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« DEPOUSSIERER LA DEMOCRATIE EN PROFONDEUR ». POINT DE VUE

« En finir avec le scrutin majoritaire qui obère toute juste représentation politique »

Eurodéputé élu sur les listes LREM en 2019, ancien secrétaire national d’EELV, Pascal Durand appelle notamment à passer à la proportionnelle et à limiter le recours au 49-3.

TRIBUNE

Proportionnelle, 49-3… « Il faut dépoussiérer notre démocratie en profondeur »

L’Obs 1 MAI 2022 TRIBUNE.

Près de 19 millions de Françaises et de Français ont déposé le 24 avril un bulletin de vote portant le nom d’Emmanuel Macron. Si pour une partie importante de l’électorat, cet acte valait soutien à sa personne et son programme, pour d’autres, presque aussi nombreux, la motivation fut avant tout la défense du modèle démocratique face au risque d’une victoire de l’extrême droite. Leur sens de la responsabilité et de l’histoire leur a permis de dépasser leurs doutes et leurs ressentiments. Cela les honore, cela nous oblige.

En premier lieu, à tout mettre en œuvre pour en finir avec ce qui, depuis le 21 avril 2002, rythme notre vie politique. Nous ne pouvons pas tous les cinq ans sonner le tocsin en agitant la peur du chaos, en appeler au sens civique puis, dès l’élection passée, faire comme si le projet initial avait été plébiscité.

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Pour ne plus alimenter l’abstention et les votes purement contestataires qui glissent d’un extrême à l’autre, pour briser le sentiment de colère de n’être ni entendu, ni représenté à l’Assemblée nationale, nous devons en finir avec le scrutin majoritaire qui obère toute juste représentation politique. La proportionnelle n’est pas la panacée, mais elle fonctionne efficacement dans de très nombreuses démocraties et protège la paix sociale.

La proportionnelle, la priorité

Sa mise en œuvre doit être le premier chantier du gouvernement, quel qu’il soit, et pour des raisons aussi pratiques que symboliques, passer par un référendum, comme le permet la Constitution. Cette réforme devra ensuite être mise en œuvre durant la mandature pour permettre, avant 2027, à une nouvelle Assemblée nationale d’être élue à la proportionnelle. Cette nouvelle élection aura en outre le mérite de mettre un terme à une surprenante spécificité française, l’inversion des élections entre l’Assemblée nationale et la présidentielle et redonnera enfin à notre parlement le rôle majeur qu’il n’aurait jamais dû perdre.

Mais la mise en place de la proportionnelle ne suffira pas à apaiser toutes les tensions qui traversent la société française. Il faut dépoussiérer notre démocratie en profondeur et reconstruire le dialogue républicain au sein de notre nation.

L’exécutif compte beaucoup trop souvent sur sa seule majorité parlementaire, confortable en raison du mode de scrutin, pour faire passer ses lois, sans prendre conscience de la faiblesse de l’assise sociale et politique de textes parfois imposés qui engendreront frustrations et blocages. L’utilisation des votes bloqués et de l’article 49.3 de la Constitution devrait être incompatibles avec des réformes majeures qui concernent la très grande majorité de notre population. Le dialogue social et les compromis sont bien préférables et il faut écouter ce qu’unanimement les syndicats et les ONG disent.

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Faire confiance à l’intelligence collective

Face aux nouveaux défis du XXIe siècle, notre démocratie doit gagner en pluralisme, en force et en dynamisme : ouvrir en grand les portes et les fenêtres des institutions, co-élaborer les législations avec la société civile, développer la concertation pour sortir de l’affrontement binaire et stérile entre majorité et opposition. Il faut cesser de nous effrayer d’avoir à faire émerger des consensus et des compromis et savoir nous rassembler en de larges majorités sur les sujets majeurs qui traversent la société française et européenne. L’intelligence collective est toujours plus efficace pour trouver des solutions que les logiques de l’entre-soi.

L’aggiornamento démocratique concerne aussi l’opposition. Si l’on veut restaurer un dialogue républicain, si l’on est intimement persuadé qu’il existe une urgence à agir, alors il serait bien plus utile de répondre aux attentes de l’électorat par des propositions concrètes et des solutions positives et partagées que de se satisfaire de postures radicales ou céder à la facilité des critiques permanentes.

Dans une société déjà fracturée, le sens de l’intérêt général et des responsabilités consistent à ne pas attiser les tensions et les violences, même verbales, ne pas attaquer ses adversaires ad hominem ni, à l’instar de Trump, remettre en cause le résultat d’élections démocratiques. Il ne s’agit pas de proposer un gouvernement d’union nationale qui contraindrait tous les partis à une solidarité gouvernementale, mais sur certains sujets spécifiques, notamment les plus urgents, de fédérer les bonnes volontés pour contractualiser des accords.

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