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89 MACRONISTES PERDUS AU CŒUR D’UNE « FRANCE PERDUE » – DÉCEPTIONS PROFONDES ET CRITIQUES RADICALES

« Il semblait malheureux comme les pierres » : Emmanuel Macron et la solitude du pouvoir

TITRE PARIS MATCH LE 28/10/26 QUI POURSUIT : Il a fait de la verticalité la marque de sa présidence. Mais, à force de tout ramener à lui, Emmanuel Macron a fini par concentrer les colères, jusque dans son propre camp. À l’approche de la fin de son règne, le chef de l’État se retrouve seul.

METAHODOS A ÉTABLI UNE LISTE DES EX SOUTIENS DE MACRON DEVENUS CRITIQUES

Nous avons distingué trois catégories :

  • ceux qui regrettent leur soutien initial,
  • ceux qui dénoncent sa politique ou son exercice du pouvoir, et
  • ceux qui ont rompu politiquement avec lui.

Trois lignes de fracture se dessinent nettement :

Les intellectuels — Erik Orsenna, François Sureau, Jean Viard, Jean Pisani-Ferry : désillusion sur le « en même temps », le dialogue social et les promesses de transformation.

Les anciens responsables politiques — Gilles Le Gendre, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Patrick Vignal : critique de la verticalité, de la dissolution et de l’absence de structuration du mouvement.

Les milieux économiques et les proches — Pierre Ferracci, Marc Ferracci, Patrick Martin : déficit d’écoute, erreurs de communication et sentiment de gâchis.

Ancien conseiller politique, Alain Minc avait poussé la candidature d’Emmanuel Macron en 2017 avant de le renier en 2022. Aujourd’hui, il estime carrément que son deuxième mandat oscille entre « médiocre » et « catastrophique« .

Metáhodos a enquêté sur une partie des macronistes déçus, amers, catastrophés ( 74 )

Jacques Attali — le mentor devenu très critique – de l’espoir initial au constat d’échec

En octobre 2016, avant l’élection, il déclarait être déçu qu’Emmanuel Macron mette autant de temps à formuler une vision pour la société française. Il avait aussi estimé qu’il « n’incarne que le vide ».

En septembre 2026, il juge son second mandat très sévèrement : il dénonce les erreurs accumulées, l’autosatisfaction présidentielle et l’échec de la promesse de faire reculer les extrêmes. Il estime également que Macron aurait dû clarifier son positionnement à droite.

30 septembre 2026 : « Ça aurait pu marcher », mais Macron « a commis un nombre d’erreurs considérable ». Attali lui reproche notamment d’avoir sous-estimé le Rassemblement national. Sur le recul des extrêmes : « C’est un échec patent, ça. » Il estime que Macron aurait dû clarifier son positionnement politique et devenir un président de droite.

Ce que cela montre : Attali ne renie pas nécessairement l’idée initiale d’une recomposition politique autour de Macron, mais il juge que l’exercice du pouvoir a dévoyé cette possibilité.

Intérêt : Attali avait contribué à faire connaître Macron dans les cercles du pouvoir et l’avait identifié très tôt comme un futur président.

Alain Minc — du soutien enthousiaste à la condamnation l- e conseiller qui ne parvient plus à infléchir le président

En janvier 2018, après avoir soutenu Macron, il décrivait encore son arrivée au pouvoir avec enthousiasme.

Alain Minc : une condamnation de la décision présidentielle sur la dissolution de juin 2024 : « Il y a des erreurs historiques pardonnables, celle-là ne l’est pas. »

Sur la responsabilité personnelle de Macron : Minc estime que la décision traduit un

« narcissisme poussé à un état presque pathologique »,dans une analyse publiée après la dissolution.

En février 2022, il déclarait :

« S’il y a un homme qui est inapte au parlementarisme, c’est Emmanuel Macron. » Il critiquait son incapacité à construire des alliances et les faiblesses organisationnelles de son mouvement.

En 2025, il est allé jusqu’à qualifier Macron de

« pire président de l’histoire de la Ve République », selon un entretien publié par El País. Il lui reprochait notamment son incapacité à partager le pouvoir et sa gestion de la crise politique.

Ce que cela montre : la critique ne porte plus seulement sur une politique publique ou une erreur tactique. Elle devient un jugement global sur la présidence et sur la capacité du chef de l’État à reconnaître ses erreurs.

Dans le récit de Néron à l’Élysée, Minc rapporte cette question de Macron, après son déplacement en Nouvelle-Calédonie en mai 2024 :

« Mais à quoi je sers si je n’y vais pas ? »

La phrase illustre le désaccord sur la tendance du président à intervenir personnellement dans tous les dossiers, au lieu de s’appuyer sur des responsables spécialisés. elle documente une critique du mode de décision présidentiel, formulée par un ancien conseiller influent.

Intérêt : la critique porte sur la personnalité présidentielle, mais aussi sur la méthode de gouvernement et la responsabilité dans la crise institutionnelle.

Gérard Collomb — le premier grand avertissement venu de l’intérieur – l’avertissement sur la cohésion nationale

Le 3 octobre 2018, en quittant le ministère de l’Intérieur, Collomb dressait un constat alarmant sur la situation de certains quartiers et la dégradation du lien social. Il appelle à une reconquête républicaine.

« Aujourd’hui on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face. »

Cette phrase est importante parce qu’elle émane d’un ministre de premier plan, ancien maire de Lyon et soutien majeur de Macron en 2017. Elle exprime une inquiétude sur la cohésion nationale, même si elle ne constitue pas, à elle seule, une condamnation globale du président.

Portée : cette déclaration est un avertissement sur la sécurité et la cohésion nationale. Elle ne constitue pas, à elle seule, une condamnation de l’ensemble de la politique de Macron.

Intérêt : Collomb avait quitté le gouvernement en 2018, en pleine crise politique, après avoir exprimé des désaccords et des inquiétudes sur la situation du pays.

