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Argumenter et délibérer entre éthique et politique.

PRESENTATION

À l’heure où débute à l’Assemblée nationale française le réexamen des lois de bioéthique, ce titre est d’actualité : on peut espérer que les députés délibèrent et parfois même argumentent.

Fabien STORM qui contribue à Metahodos nous propose cet article , « très théorique » il en convent. Il pense que cela enrichira nos réflexions partagées et intéressera un grand nombre de nos lecteurs et contributeurs.

Et si nous parlions davantage d’éthique ?

Plus généralement, il suggère que nous développions les « sujets relatifs à la morale ou à l’ethique qui, dit -il ne sont pas des gros mots en politique » .

Entre éthique et politique

Une analyse des verbatims montrera sans peine qu’ils passent successivement du domaine éthique au domaine politique. Les enjeux à traiter favorisent d’ailleurs ces va-et-vient [1]. Cet article éclaire de façon originale la TTD – théorie de démocratie délibérative [2]-  en juxtaposant délibération éthique et délibération politique. Par là, il est plus proche de la réalité des débats démocratiques contemporains – tenus dans des enceintes variées – que pourraient illustrer des analyses en sciences politiques ou en sociologie qui consentiraient à en considérer les dimensions normatives.

Ce rapprochement s’accompagne de celui de la philosophie morale et de la philosophie politique. La première est pourtant souvent confinée – voire éludée – par les théories politiques, par crainte d’ouvrir la boîte de Pandore des délibérations éthiques.

Il en est de même pour la TDD, qui se veut pourtant plus hospitalière au pluralisme éthique. Si la contrainte d’une délibération comprenant ces deux niveaux est plus en phase avec la réalité des études empiriques, elle complique l’analyse qui doit alors caractériser les délibérations éthique et politique, individuelles et collectives, pour essayer de les articuler de façon si possible équilibrée les unes par rapport aux autres.

Jürg Steiner, Rawls, Ricoeur, Deleuze, Perelman, Tytecha

Article

Argumenter et délibérer entre éthique et politique

Bernard Reber Dans Archives de Philosophie 2011/2 (Tome 74), pages 289 à 303

Le titre de cet article introduit le terme d’argumentation. En effet, la norme argumentative fait partie des réquisits de la TDD. Je montrerai d’abord que cette norme y est sous-déterminée et peut désigner des versions minimales au regard des théories de l’argumentation. La démarche sera donc inverse de celle de Jürg Steiner qui traite des objections adressées à l’argumentation, trop étriquée par rapport à la narration. Je prendrai ici au mot l’exigence argumentative pour explorer la richesse de ses formes et du concept. Nous verrons quels sont les contours d’une délibération et d’une argumentation éthique.

En dernier lieu, je défendrai une conception plus institutionnelle de la garantie de la norme argumentative plutôt qu’une exigence qui deviendrait vite déplaisante, interrompant comme un Socrate du XXIe siècle la fluidité des échanges discursifs à chaque pas d’argumentation omis par un protagoniste. Cet approfondissement variable de l’argumentation et son « portage » institutionnel renvoient dos-à-dos ceux qui décrètent l’exigence de l’argumentation sans définir les arguments et ceux qui l’invalident pour défendre la narration, qui serait moins inégalitaire au regard des types de publics, voire des genres. L’intérêt supplémentaire de cette défense de l’argumentation sera de rester concentrée sur la spécificité des problèmes à résoudre et sur l’exploitation de ses vertus comme dépassement et ouverture.

1) Causes et conditions de la délibération

Si la notion de démocratie délibérative est inspirée par l’intuition d’une démocratie dans laquelle les décisions progressent grâce à l’argumentation et au raisonnement publics entre citoyens égaux, plutôt que par agrégation de leurs seules préférences, on peut délibérer pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci je retiens (1) les conflits (d’intérêts, d’opinions, éthiques), (2) les incertitudes (descriptives ou normatives) et (3) les possibilités. Il faut donc qu’existe une tension, un espace rendant difficile et moins immédiate une décision d’agir, qu’elle soit individuelle ou collective.


1.1. Les conflits sont de plusieurs types selon les objets qu’ils visent. Ils peuvent s’appliquer à des biens partageables ou non, concerner des intérêts, privés ou collectifs.

J’écarte la question des intérêts et des biens matériels, non pas qu’ils ne soient pas intéressants et n’appellent pas parfois des délibérations sophistiquées, mais parce que j’aimerais m’arrêter ici sur d’autres difficultés qui concernent le domaine éthique. Pour les exprimer, revenons aux difficultés du jugement exprimées par Rawls [3], censées expliquer les variations de jugements entre personnes raisonnables.

