gilets jaunes.
Exonération d’impôt sur le revenu et de cotisations salariales sur les heures supplémentaires.
Prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, dite « prime Macron », versée volontairement par les employeurs dans le cadre légal prévu.
Baisse de certaines cotisations salariales et réformes fiscales affectant les revenus disponibles.
Volume : le gouvernement a évalué à environ 10 milliards d’euros le paquet de mesures de pouvoir d’achat annoncé en réponse aux Gilets jaunes, avec des effets étalés dans le temps.
Effets attendus : soutenir la consommation, notamment celle des ménages modestes et des actifs. Mais toutes les mesures ne produisent pas le même effet : une hausse de prestation est généralement dépensée plus rapidement qu’une réduction d’impôt bénéficiant à un ménage qui épargne une partie du gain.
2020-2021 — Le « quoi qu’il en coûte »
C’est la période la plus nettement keynésienne, même si l’objectif premier est de compenser un choc sanitaire et de préserver les capacités de production.
Principaux dispositifs :
Activité partielle : maintien d’une partie des salaires lorsque l’activité s’arrête.
Fonds de solidarité pour les entreprises et indépendants.
Aides aux secteurs fermés ou sinistrés, exonérations de cotisations et aides aux ménages.
Prêts garantis par l’État (PGE) : soutien de trésorerie, mais non assimilable à une dépense budgétaire du même montant.
Dépenses de santé et commandes exceptionnelles.
Volume : les mesures d’urgence ayant un effet direct sur le solde public ont représenté environ 70,1 Md€ en 2020 et 61,7 Md€ en 2021, selon les séries budgétaires publiées par le ministère de l’Économie.
Effets : limitation des licenciements et des faillites, protection des revenus et préparation du rebond. En contrepartie, forte dégradation temporaire des finances publiques. Il serait toutefois erroné d’attribuer tout le déficit de ces années à une volonté de relance : une part provient de l’effondrement des recettes fiscales et des dépenses sanitaires.
2020-2024 — France Relance
Annoncé en septembre 2020, le plan affichait une enveloppe de 100 Md€.
Ses trois grands axes étaient :
Écologie : rénovation énergétique, décarbonation de l’industrie, mobilités.
Compétitivité : baisse des impôts de production, soutien aux entreprises et relocalisations.
Cohésion : emploi, formation, apprentissage et investissements territoriaux.
Point déterminant : sur l’enveloppe initiale, les baisses d’impôts de production représentent environ 20 Md€ ; les autres mesures sont des dépenses ou des interventions de nature différente. Près de 40 Md€ de financements européens étaient prévus, ce qui réduit le coût net pour les finances publiques françaises sans rendre les mesures gratuites pour l’ensemble des administrations publiques européennes.
Effets : soutien à l’investissement, à l’emploi et à la modernisation productive. La baisse des impôts de production relève toutefois davantage d’une politique de compétitivité et d’offre que d’une relance immédiate de la consommation. L’efficacité du plan doit donc être appréciée dispositif par dispositif, et non à partir des seuls 100 Md€ annoncés.
2021-2023 — Boucliers tarifaires et soutien face à l’inflation
Nature :
Plafonnement ou limitation de la hausse des tarifs du gaz et de l’électricité.
Remises sur les carburants.
Chèque énergie et indemnité inflation.
Aides aux entreprises confrontées à la hausse des prix de l’énergie.
Mesures de soutien au pouvoir d’achat votées en 2022.
Volume : l’Insee chiffre les mesures exceptionnelles de soutien face à l’inflation, nettes des compensations prises en compte dans son tableau, à environ 29,8 Md€ en 2022 et 25,1 Md€ en 2023. Ce périmètre ne correspond pas à la totalité de toutes les mesures de pouvoir d’achat.
Effets : limitation du choc sur les factures, protection du revenu réel et soutien indirect à la consommation. Ces mesures ont également eu un coût budgétaire important et ont atténué le signal-prix de l’énergie, ce qui a pu freiner les économies de consommation. Le bénéfice a dépendu de la consommation énergétique des ménages et des entreprises.
2022-2026 — Réindustrialisation, transition et soutien résiduel
Principaux instruments :
France 2030, annoncé en 2021, doté d’une enveloppe de 54 Md€ sur plusieurs années.
Soutien à la décarbonation, aux batteries, aux semi-conducteurs, à l’hydrogène et à l’innovation.
Prolongements ou adaptations d’aides à l’énergie, à la rénovation et à certains investissements.
Dépenses publiques d’investissement et dispositifs d’apprentissage ou d’emploi.
Nature économique : ces instruments constituent principalement une politique industrielle et d’investissement de long terme. Ils peuvent soutenir la demande à court terme, mais leur finalité est surtout d’accroître les capacités productives et de transformer l’économie.
