Aller au contenu principal

Comprendre et Agir: Développement personnel

ARTICLE DE JEAN-MARC SAURET

Développement personnel

Le développement personnel est, depuis des années, l’objet d’un marché à part entière. On peut même dire qu’il était déjà l’apanage des religions du livre, lesquelles poursuivaient peut-être aussi d’autres finalités. Car que vise le développement personnel sinon l’extension tant de ses compétences que de sa personnalité : le savoir faire et le savoir être. Pour ce faire, certaines approches proposent d’atteindre une meilleure connaissance de soi. En cela, le bouddhisme avait déjà ouvert la voie, commencé la pratique et répondu à cette préoccupation, voici deux mille cinq cents ans.

D’autres approches visent un objectif des plus évanescents : « réussir sa vie! », un lieu commun qui ratisse très large. Chacun y mettra, verra et y trouvera les objets de ses désirs, fantasmes, névroses, etc.

On ne compte plus aujourd’hui les « disciplines » en la matière, si l’on peut dire, de la plus intellectuelle à la plus « praticopratique », de la plus matérialiste à la plus spirituelle. Quelques gourous de type sectaires ont aussi surfé sur la vague. Plus sérieusement, toutes approches confondues, on trouve bien des pratiques diverses et disparates. Ce peuvent être la sophrologie, la programmation neuro linguistique, l’analyse transactionnelle, la Process communication, l’hypnose ericksonienne et l’autohypnose, les thérapies comportementales, voire la psychanalyse, la psychologie positive, voire même la rigologie ou la psychologie narrative. On peut aussi y ajouter la méthode Coué, mais aussi le Chi-kong, le Reiki, le Yoga, le Zen to Done, voire les arts martiaux ou la méditation, ou encore la promenade et la contemplation, etc. 

Chacun des tenants de chacune de ces approches pourrait affirmer que la sienne n’a rien à voir avec toutes les autres, qu’elle relève de tout autre chose de particulier et de singulier. C’est de bonne guerre. Et pourtant, j’y inclurais, pour les avoir exercées, aussi bien des pratiques sportives, lesquelles développent autant votre mental que votre physique. Ces pratiques développent une véritable philosophie de vie et sont aussi, pour certaines, des approches du soin. J’avoue que la liste n’est toujours pas exhaustive, loin de là. 

Certaines de ces pratiques s’exercent en auto-instruction, d’autres en groupe ou en accompagnement personnel comme par le coaching. Je me suis intéressé à cet univers depuis bien des années avec la préoccupation de la réalité de l’être, et l’étude du bonheur, de la motivation, des moteurs à l’action. J’œuvrais aussi dans une certaine recherche du réel, si l’on peut dire. J’avoue en avoir survolé beaucoup, peut être y considérant a priori, voire à tord, une certaine superficialité ou légèreté. Par plaisir ou pour mieux comprendre, j’en ai pratiqué plusieurs depuis les sports de combat jusqu’à la psychanalyse, en passant par la sophrologie, l’autohypnose et la méditation. Je pense aussi à des pratiques sportives et artistiques, dans ce qu’elles procurent une par d’introspection comme l’écriture, la sculpture, la peinture, le théâtre, la dance, la musique, la composition et la poésie. Toutes ces pratiques qui vous invitent à fouiller au fond de vous pour faire émerger une part de réel, participent de cette même démarche. L’ensemble de ces pratiques sont en lien direct avec un je-ne-sais-quoi de la muse, qui se projette jusqu’à l’universel. Elles m’ont interpellées, certaines jusqu’à la passion. En ce sens, toutes ces pratiques sont convergentes.

Il est à considérer aussi que chacune de ces techniques ou traditions présente plusieurs écoles aux exécutions diverses. Et je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur l’une d’elle, peut-être l’une des plus plébiscitées et, probablement, aussi des plus mal connues : la méditation. Certes il y a autant d’écoles de pratique qu’il existe de « méditants ». J’ai observé que les attentes de la méditation, telles qu’on peut les lire dans des commentaires de stages, d’ouvrages et de vidéos, tournent principalement autour du bien être et de la sérénité. Certains parlent de développer leur intuition et leurs connaissances mais cette expression m’est apparue, bien que particulièrement intéressante, comme se situant plutôt « à la marge ».

Je n’ai pas la prétention d’en donner ni l’excellence, ni la réalité profonde. Chacun aura la sienne mais, pratiquant depuis plusieurs années, voilà ce que j’en ai compris pour moi-même. Peut être cet aperçu permettra-t-il à quelques personnes de se faire leur idée ou de mieux saisir ce dont il s’agit, voire repérer plusieurs choses que l’on peut viser et espérer atteindre.