Ces burdens of judgment lui permettent rapidement de fonder le « fait du pluralisme raisonnable ». Sa préoccupation est de pouvoir expliquer ce qui se cache derrière ce fait – considéré comme le plus marquant et permanent des sociétés et de la culture démocratiques – décrit comme « la diversité des doctrines religieuses, philosophiques, morales [4] ». Ces difficultés s’appliquent également à la délibération [5]. Rawls formule ainsi cinq [6] difficultés du jugement :

Les preuves [7] – empiriques et scientifiques – soutenant un cas peuvent être conflictuelles et complexes, et de ce fait difficiles à évaluer.

Même lorsque nous sommes parfaitement d’accord sur les sortes de considérations pertinentes à prendre en compte, nous pouvons ne pas être d’accord sur leurs poids respectifs, et de ce fait arriver à des jugements différents.

À un certain degré, tous les concepts, et pas simplement nos concepts moraux et politiques, sont vagues et susceptibles d’applications variées. Cette indétermination signifie que l’on doit faire reposer son jugement et son interprétation (et les jugements à propos des interprétations) sur des classements (non spécifiés avec finesse) avec lesquels une personne peut différer (d’une autre).

La façon dont nous évaluons les preuves et pesons les valeurs morales et politiques est façonnée (nous ne pouvons pas dire à quel point) par notre expérience totale, le cours entier de notre vie jusqu’ici ; et le total de nos expériences diffère sûrement. Ainsi, dans une société moderne, comportant de nombreuses fonctions et positions, des divisions du travail variées, des groupes sociaux multiples souvent marqués par la diversité ethnique, les expériences complètes des citoyens sont suffisamment disparates pour que leurs jugements divergent, du moins jusqu’à un certain point, sur de nombreux cas relativement complexes, sinon sur tous.

Souvent, il existe différentes sortes de considérations normatives avec différentes forces s’appliquant aux deux aspects d’une question et il est difficile d’établir une évaluation de l’ensemble [8].

La liste des sources des désaccords dans Libéralisme politique ajoute un point (f) formulé ainsi : « Chaque système d’institutions sociales est limité à l’égard des valeurs qu’il peut admettre de telle façon qu’il faut opérer une sélection à partir du classement de l’ensemble des valeurs morales et politiques. C’est ainsi car tout système d’institutions a, et aura, un espace social limité. En étant forcés de faire un choix entre des valeurs que nous aimons, ou quand nous n’en gardons que quelques-unes et que nous devons les limiter face aux exigences des autres, nous faisons face à de grandes difficultés dans l’établissement des priorités et les ajustements à faire [9] ».

Je reviendrai plus loin sur ces difficultés du jugement [10] et surtout sur les conclusions qu’en tire Rawls pour accorder priorité à une politique qui veille à une coopération équitable entre individus libres et égaux plutôt qu’elle ne tire parti de la marge et des hésitations qu’ouvrent ces difficultés à une délibération éthique.

Les conflits prennent parfois la forme de dilemmes – où je ne peux honorer en même temps deux valeurs sans devoir en sacrifier une – ou de deux devoirs contradictoires. Les valeurs ne sont pas les seuls éléments normatifs à prendre en compte. Nous en verrons d’autres par la suite au sujet du pluralisme éthique. Parfois la délibération se glisse entre termes normatifs, par exemple entre normes et valeurs, ou entre moyens et fins, dans le cas où des valeurs servent à la réalisation d’autres valeurs plus générales ou intrinsèques. Pour les philosophes moraux, les réels dilemmes sont très rares [11]. Ils estiment qu’on arrive souvent à les éviter par des règles d’interaction entre les facteurs normatifs que nous verrons ci-dessous. Plus généralement, le terme dilemme concerne l’argumentation basée sur le syllogisme aristotélicien. Il est plus précis et constitue un syllogisme disjonctif où la majeure contient une alternative à deux ou plusieurs termes différents ou contradictoires menant à une même conclusion. Il peut aussi désigner une alternative contenant deux propositions contraires ou contradictoires et entre lesquelles il faut choisir.

1.2. La délibération ne se limite pas aux conflits entre des interprétations qui semblent fondées, assurées et complètes.

Elle peut s’appliquer également à des incertitudes descriptives et normatives. Par exemple, on ne sait pas comment décrire un acte ou une situation parce que des éléments nous manquent, un peu comme dans une enquête policière. Ces incertitudes peuvent concerner des faits passés. Pensons ici à la délibération d’un jury ou même d’un juge. Selon une acception plus aristotélicienne on privilégiera le futur comme le genre délibératif par excellence, à distinguer du judiciaire (passé) et du démonstratif (présent). Par nature, les incertitudes seront plus grandes. On remarquera que beaucoup de tenants de la TDD s’en tiennent à des mesures immédiates dont les modalités sont pensées de manière déterministe et qu’ils reviennent très peu sur les faits censés les fonder. La délibération comme acte cognitif semble souvent ne désigner que les inférences qui sont établies entre des raisons et des revendications qui demandent souvent à être prises en compte. La conception d’Aristote s’étend sur des échelles de temps plus longues.

