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L’ABSTENTION PROVOQUE LE RETOUR À UN SUFFRAGE « CENSITAIRE » QUI VIDE LA DÉMOCRATIE DE SON ESSENCE.

Citoyen, peuple, opinion publique…Une démocratie dévoyée

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du think tank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux. Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout !

Nous publions son article de février 2021 qui prend une résonance toute particulière à la veille du second tour des élections départementales et régionales.

La France, une démocratie en péril : l’abstention conduit vers un suffrage censitaire

Jean-Pierre Marongiu, Atlantico

La France est-elle toujours une démocratie ? Clairement non, mais l’a-t-elle jamais été ?

Tout d’abord l’invention d’un état d’urgence sanitaire en mars 2020 a doté le gouvernement, le Premier ministre en particulier, mais aussi aux préfets de super-pouvoirs. Pouvoirs qui ne sont pas compatibles avec la définition, ou plutôt les définitions, d’une démocratie.

Notamment en ce qui concerne l’interdiction de la circulation des personnes, l’interdiction de sortir de leur domicile, la mise en quarantaine, le maintien en isolement de la population, la fermeture des établissements qui reçoivent du public et des lieux de réunion (donc les universités) et surtout l’interdiction de rassemblements sur la voie publique. Ce sont en tout dix supers-pouvoirs que le Premier ministre ne détient pas en temps normal.

S’il est un mot galvaudé c’est bien celui-ci, mais au fond, qu’est-ce qu’une démocratie ?

Un système de gouvernance sociétal par lequel le peuple souverain décide de la politique du pays. Une société démocratique est une société qui repose sur le principe d’égalité permettant aux individus sans distinction de genre d’accéder à tous les statuts sociaux.

Pour autant cette définition de la démocratie est sujette interprétations, notamment quant à la signification de la souveraineté populaire ainsi qu’à son application selon qu’elle soit directe (le peuple vote les lois) ou représentative (le peuple élit des représentants qui votent les lois).

La Ve République est un régime “sui generis ”, définissant dans l’article 20 de la constitution la responsabilité du gouvernement comme étant soumise uniquement aux deux chambres du Parlement, l’Assemblée Nationale et le Sénat. Il s’agit d’un régime parlementariste. Seuls les députés sont élus au suffrage universel, les sénateurs le sont par un collège de grands électeurs.

Selon Alexis Tocqueville, il existe au moins deux interprétations de la démocratie, une détermination sociale et une détermination essentiellement politique. La frontière est tenue entre ces deux approches en raison de ce qu’il désigne comme étant le pouvoir social, c’est à dire le pouvoir que la société exerce sur elle-même. Il s’agit de celui de l’opinion publique qui constitue le troisième pouvoir.

Il définit comme étant les trois principes générateurs d’une démocratie, l’égalité des conditions, la souveraineté du peuple et l’opinion publique.

Donc, puisque l’égalité des conditions est perpétuellement remise en question par les diverses communautés, puisque la souveraineté du peuple n’est plus de mise comme en témoigne le referendum sur la constitution européenne et que l’opinion publique celle des gilets jaunes notamment n’est pas écoutée, la France ne serait pas une démocratie.

Et pour cause, elle ne l’est plus depuis que la Convention a succédé à la Révolution Française. La souveraineté populaire sur laquelle reposait la république conçue comme une démocratie par Robespierre est renversée par les thermidoriens, qui établissent la république directoriale en 1795. Bonaparte se chargera d’achever le processus de dépossession de souveraineté du peuple.

Au lendemain du coup d’État 18 Brumaire, Pierre Jean Georges Cabanis un des rédacteurs de la constitution de 1799, définit le véritable système représentatif en ces termes : « tout se fait pour le peuple et au nom du peuple ; rien ne se fait par lui ni sous sa dictée irréfléchie … le peuple est souverain, mais tous les pouvoirs dont sa souveraineté se compose sont délégués ». C’en est fini de la démocratie.

Sous la Ve République, les décisions sont prises par les élus désignés par le peuple, encore faut-il, outre la crise de défiance populaire envers les élus, que la population fasse connaître sa volonté dans les urnes sous peine de restreindre la légitimité de ses représentants à la portion congrue.

Ainsi, la distinction entre ce qui est une démocratie et ce qui n’en est pas fait toujours en débat. Selon qu’on en considère le concept comme un processus idéologique ou comme un régime de gouvernance.

Jean-Jacques Rousseau considère que la démocratie ne peut être que directe : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point »

À l’inverse, Emmanuel-Joseph Sieyès, l’un des théoriciens de la Révolution française estime que la démocratie n’était pas souhaitable : Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif, ce serait un État démocratique. Le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.

Assez rapidement s’établit une distinction entre la notion de « peuple » et celle plus restrictive de « citoyens » : tous les membres du peuple ne sont pas automatiquement des citoyens ce qui établit les limites d’une véritable démocratie. Et le ver venait de s’introduire dans la pomme.

Dans les médias, qui sont devenus l’extension biaisée, déformée et usurpée du pouvoir démocratique (l’opinion publique), on ne retient que l’idéologie des démocraties, à savoir les droits de l’homme dont la liberté d’expression est la plus sensible expression.

C’est donc dans le suffrage universel que réside le véritable et désormais le seul levier de souveraineté du peuple. Les élections présidentielles, législatives et municipales sont les seules occasions de faire entendre ses choix, compte non tenu des Européennes ou des cantonales qui rassemblent moins d’électeurs.

Pour qu’un ersatz de démocratie soit encore envisageable, encore faut-il user de ce droit. Et d’autre part, que les modes de scrutins soient représentatifs d’une volonté de l’opinion publique.

Proportionnelle ou majoritaire ?

La démocratie, sans nul doute, implique que la majorité des votants décident du résultat d’une élection au suffrage universel et que la partie minoritaire des votants accepte et entérine ce choix. La réalité de l’offre politique en étirant excessivement les possibilités de choix déstructure ce choix et contraint le corps électoral à des compromis de second tour ne satisfaisant qu’une minorité d’électeurs. Il en découle une érosion progressive et inéluctable des votants. On pourrait légitimement s’interroger sur l’éventualité que l’abstentionnisme soit délibérément orchestré et politiquement instrumentalisé.

Quand un parti politique réunit 14% des électeurs au premier tour d’une présidentielle et obtient la majorité (350) des députés à l’Assemblée Nationale cela pose un véritable problème de légitimité démocratique.

Le scrutin à la proportionnelle représente des courants d’idées pas les classes sociales.

Or, il s’avère que la défection des électeurs, abstention de 57% en 2017, et 60% aux municipales 2020 est l’expression des classes défavorisées. Ce sont les classes privilégiées qui votent et c’est donc pour ce pourcentage minoritaire, environ 40%, de la population, que la politique gouvernementale est mise en place. Très loin des critères d’une démocratie.

Cela semble satisfaire les élites qui dans le même temps s’appuient sur le pourcentage d’abstention des classes défavorisées pour faire état du niveau d’éducation comme élément d’exclusion. Les élites érudites et nanties sont mieux à même que le peuple à prendre les décisions qui s’imposent, pour le bien de la Nation.

Tout se fait pour le peuple et au nom du peuple ; rien ne se fait par lui ni sous sa dictée irréfléchie …

C’est l’avènement du cercle vertueux des sachants, le cercle de raison défini par Alain Minc comme étant le camp du bien et hors duquel il n’est point de salut. C’est une minorité de citoyens instruits et privilégiés qui décident de la représentation populaire pour le bien de tous.

L’abstention des classes populaires finit d’achever le processus démocratique en transformant le suffrage universel en suffrage censitaire. Le suffrage censitaire est le mode de suffrage dans lequel seuls les citoyens dont le total des impôts directs dépasse un seuil, appelé cens, sont électeurs.

Un des effets pervers de la Ve République est qu’il solidifie un pouvoir démocratiquement illégitime.

La dimension sociale de la démocratie s’exerce avant tout par la liberté d’expression et c’est bien ce dernier chantier mis à mal par les courants de pensée communautaristes de plus en plus liberticides. Certains mots sont déniés à la population sous peine de condamnation ou de censure et d’autres lui sont proposés comme acceptables et donc obligatoires. Lénine qui s’y connaissait en démocratie (sic) avait coutume de dire : faites-leur avaler le mot, ils avaleront la chose.

Si la démocratie est en recul dans la plupart des pays occidentaux elle se porte encore plus mal en France. Et cela, en raison du fait que davantage que chez nos voisins, l’idéologie prime sur les comportements.

Ce n’est pas l’état d’urgence sanitaire qui a eu raison de la démocratie française, c’est bel et bien l’épidémie abstentionniste qui a permis de porter au gouvernement un courant ultra libéral contre la volonté d’une population en proie à la sidération sociale, sécuritaire, identitaire et culturelle.

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