Jean Pisani-Ferry — le concepteur du programme de 2017 devenu désenchanté

En septembre 2025, celui qui avait piloté le programme économique de Macron en 2017 expliquait qu’il s’était progressivement éloigné de la politique menée. Il résumait son désenchantement ainsi : « Sur chacun des chantiers qui ont occupé ma vie, nous régressons. »

Il regrettait notamment le déplacement progressif de l’équilibre entre les idées de gauche et de droite au détriment de l’émancipation et de l’égalité des règles.

Il évoque l’économie ouverte, l’intégration européenne et la transition écologique, tout en reconnaissant que les responsables de sa génération doivent s’interroger sur leur propre responsabilité.

Portée : sa déclaration est particulièrement importante, puisqu’il fut chargé du programme et des idées du mouvement En marche ! en 2017. Elle exprime une désillusion intellectuelle plus large que la seule critique de la personnalité présidentielle.

Intérêt : sa critique est particulièrement significative, puisqu’elle vient d’un des architectes intellectuels du macronisme originel.

Édouard Philippe — la rupture politique – la condamnation de la dissolution

Le 20 juin 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale, l’ancien Premier ministre a déclaré qu’Emmanuel Macron avait « tué la majorité présidentielle ». Il lui reprochait d’avoir pris seul une décision qui mettait en danger son propre camp. Philippe souligne également que le président a pris cette décision seul.

Portée : une critique particulièrement forte d’un ancien Premier ministre qui entend désormais construire sa propre candidature présidentielle.

Intérêt : c’est une critique directe de la stratégie présidentielle et une rupture avec celui qu’il avait servi à Matignon de 2017 à 2020.

Jean-Michel Blanquer — l’ancien ministre de l’Éducation nationale

La critique : une désillusion à l’égard de Macron et de sa pratique du pouvoir.

Ministre pendant cinq ans, de 2017 à 2022, Blanquer a ensuite décrit son expérience du pouvoir dans un livre consacré à ses années au gouvernement. En août 2024, il dénonçait notamment le « mauvais usage de la dissolution », qui avait conduit à une crise institutionnelle.

À retenir : son témoignage permet d’étudier la transformation du macronisme de l’intérieur : les espoirs de 2017, puis les désillusions accumulées pendant le quinquennat.

Gabriel Attal — le successeur qui ne comprend plus le président – le désaveu public d’un ancien Premier ministre

La déclaration : « Je ne comprends plus les décisions du président ».

Le 6 octobre 2025, l’ancien Premier ministre a publiquement reconnu ne plus comprendre les décisions d’Emmanuel Macron. Cette prise de distance est particulièrement notable chez celui qui dirigeait le gouvernement quelques mois auparavant.

Attal ajoute que les décisions récentes donnent « le sentiment d’une forme d’acharnement, à vouloir garder la main ».

Il réclame également un changement de méthode : « Il faut maintenant partager le pouvoir. »

Ce que cela montre : le désaccord porte sur la verticalité présidentielle et sur le refus perçu de partager la décision avec le Parlement et les forces politiques

À retenir : une rupture de confiance, mais pas un rejet intégral de l’héritage politique du macronisme.

Jean-Louis Bourlanges — le centriste qui dénonce une erreur stratégique majeure

La déclaration : la dissolution était une erreur stratégique de première grandeur.

Le 8 décembre 2024, l’ancien député MoDem jugeait qu’Emmanuel Macron avait « un peu de mal à reconnaître une bévue stratégique indiscutable ». Il dénonçait aussi la difficulté du président à reconnaître pleinement son erreur. Sa critique porte sur la stratégie institutionnelle

À retenir : une critique argumentée de la méthode présidentielle, et non une hostilité personnelle systématique.

François Bayrou — l’allié historique qui dénonce une rupture entre le pouvoir et le pays

La critique : un exécutif déconnecté de la base.

En février 2024, Bayrou dénonçait une « rupture constante, continuelle, progressive et de plus en plus grave entre la base et les pouvoirs », et un exécutif qui « fait comme si la crise n’existait pas ».

Il a également regretté, après la dissolution de juin 2024, que la proportionnelle n’ait pas été instaurée auparavant, alors qu’elle constituait une condition de son accord avec Macron en 2017.

À retenir : Bayrou n’est pas un opposant extérieur au macronisme. Il en fut un allié fondateur et ses critiques concernent le fonctionnement des institutions comme la relation entre le pouvoir et les citoyens.

Nicolas Hulot — le départ qui révélait les limites du « en même temps » – la démission comme acte de désaveu

La déclaration : il ne voulait plus cautionner une politique écologique qu’il jugeait insuffisante.

Le 28 août 2018, Hulot annonce sa démission en direct sur France Inter. Il explique se sentir « tout seul à la manœuvre » et refuse de donner l’impression que sa présence au gouvernement signifie que la France est à la hauteur des enjeux écologiques. Il dénonce aussi l’influence des lobbies dans les cercles du pouvoir.

« Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là. »

Portée : Hulot refuse que sa présence serve de caution à une politique écologique qu’il estime insuffisante. C’est l’un des désaveux les plus nets du premier quinquennat, même s’il maintient alors son amitié pour Macron.

À retenir : c’est l’un des premiers désaveux majeurs d’un membre du gouvernement Macron, intervenu dès 2018.

Élisabeth Borne — l’ancienne Première ministre qui fait l’inventaire du macronisme

La critique : des promesses de 2017 insuffisamment réalisées et une pratique du pouvoir contestable.

Dans son bilan du macronisme, publié en mai 2026, Borne déplore notamment que l’égalité des chances n’ait pas suffisamment progressé. Elle résume ce constat par cette formule : « Nous n’avons pas suffisamment transformé le système en profondeur. »

Elle critique également les revirements politiques récents et la difficulté d’Emmanuel Macron à s’appuyer sur un parti capable de nourrir et de structurer son action. Elle reste cependant attachée à une partie de son bilan et refuse de réduire son analyse à un règlement de comptes.