1.3. Il ne faut pas réduire la délibération à (a) l’acceptation (ou au rejet) d’une proposition ou d’une action, ou au (b) choix entre deux choses différentes dans une délibération entre deux protagonistes.

On peut devoir délibérer pour examiner plus de deux solutions possibles. J’ajoute une limite à dépasser chez Aristote qui n’imagine pas que l’on puisse délibérer sur autre chose que des possibles. « Nous délibérons sur des questions qui comportent deux solutions diverses : car personne ne délibère sur des faits qui ne peuvent avoir été [12], être, ou devoir être autrement qu’ils ne sont présentés [13] ». Or, pour certaines controverses scientifiques publiques ou des politiques à mettre en place, il ne faut pas restreindre la discussion aux seuls possibles puisque, par exemple, certaines conséquences sont jugées possibles par les uns et impossibles par les autres. La possibilité est l’objet même du débat. D’autres modalités que le possible sont souvent à envisager ; ce sont même les probabilités qui obligent à argumenter.

Pour ces raisons, les conditions du déroulement de la délibération sont les suivantes. Elle peut être individuelle ou collective. La définition classique de la délibération individuelle porte avant tout sur les rapports entre des fins et des moyens [14]. Nous voyons donc un petit système se développer entre une délibération qui ne concerne que les moyens et leur adéquation à la réalisation « la plus facile et la meilleure » en fonction de fins (Aristote), et une délibération qui porte également sur les fins. L’erreur de théoriciens de la TDD comme Cohen est d’établir une continuité entre délibération individuelle et collective [15].

L’exposition à la délibération d’autres personnes peut certes parasiter la sienne propre. Sans pouvoir le développer ici, faute de place, je note que chez un individu réflexif, sensible au pluralisme éthique et qui délibère seul, les conflits internes sont certainement plus vifs que lors d’une délibération en interaction avec d’autres individus, où les choix deviennent plus restreints par le souci d’objectivation et de consolidation. L’un des acquis des délibérations devenues collectives est de pouvoir envisager que les délibérations éthiques et politiques des autres puissent être différentes tout en étant rationnelles, parfois même raisonnables. On fait alors l’expérience d’un pluralisme discuté et non d’un relativisme qui renverrait chacun à d’autres influences ou attachements.

2) Délibération éthique et délibération politique

On pourrait hâtivement estimer que le partage est simple. L’éthique concerne les individus particuliers et la politique tout ce qu’ils ont à gérer en commun. On dira alors que l’éthique se rapporte à la sphère privée, garantie par le principe d’autonomie, et que la sphère politique relève du bien commun. La ligne de partage entre les problèmes qui relèvent strictement de l’éthique et ceux de la politique, comprise comme normative, n’est pas toujours aussi aisée à tracer. Les distinctions entre privé et public trouvent souvent des contre-exemples. L’exemple des lois de bioéthique évoqué au début de cet article l’illustre : beaucoup d’actes en cause sont des plus intimes ; même si la décision revient ultimement aux parents potentiels, ils doivent respecter des lois, elles-mêmes intriquées dans des dispositifs d’intervention biotechnologiques concernant également des tiers. On assiste à une sorte de déprivatisation.

Dans Soi-même comme un autre [16], Ricœur tente d’articuler éthique et politique par la formule célèbre « une vie bonne dans des institutions justes ». L’exemple des discussions de bioéthique rend plus problématique cette vision irénique.

La difficulté de la séparation entre les deux domaines est d’autant plus réelle avec la TDD que celle-ci veut à la fois défendre l’autonomie individuelle et le bien commun. En effet, les effets des décisions prises ne doivent pas, autant que faire se peut, nuire à l’autonomie des individus. De plus, il est requis que ceux-ci puissent participer directement (et plus souvent indirectement) aux décisions. Pour être valides, leurs revendications doivent être assorties de raisons, compatibles avec le bien commun.

Il n’y a pas que le périmètre d’action, plus restreint pour ce qui relève du privé, qui puisse servir pour caractériser le domaine éthique. Le type de problèmes à traiter pourrait permettre d’établir la distinction entre des questions privées pour lesquelles l’éthique serait largement optionnelle, puisque les individus ont diverses conceptions de la vie bonne, et des questions publiques, qui concernent tous les individus d’une communauté politique. Dans ce cas les options seront souvent moins variées et plus contraignantes pour l’application de règles à respecter pour vivre ensemble.

On pourra chercher à les différencier en examinant les réquisits de l’enquête éthique et ceux de la politique. La première peut être d’abord solitaire et vouloir aller au bout de ce que l’on estime être juste ou bon de faire ou au contraire de rejeter. Selon la finesse des raisonnements des individus, la position obtenue semblera assez vite solide en se fiant à l’immédiateté de l’intuition morale. À ce stade on ne peut pas encore parler de délibération, sauf pour certains individus sensibles au pluralisme éthique, qui voient émerger une concurrence entre les options évaluatives au cours de leur délibération individuelle.

