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LIRE « LA PRIVATISATION NUMERIQUE » – QUELS OBJECTIFS DE QUALITE POUR LES SERVICES PUBLICS ?

Des prestations privés au service de l’intérêt général

Le chercheur Gilles Jeannot détaille, dans un entretien au « Monde », comment l’usage d’outils comme Uber, Doctolib ou Airbnb interfère avec les politiques publiques de la voirie, du logement, de la santé…

Article Extraits

« Les services publics doivent apporter des services numériques de même qualité que le privé »

Propos recueillis par Antoine Reverchon le 28 mars 2022 Le Monde

Avec La Privatisation numérique (Raisons d’agir, 172 p., 9 €), cosigné avec Simon Cottin-Marx, le chercheur au Laboratoire techniques, territoires et sociétés (LATTS) à l’Ecole nationale des ponts et chaussées, fait une analyse critique de la numérisation des services publics, diagnostiquant une nouvelle extension de l’aire du capitalisme.

Quel a été le point de départ de ce livre ?

Comme bien des citadins, l’étonnement devant l’envahissement des trottoirs par les trottinettes, l’apparition et la disparition de stations de vélos « partagés », la noria des scooters de livraison de repas, le recours à Doctolib ou Vite ma dose pour aller se faire vacciner contre le Covid-19, etc. Ou encore le débat public sur Health Data Hub (la collecte de nos données de santé sur un serveur de Microsoft), sur le poids d’Airbnb dans le parc immobilier locatif…

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Mais la numérisation de l’administration, d’une part, la privatisation des services publics, d’autre part, font déjà l’objet de nombreux travaux de recherche…

Oui, mais la numérisation de l’administration a été étudiée jusqu’ici comme une évolution interne. On connaît aussi les formes classiques d’interaction entre public et privé : la sous-traitance des services informatiques à IBM ou à Capgemini, la délégation de service public à Bouygues ou Suez, qui à leur tour sous-traitent à des réseaux d’entreprises spécialisées dans les services de la « ville intelligente ». Il y a aussi quelques privatisations, comme les « bus Macron » de la SNCF, vendus à Blablacar.Lire aussi

Mais on voit émerger des formes nouvelles. Tout d’abord, l’appropriation de l’espace public par des opérateurs privés de « mobilité partagée » ou d’applications, comme Waze, qui génèrent du trafic et des usages sur la voie publique. Il y a aussi l’interférence avec des politiques publiques : le logement lorsque Airbnb modifie la destination d’une grande partie du parc immobilier ; la santé lorsque Apple et Google bloquent l’accès de StopCovid par leur application Bluetooth en invoquant la « protection de la vie privée » ; les droits sociaux lorsque Uber organise et finance un référendum en Californie pour abroger une loi qui régule son activité.

Si ces opérateurs numériques offrent un service plus efficace et plus « convivial » que les services publics, pourquoi devrait-on s’en plaindre ?

Il s’agit en fait des marqueurs d’une transformation économique fondamentale du capitalisme, usant de nouveaux modes de production du profit. La valorisation des données, déjà bien connue, permet des approches marketing très fines au bénéfice de celui qui les possède : c’est le capitalisme de surveillance. La rapidité de la circulation des informations et de la « connectivité » des réseaux réduit les coûts de transaction au bénéfice de celui qui les contrôle : c’est le capitalisme de plates-formes. Le problème n’est pas tant le risque « orwellien » du contrôle de nos vies – car les algorithmes sont en réalité incapables de tenir leur promesse de connaissance parfaite – que l’incapacité de ces entreprises à traiter les problèmes de tout le monde à égalité. Les opérateurs de mobilité partagée sont efficaces en centre-ville ou en intercités, mais pas en périphérie urbaine ou en zone rurale. Il en est de même pour les opérateurs des infrastructures numériques. C’est la répétition du phénomène, hélas classique, de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes : Netflix profite du déploiement de la fibre par les services publics sans dépenser un dollar ; les Parisiens utilisent Doctolib pour trouver des créneaux de vaccination dans la Seine-Saint-Denis, où la population est sous-vaccinée…

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