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JEUNES ET POLITIQUE : LA NATURE DE LA FRACTURE. ENTRE REINVENTION ET RESIGNATION ? (à noter: Réunion Metahodos, jeudi 9 décembre)

Le rejet du système institutionnel

est très partagé chez les jeunes, plus que dans d’autres classes d’âge.

En ce début de campagne présidentielle, marqué dans les derniers jours par le premier débat des candidats Les Républicains et, au lendemain, par un discours bilan et perspectives du président sortant, il est à noter que le sujet des institutions apparait peu dans les discours des candidats et encore moins dans les commentaires de la presse.

A gauche et chez les écologistes le changement de mode de gouvernement, voire d’institutions est présent. La question du changement de gouvernance a été rapidement évoquée par Michel Barnier : prise en compte du Parlement, des Collectivités, des corps intermédiaires. Mais le président sortant est resté silencieux sur ce point dans son allocution.

L’ABSTENTION DES JEUNES : PAS UN DESINTERET POUR L’INTERET GENERAL, MAIS UN ATTRAIT POUR LES FORMES DIRECTES DE PARTICIPATION

Pour la politologue Anne Muxel, le désengagement spectaculaire des jeunes lors d’élections locales ne signifie pas qu’ils se détournent de l’intérêt général. Selon elle, ils sont davantage attirés par des formes directes de participation à la vie démocratique.

L’abstention aux élections régionales et départementales avait atteint un nouveau record dans l’ensemble de la population et particulièrement chez les classes d’âge les plus jeunes : 82 % des 18-35 ans ne sont pas allés voter. Directrice de recherches au Cevipof (CNRS /Sciences Po) et autrice de Politiquement jeune (Editions de l’Aube, 2018) Anne Muxel pointe un paradoxe propre aux scrutins locaux : le pouvoir des collectivités territoriales en jeu touche directement les jeunes et pourtant ces derniers s’en détournent massivement.

NOS RECENTES PUBLICATIONS RELATIVES AUX JEUNES

Argentine, Autriche, Brésil, Cuba, Nicaragua, Malte, Slovénie, Allemagne, Estonie, Belgique, Écosse, Equateur… PERMETTENT LE VOTE A 16 ANS. https://metahodos.fr/2021/11/10/vote-16-ans-suite-1-6/

VOTE A 16 ANS. LES SONDAGES S’IMISCENT DANS UN ENJEU DEMOCRATIQUE. https://metahodos.fr/2021/11/09/vote-a-16-ans/

LE DROIT DE VOTE DÈS 16 ANS? https://metahodos.fr/2021/03/23/pour-le-droit-de-vote-a-16-ans-aux-municipales/

Jeunesse et démocratie : la rupture ? https://metahodos.fr/2021/10/26/le-lien-entre-la-jeunesse-et-la-democratie-au-bord-de-la-rupture/

RETOUR SUR « Une jeunesse sacrifiée ? » https://metahodos.fr/2021/10/04/une-jeunesse-sacrifiee-2/

Lire « Génération fracassée » (VRAIMENT ?) https://metahodos.fr/2021/09/30/generation-fracassee/

INVENTER UN NOUVEAU PACTE INTERGÉNÉRATIONNEL https://metahodos.fr/2021/07/10/20682/

UN NOUVEAU FOSSÉ DES GÉNÉRATIONS ? https://metahodos.fr/2021/06/08/un-nouveau-fosse-des-generations-telos/

LA DÉMOCRATIE EST UN JEU D’ENFANTS – SINCÈRE – EN SUISSE. https://metahodos.fr/2021/06/01/pour-les-petits-suisses-la-democratie-est-un-jeu-denfants-lexpress/

« LA JEUNESSE, DÉSENCHANTÉE FACE AU VOTE, MAIS PLUS ENGAGÉE QU’AVANT ? » https://metahodos.fr/2021/04/23/la-jeunesse-desenchantee-face-au-vote-mais-plus-engagee-quavant/

LES JEUNES ET LA POLITIQUE. « JE T’AIME MOI NON PLUS » DÉMOCRATIE INTERMITTENTE ? https://metahodos.fr/2021/04/06/les-jeunes-et-la-politique-je-taime-moi-non-plus/

Les jeunes refusent une laïcité « de combat » – Fracture générationnelle ? https://metahodos.fr/2021/03/11/les-jeunes-refusent-une-laicite-de-combat/

LASSÉS PAR LES CRISES À RÉPÉTITION ET MOTIVÉS PAR L’ACTION INDIVIDUELLE

Pour Stewart Chau, de l’institut de sondages Viavoice, les 18-30 ans forment un groupe complexe, lassé par les crises à répétition et motivé par l’action individuelle.

Co-auteur avec Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, du livre la Fracture (Les Arènes), qui dresse un portrait fouillé de la génération des 18-30 ans, Stewart Chau est responsable des études politiques et sociétales à l’institut de sondages Viavoice.

Prenons connaissance de l’entretien ci contre.

METAHODOS VA PROCHAINEMENT FORMALISER LES PISTES D’ACTION ELABOREES ET SE REUNIRA LE 9 DECEMBRE PROCHAIN POUR EVOQUER , en lien avec Infrastructure France, l’enjeu énergétique et la croissance.

En première partie de la réunion les pistes d’action relatives à la démocratie et l’action publique seront débattues.

Inscriptions : en nous écrivant par la rubrique CONTACT du Site ou par mail : metahodos.lem@gmail.com – la réunion aura lieu à 16 h 30 Avenue Marceau Paris.

Une confirmation avec l’adresse précise vous sera adressée, en retour. Le programme précis sera communiqué très prochainement .