Au contraire, dans les questions politiques, la dimension et la complexité des problèmes à traiter, même restreints au prisme d’une seule question comme celle d’un système fiscal, mettent au défi les intuitions qu’on peut avoir sur ce qu’il convient de faire. Les données du problème et les conséquences des mesures à prendre sont moins immédiates, mais surtout la rencontre souvent conflictuelle avec les conceptions des autres membres de la communauté politique oblige très vite à la nécessité de justifications croisées et à des compromis.

On pourrait donc avoir le sentiment que l’éthique s’aventure plus loin dans son souci de cohérence alors que la politique doit composer, voire rime parfois avec compromission. Ajoutons que l’on distingue deux versants de la politique, celle des pratiques réelles étudiées largement par les sciences politiques, et celle normative et idéale qui concerne le devoir être politique. On ne dira pas cela de l’éthique [17], uniquement située sur le versant du devoir être.

En revanche, la politique, dans son acception normative, par son souci d’ordre dans la société, veille sur les interactions entre les individus. De ce fait on pourrait dire qu’elle est très vite moins égoïste, convoquant un grand nombre d’autres sujets. Elle est de ce fait potentiellement délibérative dès son institution puisqu’elle convoque chacun pour constituer le meilleur ordre pour vivre ensemble.

Nous pourrions donc nous satisfaire d’un partage provisoire entre philosophie politique et philosophie morale : la première privilégierait des questions qui concernent davantage la justice d’une organisation politico-sociale et les interactions entre les individus qui la composent et la seconde s’occuperait des problèmes relatifs à la vie bonne des individus.

Se posent alors des questions de priorités entre l’une et l’autre. Rawls par exemple va jusqu’à écarter la philosophie morale (doctrine ou philosophie appliquée [18]) et circonscrit le problème des difficultés du jugement évoquées plus haut aux « obstacles » de l’usage correct des pouvoirs de la raison et du jugement dans la « vie politique ordinaire » – important pour son objet de recherche certes limité de la justice comme équité.

Pour expliquer ce qu’il appelle les quatre « faits généraux de la sociologie politique et de la psychologie humaine [19] », il énumère cinq (ou six) points : le fait du pluralisme raisonnable, l’oppression étatique afin de maintenir une doctrine compréhensive particulière, le support le plus large possible à atteindre pour un régime démocratique solide, certaines idées fondamentales soutenant une conception de la justice constitutionnelle. Or, les cinq (ou six) points donnés dans les listes sur la difficulté du jugement mentionnés précédemment, prétendent expliquer surtout les deux premiers. Je ne partage pas le passage immédiat du premier fait au second [20]. De plus, si les difficultés du jugement doivent expliquer l’oppression, elles feraient de celle-ci une sorte de décisionnisme estimant ces difficultés indépassables. Comme Rawls je rejette l’oppression, mais je ne pense pas que la meilleure manière de s’en prémunir soit de renoncer à traiter ces explications par le recours aux théories morales plus spécifiques et pluralistes [21] que les doctrines d’ensemble.

À y regarder de plus prêt on trouve chez lui un ensemble hétérogène plutôt qu’un pluralisme :

 le point (a) concerne les conflits et la complexité des preuves scientifiques,

 le point (b) le poids des divers éléments des jugements,

 le point (c) l’indétermination des concepts qui oblige à des interprétations pour les classements,

 le point (d) le façonnage des expériences différentes,

 le point(e) les différentes forces des considérations normatives.

Je regrette donc que Rawls ne veuille pas aller plus loin dans l’enquête sur ces désaccords. C’est une demi-mesure qu’il propose puisqu’il ne reconnaît que la difficulté de départ pour le jugement, sans aller bien loin dans les détails des évaluations. La probabilité de trouver des voies différentes d’évaluation est encore plus grande si on ajoute les autres points des difficultés du jugement (en plus du e), qui complexifient et enrichissent les possibilités. En effet c’est le lot des débats publics où les échanges langagiers pêchent plus par leur désorganisation que par le choc de désaccords épistémiques et éthiques denses et construits.

Pour pouvoir les comparer, c’est donc une chance que d’avoir recours à des théories éthiques capables de les recueillir et de les organiser. Enfin, il est regrettable que, dans sa liste de difficultés du jugement, Rawls mélange des éléments moraux, scientifiques et politiques. Pour rester pertinent dans le cadre de sa recherche, il aurait dû se contenter de la politique, pour éviter d’estimer que les jugements moraux collectifs ne sont pas intraitables.

Comme Rawls, les théoriciens de la démocratie délibérative veillent souvent prioritairement à la coopération entre individus. Elle est une condition nécessaire, mais elle se paie par un appauvrissement épistémique et éthique. Elle se révèle insuffisante, laissant de côté les conflits, les apprentissages, la solidification des arguments, voire la déconstruction de ce qui pouvait apparaître comme des désaccords. Bien vite surviennent des questions éthiques qu’il n’est pas aisé de reléguer sans courte vue. Ce parti pris laisse un goût de déception qui vient sans doute du constat d’une codépendance des individus entre eux s’accommodant mal d’un individualisme strict.