À retenir : une ancienne Première ministre qui reconnaît des résultats, mais estime que les ambitions initiales du macronisme n’ont pas été suffisamment concrétisées.

Pierre de Villiers — la rupture dès les premiers mois du quinquennat

La critique : la confiance entre le chef de l’État et le chef d’état-major est rompue.

Le général de Villiers démissionne le 19 juillet 2017 après un conflit sur les économies imposées au budget de la défense, notamment une réduction de 850 millions d’euros. Il explique ensuite que le « lien de confiance » avec Emmanuel Macron était « trop dégradé ».

Son cas est particulier : il n’était pas un soutien politique de Macron au sens partisan, mais un haut responsable de l’État qui a rompu publiquement avec le président dès le début du quinquennat.

À retenir : un premier signal précoce concernant le style présidentiel, l’exercice de l’autorité et la place accordée aux responsables qui expriment un désaccord.

Bruno Le Maire, bilan publié en 2026 : « Nous avons amélioré, il aurait fallu révolutionner. »

Portée : les deux anciens ministres ( BORNE et LE MAIRE ) ne rejettent pas tout le bilan de Macron. mais estiment que les ambitions de transformation annoncées en 2017 n’ont pas été suffisamment réalisées.

Pierre Ferracci, proche observateur du pouvoir et père de Marc Ferracci, le proche qui regrette son soutien

résume ainsi la manière dont Macron prend ses décisions, dans l’enquête du Monde publiée le 30 septembre 2026 : « Il écoute sans écouter. » Il critique également sa tendance à trop centraliser les décisions et à ne pas suffisamment déléguer.:

Il reproche à Macron des erreurs de langage et surtout un déficit de convictions et de considération envers les autres.

Dans l’enquête du Monde du 30 septembre 2026, il déclare :

« J’ai cru en lui, comme beaucoup, mais je fais partie des déçus. »

Il reproche à Macron d’avoir été élu à gauche avant de gouverner à droite, notamment avec la suppression de l’ISF. Il estime aussi que le président a affaibli les partis traditionnels sans parvenir à construire un centre politique solide.

C’est l’une des critiques les plus complètes d’un proche de longue date, à la fois économique, sociale et institutionnelle.

Intérêt : cette déclaration traduit une déception sur la manière d’exercer le pouvoir, mais aussi sur la capacité du président à rassembler durablement.

« J’ai cru en lui, comme beaucoup, mais je fais partie des déçus. »

Marc Ferracci — l’autocritique d’un proche du président

Ancien ministre de l’Industrie et proche personnel de Macron, il reconnaît les limites de la communication présidentielle :

« On a trop parlé au cerveau — et le président lui-même — et pas assez aux tripes des gens. »

Intérêt : c’est une autocritique particulièrement révélatrice : elle ne vient pas d’un opposant, mais d’un proche qui reconnaît une erreur de communication et de compréhension des attentes populaires.

Nicolas Domenach — le regard critique sur l’isolement présidentiel

Avec Maurice Szafran, il a publié Néron à l’Élysée, ouvrage consacré à l’exercice du pouvoir par Macron. Les auteurs décrivent un président de plus en plus isolé, concentrant les décisions et commettant des erreurs stratégiques majeures, particulièrement avec la dissolution de 2024.

Intérêt : une critique du fonctionnement du pouvoir et de l’entourage présidentiel. Il reste à distinguer les analyses des auteurs des témoignages qu’ils rapportent.

Jean Viard — l’intellectuel de gauche qui a cru au macronisme

Ancien soutien de la première heure, candidat macroniste aux législatives de 2017, il s’est éloigné du président, notamment à propos de la réforme des retraites.

Il reproche au pouvoir de traiter les citoyens comme « des lignes d’un bilan comptable » et juge que la réforme a été vécue comme « une agression des élites diplômées contre la liberté des milieux populaires ».

Intérêt : une critique du fossé social et culturel entre les élites dirigeantes et les classes populaires.

Claire Gatinois — l’analyse journalistique de la désillusion

Dans son enquête du Monde du 20 avril 2023, elle décrit le désenchantement d’une partie des intellectuels de gauche séduits par Macron en 2017, après la gestion des retraites et la dégradation du dialogue avec certains de ses anciens soutiens.

Jean Peyrelevade — un jugement sévère sur la stratégie économique

Ancien dirigeant de grandes banques, il déclare sur RTL le 19 mai 2023 :

« Emmanuel Macron n’est pas un réformiste, il n’a pas de vision. »

Il ajoute que le diagnostic présidentiel sur l’état du pays est, selon lui, inexistant, et dénonce une concentration excessive du pouvoir.

Intérêt : une critique émanant d’un professionnel de la finance, centrée sur la stratégie à long terme et non sur les seuls résultats conjoncturels.

Pierre Lemaitre — le regret d’avoir voté Macron

Prix Goncourt 2013, le romancier dénonce dès décembre 2019 la politique qu’il juge favorable aux plus aisés et s’interroge publiquement sur les conséquences de son vote de 2017.

Sa formule la plus marquante est la question : « Est-ce que Marine Le Pen aurait fait pire ? »

Intérêt : le désaveu d’un électeur de gauche qui avait choisi Macron notamment pour empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.

Philippe Besson — l’ami qui demande au président de se confronter au réel

Ami personnel de Macron et auteur de Un personnage de roman, il déclarait le 28 novembre 2019 :

« Je pense qu’il faudrait qu’il s’ajuste un peu plus au réel. »

Il critiquait notamment la gestion de la crise des Gilets jaunes et les difficultés du président à comprendre les attentes d’une partie de la population.

Intérêt : une critique particulièrement révélatrice, puisqu’elle émane d’un proche personnel et non d’un adversaire politique traditionnel.

François Sureau — le malaise d’un libéral face à l’évolution du pouvoir

Avocat, écrivain et académicien, il a participé à la rédaction des premiers statuts d’En marche !. Il demeure attaché à l’État de droit et aux libertés publiques, mais explique que ses échanges politiques avec Macron se sont raréfiés.

