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PETITS GESTES POUR LA PLANÈTE : « LES IDIOTS UTILES DU GREENWASHING ? »

PRÉSENTATION

LES « PETITS GESTES POUR L’ÉCOLOGIE  »

Alors que  l’impact  des fameux « petits gestes pour l’écologie » reste faible, la responsabilisation à outrance de l’individu ne dispense-t-elle pas notre modèle économique d’un changement de paradigme plus ferme. La question est légitime.

Voici un article de Gabriel Malek qui a également écrit « La RSE face à son histoire : s’inspirer des anciennes corporations ? » que nous publierons prochainement.

G. Malek assure la Direction des travaux du Cercle de Giverny – Composition cadrage, animation des groupes de travail du Cercle, et rédaction des propositions à destination de la puissance publique.

ARTICLE

« PETITS GESTES  » – LES IDIOTS UTILES DU GREENWASHING  ?

Gabriel Malek– 16 mai 2021 – Usbek & Rica

 « C’est à chacun d’entre nous d’agir pour la Planète », « everyone is a changermaker », « par l’addition de nos efforts personnels nous pouvons sauver la Terre ! ». Vous n’avez pas pu manquer ces derniers mois la myriade de petits guides d’action climatique personnels qui meublent dorénavant le débat sur la RSE. 

Quelle ère magnifique que celle de la raison d’être. Tout le monde aspire à changer son mode de vie, à être entrepreneur social, startuper pour la transition écologique et champion du climat. Petit hic pour cette révolution sociétale en marche, l’amas de gestes individuels est le meilleur allié du business as usual. D’ailleurs ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

L’illusion de l’impact individuel 

Brandir des valeurs positives comme la lutte contre le dérèglement climatique, la défense de la biodiversité ou encore l’équité en entreprise n’assure absolument pas l’efficacité des modes d’action individualistes. Selon le rapport « Faire sa part ?  » du cabinet Carbone 4 (2019), si un Français activait conjointement tous les leviers à sa disposition pour agir, la réduction réelle de son impact carbone ne serait que de 25 %. Dans les faits, l’étude pointe plutôt une baisse moyenne de 5 à 10 % de cet impact.

Ainsi, il est aujourd’hui clair pour tout acteur sérieux de la transformation sociétale que seule une réforme systémique de notre modèle économique peut être salvatrice.

 En plus d’être largement inefficace, la responsabilisation à outrance de l’individu dispense nos organisations de toute remise en cause profonde. « Pourquoi changer la manière de faire si les consommateurs ne suivent pas ? », peut-on souvent lire. Mais c’est pourtant à l’État et aux entreprises d’impulser des changements vertueux, et de les diffuser dans la société.

Contrairement à ce qu’on entend bien souvent, les pratiques individualistes n’accélèrent pas forcément le changement mais légitiment plutôt l’immobilisme. Pourquoi alors se précipite-t-on vers ces modes d’inaction ? Parce qu’ils nous donnent l’impression de pouvoir agir à notre échelle, et nous rassurent face au discours culpabilisant de certaines organisations qui remettent la faute sur le malheureux consommateur, alors qu’il est lui-même victime du marketing poussant au consumérisme. Faire de la communication responsable d’une main, et de la publicité agressive de l’autre, est une recette tristement éprouvée qui n’a plus sa place aujourd’hui.Contrairement à ce qu’on entend bien souvent, les pratiques individualistes n’accélèrent pas forcément le changement mais légitiment plutôt l’immobilisme.

La douce illusion de l’impact personnel, pierre angulaire du discours des organisations pratiquant le greenwashing, est avant tout une agréable berceuse aux oreilles du consommateur en manque de conscience écologique. S’il est bien sûr tout à fait bénéfique, éthiquement cohérent et vertueux que chacun se prépare au mieux de son côté à consommer moins et mieux, seule une prise de décision institutionnelle systémique changera les choses.

Mettre réellement le système économique au service de la Planète et de l’Humain

Dès lors, comment faire en sorte que notre système économique se mette véritablement au service des besoins écologiques et sociaux de l’économie réelle ? Le licenciement récent d’Emmanuel Faber, ex-PDG emblématique de Danone, l’a encore montré : les progrès de l’extra-financier sont certes louables mais ne font pas le poids face à l’abrupte réalité du bilan financier. Nous devons chiffrer nos dettes écologiques et sociales. L’ancien CEO de Danone l’a dit lui-même il y a quelques jours, il est temps d’intégrer directement les bilans écologiques et sociaux dans les comptes de l’entreprise.

Il existe pour cela des méthodes de comptabilité multi-capitaux à soutenabilité forte considérant les capitaux écologiques et sociaux non comme des ressources économiques à dépenser mais plutôt comme des biens à préserver. Aux antipodes de l’anthropocentrisme, un tel changement de paradigme permettrait aux organisations qui s’en saisissent de s’inscrire effectivement dans une démarche durable.

Loin de penser que nous allons réussir la transformation écologique et sociale grâce à une vision individualiste et consumériste, dans une start-up nation au technosolutionnisme débridé, nous devons privilégier une réflexion collective basée sur de nouveaux référentiels de réussite. Ainsi, la figure du self made man qui s’enrichit inlassablement, quelque peu dépassée, devrait laisser la place à celle des héros de films comme ceux du réalisateur japonais Hayao Miyazaki.La figure du self made man qui s’enrichit inlassablement, quelque peu dépassée, devrait laisser la place à celle des héros de films comme ceux du réalisateur japonais Hayao Miyazaki

Le fondateur du studio Ghibli met en avant des personnages qui luttent pour préserver les communs et sauvegarder la Nature. Pourquoi se placer dans ce nouveau paradigme de représentations ? Afin de consentir à une sobriété libératrice plutôt que subie.

Loin d’être une punition divine, la frugalité écologique est l’occasion de diffuser de nouvelles valeurs de partage et de respect dans une société meurtrie par l’exploitation à outrance du capital humain et naturel au profit de la croissance du seul financier. Que représente le capital financier, sinon un stock de biens ou de richesses nécessaires à une production ? Au contraire, la croissance concomitante des capitaux écologiques et sociaux renvoie, elle, à des améliorations concrètes dans la vie quotidienne de chacun, et peut assurer un espoir de pérennité aux sociétés humaines.

Gabriel Malek- 16 mai 2021

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