On peut préférer – et c’est souvent le cas – partir de la philosophie politique et non de la philosophie morale. La première sera plus contraignante pour la seconde. Cependant, même le philosophe politique n’est qu’un individu qui pense la mise en ordre d’ensembles sociopolitiques étendus et complexes. On peut vouloir être moins pyramidal et partir d’une perspective polycentrée. On entrera alors « par le milieu », comme Deleuze, au niveau des interactions, de la confrontation des délibérations et des co-délibérations, des jugements éthiques suivant des itinéraires multiples passant par les entités évaluées, les facteurs normatifs et les fondements des théories normatives différentes. Cette approche vaut bien celle de la projection d’un esprit vers une structure de base, abstraite et idéale. Le pluralisme des philosophes moraux n’a pas à être mis sous la contrainte trop lourde du pluralisme des philosophes politiques, à peine meilleur que le pluralisme des partis politiques, laissant peu de place aux modifications des préférences. En effet, les représentants d’un parti doivent rendre des comptes à leurs électeurs et montrer que la position de leur parti est supérieure aux solutions concurrentes.

3) Quelle argumentation pour la délibération ?

Si la norme argumentative figure au cœur de la TDD, il est étonnant de remarquer le vide définitionnel qui la concerne. Cette norme équivaut à un échange raisonné exprimant le caractère délibératif de l’échange discursif menant à la prise de décision. Elle est souvent formulée en termes de raisons de choisir entre différentes actions collectives possibles qui sont confrontées collectivement. On a donc plus affaire à des arguments pour ou contre l’adoption de décisions. Je souligne en passant que le collectif concerne non seulement le bien visé, mais également celui qui est bâti par la délibération.

Les textes de Rawls et de Habermas sont fréquemment cités pour justifier la TDD. Cependant, à bien les lire, ils en disent trop peu et ils sont bien différents. Dans son débat célèbre avec Habermas, Rawls est gêné par le flou qui règne autour de l’argumentation. Il dénonce chez Habermas le fait que « les formes d’argumentation (…) ne sont pas clairement établies ; or elles déterminent dans une large mesure le résultat [22] ». Chez Habermas, le chapitre consacré à la démocratie délibérative dans Droit et démocratie est en grande partie une reprise d’auteurs auxquels il n’ajoute presque rien. Certes, « Notes programmatiques pour fonder une raison éthique de la discussion » dans Morale et communication [23], souvent cité, est plus explicite, mais il semble que sur ce point Habermas ait renoncé.

Rawls a beau revendiquer qu’en tenant compte du fait du pluralisme raisonnable il contribue à la démocratie délibérative, sa conception est peu élaborée. De plus, chez lui, le procédé de délibération est hypothétique [24]. Il reconnaît que son analyse de la représentation repose sur la place originelle du citoyen ordinaire dans la société civile et sur le recours à l’équilibre réfléchi, lequel est un point infini. Ils diffèrent donc de ceux de Habermas constitués par une situation idéale de parole [25].

La nécessité de sortir de ces considérations trop générales et insatisfaisantes pour définir un schéma argumentatif s’impose à qui veut mener des travaux empiriques. C’est le cas des auteurs de Deliberatice Democracy in Action [26], qui en ont pris le risque. Je peux résumer ainsi leur caractérisation.

Les arguments devraient être exprimés en terme de « bien public [27] ». Si quelqu’un veut faire valoir ses intérêts, il doit pouvoir démontrer leur compatibilité et leur contribution au bien commun.

Les participants doivent exprimer leurs vues de façon authentique et vraie.

Ils doivent écouter les arguments des autres et les traiter avec respect.

Les parties doivent faire valoir des prétentions et des justifications logiques et valides, par un échange d’informations ordonnées et de raisons appropriées [28].

Les participants doivent suivre la force du meilleur argument, qui n’est pas donné a priori, mais à rechercher lors de la délibération commune.

Chacun participe à un niveau égal, sans contrainte, à un processus politique ouvert.

Si l’exigence argumentative est souvent mentionnée dans la littérature concernant la TDD, sa définition n’est pas donnée. Steiner et ses collaborateurs parlent seulement de l’inférence comme d’un procès sémiotique qui tire une conclusion de quelque chose de donné (de prémisses). En cela, ils sont sans doute tributaires de la définition sémiotique de Sebeok [29] qu’ils citent.
Si la philosophie morale a produit de nombreuses réflexions sur les conditions de justification, très peu de textes portent sur l’argumentation morale. L’un des rares est celui de Hare. Il met en équivalence certaines théories éthiques avec des arguments éthiques [30] et relève quatre « facteurs » ou « ingrédients [31] » pour permettre un argument éthique [32] :

un ensemble de faits,

le cadre logique qui fournit le sens du « doit » (prescriptif et universalisable),

l’inclination (un engagement à faire),

le pouvoir et la capacité imaginative.