Il résume cet éloignement par cette formule : « Nous nous trouvons trop éloignés pour qu’un échange serve à quelque chose. »

Erik Orsenna — de la célébration de 2017 au désenchantement

L’écrivain, ancien conseiller de François Mitterrand, était présent à La Rotonde lors de la soirée du premier tour de 2017. En avril 2023, il exprimait sa rupture avec l’idée du gouvernement par les « meilleurs » :

« Je n’y crois plus, ni au gouvernement des soi-disant “meilleurs”, ce rassemblement sans ossature fabrique des extrêmes. »

Pourquoi le retenir : il met en cause le principe fondateur du macronisme, celui d’un rassemblement de compétences dépassant les partis traditionnels.

Marc Lazar — le regard d’un intellectuel initialement séduit

L’historien et politologue explique que Macron avait un talent particulier pour séduire ses interlocuteurs :

« Il a cette qualité de faire croire que vous êtes un génie. Il buvait nos paroles. »

Il s’agit d’un témoignage rétrospectif sur le pouvoir de séduction intellectuelle du jeune Macron.Ce témoignage éclaire le mécanisme par lequel des intellectuels ont adhéré à l’aventure En marche ! avant de s’en éloigner.

Olivier Mongin — le déficit de reconnaissance intellectuelle

L’ancien directeur de la revue Esprit estime que Macron n’a jamais véritablement obtenu la reconnaissance symbolique du monde intellectuel français. Il analyse notamment son rapport aux idées et aux élites culturelles.

Pourquoi le retenir : il permet d’étudier l’écart entre la séduction intellectuelle initiale du macronisme et son enracinement réel dans la société.

Jérôme Fourquet — l’absence d’héritage politique

Le directeur du département Opinion de l’IFOP résume ainsi son analyse :

« Il n’a jamais consacré d’énergie à la structuration d’un courant politique, et encore moins à la préparation de sa suite. »

Il ajoute :

« Il a débranché tous ses premiers ministres. »

Cette analyse met en évidence une faiblesse structurelle du macronisme : un mouvement très personnalisé, sans succession organisée ni implantation politique durable.

Gilles Le Gendre — le cadre historique du macronisme

Ancien président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, il dénonce la dissolution du 9 juin 2024 :

« La dissolution est une décision insensée. »

Après cette décision, il pose une question plus fondamentale :

« Aurions-nous pu nous tromper autant sur le personnage ? »

Nature de la rupture : remise en cause directe du jugement politique porté sur Macron par ceux qui l’avaient suivi dès 2017.

C’est l’un des exemples les plus nets de désaveu émanant de l’intérieur du mouvement présidentiel.

Patrick Martin — le patronat face au sentiment de gâchis

Le président du Medef, qui avait entretenu des relations de travail avec les gouvernements Macron, exprime en 2026 un :

« Sentiment de gâchis assez incroyable. »

Il évoque aussi l’exaspération croissante d’une partie des chefs d’entreprise et le risque que certains se tournent vers le RN. Attention cependant : il ne s’agit pas d’un ancien militant macroniste, mais d’un représentant patronal critique de la situation politique et économique.

Patrick Vignal — le député macroniste qui regrette ses silences

Cet ancien député Renaissance regrette de ne pas avoir davantage fait entendre sa voix pendant les deux mandatures. Il déplore notamment la suppression de l’ISF, la baisse des aides au logement des étudiants et le passage en force de la réforme des retraites.

Intérêt : un témoignage concret sur les désaccords qui existaient au sein même de la majorité parlementaire.

Erik Orsenna — écrivain, académicien et soutien de 2017

Le 12 septembre 2025, sur RTL, il déclare :

« Le en même temps de Macron, c’est n’importe quoi. »

Orsenna précise qu’il avait soutenu cette formule en 2017, mais qu’il n’y croit plus. Il reproche à Macron l’absence d’un projet fédérateur et estime que la stratégie du bloc central favorise les extrêmes. Il lui adresse aussi un reproche concret sur sa relation aux élus locaux : « Tu traites mal les maires de France », lui aurait-il dit après son élection.

Intérêt pour le dossier : une rupture intellectuelle explicite avec l’un des principes fondateurs du macronisme.

Il explique avoir aimé, aidé et soutenu Macron, mais lui reproche notamment de mal traiter les maires. Il propose même que les candidats à la présidence aient exercé un mandat local pendant au moins dix ans.

Nature de la rupture : abandon du principe fondateur du macronisme et critique de son manque d’expérience du terrain.

Jean Garrigues — historien, initialement très favorable à Macron

Le 19 mars 2023, il qualifie la réforme des retraites d’« échec personnel pour le chef de l’État » et de « réformette libérale et gestionnaire ».

Il voit dans cette réforme le déclencheur d’une déception plus profonde concernant le fonctionnement du système politique.

Nature de la rupture : critique d’une réforme emblématique, devenue révélatrice d’un échec politique plus général.

Gilles Finchelstein — le stratège intellectuel qui s’éloigne avant l’élection

Directeur de la Fondation Jean-Jaurès, il avait participé aux réflexions économiques et sociales qui ont entouré les débuts de Macron. Il s’éloigne dès l’été 2016, parce qu’il s’oppose à la stratégie qu’il perçoit comme une opposition entre « le peuple » et « les élites ».

Nature de la rupture : désaccord précoce sur la stratégie politique, avant même l’élection présidentielle. Il s’agit d’un éloignement du projet plutôt que d’un désaveu tardif.

François Dosse — l’intellectuel qui avait rapproché Macron de Paul Ricœur

L’historien et biographe a contribué à la rencontre entre Emmanuel Macron et le philosophe Paul Ricœur. Il a observé le magnétisme personnel du futur président, mais aussi le désenchantement progressif de certains intellectuels qui avaient cru en lui.

Nature de la rupture : témoignage utile pour comprendre la séduction intellectuelle initiale. Faute d’une déclaration directe suffisamment précise de désaveu, il faut le classer comme témoin de la désillusion, et non comme opposant déclaré.

François Patriat — le fidèle qui reconnaît les faiblesses du président

Président du groupe macroniste au Sénat, Patriat reste fidèle à Macron, mais l’enquête du Monde rapporte plusieurs critiques de sa part :

« Il a laissé sur le côté beaucoup de monde, ça c’est vrai. Il ne “traite” pas les gens. »

Il estime également qu’il manque au président un véritable conseiller politique et critique ses difficultés de communication.

Intérêt : un cas différent des précédents : il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’un soutien de premier cercle qui reconnaît des défauts structurels.

« Je ne sais même pas si Emmanuel Macron comprend pourquoi il a fait la dissolution. »

Intérêt : une critique portant sur la cohérence de l’action publique et sur les conséquences d’une décision présidentielle majeure.

Prisca Thevenot — le problème de la cour présidentielle

L’ancienne porte-parole du gouvernement met en cause l’entourage du chef de l’État :

« Peut-être y a-t-il un peu trop de gens qui disent au président ce qu’il a envie d’entendre, et pas ce qu’il devrait entendre ! »

Elle ajoute qu’un président doit être entouré de véritables conseillers politiques et non de personnes soucieuses de rester en faveur.

Intérêt : cette critique rejoint celles d’Attali et de Minc sur l’isolement présidentiel, mais elle émane d’une personnalité encore engagée dans le camp macroniste.

Thierry Pech — le penseur de la deuxième gauche

Le directeur de Terra Nova avait contribué à la réflexion sur les Français « assignés à résidence », une notion reprise dans les débats entourant le premier quinquennat. Il fait partie des intellectuels dont les relations avec l’Élysée se sont distendues.

Intérêt : son éloignement illustre la rupture entre une partie de la gauche sociale-démocrate et le pouvoir présidentiel, notamment après les réformes sociales.

Maurice Szafran — journaliste, ancien soutien de Macron

Avec Nicolas Domenach, il publie en janvier 2026 Néron à l’Élysée, un réquisitoire contre l’évolution de la présidence. Les auteurs décrivent un chef de l’État qui, après avoir voulu dépasser les clivages, a fini par affaiblir ses propres alliés.

Ils écrivent que Macron « s’exaltait de réduire en cendres les forces politiques, y compris les siennes ».

Intérêt : une critique portée par des journalistes qui reconnaissent avoir cru à la promesse de 2017.

Aurélien Taché — député élu sous l’étiquette LREM en 2017

« Je pense qu’il y a véritablement tromperie sur la marchandise, à plus d’un titre. »

Taché, issu de l’aile gauche de la majorité, reproche au président d’avoir abandonné ou contrarié plusieurs engagements progressistes, notamment sur les libertés publiques, l’accueil des réfugiés et certaines questions sociétales. Il a ensuite quitté LREM et s’est rapproché de la gauche.

Intérêt pour le dossier : le reproche d’un écart entre le programme de campagne et la politique effectivement menée.

Matthieu Orphelin — député LREM, proche de Nicolas Hulot

RTL, 27 novembre 2018 ; Le Monde, 26 février 2019 « Je suis déçu. »

Le député estime que le discours présidentiel sur la transition écologique ne s’accompagne pas de mesures concrètes suffisantes. Quelques mois plus tard, il quitte le groupe La République en marche. Il dénonce notamment une logique budgétaire de court terme et regrette que les ambitions écologiques du programme ne soient pas mises en œuvre à la hauteur attendue.

Intérêt pour le dossier : le désenchantement d’un élu recruté précisément pour incarner la sensibilité écologique de la majorité.

Corinne Lepage — ancienne ministre de l’Environnement, soutien de Macron en 2017

Le Parisien, 10 décembre 2018 « Je suis déçue par Emmanuel Macron, qui cristallise les colères. »

Elle critique la fiscalité indirecte, qu’elle juge injuste, la suppression de l’ISF et la pratique verticale du pouvoir. Son soutien initial reposait notamment sur l’idée que Macron saurait écouter, évoluer et modifier ses positions lorsqu’il serait convaincu par les arguments avancés.

Intérêt pour le dossier : une critique qui relie les choix fiscaux à la crise des Gilets jaunes et au défaut de concertation.

Paul Molac — député élu avec la majorité présidentielle en 2017

Le Monde, 26 février 2019 « C’est l’inverse de ce qu’on nous a vendu dans la campagne ! »

Molac critique le fonctionnement vertical de la majorité : au lieu de faire remonter les attentes du terrain, les élus auraient été chargés de transmettre aux territoires les décisions prises par l’exécutif. Il met ainsi en cause la promesse de renouvellement démocratique et de fonctionnement plus horizontal qui avait accompagné En marche.

Intérêt pour le dossier : la critique porte moins sur une mesure particulière que sur la méthode de gouvernement et la place des parlementaires.

 Daniel Cohn-Bendit — soutien européen de Macron en 2017

Entretien avec La Dépêche du Midi, 30 mars 2025 « Macron s’est ensuite trahi lui-même, c’est-à-dire qu’il n’était plus au niveau de lui-même. »

Cohn-Bendit explique qu’il avait été séduit par la volonté de dépasser les clivages traditionnels. Il estime que Macron a échoué à réaliser cette ambition, notamment en raison de son caractère et d’un exercice trop solitaire du pouvoir.

Une autre formulation, dans un entretien vidéo de mars 2025, résume son jugement : « Il a échoué à ça. »Il parle du dépassement des clivages, et attribue cet échec au caractère présidentiel et à l’« hubris ».

Intérêt : un soutien important de la candidature de 2017, qui estime que le président a fini par contredire sa propre promesse politique.