Pour méditer, il me semble qu’il nous faudrait tout d’abord sortir des représentations mécanistes et de consommation. La méditation n’est ni un médicament, ni une pratique magique ou médicale à l’occidentale. Il ne s’agit pas d’une technique qui apporterait un résultat précis. Elle n’est pas non plus la gymnastique du bonheur. Elle n’est pas une clé pour votre serrure : là, il faut véritablement changer de « logiciel ».

La méditation est une réconciliation avec soi-même. Bonheur et souffrance sont des résultats de ses propres postures, lesquelles en constituent les causes et les conditions. Mais alors, qu’est-ce que méditer ?

Méditer c’est comme faire du vélo :

1 – C’est d’abord pratiquer pour savoir en faire. Il s’agit de comprendre et savoir, en passant par les sensations.

2 – C’est aussi comprendre la finalité en pratiquant. Par exemple, on peut vouloir apprendre à faire du vélo pour aller à l’école ou parce qu’on l’a vu faire, voire faire comme sa grande sœur ou le voisin d’en face. Ensuite ce sera peut-être développer sa pratique pour les sensations, mais aussi pour faire des voyages ou participer à des compétitions. C’est le parcours dans la discipline qui est l’élément directeur. Méditer me semble du même ordre.

3 – C’est encore changer sa vie, ses perceptions, ses objectifs par la pratique. Celle-ci laisse apparaître et expérimenter de nouvelles potentialités, découvrir un autre monde et « s’en faire » des connaissances.

De fait, il n’y a pas de méthode universelle, obligée, indispensable ou incontournable. Il n’y a pas de chemin exclusif. Il n’y a pas de raccourcis ni de voies rapides. C’est comme la réflexion, c’est la pratique qui permet le grandissement et « l’expertise ». C’est sur la longueur que la réalité s’ouvre. La méditation n’est pas une pilule magique, ni une réalité intellectuelle. Comme toute pratique, elle est « histoire d’usages ». Elle est un chemin, et elle ne saurait se trouver réduite ni à un but, ni à un véhicule. Le véhicule, c’est vous.

Il ne s’agit pas de « faire le silence » en soi, ni de taire ou chasser ses pensées. C’est comme si l’on voulait arrêter son cœur ou les vagues de la mer. Ce serait absurde. Il s’agit juste de les regarder, de les observer, de les contempler, de les « com-prendre », et de s’en imprégner, puis de les laisser passer comme les nuages dans le ciel, comme les voitures qui se déplacent sur la route, comme les poules qui la traversent…

Je me souviens de cette expression dans la pratique de la foi chrétienne : contempler ! Il n’y a rien à raisonner, juste à prendre directement par les sensations. Alors quelque chose apparait, dont on prend conscience, qui subitement est là, devient une présence.

Pour être plus précis, la pratique de la contemplation se passe de raisonner, de réfléchir, de se creuser la tête. La méditation n’est pas une question de logique mais de présence. Bien sûr, ce n’est pas là une habitude occidentale, ni spécifiquement française, bien évidemment. En parler est particulièrement difficile, dans la mesure où nous ne nous situons pas dans le domaine de la raison, mais dans le domaine de la sensation ou du ressenti. Elle se propose comme « évidente sensationnelle ».

Voilà quelques remarques pratiques propres à mon expérience et à mon parcours. Prenons tout d’abord la posture qui nous va bien. On ne recopie pas un lotus improbable parce qu’on ne joue pas à être un bouddha. Si celui-ci s’asseyait ainsi, c’est parce qu’il s’agissait pour lui, d’une posture pratique et culturelle ordinaire. On peut ainsi pratiquer avec aisance : assis dans un fauteuil ou sur une chaise, allongé sur un lit ou une natte. Une posture physique qui ferait souffrir n’aiderait pas à contempler parce qu’elle serait dérangeante. Il ne s’agit pas non plus de s’endormir et cela m’est arrivé plusieurs fois. Comme à vélo, à chacun de trouver l’équilibre, entre relâchement et contemplation.

Il ne s’agit pas non plus de faire un impossible vide en soi mais de porter son attention sur soi de manière à s’intéresser à soi, là dans l’instant, et donc à autre chose qu’à ses pensées. Il ne s’agit aucunement de « ruminer ». C’est comme si l’on voulait juste « devenir disponible à soi ». Une pratique simple est de contempler son souffle, sa respiration. Contempler veut dire regarder avec attention ce qu’est cette respiration, de la globalité au détail, en allant jusqu’à mesurer la différence de température entre l’air qui entre par les narines et celle de l’air qui en sort, etc. 