Notons qu’il n’y a que le point (2) qui relève directement du niveau des théories éthiques.
Celles-ci ouvrent un espace où l’on pourrait énumérer les carrefours où passe un individu qui délibère, seul ou collectivement.

Le tableau d’ensemble du pluralisme éthique en contexte de justification que je propose est le suivant [33] :

(1) les types d’entités évaluées dans une perspective éthique normative (les états de choses, les actes, les traits de caractère, les sentiments, les institutions, les normes de comportement (individuels ou collectifs), les règles et les théories fondationnelles),

(2) les facteurs normatifs (le bien, le juste, l’égalité, l’équité (à promouvoir) ou le mal (à éviter) ; l’optimisme ou le pessimisme dans l’évaluation ou les formes d’engagements vers le futur ; les conséquences et les résultats ; les restrictions relatives à ce qui est permis de faire et interdit (droits en convergence avec l’éthique) ; les obligations générales et les contrats (à l’égard de tous ou particuliers) ; les promesses ; les principes ; les normes ; les valeurs ; les vertus), et

(3) les fondements dans les théories normatives fondationnelles (justifiant, généralisant et gérant les facteurs en cas de conflits, de façon moniste ou pluraliste ; d’un point de vue personnel, impersonnel ou collectif ; visant la promotion ou la maximisation ; optionnel ou surérogatoire).
Ces éléments peuvent baliser des délibérations éthiques et entrer dans la construction d’argumentations comme nous le verrons.

Conclusion. Composantes et types d’arguments traduits institutionnellement

Dans cet article, j’ai essayé de desserrer l’étau de la philosophie politique sur la philosophie morale ou, de façon plus pratique, des règles procédurales concernant la possibilité de formuler des délibérations éthiques individuelles et/ou collectives. Distinguant plusieurs origines à la nécessité de délibérer, je me suis concentré sur un point sous-déterminé de la TDD : la norme argumentative.

Si elle est parfois laissée comme optionnelle [34] et peut s’accommoder d’autres capacités communicationnelles (narration, interprétation, reconstruction), son cadre argumentatif doit être respecté, au risque de vider de son sens la théorie de la TDD.
Pour terminer, je propose d’approfondir la notion d’argumentation. D’une part on peut reconnaître les étapes entrant dans la (a) composition complète d’un argument [35] et, d’autre part, les (b) usages, convoquant diversement les arguments des protagonistes d’une délibération.

Le célèbre schéma toulminien de l’argumentation comporte les éléments suivants : les données (D), les garanties (G) (souvent implicites), les fondements (F) [36], les qualificateurs modaux (Q), les conditions d’exception ou de réfutation (R) et les conclusions (C) [37]. Il complexifie le schéma traditionnel d’analyse des micro-arguments sous la forme « prémisse mineure, prémisse majeure, donc conclusion ».

Je propose trois cas de figure pour la forme des arguments selon leur contexte d’usage : (1) la plaidoirie publique, (2) la médiation, (3) l’enquête.

1) Ce terme est emprunté au monde du procès juridique, où un ou plusieurs avocats et un procureur essaient, à partir de perspectives différentes, de convaincre le juge. Les arguments sont alors des armes pour défendre une position comme étant la bonne, la vraie, la plus sûre, la plus utile, pour ne prendre en compte que ces perspectives. Les arguments sont préparés et présentés comme complets, solides, définitifs, inattaquables. Il peut s’agir pour des hommes politiques de défendre leurs positions devant un public à convaincre ou un auditoire à persuader. Le choix de ce dernier terme évoque l’auditoire [38] de Perelman et Tytecha [39], certes moins virtuel.

2) Cette conception de l’argumentation est trop limitée dans le cas où l’objectif visé est la médiation entre des groupes fortement opposés, aux références épistémiques et/ou éthiques différentes. En effet, on est dans une configuration où tous doivent se convaincre mutuellement, en acceptant le cas échéant de réviser leur position. On est proche des conceptions de la TDD selon lesquelles les préférences peuvent être modifiées. Si on ne veut pas camper sur des oppositions frontales entre arguments, on est bien obligé d’approfondir le désaccord. Cette expression a l’avantage de ne pas nier les conflits, mais peut paraître paradoxale, car on pourrait l’interpréter par le creusement du fossé qui sépare les protagonistes. Bien au contraire, il s’agit de prendre au sérieux le différend pour comprendre ce qu’il contient. Selon la théorie de l’argumentation choisie, il faudra chercher à connaître et vérifier la solidité des données, des garanties, des fondements, des qualificateurs modaux, des conditions d’exception et de réfutation, ou encore des conclusions. Nous sommes alors obligés de passer à une version dialogique de l’argumentation. Chaque partenaire n’a pas toutes les données en main, il doit questionner les autres pour savoir sur quoi chacun appuie son raisonnement.

