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Vivre en poíēsis avec John DONNE: Méditation en temps de crise

PRESENTATION

John Donne

« Aucun homme n’est une île,

un tout, complet en soi ;

tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ;

si la mer emporte une motte de terre,

l’Europe en est amoindrie,

comme si les flots avaient emporté un promontoire,

le manoir de tes amis ou le tien ;

la mort de tout homme me diminue,

parce que j’appartiens au genre humain ;

aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas :

c’est pour toi qu’il sonne. »

MEDITATION XVII Devotions upon Emergent Occasions (1624).

‘No Man is an Island’

No man is an island entire of itself; every man
is a piece of the continent, a part of the main;
if a clod be washed away by the sea, Europe
is the less, as well as if a promontory were, as
well as any manor of thy friends or of thine
own were; any man’s death diminishes me,
because I am involved in mankind.
And therefore never send to know for whom
the bell tolls; it tolls for thee.

Franck Lemonde (Traducteur) PAYOT ET RIVAGES 

John Donne, né le 22 janvier 1572 à Londres et mort dans la même ville le 31 mars 1631, est un poète et prédicateur anglais du règne de Jacques Ier, considéré comme le chef de file de la poésie métaphysique. Son œuvre, d’une grande variété, comprend des poèmes d’amour, des sonnets religieux, des traductions du latin, des épigrammes, des élégies, des chansons et des sermons.

Donne était âgé de 50 ans quand il écrivit ces « Méditations sur notre condition humaine » en 1623.

Né, rappelons le, à Londres et dans un milieu catholique, il avait connu directement les persécutions religieuses. Donne se convertit à l’anglicanisme en 1615 et est nommé doyen de l’Eglise de Saint-Paul.

Cet écrivain est peu connu en France. Dans ses sermons, essais théologiques et poèmes, le thème de la maladie et de la mort est constant.

Lui-même gravement malade à cinquante ans, il écrit les Dévotions en temps de crise en trois parties : « Méditations sur notre condition humaine » ; « Explications et débats avec Dieu » et « Prières à lui lors de diverses occasions ».

C’est la première partie qui nous est livrée, dans l’ouvrage cité, en vingt-trois méditations courtes. Leur point de départ est l’observation, la surprise la dégradation de la santé, la station allongée l’insomnie la réaction des médecins, l’évolution de la maladie. Ces méditations opèrent le passage de cette expérience subjective de la maladie sécrétée par le corps à une prise de conscience de notre misère humaine.

Sobres et simples, ces pages sont d’une étonnante modernité.

Elles insistent sur la relation médecin patient : admiration, confiance et reconnaissance ne diminuent pas la relativité de leurs connaissances Si les médecins sont animés de compassion et habités d’un sentiment de solidarité, la pensée de l’homme est capable d’affronter dans la dignité l’incohérence d’un corps malade en rébellion.

Le style est proche de celui de Blaise Pascal

dans sa « Prière pour demander à Dieu le bon usage de la maladie » éditée quarante ans plus tard (et ajoutée en annexe de l’ouvrage).


Ce livre peut s’avérer éclairant pour ceux qui soignent ou rencontrent des patients en fin de vie : un document exceptionnel sur le vécu d’un malade, son regard sur ceux qui veulent l’aider et ses incontournables questions sur la destinée humaine.

ARTICLE

MEDITATIONS EN TEMPS DE CRISE

Éric Marquer ENS EDITIONS

in Histoire et philosophie : Hobbes et la pensée de la crise
d’Éric Marquer

Les propos de John Donne, dans l’ouvrage traduit en français sous le titre Méditations en temps de crise, pour saisir le sens d’une réflexion morale et religieuse sur la crise.

Les Méditations en temps de crise de John Donne sont un extrait d’un ouvrage daté de 1624, intitulé Devotions upon Emergent Occasions, and Several Steps in my Sickness .

Ces réflexions rassemblent des discours composés par Donne à chaque étape de sa maladie. Les Méditations en temps de crise reprennent le premier discours, « Méditations sur notre condition humaine ».

Celui que l’on a appelé le Pascal anglais y développe une pensée se faisant écho de la souffrance et de la maladie, qu’il cherche à traduire sur le plan stylistique pour évoquer un monde et un corps en décomposition. On trouve d’ailleurs à la fin de l’édition française un des traités de piété de Pascal, publié en 1666, Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, et les discours présentent des ressemblances évidentes.

C’est trop peu d’appeler l’homme un petit monde ; excepté Dieu, l’homme n’est un diminutif de rien. L’homme consiste en plus de pièces, plus de parties que le monde, que ce que le monde a, que ce que le monde est.

Et si ces pièces étaient étendues et étirées dans l’homme comme elles le sont dans le monde, l’homme serait le géant et le monde le nain, le monde serait seulement la carte et l’homme le monde. Si toutes les veines dans nos corps étaient étendues en fleuves, tous les nerfs en veines de mines, tous les muscles qui s’entrecroisent en collines, tous les os en carrières de pierre et toutes les autres pièces à la proportion de celles qui leur correspondent dans le monde, l’air serait trop petit pour que cette planète d’homme s’y déplace et le firmament serait à peine suffisant pour cette étoile ;

car comme il n’y a rien dans le monde entier à quoi quelque chose en l’homme ne corresponde, il y a bien des pièces en l’homme dont le monder entier n’a aucune représentation. (p. 25)

Le point de départ de la réflexion de Donne est sa propre maladie, et sa propre expérience de la maladie, mais le propos peut être caractérisé comme une pensée de la crise développée selon un mode d’expression baroque, multipliant les images surprenantes et singulières, jouant sur le topique du monde à l’envers, notamment grâce à une nouvelle utilisation de métaphores classiques, comme celle de l’homme comme small world. La pensée de Donne a souvent été évoquée pour exprimer la conscience de l’effondrement de l’ordre pendant cette période troublée de l’histoire, notamment le poème « Hymne à Dieu mon Dieu, en ma maladie ».

La réflexion sur la maladie se poursuit et s’élargit en une vaste méditation sur la variabilité de la condition humaine, l’incompréhensibilité de l’homme à lui-même, et l’imminence toujours possible de la mort et de la destruction.

De ce point de vue, la perspective est éloignée, voire inverse, de l’approche strictement médicale, puisque la contemplation de la maladie, mêlée de fascination, n’apparaît jamais comme la recherche d’un remède. Le regard du poète et moraliste sur la maladie est d’ailleurs explicitement distingué de celui du médecin dans les méditations.

C’est ce qui différencie la simple maladie de la crise, puisque la crise est ce moment qui embarrasse tout jugement, et c’est bien un moment critique que cherchent à exprimer les images développées au fil des méditations. Toute solution est en Dieu. Aucune guérison ni consolation n’est possible. Par conséquent, on peut dire que le discours sur la maladie, qui reprend et développe les métaphores du corps malade pour exprimer la nécessité du remède, le fait dans un sens qui est tout sauf médical, mais plutôt poétique et religieux. La forme poétique de ces méditations sur la crise fait pratiquement disparaître toute référence à l’histoire, même si elle se fait l’écho d’une situation qui va bien sûr au-delà de l’expérience personnelle du corps malade, et cherche à construire des analogies entre la faiblesse de l’homme frappé par la maladie et le désarroi du pécheur en quête de la miséricorde divine.

Si l’on compare cette méditation sur la crise avec d’autres expressions de trouble et recherches de remède, on s’aperçoit que le cadre métaphorique est également présent pour légitimer le discours comme diagnostic : ainsi, le discours des marchands présente de manière assez classique la crise comme une maladie du corps politique. 

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