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«ALLEMAGNE, FRANCE : ÉLECTIONS LOCALES, RÉPERCUSSIONS NATIONALES ».

ÉLECTIONS LOCALES, ENJEUX NATIONAUX

«En 2021 se tiendront d’importantes élections locales : départementales et régionales en France, élections pour les Länder en Allemagne, les Länder étant un échelon comparable à nos régions, même si cette comparaison connaît aussi ses limites, les Länder ayant, dans le cadre d’un Etat fédéral, des compétences infiniment plus étendues»

La Chronique ci contre évoque les conséquences nationales de ces événements politiques locaux.

ARTICLE

«Allemagne, France: élections locales, répercussions nationales»

Matthias Fekl 11 mars 2021 L’Opinion

La France et l’Allemagne sont à la veille d’un cycle électoral majeur qui culminera avec les élections au Parlement fédéral allemand en septembre et l’élection présidentielle française au printemps prochain. Les calendriers respectifs sont assez rapprochés, le contexte général est similaire, et les questions politiques posées sont structurantes des deux côtés du Rhin.

En 2021 se tiendront d’importantes élections locales : départementales et régionales en France, élections pour les Länder en Allemagne, les Länder étant un échelon comparable à nos régions, même si cette comparaison connaît aussi ses limites, les Länder ayant, dans le cadre d’un Etat fédéral, des compétences infiniment plus étendues. Les électeurs sont appelés aux urnes dans six Länder cette année : Bade-Wurtemberg et Rhénanie Palatinat ce dimanche 14 mars ; Saxe-Anhalt le 6 juin – une semaine avant le premier tour des élections départementales et régionales françaises, prévues pour les 13 et 20 juin ; Thuringe, Berlin et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale le 26 septembre.

En Allemagne, la pandémie influe sur les débats politiques d’une autre façon : plusieurs scandales entachent le parti chrétien-démocrate, dont des représentants élus sont accusés d’avoir profité de la crise, en ayant joué le rôle d’intermédiaires pour la conclusion de contrats de livraisons de masques

La pandémie imprime sa marque à l’ensemble de ces scrutins. Avec, d’abord, la question des campagnes électorales : comment présenter les projets, aller au contact, échanger, convaincre, à l’heure des confinements, couvre-feu et autres restrictions sanitaires ? Avec, ensuite, la question de l’impact sur la mobilisation citoyenne, le jour du scrutin. Le premier tour des élections municipales françaises, l’an dernier, a été fortement impacté par la pandémie – il est vrai, dans un contexte tout à fait exceptionnel, à la veille du premier confinement, et au lendemain de la fermeture spectaculaire des cafés, bars et restaurants.

Depuis, nous avons appris à vivre dans un environnement profondément modifié par le virus, à adapter tant bien que mal notre vie quotidienne. La mobilisation électorale, bien de première nécessité démocratique, sera-t-elle une victime collatérale de la pandémie, au risque d’amoindrir encore la légitimité d’institutions déjà insuffisamment représentatives des réalités sociales ? En France, la tenue même des élections peut encore, en théorie, être remise en question, puisqu’une clause de revoyure fixée au 1er avril prévoit un avis du comité scientifique à ce sujet. En pratique, le consensus semble aujourd’hui solide pour tenir les élections.

Scandales. En Allemagne, la pandémie influe sur les débats politiques d’une autre façon, que nous n’avons pas connue en France : plusieurs scandales entachent le parti chrétien-démocrate, dont des représentants élus sont accusés d’avoir profité de la crise, en ayant joué le rôle d’intermédiaires pour la conclusion de contrats de livraisons de masques. Pendant que leurs concitoyens subissaient restrictions et contraintes, ils ont engrangé des centaines de milliers d’euros de commissions pour la fourniture de ces biens essentiels ! L’impact est tel que l’état-major chrétien-démocrate craint désormais un impact sur les résultats électoraux.