3) Dans le modèle de l’enquête il faut pouvoir découvrir des éléments nouveaux qui aillent au-delà des implicites de la version précédente. Il faut aller jusqu’à imaginer une argumentation dialogique, si possible exhaustive et systématique, entre partenaires d’enquête, conjuguée à un aller et retour entre dimensions descriptives et normatives.

Je peux préciser ce choix du type général d’argument en fonction des raisons nécessitant la délibération mentionnées en première partie. Pour les conflits par exemple, on pense tout d’abord souvent aux arguments tout faits. En revanche, en cas d’incertitude, l’argument n’est pas suffisant et exige souvent la coopération d’autres partenaires pour essayer de progresser vers une décision plus correctement motivée. On a donc des chances d’arriver à des co-délibérations.

Le cas du dilemme est lui aussi intéressant. En l’exposant devant d’autres qui interrogent la solidité des éléments qui le structure, on peut arriver à déconstruire l’argument qui paraissait le soutenir, pour le reconstruire sans retourner au dilemme de départ.

Si c’est la première sorte d’argument qui vient le plus souvent à l’esprit, un peu guerrière et polémique, la complexité de certaines décisions à l’enjeu vital nécessite le passage aux autres formes argumentatives pour accéder à la qualité ou à la sécurité requise. Les questions de développement durable et de bioéthique, de plus en plus discutées dans l’espace public, sont de ce type.

À ceux qui craignent les asymétries de pouvoirs entre participants à la délibération, on pourra donc objecter que tout dépend des conceptions que l’on a de l’argumentation. Est-ce une vision d’arguments tout faits, correspondant aux préférences des publics, ou au contraire d’arguments à construire dans la délibération ?

J’ajoute que cette asymétrie peut être réduite si on organise institutionnellement une division du travail argumentatif. Celle-ci pourra servir au mieux l’un des trois types précédents et s’appuyer sur les composantes toulminiennes générales pour procéder méthodiquement par moments consacrés à l’explicitation de chacune d’elle (ou certaines d’entre elles) selon l’approfondissement souhaité

Cette stratégie permettrait d’alléger l’exigence d’explicitation des composantes argumentatives dans les échanges langagiers. Les éléments relevant du pluralisme éthique présentés ci-dessus concerneraient avant tout les garanties et les fondements de l’argumentation.
Ce souci d’explicitation et d’évaluation des arguments aiderait à réduire l’asymétrie où ce sont souvent les implicites et les raisons imposées comme évidentes, alors qu’elles ne sont que fausse monnaie, qui l’emportent auprès des plus faibles. On réduit ainsi les peurs d’inégalité quant aux capacités communicationnelles privilégiées, tout en conservant les bénéfices des vertus de l’argumentation, tant épistémiques qu’heuristiques. Elle permet de dépasser des querelles narratives et même interprétatives et de déboucher sur du neuf.

Notes

[1]

Pour une analyse des États généraux de la Bioéthique qui ont précédé ce réexamen, voir B. REBER dir., La bioéthique en débat, Archives de philosophie du droit, n° 53, 2010.

[2]

Que j’abrégerai TDD.

[3]

Rawls est cité parmi les quatre textes majeurs de la TDD. Voir par exemple J. BOHMAN et W. REHG éd., Deliberative Democracy. Essays on Reason and Politics, MIT Press, 1997.

[4]

Justice as Fairness. A Restatement, The Belknap of Harvard University Press, E. Kelly éd., (2001) 2003, p. 33-34.

[5]

De ce point de vue, Rawls échappe à la « critique lumineuse » de Manin qui estime qu’il ne laisse aucune place à la délibération, qui implique que des raisons soient pesées. C’est ainsi que Manin est repris par A. Bouvier, « Démocratie délibérative, démocratie débattante, démocratie participative », Revue européenne des sciences sociales, XLV, n° 136, 2007, p. 13.

[6]

Les deux versions de cette liste sont sensiblement différentes. La version de Political Liberalism (1993), Columbia University Press, 2005, contient six points. Rawls y ajoute même que sa liste ne couvre que les sources les plus évidentes. Voir p. 54.

[7]

Les italiques sont de mon fait.

[8]

Dans PL le point(e) parle d’issue plutôt que de question, mais surtout il est accompagné d’une longue note sur la fragmentation de la valeur chez Nagel. Voir T. NAGEL, Mortal Questions, Cambridge University Press, 1979, p. 128-141. En effet, cette thèse pourrait permettre de décrire cette source de difficulté à partir d’une doctrine morale plus générale.

[9]

PL, op. cit., p. 57.

[10]

Pour une critique développée des conclusions que Rawls tire des difficultés du jugement, voir B. REBER, La délibération des meilleurs des mondes entre précaution et pluralismes, Habilitation à Diriger des Recherches, Université Paris 4-Sorbonne, 2010.

[11]

Voir par exemple S. KAGAN, Normative Ethics, Westview Press, 1998, p. 182s, 201, 275.