Entretien

Jeunes et politique : «Cette génération se sent pleinement légitime à s’engager»

Par Jonathan Bouchet-Petersen publié le 19 octobre 2021, LIBERATION

Dans votre livre, vous parlez non pas de la jeunesse mais des jeunesses françaises. Pourquoi ?

Nous identifions trois fractures. Celle qui oppose les 18-30 à leurs aînés. Celle qui oppose la jeunesse d’aujourd’hui à celles d’hier. Et enfin une troisième, intragénérationnelle en effet, qui existe, même politiquement, entre les 18-24 ans et les 25-30 ans, à laquelle il faut ajouter la dimension genrée qui est aussi une fracture. Cela en fait une génération protéiforme et assez insaisissable, à propos de laquelle il est difficile de généraliser.

Ce que cette jeunesse a quand même en commun, c’est d’être une génération qui n’a connu que des crises : économique, sociale, environnementale et démocratique…

C’est en effet une génération née avec la sémantique de la crise. Bien sûr les crises que vous évoquez ne datent pas de cette année mais l’urgence d’y répondre, notamment le réchauffement climatique, est une singularité forte de la jeunesse d’aujourd’hui. La génération des 18-30 ans fait d’ailleurs, plus que ses aînés, le lien entre les différentes crises. Ce contexte crée des incertitudes et même des inquiétudes fortes. Cette génération a le sentiment de ne pas vivre au bon moment, d’être une forme de jeunesse malchanceuse. Elle se dit qu’elle n’a connu que la crise et qu’en plus, c’est à elle d’y répondre de toute urgence alors qu’elle n’en est pas directement responsable.

Les jeunes rejettent de plus en plus le système institutionnel, que ce soit l’Etat ou les partis politiques vers qui l’on se tourne lors des crises. Est-ce particulièrement aigu pour cette génération ?

A l’urgence de répondre à ces crises, la jeunesse se dit en effet qu’on ne peut plus attendre grand-chose du politique et des forces institutionnelles. Seuls 10% font par exemple confiance aux partis pour agir efficacement contre le réchauffement climatique. Cela conduit à une forme d’exil électoral. Dans le livre, on parle de «vanité du vote» pour dire que la jeunesse considère de plus en plus que voter ne sert plus à rien. Cela témoigne d’une crise de la représentativité particulièrement forte chez les 18-30 ans, et d’une crise du politique qui est surtout une crise du résultat. Sur tous les sujets d’urgence qu’ils identifient, ils considèrent que rien n’a été fait ou presque. De cela découle une ode à l’engagement individuel et citoyen, par des actions concrètes hors syndicats et partis politiques. Loin des grandes mobilisations syndicales, la jeunesse se reconnaît beaucoup plus dans des mouvements comme Nuit debout, les gilets jaunes ou les marches pour le climat. Autant de mobilisations parties de la base de la société.

«La jeunesse est surtout tiraillée entre l’envie de réinventer un monde et une forme de résignation.»—  Stewart Chau, responsable à Vivavoice

Sans attache partisane pavlovienne, cette jeunesse se mobilise-t-elle d’abord autour d’une cause plutôt que derrière une organisation ?

Ce qui mobilise la jeunesse aujourd’hui, ce sont des actions concrètes à mener parfois individuellement en faveur d’une cause. Mais ce qui m’interroge plus encore, c’est la difficulté de la jeunesse à «faire société», au-delà d’une conception individuelle que chacun peut avoir de lui-même. Sur certains sujets, on mesure toute la difficulté de cette nouvelle configuration, a fortiori dans un contexte où la jeunesse croit beaucoup moins qu’avant à la notion d’idéal.

N’est-ce pas tout simplement une génération concrète, lucide et quelque peu désenchantée face aux urgences ?

Les 18-30 ans sont dans une logique de résultats, là tout de suite maintenant, et non d’une promesse d’idéal pour on ne sait pas quand. Ils plébiscitent les actions concrètes et inscrites dans leur quotidien. Loin d’être repliée sur elle-même, la jeunesse est surtout tiraillée entre l’envie de réinventer un monde et une forme de résignation.

Vous notez que 52% des jeunes pensent que seule une certaine forme de violence peut permettre de faire bouger les choses. Ce chiffre vous a-t-il étonné ?

Il faut y voir un cri d’alerte. Face à la crise de la représentativité et du résultat politiques qu’on évoquait, c’est un chiffre notable. Dans une recherche d’efficacité, il y a une poussée du soutien à un régime plus autoritaire : 34% adhèrent par exemple à l’idée que l’armée puisse diriger le pays. Cette tendance est particulièrement notable chez les 25-30 ans, qui ne sont plus des primo-votants, et chez les jeunes les plus privilégiés. Concernant la violence comme mode d’action, elle a gagné en légitimité à mesure que les actions collectives à l’ancienne perdaient en efficacité et que les acteurs traditionnels perdaient en crédit.

Au-delà de l’écologie, une cause comme celle des Ouïghours semble parler à la jeunesse, avec notamment des opérations concrètes à mener individuellement en boycottant certaines marques de prêt-à-porter…

Cette génération se sent pleinement légitime à s’engager, c’est un élément très important. Sept jeunes sur dix se déclarent «très engagés» en matière d’environnement. C’est une façon de se sentir acteur face à l’impuissance des pouvoirs publics. Ça vaut pour l’écologie comme pour la dénonciation de l’exploitation des Ouïghours en Chine. Concernant les modes d’action, ils croient à la politique des petits pas qui rejoignent ceux des autres, ce qui correspond assez bien aux opérations de boycott de certaines marques.

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