Il est sûr qu’un détail risque d’emporter quelquefois notre imagination et convoquer d’autres pensées, idées ou images et notre esprit va peut être se mettre en route, sous forme de spéculations, à notre « corps défendant ». C’est bien normal. Alors, comme l’on s’en est rendu compte, exactement comme on le fait quand on a été distrait dans son travail, on y revient. On revient à la contemplation du souffle… Et puis on regarde avec attention ce qui se passe autour de ça. 

Parfois, une démangeaison intempestive arrive, un picotement, une petite douleur musculaire, mais ce peut-être une tout autre manifestation. Alors, on la contemple. On observe ce qu’est cette petite douleur, la couleur qu’on lui trouve, son type, sa hauteur, et… elle disparait. On pourra refaire l’exercice avec des douleurs plus fortes et pareillement, elles disparaissent. On le fait aussi avec les pensées qui arrivent et disparaissent faute d’être alimentées.

Dans un entretien, Matthieu Ricard signale quatre « objets » d’attentions qu’il indique comme des « présences attentives » : à son corps et à chacune de ses parties, à ses sensations internes et externes, à ses pensées qui s’évanouissent et autres mouvements de son mental, et enfin à l’ensemble des phénomènes.

Alors, on se met à contempler d’autres choses qui se trouvent au fond de soi, comme la bienveillance, l’altruisme, la sérénité, la souffrance, la joie, la gaieté, etc. Socrate invitait aussi à cela car au fond de chacun se trouve l’universel. Alors, on contemple ce bout d’universel… et il apparaît, évident !…

C’est ainsi que se taisent les passions inutiles, que la patience s’invite, car si l’on cesse d’alimenter les rancœurs et autres sentiments ravageurs, ils disparaissent. Plus besoin de « lâcher prise », c’est fait. Dans un esprit calme et débarrassé, alors s’invitent d’autres réalités. C’est ainsi que je voyais (certains diront que je l’imaginais) la course sinusoïdale des particules et des planètes sur leur ellipse. J’appris par la suite qu’ils s’agissait d’une réalité physique ordinaire que l’on nomme la nutation.

J’ai retrouvé dans la méditation une particularité que je vivais dans la création (musique, écriture, peinture, sculpture, théâtre). C’est de cela que parle le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi quand il évoque le « Flow ». Quand vous êtes pris dans votre activité, que le temps disparait, que seule la pratique compte, que ni la faim, ni la soif ne vous tire de votre entière occupation, alors vous êtes dans le flow. On peut vous solliciter, vous parler, vous appeler, rien n’y fait, vous êtes totalement dans votre occupation. Eh bien, la méditation m’est apparue comme une inscription « volontairement directe » dans le flow, assortie d’une absence d’envie d’en sortir.

Méditer n’est pas ne « rien faire », bien au contraire. C’est être là, à accueillir ce qui est et tout ce qui va avec. C’est découvrir du sens, de la raison, des réalités, des singularités, et de la conscience.  Ce sont autant d’éléments qui jusqu’alors vous avait échappé, et ce sur des sujets ou des objets si divers. 

Il me souvient de cette histoire que j’ai déjà racontée ici : un mathématicien anglais au dix-neuvième siècle alla voir un célèbre yogi et lui posa la question suivante : « Si je jette une pierre à une force infinie, où va-t-elle ? » L’histoire raconte que le yogi se mit en méditation, puis lui répondit : « Dans ma main. » Si l’anglais le quitta perplexe, il suffira d’attendre quelques années pour qu’Einstein comprenne la notions d’espace courbe, la démontre et la publie. Dès lors, un objet lancé à une force infinie occupe tout l’espace et revient toujours là d’où il est parti. 

Ainsi, la méditation n’est pas un effort, mais un « laisser venir » dans la contemplation. Certains mystiques, artistes, scientifiques, avaient compris et pratiqué ce principe. Ainsi Rimbaud se regardait-il créer. Einstein recevait l’intuition de ce qu’il cherchait avant de l’expliquer. Poincaré affirmait recevoir intuitivement des réalités que, par le calcul scientifique, il démontrait ensuite… Ainsi va la vie.

Jean-Marc SAURET Le mardi 2 février 2021

1 réponse »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :