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NAPOLÉON BONAPARTE – DESPOTE ÉCLAIRÉ. Avec Anne BRUNET

Napoléon fascine en gloire, puissance et intelligence

L’année 2021 marque les 200 ans de la mort de Napoléon. Sa place dans l’histoire de France est considérable et alimente des débats très contrastés.

Ce personnage fascine également bien des responsables politiques qui aimeraient lui ressembler en gloire, puissance et intelligence, sans s’en réclamer formellement. Un phénomène comparable concerne Machiavel.

Cette fascination n’est pas sans signification au moment où des dirigeants empruntent des pratiques et postures autoritaristes et a-démocratiques.

« NAPOLÉON OU LA FRANCE IVRE DE SA PUISSANCE« 

C’est le titre de Dominique MOÏSI dans une tribune politique récente. Il écrit en particulier :

« La nostalgie de la gloire, tout comme celle de la puissance – que l’on n’a plus les moyens d’imposer – peut constituer un handicap. Surtout si au même moment, on proclame sa volonté de relancer une grande aventure européenne, pour exister face à la Chine et aux États-Unis. Il faut commémorer le bicentenaire de la mort de l’empereur : mais avec distance et lucidité. »

Dominique Moïsi

Anne BRUNET propose régulièrement à METAHODOS de pertinents papiers qui éclairent et font vivre le débat proposé sur la démocratie et l’action publique. Elle nous propose un article de 2020 : BONAPARTE – UN DESPOTE ÉCLAIRÉ.

ARTICLE D’ANNE BRUNET

BONAPARTE – UN DESPOTE ÉCLAIRÉ

ANNE BRUNET 8 novembre 2020

La France a expérimenté plusieurs régimes avant la consécration de la République grâce à l’amendement d’Henri Wallon du 30 janvier 1875.

Le référendum, un instrument démocratique dévoyé

Le référendum a été créé par la Révolution française de 1789. Napoléon Bonaparte l’a dévoyé. Le plébiscite étant son mode de prédilection pour établir un lien direct avec le peuple. C’est cet instrument qui lui a permis de poursuivre son ascension politique.

Le 2 août 1802, il est nommé consul à vie après la ratification du sénatus-consulte par plébiscite, jusqu’à son sacre comme Empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier en 1804.  

Approche sémantique

Le Lexique des termes juridiques définit le référendum comme un procédé de la démocratie semi-directe par lequel le peuple collabore à l’élaboration de la loi, qui ne devient parfaite qu’avec son consentement.

On distingue : le référendum constituant, le référendum de consultation, le référendum de ratification, le référendum facultatif, le référendum législatif et le référendum obligatoire. En 2003, le référendum local a été ajouté au référendum consultatif.

Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 (cf. art. 46-I de la loi constitutionnelle n° 2008-724), il existe un référendum d’initiative populaire, qui n’est qu’un leurre. Ce référendum se fait sur proposition d’un cinquième des membres du Parlement soutenu par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales.

En droit constitutionnel, le plébiscite est une dénaturation du référendum, car les électeurs sont moins appelés à se prononcer sur un texte qu’à témoigner leur confiance à l’homme d’État qui le leur soumet.

Pour conclure par une formule simple, le référendum est une consultation collective du peuple appelé à se prononcer sur un sujet donné. Alors que le plébiscite est organisé sous l’initiative d’un gouvernant qui cherche à conforter ou conserver son pouvoir.

Le référendum, un instrument démocratique en désuétude !

« La parole est au peuple. La parole du peuple, c’est la parole du souverain », écrivait Charles de Gaulle.

Force est de constater que la classe dirigeante n’applique pas ce conseil avisé. Au contraire, elle éloigne de plus en plus le peuple du processus décisionnel. La souveraineté nationale et la démocratie représentative prônées par l’abbé Sieyès priment sur la souveraineté populaire.

En effet, le référendum est un instrument controversé en démocratie. Une réticence accrue des appels directs au peuple est manifeste chez les républicains en général et plus particulièrement à gauche. Cette réticence est remarquable chez la quasi-totalité des gouvernants de la Ve République.

La preuve en est qu’en 61 ans d’existence, seulement neuf référendums ont été organisés depuis 1958 dans le cadre de l’article 11 de la Constitution du 4 octobre 1958. Soixante et un ans, c’est presque l’âge de la retraite.

De Gaulle est une exception, car il a rendu démocratique l’article 11 de la Constitution.

Napoléon Bonaparte, un despote éclairé

Il est vrai que Napoléon Bonaparte a bafoué les libertés et l’égalité consacrées par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789. Son génie est néanmoins passé à la postérité, grâce aux nombreuses réformes menées par lui.

C’est à lui que nous devons la création de la Fonction publique. Même si le modèle de fonction publique qu’il a mis en place est marqué par un paradigme autoritaire. Celui-ci a désormais été amendé par le paradigme démocratique, comme en témoigne la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : loi dite loi Le Pors.
Nous devons aussi à Napoléon la création de la Banque de France en 1801, le Code civil en 1804, qui a permis pour la première fois au peuple français d’être soumis aux mêmes lois.

Ajoutons la numérotation des rues, le diplôme du baccalauréat, le ramassage des ordures, la création des lycées, des universités, des départements, la légion d’honneur, etc.

Les avantages du référendum

Les gouvernants, les politiques, les élus semblent oublier que leur pouvoir dépend de l’onction du peuple. Les mobilisations sociales et collectives à travers le monde montrent pourtant que la défiance des gouvernés envers les gouvernants provoque une colère difficile à contrôler…

Le référendum est l’instrument d’un « arbitrage national » et la manifestation du lien qui unit le peuple à celui qui préside à ses destinés. De Gaulle, l’homme d’État le plus charismatique de la Ve République, l’avait compris.

Certes, le peuple peut exercer sa souveraineté par l’intermédiaire de ses représentants conformément à l’article 3 de la Constitution. Mais aujourd’hui, le fait majoritaire empêche une réelle représentation du peuple.

En l’état actuel du droit positif, la consultation directe reste le moyen le plus efficace dont dispose le peuple pour exercer la souveraineté qui lui appartient.

Par exemple, un référendum pour l’Aéroport de Paris permettrait au peuple de se prononcer si la privatisation d’ADP est préférable ou non à son transfert aux collectivités infra-étatiques. Le transfert des compétences aux collectivités territoriales a démontré leur efficacité. L’entretien des écoles élémentaires, des collèges, des lycées, etc. en est une illustration.

Un référendum est requis pour tous les sujets en rapport avec l’intérêt général, le patrimoine national, etc.

Les cantons suisses le font, pourquoi ne pas s’inspirer de leur exemple ? L’argument parfois avancé qu’un référendum à l’échelle nationale serait trop complexe à organiser est fallacieux.

« On ne fait de grandes choses en France qu’en s’appuyant sur les masses ; d’ailleurs un gouvernement doit aller chercher son point d’appui là où il est », affirmait Napoléon Bonaparte.


“You can’t go back and change the beginning, but you can start where you are and change the ending.” Just do it, one is never too old to learn…Go straight.


Anne BRUNET

6 réponses »

  1. Cher Thierry-Yves Lidolff 😃
    Je vous remercie d’avoir sorti cette réflexion des oubliettes 🙂
    Pour commencer, mon article est à la fois un pamphlet et un hommage à @Napoléon. Oui, c’est un oxymore délibéré car ma réflexion met en exergue non seulement l’autorité absolue de Napoléon, mais il rappelle aussi les grandes contributions de ce natif d’Ajaccio en France, en Europe et aux États-Unis, notamment avec la revente de l’État de Louisiane qui était auparavant une possession française. Je crois d’ailleurs que c’est la revente de cet État aux Américains qui donne plus de poids aux USA au niveau mondial !
    Permettez-moi d’ajouter que le Code Civil est probablement l’une de ses plus remarquables contributions.
    Il suffit de rappeler que Napoléon était à la fois un visionnaire et un homme rusé.
    Il y a de fortes chances qu’il ait lu le « Prince » de @Machiavel pour exceller dans la virtu.
    J’attire votre attention sur le fait qu’il savait comment agir pour rendre son action efficace au point de reconnaître :
    qu’« On ne fait de grandes choses en France qu’en s’appuyant sur les masses ; d’ailleurs un gouvernement doit aller chercher son point d’appui là où il est. »
    Bonne journée 🌞
    @Anne Brunet

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  2. L’article très intéressant, clair et intelligent. Merci ! La citation en anglais à la fin est de qui ? Pourquoi ce n’est pas traduit en français ?

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  3. Chère Hana😃
    La citation en anglais est une pensée de @Clive Staples Lewis, un écrivain britannique.
    Elle veut tout simplement dire qu’il est impossible de changer le passé. Pour faire simple qu’on ne peut pas réécrire l’histoire ! Mais qu’en revanche les erreurs du passé constituent un enseignement qui permet d’éviter de reproduire la même chose en opérant des changements positifs dans le présent et pour le futur.
    Je termine en exhortant nos @gouvernants à suivre le conseil de C. S. Lewis, considérant qu’il n’est pas trop tard pour renverser la donne…
    J’espère avoir été claire et concise dans ma traduction !
    Mes meilleures pensées,
    @Anne Brunet

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    • Chère Anne,
      J’ai bien compris ta citation (mon anglais étant suffisant) que j’ai approuvé et je te remercie de tes précisions sur l’auteur, car si on cite quelqu’un, il faut mettre son nom sinon ça perturbe le lecteur qui ne sais pas d’où ça vient même s’il approuve le contenu.
      C’est aussi le fait que ça ne soit pas traduit en français qui m’a intrigué (un clin d’œil aux plus érudits?) et je pense que c’est dommage parce que ça exclut tous les francophones qui ne parlent pas anglais, même s’il y en a de plus en plus.
      Le français est une langue très développée (on mange le mieux au monde ici) qui restait long temps la langue diplomatique car on y arrive à dire les choses désagréables d’une façon très polie.
      Il y a une nostalgie de cette époque révolue qui frêne l’apprentissage de l’anglais, la langue de l’ennemi héréditaire et dont les bases sont plus faciles à apprendre dans le contexte actuel.
      Tu as du talent de l’analyse limpide et le mieux c’est de l’écrire en bilangue !
      Hana

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