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Lire « Génération fracassée » (VRAIMENT ?)

PRESENTATION – « Gâteux », « croulants », « soixante-huitards »… Dans « Génération Fracassée », Maxime Lledo s’essaie au chamboule-tout

Dans son livre « Génération fracassée », le chroniqueur ( pendant 4 ans jusqu’en juin dernier ), des Grandes Gueules de RMC, Maxime Lledo, 22 ans, tire à boulets rouges contre tout ce qui bouge : les « croulants », les « soixante-huitards » et même parfois, aussi, contre son camp. Un brûlot vif mais excessif.

ARTICLE

Guerre des générations

Par Anthony Cortes, Publié le 19/03/2021, Marianne

« Comment te dire que tout est noir ? », chantait en 2008 Damien Saez, porte-voix de sa génération, dont il qualifiait les membres de « jeunes et cons ». Avec Génération fracassée (Fayard), Maxime Lledo, étudiant en sciences politiques et chroniqueur des Grandes Gueules sur RMC, dresse un portrait tout aussi sombre et outrancier de la situation. Celle des lycéens, des étudiants, des jeunes actifs… Sauf que lui, il ne chante pas, il écrit. C’est tout de même plus engageant. En 192 pages, grisé par sa jeunesse, Maxime Lledo attaque frontalement les plus âgés. Ces « croulants », « gâteux », « privilégiés », responsables de ces précautions, ces restrictions sanitaires qui empoisonnent la vie de la jeunesse… Un long et strident cri de rage qui renverse tout sur son passage. Même quelques jeunes, incapables de « nuances » dans le débat, juge-t-il. Les points communs ne créent donc pas toujours de convergence.

Derrière le micro des Grandes Gueules, notre auteur est pourtant capable de fulgurances. Sensible aux intérêts des petits (commerçants, ruraux ou jeunes précaires) tout en assumant, par certains aspects, son côté mécontemporain ou réactionnaire, Maxime Lledo sait monter au front pour dénoncer, entre deux « régalades » livrées par Deliveroo tout de même, les injustices. Dans ce livre, le jeune homme en reste au stade des indignations et c’est bien dommage tant on aimerait le voir plus constructif et dépassionné. « Ah, la fougue de la jeunesse ! », diront les « boomers » qu’il exècre tant.

UN COSTARD POUR LES BOOMERS

Des vieux, donc, il en est beaucoup question tant cet ouvrage se construit sur un clivage générationnel éveillé par la crise épidémique, certes, mais mis en scène parfois grossièrement par son auteur. Plus que d’un « plaidoyer pour une jeunesse libre », comme promis, il s’agit plutôt en effet de se positionner contre les aînés. « Partons du principe assez logique qu’un pays doit normalement investir dans sa jeunesse, écrit-il. Sauf que la France ne le fait plus. Depuis les années 70, la situation relative des plus jeunes se dégrade souvent au profit des aînés, car nos gouvernants ont fait le choix de retraites plus confortables ». Sa solution : « Baisser les pensions des retraités pendant deux ans par exemple, pour renflouer les caisses du système social ». Et donc en faire profiter les plus jeunes sans faire exploser les « dépenses publiques », spécialité « française », enrage-t-il.

Il s’agirait de renverser la logique de pensée actuelle. Car, selon lui, dans le débat public, « chaque considération pour les jeunes est immédiatement compensée par une petite pensée pour les personnes âgées ». Ces plus âgés à qui il taille un costard un peu plus loin : « C’est la génération de vieux que l’on doit appeler senior, afin d’adoucir la vérité inéluctable : leur vie est davantage derrière eux que devant eux. Avec cette merveilleuse contraction de ‘sénilité qui s’ignore’, nous posons un mot sur cette caste qui, depuis le début de l’épidémie, gère et décide pour ce pays ».

CASTE GRISE

Maxime Lledo ne s’embarrasse pas vraiment de précautions pour définir la composition de cette « caste ». Dans le chapitre « Une crise pour les gâteux », il désigne en premier lieu les soixante-huitards, coupables de tous les maux du moment selon lui. « Ils ont connu l’apogée. Ils ont connu une France apaisée. Du moins plus que maintenant. Une France libre […] Ils ont voyagé, ils ont pollué, ils ont ruiné l’économie, ils ont endetté le pays […] Ils ont profité, ils ont vécu, ils ont joui […] Ils étaient les jeunes insolents de l’époque pour mieux devenir les vieux cons d’aujourd’hui », dénonce-t-il.