Effets : ils peuvent stimuler les investissements privés, l’emploi industriel et la productivité, mais les résultats dépendent des dépenses effectivement exécutées, des projets achevés et des investissements privés réellement additionnels. Il ne faut donc pas traiter la totalité des 54 Md€ de France 2030 comme une dépense nouvelle déjà réalisée en 2026.
3. Quel a été le volume total de cette politique ?
Il n’existe pas de total unique incontestable des mesures keynésiennes de 2017 à 2026. On peut néanmoins isoler les principaux ordres de grandeur.
Période ou programme / Montant de référence Interprétation
Mesures de pouvoir d’achat de 2018-2019 / Environ 10 Md€ annoncés Soutien ciblé aux revenus
Soutien d’urgence Covid, 2020 70,1 Md€ / Dépenses et pertes de recettes liées aux dispositifs de crise
Soutien d’urgence Covid, 2021 61,7 Md€ / Maintien des revenus, aides et dépenses sanitaires
France Relance 100 Md€ annoncés / Plan pluriannuel mêlant dépenses et baisses d’impôts
Mesures contre l’inflation, 2022 29,8 Md€ selon le périmètre Insee /?Protection du pouvoir d’achat
Mesures contre l’inflation, 2023 25,1 Md€ selon le même périmètre / Protection résiduelle face aux prix
Attention : ces chiffres ne peuvent pas être additionnés tels quels. Les mesures de soutien d’urgence et France Relance ont des périodes de comptabilisation différentes ; les mesures de soutien à l’inflation peuvent également recouper d’autres dispositifs. Le plan de 100 Md€ comprend par ailleurs des baisses d’impôts et des dépenses étalées sur plusieurs années.
4. Les effets observés : croissance, emploi, dette et pouvoir d’achat
Trois constats ressortent.
En 2020, l’économie s’effondre malgré les aides : celles-ci visaient principalement à limiter les dégâts provoqués par les restrictions sanitaires, et non à empêcher toute contraction.
En 2021, le fort rebond traduit la réouverture de l’économie, le rattrapage de l’activité et le soutien des revenus. Il ne peut pas être attribué intégralement aux plans publics.
En 2023-2025, la croissance ralentit nettement. Les soutiens antérieurs n’ont donc pas créé une dynamique durable de forte croissance à eux seuls.
Emploi et tissu productif
Le dispositif d’activité partielle a permis de maintenir des relations de travail pendant la pandémie. Le fonds de solidarité a apporté une aide immédiate aux entreprises frappées par les fermetures.
Mais une distinction est nécessaire : préserver une entreprise pendant une crise ne signifie pas nécessairement accroître sa productivité ou sa compétitivité à long terme. Le bilan complet doit mesurer les emplois effectivement sauvegardés, les faillites évitées et les éventuels effets d’aubaine.
Pouvoir d’achat
Les aides directes et les boucliers énergétiques ont amorti des pertes de revenu réel. Toutefois, il faut distinguer le revenu disponible nominal, le pouvoir d’achat corrigé de l’inflation et le niveau de vie par ménage.
L’Insee indique qu’en 2025 le pouvoir d’achat du revenu disponible brut par unité de consommation a reculé de 0,7 %, après une progression de 2,2 % en 2024.
Dette et déficit publics
En 2025, la dette publique atteint environ 115,7 % du PIB, contre environ 98,8 % en 2017. Le déficit public s’établit à 5,1 % du PIB en 2025.
Cette évolution ne démontre pas que les mesures keynésiennes sont, à elles seules, responsables de l’endettement. La crise sanitaire, la baisse des recettes, les mesures énergétiques, les baisses d’impôts, la croissance nominale et les intérêts de la dette interviennent également.
En revanche, elle établit que la France n’a pas retrouvé, à l’issue de la période, une situation de finances publiques comparable à celle d’avant la pandémie.
5. Le bilan keynésien : une politique hybride qui manque de cohérence et de continuité
La période 2017-2026 n’est pas celle d’une politique keynésienne continue et cohérente , mais celle d’une politique initialement orientée vers l’offre, devenue massivement interventionniste lors des crises, puis confrontée à la difficulté de rétablir les comptes publics.
Critère / Bilan provisoire
Stabilisation pendant le Covid / Résultat important : maintien des revenus et limitation des destructions d’emplois
Soutien à court terme à la consommation / Réel, mais variable selon les ménages et les mesures
Investissement et réindustrialisation / Résultats hétérogènes, à apprécier sur plusieurs années
Croissance durable / Pas de retour à une croissance forte sur la fin de période
Pouvoir d’achat / Amortissement de certains chocs, sans protection uniforme
Finances publiques / Dégradation structurelle persistante, malgré la sortie des dispositifs exceptionnels