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DONNER VRAIMENT LA PAROLE AUX FRANÇAIS : LE PARI – FOU ET SÉRIEUX À LA FOIS – D’ALEXANDRE JARDIN

ARTICLE – Référendum citoyen : le pari d’Alexandre Jardin pour bousculer la présidentielle

140 000 téléchargements en quelques semaines, numéro un devant X sur l’App Store, des dizaines de milliers de votes déjà enregistrés : sans l’aval d’aucun parti ni d’aucune institution, une application entend imposer le référendum d’initiative citoyenne dans la campagne présidentielle.

Atlantico : Pourquoi avoir choisi de lancer l’application « Référendum Citoyen », et quel dysfonctionnement de notre démocratie cherchez-vous avant tout à corriger avec cette initiative ?

Robinson Jardin : Le principe est simple : permettre aux citoyens de reprendre le contrôle de la démocratie et de décider eux-mêmes des grandes questions qui nous concernent tous en tant que Français, avec une application que l’on télécharge sur son téléphone. L’objectif est de « démocratiser la démocratie », de la rendre plus accessible et de permettre à chacun de décider par lui-même.

Il existe une très forte demande autour de ce sujet. Nous l’avons constaté dès le lancement, en juin dernier. En quelques semaines, nous nous sommes retrouvés numéro un des téléchargements dans la catégorie Actualités de l’App Store, devant X. Plus de 140 000 personnes ont téléchargé l’application et des dizaines de milliers de Français ont voté.

Nous nous étions lancés en nous disant que nous en avions tous besoin et tous envie, afin de pouvoir, en tant que citoyens, reprendre le contrôle de nos vies. On nous répétait : « Vous savez, la politique intéresse de moins en moins les Français, ils ne votent plus. » Le raz-de-marée de téléchargements a montré l’inverse. Les Français n’ont plus un intérêt infini pour les politiciens. En revanche, dès qu’il s’agit de décider concrètement, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, des sujets qui les concernent, ils répondent présent.

Référendum Citoyen essaie de mettre en œuvre et de normaliser une démocratie plus directe, en introduisant un volet référendaire dans une démocratie qui n’est aujourd’hui que représentative. Le dernier référendum national a eu lieu il y a plus de vingt ans.

Alexandre Jardin : La France est une démocratie représentative qui, pour l’instant, ne représente plus, ou avec une très grande difficulté. Cela aboutit à une déconnexion tragique entre le système politique et le citoyen. Lorsque Robinson Jardin est venu me parler des technologies qui existent et qui permettent de fiabiliser les consultations, cela m’a semblé absolument évident : il apportait une solution qui faisait considérablement baisser le coût. En France, organiser un référendum coûte très cher, de l’ordre de 250 millions d’euros pour une consultation nationale. Multiplier les consultations plusieurs fois par an était donc impossible. Il fallait régler ce problème financier.

Il fallait aussi qu’une initiative de démocratie directe puisse se mettre en route sans demander l’autorisation de l’État. Les choix technologiques que nous avons faits le permettent. Nous pouvons ainsi faire basculer le pays dans un rapport de force avec l’ensemble de la classe politique, afin d’imposer une culture référendaire et, ensuite, d’amener l’ensemble des candidats, si nous sommes suffisamment nombreux, à accepter une démocratie directe complémentaire de la démocratie représentative.

Sans cet outil, cela serait resté un vœu pieux. Là, c’est un passage à l’acte qui permet d’établir un rapport de force.

La première question sur laquelle nous allons nous concentrer est la question des questions : « Voulez-vous que 500 000 citoyens déclenchent eux-mêmes un référendum national, hors du contrôle du Conseil constitutionnel, selon le plan Marianne ? » Autrement dit : voulez-vous, oui ou non, qu’on instaure en France, avec les changements constitutionnels qui l’accompagnent, le référendum d’initiative citoyenne ?

Cela n’a rien à voir avec le référendum du prince. Jusqu’à présent, la majorité des dirigeants sont favorables au fait de poser des questions au peuple. Mais ils n’envisagent absolument pas que le peuple puisse en poser. Parce que ce sont des gens de pouvoir, tout simplement.

Or, cela règle l’un des très gros problèmes français : le pouvoir n’a pas de pouvoir. Les référendums peuvent donner une autorité d’exécution considérable et permettre de reconfigurer notre univers juridique, aujourd’hui extrêmement bloqué. Si vous ne donnez pas de pouvoir aux citoyens, vous ne reconnaissez pas la société française, et elle ne donnera pas les moyens de réparer la France.

Et si l’on remet un jeton dans ce système déconnecté au mois de mai prochain, cela signifie que le peuple sera renvoyé chez lui le soir de la présidentielle, comme il l’est depuis des décennies.

Nous avions un système politique qui fabriquait des solutions, qui produisait de la croissance et qui fournissait les moyens de faire fonctionner notre économie. À partir du moment où ce système déconnecté ne produit plus de solutions, il faut bien le repenser. Il n’est pas possible de demander à des candidats issus de la bureaucratie de se remettre en question. Ils ne le feront que dans le cadre d’un rapport de force. C’est ce que nous sommes en train d’établir. Avec l’application Référendum Citoyen, le but est de donner aux Français la possibilité de ne pas se faire renvoyer chez eux à la prochaine élection, mais d’engager les grands référendums restructurants.

À partir du moment où nous obtenons cela, nous allons pouvoir poser de vraies questions, afin que la nation puisse exprimer ce qu’elle ne parvient pas à exprimer depuis des décennies.

Atlantico : Avez-vous l’ambition de faire émerger certaines questions dans la campagne présidentielle ou législative, au point d’obliger les candidats à se positionner ? Est-ce que votre démarche vise à mesurer l’opinion des Français ou souhaitez-vous en faire un véritable outil de pression politique sur les élus et les candidats ?

Alexandre Jardin : Dans un premier temps, nous allons demander aux dirigeants et aux candidats de se positionner sur la question même du référendum citoyen. À 200 000, ils commencent à tousser ; à 500 000, ils toussent beaucoup, beaucoup. Et au-delà ?

Dans un paysage où, en réalité, ils sont complètement déconnectés et ont perdu la confiance du citoyen, l’ensemble des candidats finira par comprendre que, pour rétablir la confiance, il faut faire confiance.

Sur la plateforme Référendum Citoyen, il y aura tout début octobre des pétitions sur des questions référendaires extrêmement structurées. Nous verrons lesquelles sont les plus soutenues. Si tout se passe comme prévu, un outil d’intelligence artificielle sera disponible sur le site dans une quinzaine de jours. Il permettra aux citoyens de poser leurs questions. L’idée est aussi de vaincre l’extraordinaire inégalité entre ceux qui disposent des moyens intellectuels, de l’éducation et du savoir nécessaires pour formuler leurs questions, et ceux qui ont besoin de les formuler mais ne disposent pas de ces moyens.

Des questions vont donc émerger et nous verrons lesquelles seront les plus soutenues. À partir du moment où les Français commenceront à dire : « Cela, c’est un référendum primordial pour nous », nous verrons bien à Noël si nous sommes suffisamment puissants, tout d’abord pour offrir la démocratie directe à la France. Et nous verrons bien, en décembre, quelles questions émergeront, et avec quelle puissance.

Atlantico : Si plusieurs millions de citoyens se prononcent sur une proposition via l’application, qu’attendez-vous ensuite des candidats : qu’ils s’engagent à appliquer le résultat, qu’ils l’intègrent à leur programme, ou simplement qu’ils en tiennent compte une fois élus ?

Alexandre Jardin : Cela va se faire presque automatiquement. Le métier d’un candidat consiste à répondre à une demande sociale. Tant que cette demande sociale n’est pas formalisée, elle ne compte pas. Pour compter, il faut se compter.

La nation peut parvenir à imposer, au fond, quelque chose qui ressemble au système suisse, où le citoyen n’existe pas tous les cinq ans, mais pendant les cinq ans. Nous pensons que l’ancien système ne correspond plus du tout à l’état de la société, ni à la quantité de blocages que la France va devoir affronter et débloquer, en écoutant les grandes majorités qui ne parviennent pas à se faire entendre des bureaucraties.

Atlantico : Votre objectif est-il, à terme, de faire de la participation citoyenne un critère électoral : autrement dit, que les candidats soient jugés non seulement sur leur programme, mais aussi sur leur volonté de donner davantage de pouvoir de décision aux citoyens ?

Alexandre Jardin : Bien sûr, et c’est exactement ce qui va se passer. Nous engageons cette démarche pour créer une situation politique totalement différente. Les Français sont très clairs. Ils veulent une rupture et ils n’ont pas confiance dans leur classe politique pour la mener. Nous allons donc les aider à faire émerger leurs désirs profonds et à les exprimer de manière forte face aux responsables politiques.

Si nous réussissons la première manche à Noël, le pays ne sera pas le même. Et croyez-moi, dès que certains candidats commenceront à dire oui, les autres seront dans une difficulté extrême. Il est très difficile, dans une émission de télévision, de dire non à la démocratie.

Les Français veulent reprendre le contrôle de leur vie. Ils n’ont plus confiance. L’application Référendum Citoyen est aussi une véritable machine à refaire de l’unité nationale. Sur un assez grand nombre de questions, nous allons assister à l’émergence d’une énorme majorité. La culture du mépris ne pourra pas arrêter cela, tout simplement parce que nous sommes dans une année électorale. Ce n’est pas un moment comme un autre.

Les partis et les candidats n’avaient absolument pas prévu que le citoyen disposerait des moyens technologiques pour affirmer ses positions. Nous allons remettre le citoyen au centre. C’est pour cela que, dans la rue, les gens nous disent merci. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’hommes politiques auxquels on dise merci. Les gens ont bien compris que nous faisons cela pour eux.

Atlantico : Vous demandez aux utilisateurs de scanner leur pièce d’identité et de lire la puce de leur document. Quelles garanties pouvez-vous apporter concrètement sur la protection et la sécurité de ces données et sur le fait qu’elles ne puissent être exploitées à d’autres fins ?

Robinson Jardin : Je viens du monde de la cybersécurité, j’ai notamment été l’un des directeurs de NordVPN. La démarche que nous entreprenons est précisément une réponse à ce que nous considérons comme l’irresponsabilité de l’État dans sa gestion des données des citoyens. Il y a eu, ces derniers mois, des fuites de données absolument catastrophiques.

Concrètement, notre technologie repose sur deux blocs. Le premier, c’est une démocratie directe authentifiée. Nous ne faisons ni pétition ni sondage sur les votes de référendum : chaque Français s’identifie avec sa pièce d’identité. En juin, c’était le passeport. Avec la nouvelle version, qui arrive dans les prochains jours, c’est la carte nationale d’identité, celle au format carte bancaire délivrée depuis 2021, parce qu’elle est gratuite et que tous les Français y ont droit. L’utilisateur saisit le code à six chiffres imprimé sur sa carte, puis pose la carte contre son téléphone, qui lit la puce localement pour vérifier qu’il est bien Français et majeur. Rien n’est photographié, rien n’est envoyé.

Beaucoup de Français craignent, légitimement, que leur pièce d’identité finisse dans une base de données qui fuitera un jour. Notre réponse est une technologie appelée preuve à divulgation nulle de connaissance, ou « zero-knowledge proof ». La lecture de la puce n’a lieu que sur le téléphone du votant. Le téléphone produit ensuite une preuve mathématique qui certifie une seule chose : cette personne est française, majeure, et n’a pas déjà voté sur cette question. C’est cette preuve, et elle seule, qui est transmise avec le vote. Ni le nom, ni la date de naissance, ni le numéro du document ne quittent le téléphone.

Nous n’avons donc aucune base de données centralisée contenant les données sensibles des Français. C’est une technologie qui, selon nous, devrait être utilisée massivement, à commencer par la vérification de l’âge sur un certain nombre de sites. Que ni l’État ni l’Europe ne l’aient mise en place est, à nos yeux, immensément irresponsable. Notre approche est radicalement différente.

Le double vote n’est pas possible. Chaque carte ne peut être enregistrée qu’une seule fois, et pour chaque question un numéro de bulletin unique, dérivé d’une clé qui ne quitte pas le téléphone, empêche de voter deux fois.

Le second bloc, c’est le registre. Chaque vote est inscrit sur un registre public de type blockchain, où chacun peut voir ce qui est enregistré et vérifier que rien n’est modifié. C’est une urne transparente : on voit toutes les enveloppes, on ne sait pas qui les a déposées. On sait seulement qu’elles viennent chacune d’un Français majeur, une fois. Cela permet d’éviter le bourrage des urnes. Chacun peut consulter ce registre et y retrouver son enveloppe, avec un vote et un numéro de série. Jamais un nom.

Atlantico : À l’approche de la présidentielle de 2027, votre application intervient dans un contexte où les cyberattaques contre les institutions, les partis et les infrastructures démocratiques constituent un risque croissant. Que se passerait-il si Référendum Citoyen était la cible d’une attaque visant à modifier les résultats, à empêcher les votes ou à semer le doute sur leur authenticité ? Avez-vous prévu un dispositif de continuité et de vérification indépendant en cas de cyberattaques ?