Parmi eux, des intellectuels, des médecins, des philosophes, des scientifiques mais aussi des retraités que l’on devine lambda qui vivent tout de même une « retraite confortable » dans une « maison dont le crédit a été payé […] dans une période où l’immobilier était accessible et la conjoncture économique favorable ». Des retraités ancrés dans un « monde apaisé où le temps se transforme en une cible dans laquelle on enfonce les reproches que l’on attribue à l’époque, aux jeunes, aux politiques, bref, à tout ce qui est la conséquence de ses années de vote », tandis que les jeunes connaissent l’enfer. Vous en doutez ? Il faut pourtant « être aveugle ou énarque » pour ne pas le voir, nous dit l’auteur. Tant pis si vous espériez de la nuance, des dégagements sur le fait que tous les vieux ne sont pas logés à la même enseigne, économiquement et socialement parlant, ils ne viendront pas.null

Des ressentiments à l’encontre du troisième âge que l’auteur illustre par un autre constat : « Les villes sont faites sur mesure pour les populations vieillissantes ». La preuve avec une terrible « anecdote » de jeunesse racontée par l’intéressé. « Quelques mois après que mes parents y ont déménagé [aux Sables-d’Olonne, N.D.L.R.] pour des motifs professionnels, j’ai demandé à la mairie un local pour que, avec des amis, nous puissions monter une radio. La réponse, je m’en souviendrai à jamais. ‘J’aurais bien voulu faire quelque chose pour vous, les jeunes, mais le club de tricot s’est déjà positionné et il alterne toute la semaine avec le club de bridge' ». Les salauds !

ÉCOLOS, HÉLICOS ET LIBERTÉS

Ce pamphlet peut verser dans l’outrance. Quand vient le moment d’aborder le « monde d’après », l’auteur cible, entre autres groupes, les « écolos » qui se sont « aperçus que l’hélicoptère polluait à partir du moment où il ne leur était plus utile pour tourner leurs émissions aux quatre coins du globe » et qui exigent « la fin de la viande, de l’avion et de la fourrure » tout en « militant pour la fermeture de Fessenheim ». Au moins le passage se conclut par un souhait, celui-ci plutôt clair : que ces verts puissent « mettre la même énergie qu’ils gaspillent à la fausse défense de la nature dans la mission de couper du bois » pour chauffer certains Français. Pourquoi pas ?

Même défaut au moment d’évoquer les « libertés menacées », dans lequel l’auteur mêle un été sous « contrôle d’État » du fait des recommandations gouvernementales de voyager uniquement en France, loi anti-casseurs, fermeture des stations de ski et défense de Nicolas Bedos et de son « ode à la vie d’avant » diffusée sur les réseaux sociaux dans laquelle le comédien-réalisateur attaquait les différentes restrictions sanitaires… Une polémique si « virulente » que le défendre « devenait un acte d’héroïsme », observe-t-il, en connaissance de cause, s’y étant essayé. « Je devenais un ‘Jean Moulin’ par intérim et sans grand risque, j’en conviens », témoigne-t-il, lucide malgré tout.null

Si l’auteur indique avoir « démissionné de son époque », épuisé notamment par la dérive identitaire d’une frange de la jeunesse (« Quand j’essaie d’invoquer la nuance au milieu de ma génération, j’ai la terrible sensation que je suis né trop vieux dans un monde trop jeune »), il finit malgré tout cet ouvrage par un appel aux siens, à sa génération : « Ne laissons pas la politique aux vieux ! ». À qui alors ? Après Lledo pamphlétaire, Lledo candidat ? « On pourrait voter pour beaucoup de monde finalement, mais certainement pas pour ceux qui se présentent. Nous sommes jeunes. Jeunes ne veut pas dire cons ». Compris, Saez ?

Génération fracassée, de Maxime Lledo, Fayard, 198 p., 15 €.

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