Le nouveau patron du parti chrétien-démocrate, Armin Laschet, risque d’en sortir fragilisé après quelques semaines à peine à la tête de la CDU, et alors qu’il ambitionne de mener sa famille politique aux élections fédérales en septembre pour succéder à Angela Merkel. L’un de ses principaux concurrents en interne, le ministre-président de Bavière, Markus Söder, pourrait se trouver dans une situation similaire, puisque son parti, les chrétiens-sociaux, sont eux aussi concernés par de telles pratiques. Les résultats à venir pourraient donc avoir une influence considérable sur les questions de personnes et les castings gagnants – ou perdants – en vue de la succession à la chancellerie.

En France aussi, les élections régionales méritent d’être suivies de près. A moins que 2022 ne se joue ailleurs, avec l’émergence d’une personnalité inconnue ou la tentation du recours, des personnalités pourraient se détacher en juin. L’on pense notamment à Xavier Bertrand qui, fort de son travail dans les Hauts-de-France, pourrait avoir un espace favorable et porteur. Il a déjà battu Marine Le Pen, en 2015. La gauche s’était alors retirée purement et simplement – un choix politique courageux et digne qu’En Marche ne semble pas prêt à envisager, si l’on en croit les déclarations récentes de certains responsables.

Il est, depuis, très présent et réactif sur le terrain, pour obtenir des résultats économiques concrets. Une nouvelle victoire viendrait confirmer l’idée selon laquelle il parvient à faire reculer l’extrême droite sur le terrain. Ce qui donnerait corps à une dynamique politique au niveau national, où le risque d’une victoire d’extrême droite semble augmenter de jour en jour et où il faudra convaincre une part importante de l’électorat que le barrage à l’extrême droite demeure un acte citoyen indispensable à notre démocratie.

En crise comme ailleurs dans le monde, les partis politiques y ont, à ce stade, mieux résisté, fort de leur histoire de grands partis populaires (Volksparteien) capables de fédérer de larges pans de la société allemande

A l’occasion de ces élections régionales et fédérales se cristalliseront enfin de nouveaux rapports de force politiques. En France, plusieurs aspects méritent l’attention, en particulier l’importance, ou non, de la poussée de l’extrême droite, celle-ci pouvant être en position de force dans de nombreuses régions et même arriver en tête du premier tour en bien des endroits avec, peut-être, des tentations de rapprochements d’une partie de la droite, voire de reports d’autres votes aux extrêmes. En outre, le maintien ou non de la gauche de gouvernement dans les régions où elle est à la tête des exécutifs, et les résultats respectifs de cette gauche et des écologistes seront des indices marquants : là se joue, aussi, une part de leur avenir au niveau national.

Stress tests. En Allemagne, les partis de gouvernement seront soumis à des stress tests rigoureux. En crise comme ailleurs dans le monde, les partis politiques y ont, à ce stade, mieux résisté, fort de leur histoire de grands partis populaires (Volksparteien) capables de fédérer de larges pans de la société allemande. La social-démocratie est en perte de vitesse après des années de grande coalition avec la droite ; le degré d’adhésion à la CDU sera soumis à rude épreuve, une fois Angela Merkel, sa figure tutélaire depuis plus de seize ans (!) partie. L’extrême droite, qui avait fait une entrée fracassante au Bundestag lors des dernières élections, confirmera-t-elle cette percée spectaculaire et terrifiante ?

La confirmation, ou non, de la popularité sans cesse croissante des verts allemands (pragmatiques, modernes, soucieux de l’économie comme de l’écologie et du social) et leur éventuelle entrée dans une coalition gouvernementale nationale fait partie des questions clés de cette élection. Mais alors, dans quelle configuration ? Avec le centre-gauche ? Avec le centre-droit ? Avec les deux ? Dans une coalition incluant les libéraux, si ceux-ci parviennent à se requinquer et à renouer avec leurs traditions philosophiques trop abandonnées au profit d’une sorte de poujadisme paresseux et facile ?

Une seule chose est certaine : si la pandémie a un impact immense sur nos démocraties comme sur nos vies, elle n’est pas parvenue à éteindre les passions politiques.

Matthias Fekl, avocat, ancien ministre.

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