Robinson Jardin : Le code de l’application de juin est public, et le code de la nouvelle version sera publié à sa sortie, pour que chacun puisse l’examiner et vérifier que ce que nous disons est solide.

Nous avons eu des dizaines de milliers de votants. Il n’y a pas eu de fuite, parce qu’il n’y a pas de base de données sensibles à faire fuiter. Un attaquant qui voudrait modifier des résultats devrait modifier un registre public que tout le monde peut relire, et ajouter des votes supposerait de disposer d’autant de cartes d’identité françaises authentiques.

Il existe des inquiétudes légitimes liées à toute démocratie : les risques de manipulation, pas forcément de la part de puissances étrangères. L’expérience montre qu’il est beaucoup plus difficile, et beaucoup plus coûteux, de manipuler des millions de Français que de corrompre trois parlementaires, quelqu’un à Bruxelles ou un président de région. La démocratie directe est un système bien plus résilient face aux puissances étrangères et aux manipulations.

Le raz-de-marée rencontré par l’application prouve que les Français veulent de la démocratie directe. Dans les prochains jours, tout le monde pourra voter avec sa carte d’identité, ce qui est très important : le passeport coûte cher et beaucoup de Français n’en ont pas.

Les citoyens souhaitent que leur vote sur la plateforme se concrétise. Si nous sommes un million, deux millions ou trois millions de Français à prendre une décision, le monde politique devra en tenir compte, tout simplement parce que les responsables politiques souhaitent être réélus.

La question principale soumise au vote, le plan Marianne, propose exactement cela : qu’au-delà d’un certain seuil de soutiens, une question posée par des citoyens devienne un référendum national dont le résultat s’impose. C’est la clé de toutes les propositions référendaires qui permettront à la France de fonctionner normalement.

D’ici Noël, l’objectif est d’avoir une conversation ferme avec les candidats à la présidentielle. Si nous sommes un million, chaque candidat devra répondre à une proposition simple : s’engager, avec des garanties, à mettre cela en place une fois élu, ou expliquer à un million de citoyens identifiés pourquoi il refuse.

L’objectif est donc politique et lié au calendrier de la présidentielle. Nous ne sommes pas là pour nous faire élire ; nous sommes là pour que les Français se fassent entendre et obéir. Nous arrivons au bout d’un cycle, avec une démocratie fatiguée, à bout de souffle. Nous pouvons lui redonner une vitalité avec un peuple qui retrouve l’espoir de décider par lui-même de son sort, ce que les Français n’ont plus, légitimement, le sentiment de pouvoir faire.

Atlantico : La question de la souveraineté numérique risque de revenir au cœur de la campagne présidentielle. Concernant l’hébergement des données de Référendum Citoyen, comment vous assurez-vous que l’infrastructure reste sous contrôle français ou, à tout le moins, européen ?

Robinson Jardin : La question de la souveraineté se pose pour nous d’une manière inhabituelle, parce que nous n’hébergeons pas de données personnelles. Il n’y a pas de serveur contenant les identités des votants, ni chez nous, ni ailleurs. Ce qui existe, c’est un registre public, compatible avec la technologie Ethereum, dont le code et les contrats sont publics et que n’importe qui, en France ou ailleurs, peut lire et vérifier ligne à ligne. Il ne contient que des preuves anonymes et des bulletins. Personne ne peut y modifier un vote inscrit, pas même nous, et il n’y a rien à y voler. C’est ce qui le rend résilient : la sécurité ne repose pas sur la nationalité d’un hébergeur, mais sur le fait que tout est vérifiable par tous et que rien de sensible n’est stocké.

Référendum Citoyen est un acte d’amour pour des millions de Français qui souffrent. Nous arrivons à des niveaux de misère qui étaient impensables, et ces personnes ont le droit d’exister. Beaucoup de gens, partout dans le monde, nous soutiennent : des habitants de Hong Kong qui ont vu leur démocratie disparaître et espèrent qu’en le faisant en France, nous pourrons le structurer ailleurs ; des personnes qui, dans de nombreux pays, prennent des risques en nous aidant à développer l’application, parce que cela fait naître un immense espoir de démocratie au-delà de nos frontières. Ce serait formidable que les Français montrent l’exemple et que nous soyons le premier pays à démontrer que c’est possible.

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