Jean-Pierre Mignard — l’un des premiers soutiens de Macron

Le Journal du dimanche, 2 février 2019 L’avocat, proche de François Hollande et soutien de Macron dès 2016, formule une critique précoce de la méthode présidentielle :

« Emmanuel Macron a complètement omis le débat. »

Il reproche au président d’avoir appliqué son programme sans suffisamment tenir compte des électeurs qui l’avaient rejoint au second tour pour faire barrage au Front national. Il estime aussi que le pouvoir a privilégié la vitesse et les ordonnances au détriment de la négociation et de l’adhésion.

En 2021, sa critique se durcit. Le titre de son entretien avec AOC est explicite :

« Macron n’est plus un projet politique, c’est un pass sanitaire. »

L’entretien porte notamment sur le virage sécuritaire et les libertés publiques.

Intérêt : Mignard permet de documenter une critique de fond qui commence dès le premier quinquennat, bien avant la dissolution de 2024.

Philippe Grangeon — cofondateur d’En marche ! et ancien conseiller spécial

Le Parisien, 28 juin 2024 Grangeon s’oppose publiquement à la stratégie du « ni RN ni LFI » après la dissolution. Il écrit :

« Je veux alerter ma famille politique contre la tentation périlleuse du ni-ni. »

Il estime également : « Placer l’extrême droite et La France insoumise (…) sur un pied d’égalité, c’est dangereux. »

Il réclame des consignes de désistement en faveur des candidats capables de faire barrage au Rassemblement national.

Il ne s’agit pas d’un rejet global de Macron, mais d’un désaccord majeur avec la ligne suivie par son camp au moment des législatives de 2024.

Une ancienne plume de la campagne Macron : Marie Tanguy

TF1 Info, 24 septembre 2020 — entretien à l’occasion de son livre Confusions

Marie Tanguy a participé à la rédaction des discours du candidat en 2017. Son témoignage est particulièrement intéressant, car il porte sur la campagne elle-même, et non seulement sur les années de gouvernement.

« Je pensais que Macron s’inscrivait dans les pas de la deuxième gauche. »

Elle explique avoir cru à un héritage de Michel Rocard, fondé sur la justice sociale, l’égalité et le pragmatisme. Elle décrit ensuite une organisation très verticale, élitiste et fermée aux avis extérieurs. Elle critique également une campagne qui, selon elle, a privilégié le marketing politique et les slogans au détriment de l’élaboration d’un véritable projet.

Intérêt documentaire : un témoignage de l’intérieur sur le décalage entre les intentions attribuées au candidat et les pratiques de son équipe.

Jean-Pierre Jouyet — mentor de Macron, ancien secrétaire général de l’Élysée

Le Monde, 22 novembre 2020 — compte rendu de ses mémoires, L’Envers du décor

Jouyet a contribué à l’ascension de Macron, en le présentant notamment à François Hollande avant sa nomination à Bercy. Il raconte ensuite avoir été écarté par le nouveau président.

Il écrit être passé :

« en l’espace de 24 heures du statut de mentor à celui d’infréquentable »

Il décrit également Macron comme un :

« séducteur indifférent »

Selon le récit de Jouyet, les échanges se sont interrompus après l’élection, notamment parce que le président ne répondait plus à ses messages.

Intérêt documentaire : ce cas illustre la rupture personnelle entre Macron et certains de ceux qui ont contribué à le faire accéder au pouvoir.

Delphine Bagarry — députée LREM des Alpes-de-Haute-Provence

Le Dauphiné libéré, 19 mars 2020

Interrogée après son départ du groupe majoritaire, Bagarry explique que sa décision ne se résume pas à l’utilisation du 49.3 sur la réforme des retraites :

« Il y a eu tout un faisceau d’orientations politiques, de décisions, de signaux envoyés qui ne me correspondaient plus. »

Elle ajoute :

« Il y a eu de très bonnes intentions sur les questions de solidarité ou d’écologie, mais elles ne se sont pas traduites en actes. »

Elle estime également que la majorité a progressivement perdu une partie de l’électorat de gauche et du centre gauche qui l’avait portée en 2017.

Intérêt documentaire : une critique précise de l’écart entre les engagements sociaux et écologiques et leur mise en œuvre.

Annie Chapelier — députée LREM du Gard

20 janvier 2020 — déclaration rapportée par l’AFP

Chapelier annonce son départ de La République en marche en dénonçant un :

« mouvement hors sol »

Elle explique ne plus retrouver dans le parti les valeurs qui avaient motivé son engagement. Elle critique également les « apparatchiks » et le manque d’« intelligence collective ».

Précaution : elle précise alors que son engagement auprès d’Emmanuel Macron reste total. Son témoignage doit donc être classé comme une critique du parti et de son fonctionnement, pas comme une rupture personnelle avec le président.

François-Michel Lambert — député élu en 2017, ancien écologiste

Le Monde, 26 février 2019 — enquête sur les députés ayant quitté LREM

Lambert reproche à la majorité d’avoir éliminé les élus issus de l’ancien paysage politique :

« Il fallait tuer tous ceux qui viennent de l’ancien monde. »

Il regrette surtout que la promesse d’ouverture et de coopération entre les sensibilités de droite et de gauche se soit transformée en bloc majoritaire fermé à l’opposition.

Intérêt documentaire : la critique porte sur la contradiction entre le discours de dépassement des clivages et le fonctionnement réel du groupe parlementaire.

Frédérique Dumas — députée des Hauts-de-Seine, partie de LREM

Le Monde, 26 février 2019

Dumas, qui avait participé à la majorité présidentielle, déplore :

« En marche ! s’est construit en s’ouvrant aux sensibilités, mais est devenu un bloc qui ne tend la main à personne. »

Elle reproche au groupe majoritaire de ne pas avoir suffisamment pris en compte le travail des parlementaires et de ne pas avoir respecté la promesse d’un fonctionnement transpartisan.

Intérêt documentaire : cette déclaration met en cause le fonctionnement concret du Parlement, au-delà de la seule personnalité présidentielle.

