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DÉMOCRATIE ET MUTATIONS CLIMATIQUES. Point de vue.

ENGAGEMENTS POUR LE CLIMAT

Présentation. Au regard des engagements de la COP26 ou des Accords de Paris sur le climat, certains dirigeants sont critiqués pour leur inaction et sur le fait de ne pas pouvoir planifier une politique environnementale durable.

Un pays qui respecte les libertés individuelles et autorise les militants écologistes à promouvoir leurs idées n’est-il pas plus efficace qu’un régime autoritaire où la liberté d’expression est bafouée ?

Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).Ancienne ministre de l’Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Mouvement démocrate jusqu’en mars 2010, elle est députée au Parlement européen de 2009 à 2014.

En 2012, elle fonde l’association Essaim et l’année suivante, la coopérative politique du Rassemblement citoyen. En 2014, elle devient présidente du parti LRC – Cap21.

Entretien

Dérèglement climatique : non, les démocraties ne sont pas moins efficaces que les régimes autoritaires

avec Corinne Lepage Atlantico

Atlantico : Certains observateurs reprochent aux démocraties de ne pas pouvoir planifier une politique environnementale durable. Par exemple, les États-Unis n’ont pas réussi à participer de manière pérenne aux accords mondiaux sur le climat tels que le protocole de Kyoto de 1997 et l’accord de Paris de 2015, qui ont tous deux été initialement défendus par des présidents américains démocrates avant d’être abandonnés par leurs successeurs républicains. Quels reproches peut-on faire à cette approche et quels sont les avantages des sociétés démocratiques ?

Corinne Lepage : Cet exemple n’est pas lié à un problème démocratique mais à un problème américain. Les Etats-Unis ont une tendance isolationniste extrêmement puissante et se considèrent très souvent au-delà des engagements qu’ils ont pu prendre. On peut ajouter que des systèmes non démocratiques comme la Chine ou la Russie ne sont pas des exemples de ce que l’on fait de mieux en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

La partie du monde la plus avancée sur la lutte contre le dérèglement climatique est l’Europe. Avec le New Green Deal, tous les textes mis en place par les institutions et les 1750 milliards d’euros mis sur la table, l’Europe offre l’approche la plus volontariste en matière de lutte contre le dérèglement climatique. Or l’essentiel de nos pays sont bien des démocraties.

La Chine apporte un soutien diplomatique et économique à certains pays qui figurent parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, comme le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Iran ou encore le Venezuela, qui sont tous, à des degrés divers, des régimes autoritaires. Si l’influence diplomatique de la Chine dépend de sa capacité à contraindre les petits pays qui comptent sur elle pour acheter leurs combustibles fossiles, serait-elle prête à renoncer à ce pouvoir en adoptant une énergie propre ?

La politique d’influence diplomatique de la Chine est bien connue. Elle s’inscrit à travers des liens avec de très nombreux pays en matière de vente d’hydrocarbures. Mais pas seulement. Nous sommes également un client de la Chine pour le photovoltaïque. C’est justement la Chine qui rassemble aujourd’hui l’essentiel de la production mondiale dans ce secteur et dans bien d’autres. 

Je ne pense pas que ce problème soit lié au charbon. La Chine vend ce qui lui semble le plus opportun à ses clients potentiels. Les nouvelles routes de la soie avec l’achat des ports dans un certain nombre de pays du monde font également partie de cette stratégie d’influence. Le charbon en fait uniquement partie dans les pays qui en consomment, mais on voit bien que la Chine semble d’accord pour renoncer à construire des centrales à charbon en dehors de son territoire.

En Suède en 2019, des groupes de défense du climat ont joué un rôle clé dans la décision d’annuler les plans de construction d’un nouveau terminal de gaz naturel. Un pays qui respecte les libertés individuelles et autorise les militants écologistes à promouvoir leurs idées n’est-il pas plus efficace qu’un régime autoritaire où la liberté d’expression est bafouée ?

De manière générale, ce que nous vivons n’est pas une transition. Une transition c’est d’aller d’un point à un autre. Nous savons d’où nous partons mais nous ne savons pas du tout où nous allons. 

Deuxièmement, la transition que nous vivons ne sera pas progressive. Elle sera assez brutale.

Je préfère donc parler de transformation de la société parce que l’écologie n’est pas le seul secteur concerné. Tous les secteurs de la société le seront. Ce sujet est aussi celui de la démocratie. Cette transformation ne peut se faire qu’avec une acceptabilité très grande. Je pense que les démocraties sont beaucoup plus à même d’obtenir cette acceptabilité que les régimes autoritaires où les risques de révolte s’ajoutent à d’autres risques de révolte. Je prends l’exemple de la Chine qui a fait de formidables efforts dans des grandes villes comme Pékin ou Shanghaï pour réduire la pollution de l’air.

La méthode a été violente. Des usines ont été transférées à la campagne manu militari. Le but n’était pas écologique, mais politique parce que la pollution atteint des niveaux tels que le Parti Communiste avait peur d’être mis en cause par une inaction dans ce domaine. Les choses sont moins évidentes qu’elles n’y paraissent. Le fait d’accompagner cette transformation avec des politiques sociales, économiques, budgétaires et fiscales adaptées pourraient permettre de faire l’économie de cette phase d’autoritarisme annoncée par Hans Jonas ou Ulrich Beck.

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