[12]

Il y a ici une contradiction chez Aristote qui disait auparavant que le genre délibératif était le genre du futur.

[13]

ARISTOTE, La Rhétorique I, 1357a, trad. C.-E. Ruelle, revue par P. Vanhemelryck (Le livre de poche), Paris, LGF, 1991, p. 87. Voir aussi Éthique à Nicomaque, III, 5, 1112a30, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 133.

[14]

Ibid., 1112b12-17, p. 135.

[15]

J. COHEN, « Délibération et légitimité démocratique » (1989), trad. C. Girard, in C. Girard et A. Le Goff éds., La démocratie délibérative. Anthologie de textes fondamentaux, Paris, Hermann, 2010, p. 227.

[16]

RICŒUR, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1996.

[17]

À distinguer d’une science des mœurs. Voir par exemple D. MERLLIÉ, « La sociologie de la morale est-elle soluble dans la philosophie ? La réception de La morale et la science des mœurs », Revue Française de Sociologie, vol. 45, n°3, 2004, p. 415-440.

[18]

JFR, p. 14.

[19]

Ibid., p. 33s.

[20]

Les exemples donnés dans PL, de l’Inquisition, de la société du Moyen Âge qui aurait été unifiée autour de la foi catholique sont un peu lointains. L’exemple de l’adage de Boniface VIII, « Hors de l’Église pas de salut », donné en exemple de doctrine déraisonnable, date également de 707 ans et ressort d’une ecclésiologie qui ne fait plus référence aujourd’hui. Voir PL, op. cit., p. 37 : JFR, op. cit., p. 183.

[21]

Voir B. REBER et R. SÈVE dir., Le Pluralisme, Archives de philosophie du droit, t. 49, 2005.

[22]

J. HABERMAS et J. RAWLS, Débat sur la justice politique, trad. C. Audard et R. Rochlitz, Paris, Cerf, 1997, p. 136.

[23]

J. HABERMAS, « Notes programmatiques pour fonder une raison éthique de la discussion » in Morale et communication. Conscience morale et activité communicationnelle (1983), trad. Bouchindhomme, Paris, Cerf, 1996, p. 63-130.

[24]

Il s’agit plus précisément d’une connaissance de la structure générale des projets rationnels de vie des personnes « étant donné les faits généraux connus concernant la psychologie humaine et le fonctionnement des institutions sociales ». J. RAWLS, Libéralisme politique, trad. C. Audard, Paris, PUF, 1995, p. 368.

[25]

Débat sur la justice politique, op. cit., p. 51, 55, 60s.

[26]

J. STEINER, A. BÄCHTIGER, M. SPÖRNDLI et M. R. STEENBERGEN, Deliberative Politics in Action. Analysing Parliamentary Discourse, Cambridge University Press, 2004.

[27]

Rawls dira « raison publique ».

[28]

Sur ce point Habermas va plus loin car il croit à l’universalité de celles-ci.

[29]

T. A. SEBEOK éd., Encyclopedic Dictionary of Semiotics, Mouton de Gruyter, 1986, p. 50s.

[30]

R. M. HARE, Freedom and Reason, Oxford University Press, 1963, p. 89-98.

[31]

R. M. HARE, « A moral Argument » (1963), in J. RACHELS éd., Ethical Theory, Oxford University Press, 1998, p. 71 et 75.

[32]

Comme beaucoup de philosophes moraux anglo-saxons, il use du terme ‘moral’.

[33]

Pour une version développée voir B. REBER, La délibération des meilleurs des mondes, op. cit.

[34]

Voir la thèse de C. GIRARD, L’idéal délibératif à l’épreuve des démocraties représentatives de masse. Autonomie, bien commun et légitimité dans les théories contemporaines de la démocratie, Université de Paris 1, 2010.

[35]

Je laisse ici de côté la question de savoir si les arguments dépendent d’un champ ou non. Les choses chez Toulmin ne sont pas aussi tranchées que certaines exégèses l’affirment. En effet, la dépendance peut s’appliquer à une seule des étapes de l’argumentation.

[36]

S. E. TOULMIN, Les usages de l’argumentation (1958), trad. De Brabanter, Paris, PUF, 1993 : « … si les énoncés de garanties sont hypothétiques, semblables à des passerelles, leur fondement peut s’exprimer sous la forme d’énoncés factuels catégoriques », ibid., p. 129-130.

[37]

Ibid., p. 124s.

[38]

Avec sa défense du débat contradictoire, Bernard Manin partage cette conception, cf. « Délibération et discussion », Swiss Political Science Review, 10 (4), 2004, p. 180-192.

[39]

C. PERELMAN et L. OLBERECHTS-TYTECA, Traité de l’argumentation (1958), Presses de l’Université de Bruxelles, 2000.

Mis en ligne sur Cairn.info le 25/05/2011https://doi.org/10.3917/aphi.742.0289

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