12. Ce que les archives apportent de nouveau

Ces témoignages font apparaître des dimensions peu visibles dans les déclarations des grandes figures politiques :

Je poursuis donc sur les anciens conseillers, les proches de la campagne de 2017 et les anciens membres de l’équipe présidentielle, en distinguant les critiques publiques des témoignages anonymes rapportés par la presse.

Ismaël Emelien — ancien conseiller spécial de Macron

Le Monde, 25 octobre 2019

« On avait un temps d’avance entre 2014 et 2017, estime-t-il. On l’a perdu. »

Emelien, l’un des principaux stratèges de la campagne de 2017, fait ici le constat d’une perte d’avance politique. Il précise que cette perte concerne le pays et les Français, et non les oppositions. C’est un jugement sur l’essoufflement de la dynamique initiale, même s’il ne constitue pas une rupture personnelle avec Macron.

2. Les conseillers de l’Élysée — le malaise au sein de l’équipe présidentielle

Le Monde, 26 mars 2019 — « Désamour et lassitude, le blues des conseillers de Macron »

L’enquête rapporte plusieurs témoignages anonymes d’acteurs de l’entourage présidentiel. L’un résume ainsi le fonctionnement du chef de l’État :

« C’est très dur de travailler avec le président, il est très exigeant, à toute heure du jour et de la nuit, il n’est jamais satisfait. »

Un autre décrit une méthode managériale fondée sur la mise à l’épreuve permanente :

« Macron génère son confort dans l’inconfort des autres. »

Ces déclarations ne sont pas attribuées nominativement : elles documentent un malaise rapporté par des journalistes, mais ne doivent pas être présentées comme des citations d’un ancien conseiller identifié.

David Amiel et Ismaël Emelien — deux anciens conseillers qui défendent encore le projet

Le Parisien, 26 mars 2019

Les deux anciens conseillers publient Le progrès ne tombe pas du ciel. Ils cherchent alors à formaliser la doctrine progressiste du macronisme, notamment pour les élections européennes. Emelien explique :

« La gauche et la droite traditionnelles sont en train de sortir de l’histoire. »

Cette citation est importante pour comprendre leur position, mais elle ne constitue pas une critique du président. Au contraire, elle montre qu’après leur départ de l’Élysée, ils continuent à défendre le projet politique initial.

Jean-Pierre Jouyet — ancien mentor, puis personnalité écartée

Jouyet est un cas différent : il a contribué à faire connaître Macron au sommet de l’État, avant de raconter la rupture de leur relation.

Dans ses mémoires, il résume son changement de statut par cette formule :

« En l’espace de 24 heures du statut de mentor à celui d’infréquentable. »

Ce témoignage porte d’abord sur la relation personnelle et la manière dont Macron aurait écarté certains anciens soutiens. Il faut donc le distinguer d’une critique argumentée du bilan politique.

Laurence Haïm — ancienne porte-parole de la campagne de 2017

Journaliste aux États-Unis avant de rejoindre l’équipe de campagne, elle fut l’une des voix publiques du premier En marche !. Son parcours mérite d’être examiné pour rechercher une éventuelle prise de distance explicite. Je ne dispose pas ici d’une citation critique suffisamment vérifiée pour lui en attribuer une.

Marc Simoncini — entrepreneur, soutien de 2017

Il avait salué chez Macron un discours positif sur l’entreprise et un profil d’entrepreneur. C’est une piste pour rechercher les éventuelles réserves exprimées ensuite par les soutiens du monde des affaires. Je ne retiens pas de citation négative sans source directe.

Jean Arthuis — ancien ministre et soutien centriste

Il avait soutenu Macron au nom de l’intégration européenne et de la modernisation économique. Ses déclarations ultérieures sur la situation budgétaire, le fonctionnement de l’Union européenne et la stratégie du centre politique constituent une piste à documenter, mais ne doivent pas être automatiquement assimilées à une rupture personnelle avec Macron.

Bernard Kouchner — ancien ministre, soutien initial

En janvier 2017, il présentait Macron comme porteur d’un « espoir ». Il serait utile de retrouver ses interventions postérieures sur le bilan présidentiel et la politique étrangère. À ce stade, je ne dispose pas d’une citation ultérieure vérifiée qui établisse une désillusion nette.

Jean-Marie Cavada — ancien député européen, soutien de 2017

Son engagement initial était lié notamment à l’Europe et à la transformation démocratique. Il constitue une autre piste pour étudier les soutiens centristes qui ont pu prendre leurs distances, mais je préfère ne pas lui attribuer de formule critique non vérifiée.

Les soutiens initiaux de ces cinq personnalités sont documentés dans la cartographie de la campagne publiée par Le Monde le 28 février 2017.

Olivier Véran : « J’aurais dû partir en 2022 »

RTL, 4 septembre 2025

« J’aurais dû partir en 2022 (…) J’avais des divergences avec le président de la République et j’aurais peut-être dû les assumer. »

Véran, ancien ministre de la Santé et ancien porte-parole du gouvernement, reconnaît qu’il aurait dû prendre ses distances plus tôt. Il qualifie aussi la dissolution de juin 2024 d’« irrationnelle ».

Il s’agit d’un témoignage particulièrement pertinent pour votre dossier : un ancien ministre ne se contente pas de critiquer une décision, il regrette de ne pas avoir assumé ses désaccords avec le président lorsqu’il était encore au pouvoir.

Sibeth Ndiaye : critique de la verticalité et de l’isolement présidentiel

France 5, C dans l’air, 8 octobre 2025

Sibeth Ndiaye, ancienne porte-parole du gouvernement et fidèle de la première heure, revient sur les erreurs qui ont provoqué des ruptures avec les Français. Elle critique une méthode de gouvernement trop verticale, la concentration du pouvoir et la fermeture progressive du cercle présidentiel. Elle regrette aussi certaines orientations sur l’immigration.

