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UNE ABSENCE DE DÉBAT QUI SUSCITE DES MISES EN CAUSE DE LÉGITIMITÉ. Le Monde

La sincérité de l’élection questionnée

Des politisâtes, intellectuels,responsables politiques questionnent la sincérité même de l’élection si le président sortant ne se prête pas davantage aux confrontations.

Article

Faute de débat avec ses rivaux, Emmanuel Macron suscite des mises en cause de sa légitimité s’il était réélu

Le Monde 17 mars 2022

Le grand débat entre un président sortant et ses rivaux n’est pas gravé dans le marbre de la loi. N’en est-il pas moins nécessaire à la sincérité d’une élection ? C’est ce que semblent dire, depuis plusieurs jours, un certain nombre d’opposants de premier plan au chef de l’Etat, qui mettent déjà en cause la légitimité que celui-ci pourrait tirer de sa réélection, si elle n’était pas précédée d’une confrontation directe avec ses concurrents.

Gérard Larcher, le président Les Républicains du Sénat, avait jeté ce pavé dans la mare, le 1er mars sur Europe 1, en assurant que « s’il n’y a pas de débat, s’il n’y a pas de bilan, de projet, imaginons le président de la République réélu : alors ce sera dans une forme d’omission de débat démocratique, avec un risque » sur la « légitimité au cours du mandat ».

Et le deuxième plus haut responsable de l’Etat d’enfoncer le clou, deux semaines plus tard. « Etre en tête dans les sondages n’est pas une raison suffisante pour enjamber l’élection et considérer que ce scrutin n’est qu’une formalité, ne serait-ce que par respect de la démocratie, avait-il dit dans un entretien avec Le Figarole 15 mars. Le rendez-vous démocratique ne peut pas être occulté (…). S’il n’y a pas de campagne, la question de la légitimité du gagnant se posera. »

Un collectif de penseurs et d’artistes a dit plus ou moins la même chose, en termes plus verts, dans une tribune publiée par Libérationjeudi 15 mars. « Entré en campagne le plus tard possible, (…) amateur de « débats » mais seulement devant des auditoires soigneusement composés, promoteur de conventions citoyennes dont il n’écoute rien, nous savons à quel type de “démocratie” va la faveur du candidat [Emmanuel Macron] : la démocratie de confiscation », déplorent notamment l’écrivaine Annie Ernaux, le philosophe Frédéric Lordon, l’actrice Adèle Haenel ou la militante féministe Caroline De Hass, dans ce texte intitulé #PasDeDébatPasDeMandat.

« Pelleteuse »

« L’expérience historique enseigne assez qu’un état de guerre (…) produit sur le débat public un effet comparable à celui d’une pelleteuse sur un parterre floral », expliquent-ils, avant de conclure : « Derrière la stratégie de la “tacite reconduction”, il y a dans la tête du reconduit des images d’autoroute ou d’open bar. Ne le laissons pas faire. »

« Pas de débat, pas de mandat » : ce parfait octosyllabe a eu les faveurs de Nicolas Dupont-Aignan, qui l’a repris vendredi sur Franceinfo, où il a notamment dénoncé « l’effraction présidentielle » d’Emmanuel Macron. « On ne peut pas continuer comme ça dans une démocratie, à trois semaines de l’élection », a poursuivi le candidat de Debout la France, appelant les électeurs « à se réveiller : l’élection n’est pas jouée d’avance, ne vous laissez pas intoxiquer par les sondages ».

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Eric Zemmour, le candidat de Reconquête, a repris la formule, à son tour, sur Twitter. Selon lui, « Emmanuel Macron veut nous faire croire qu’il n’a même plus le temps de se raser, de s’habiller et de se coiffer. Il veut qu’on le plaigne. Pendant ce temps, les Français travaillent et souffrent. » Florian Philippot, l’ex-bras droit de Marine Le Pen, est à l’unisson.

D’autres candidats n’ont pas instruit directement un tel procès en illégitimité, mais ont alerté toutefois sur les risques posés, selon eux, par l’absence de débat en bonne et due forme. Selon Valérie Pécresse, dans un entretien avec Le Parisien publié mercredi soir, « si le débat démocratique est escamoté, si cette élection, c’est « circulez, y a rien à voir », je pense qu’il y aura une frustration chez les Français et que c’est démocratiquement très dangereux ». Pour elle, « Emmanuel Macron ne veut pas débattre, il veut qu’on l’écoute ». Même mise en garde chez Yannick Jadot, le candidat écologiste, qui a jugé jeudi sur Franceinfo que si « on n’arrive pas à purger par la politique les tensions de la société, eh bien, effectivement, notre démocratie est en danger ».

« Je ne me dérobe pas »

En réponse, la majorité a nié que le président fuie le débat et taxé d’irresponsabilité ceux qui mettent déjà en cause sa légitimité s’il était réélu. « Tous ces procès sont déplacés et dangereux », a dit à Franceinfo le député LRM Roland Lescure. Après les remarques de Gérard Larcher, le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, avait déjà dénoncé sur France Inter des « propos irresponsables ». Pour d’autres, les critiques récurrentes contre leur champion sont les meilleurs signes que le débat existe bel et bien. « En réalité, cette campagne est lancée depuis très longtemps. Et cela fait très longtemps que le président de la République est attaqué par les oppositions », avait affirmé le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, dimanche 6 mars, sur Europe 1.

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Richard Ferrand, le président de l’Assemblée, avait eu une flèche spécifique pour la candidate de la droite : « Doit-on dire de Valérie Pécresse, qui a été élue avec 33 % de participation [au premier tour des élections régionales, en 2021], qu’elle ne serait pas légitime ? », avait-il riposté, dimanche 6 mars, sur France 3.

Le chef de l’Etat lui-même s’était défendu de chercher à éviter la confrontation, lors de sa réunion publique de Poissy, le lendemain. C’est à cette occasion qu’il avait déclaré explicitement ne pas souhaiter débattre avec ses concurrents« Je ne me dérobe pas au débat. Plutôt que de faire des meetings où des gens vous applaudissent parce qu’ils sont déjà convaincus, je préfère le débat avec les Français, c’est ce que je leur dois », avançait-il.

Le Monde

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