Son témoignage est intéressant précisément parce qu’elle reste attachée à une partie du projet initial. Elle ne se présente pas comme une opposante au président, mais comme une ancienne proche qui estime que la méthode a éloigné le pouvoir des citoyens.

Benjamin Griveaux : un cas à ne pas surinterpréter

Le Monde, 12 mai 2021

Griveaux, ancien porte-parole du gouvernement et candidat de LREM à la mairie de Paris, quitte la politique et se tourne vers le conseil aux entreprises.

Limite importante : son départ de la vie politique ne constitue pas, en soi, une critique de Macron. Les sources consultées ici ne permettent pas de lui attribuer une déclaration négative suffisamment établie. Il faut donc le conserver dans la liste des anciens proches, mais pas dans celle des déçus publiquement identifiés sans élément supplémentaire.

Cédric Villani — député élu avec LREM, candidat dissident à Paris

Le Parisien, 26 janvier 2020

« Aujourd’hui, j’acte une divergence majeure. »

Villani prononce ces mots après une rencontre avec Emmanuel Macron, qui tentait de le convaincre de renoncer à sa candidature dissidente aux élections municipales parisiennes. Le désaccord porte notamment sur la stratégie politique et la place de l’écologie dans la campagne.

Portée : une rupture publique avec le président, dès le premier quinquennat, après une tentative personnelle de conciliation.

Fiona Lazaar — députée LREM du Val-d’Oise

Le Monde, 8 mars 2021

« Quand vous avez des combats aussi éloignés les uns des autres, il y a un moment où on ne peut plus trouver un terrain d’entente… »

Lazaar quitte le groupe majoritaire après des désaccords portant notamment sur la loi relative à la sécurité globale et son article 24. Elle dénonce l’éloignement croissant entre les différentes sensibilités réunies au sein de LREM.

Portée : le témoignage d’une députée de la première majorité qui estime que le rassemblement initial ne permet plus de faire coexister des orientations politiques trop éloignées.

Matthieu Orphelin — député LREM, spécialiste de l’écologie

Le Monde, 26 février 2019

« Cette incapacité collective à dépasser les clivages. »

Orphelin avait rejoint Macron en 2017 pour contribuer à la transition écologique. Il quitte le groupe parlementaire après avoir constaté que certaines propositions écologiques étaient rejetées ou réduites, alors qu’il estimait possible d’aller plus loin.

Portée : une critique du fonctionnement de la majorité et de l’insuffisance des résultats écologiques, plutôt qu’une attaque personnelle contre le président.

Joël Giraud — ancien député Renaissance

Le Monde, 6 août 2024

L’ancien député des Hautes-Alpes a renoncé à se représenter après la dissolution de l’Assemblée nationale. Il résume sa rupture avec le macronisme par cette formule : « Ce monde n’est plus le mien. » Il dénonce un pouvoir « trop à droite et trop parisien ».

Intérêt pour le dossier : une critique à la fois idéologique — le déplacement vers la droite — et institutionnelle, portant sur l’éloignement du pouvoir par rapport aux territoires.

Raphaël Gérard — ancien député Renaissance

Le Monde, 6 août 2024

Après avoir quitté l’Assemblée nationale, il porte un jugement particulièrement sévère sur le fonctionnement du parti présidentiel, qu’il décrit comme « un parti qui n’existait pas » et « une coquille vide construite sans doctrine ni échanges ».

Intérêt pour le dossier : cette déclaration ne porte pas seulement sur une décision d’Emmanuel Macron. Elle met en cause la nature même du mouvement créé en 2016 : absence de doctrine, insuffisance du débat interne et faiblesse de la vie militante.

Sacha Houlié — cofondateur des Jeunes avec Macron

Le Monde, 25 septembre 2025

Sacha Houlié avait rejoint Emmanuel Macron dès 2017 et contribué à structurer son mouvement de jeunesse. Après une dissidence progressive, il rompt avec le camp présidentiel en juillet 2024 et s’apprête à rejoindre le groupe socialiste à l’Assemblée nationale en septembre 2025. Il

Intérêt pour le dossier : son parcours est particulièrement significatif, car il ne s’agit pas d’un ralliement tardif ou opportuniste, mais d’un acteur de la première heure issu de l’aile gauche du macronisme. Pour une fiche de citations, il reste toutefois nécessaire de retrouver ses déclarations exactes de rupture avant de lui attribuer une formule critique.

Philippe Grangeon — conseiller stratégique et communicant

Son départ de l’entourage présidentiel est cité par Jean-Michel Blanquer parmi les pertes d’expérience qui ont affaibli la capacité du pouvoir à bénéficier de regards indépendants.

Le témoignage de Blanquer est ici plus probant qu’une citation isolée de Grangeon : il décrit les conséquences qu’il attribue au départ de plusieurs personnalités capables de contredire le président.

Précaution : ce passage ne constitue pas une déclaration personnelle de Grangeon contre Macron.

Sylvain Fort — plume présidentielle et directeur de la communication

Europe 1, 19 juillet 2020

Après avoir travaillé auprès du candidat puis du président, il décrit un homme qui reste très difficile à connaître personnellement : « C’est un homme qui ne fait pas de confidences. Je pense qu’il les réserve à son épouse. »

Cette déclaration éclaire la distance personnelle entre le président et ses collaborateurs.

À SUIVRE

Ex :

Philippe Aghion : les critiques adressées à Macron

Plusieurs désaccords sont documentés :

La politique sociale (2018) : avec Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin, il adresse à Macron une note confidentielle dénonçant le déséquilibre à droite de sa politique et l’image d’un pouvoir indifférent à la question sociale.

La réforme des retraites (2023) : il regrette le manque de dialogue social et estime que le prix politique de la réforme aurait pu être évité.

La méthode présidentielle : il considère que les réformes doivent davantage associer protection sociale, innovation et dialogue avec les partenaires sociaux.

Le bilan politique : il a également critiqué certaines erreurs politiques du président, notamment la dissolution de 2024. 

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