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Quelles compétences au sommet de la démocratie ?

VOIR DES PUBLICATIONS DE METAHODOS RELATIVES AUX ÉLITES :

« ÉLITES STIGMATISÉES « . https://metahodos.fr/2022/08/21/des-elites-stigmatisees/

ARTICLE

Nos démocraties ont un problème de compétence au sommet

28 juillet 2022. Claire Libercourt CONTREPOINTS

Sanctuariser la propriété et la justice par le droit hors « législation » mettrait au second plan les problèmes liés à la professionnalisation de la vie politique démocratique.

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l’auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.

Dans une tribune publiée dans le Financial Times, Janan Ganesh estime que les démocraties occidentales ont un grave problème de personnel. Ce ne sont pas les électeurs qui préfèrent des troisièmes couteaux aux véritables hommes d’État disponibles, mais une classe politique qui peine à recruter : « (d)es personnes aptes, de tendance libérale ou modérée, [qui] ne sont pas assez nombreuses à se lancer en politique ».

L’auteur de la tribune a en tête la succession de Boris Johnson en tant que Premier ministre du Royaume-Uni. Il est facile pour nous de voir que le problème se pose aussi après la réélection mouvementée d’Emmanuel Macron.

Une fois à l’Élysée, M. Macron a mis beaucoup de temps pour former son nouveau gouvernement et  choisir un Premier ministre : parce qu’il y avait peu de compétition pour rejoindre l’équipe présidentielle, il a fallu se contenter des fidèles et des ressources disponibles. Élisabeth Borne n’était pas le premier choix d’Emmanuel Macron, mais il n’y avait pas mieux disponible pour une position aussi délicate.

Qui veut faire de la politique aujourd’hui ?

L’auteur donne deux explications, assez classiques, à cette crise de recrutement.

La première repose sur l’écart des grilles de salaire entre l’engagement public et les carrières privées à compétences équivalentes.

La seconde sur l’exposition publique du personnel élu : « La presse a gardé les secrets de John F. Kennedy, et ceux de François Mitterrand. Même si elle était aussi encline à le faire aujourd’hui, un citoyen doté d’un téléphone avec appareil photo et d’un compte Twitter n’a pas besoin de l’être. »

En offrant des carrières plus discrètes et mieux rémunérées, le secteur privé attire les personnes les plus compétentes et érode discrètement les institutions qui assurent le bon fonctionnement du système capitaliste, assure M. Ganesh : « Peut-être que le libéralisme est simplement à court de grands hommes et de grandes femmes. » C’est possible, mais quelle alternative proposer ?

La question de la fuite des talents en politique n’est pas nouvelle, puisqu’Hayek déplorait déjàque la démocratie attirait les plus médiocres, mais elle s’est aggravée ces dernières décennies. Ajoutons que le manque se fait cruellement sentir à une époque particulièrement agitée, entre retour de l’inflation, guerre en Ukraine et alarmisme climatique.

Il existe trois pistes de réflexion à explorer pour répondre à cette véritable crise de l’offre politique, la première social-démocrate, la seconde socialiste et la troisième libérale.

Trois pistes politiques possibles

La première piste consiste à aligner les salaires et les carrières du Politique sur ceux du privé.

Cela suppose d’augmenter substantiellement le coût de la démocratie afin de réorienter vers le public une partie des individus susceptibles de s’engager dans le privé. Non seulement le coût de la politique exploserait car il semble difficile de pouvoir s’aligner sur l’offre des plus grandes entreprises ou des plus grands cabinets de conseil aujourd’hui, mais cela ne garantirait en rien une amélioration de ses fonctions essentielles de représentation et de redistribution. Au contraire, la coupure entre le peuple et ses élites politiques s’élargirait, et l’accaparement des ressources par l’État et ses clientèles ne feraient que s’accroître.

La seconde piste consisterait à plafonner les salaires du privé pour décourager les plus aptes à se tourner vers des postes plus lucratifs que ceux proposés par l’État.

Il s’agirait en fait d’étendre la politisation de la société au-delà du cercle du gouvernement représentatif, et de planifier les carrières pour les créer non pas en fonction du marché, mais des intérêts de l’État lui-même.

En plus du coût et du dirigisme politique aussi présents dans une moindre mesure dans la solution sociale-démocrate, réapparaîtrait alors le problème classique de la mauvaise allocation des ressources dans un système où les signaux, c’est-à-dire les prix fixés par la rencontre de l’offre et de la demande, seraient éliminés du tableau. Les personnes les plus performantes dans leur secteur d’activité seraient obligées de se tourner vers des carrières où leurs talents ne seraient pas pleinement exploités, ou iraient les proposer ailleurs dans le monde.

La troisième piste serait plutôt une solution libérale à un problème du libéralisme : limiter l’influence des majorités politiques sur la vie des individus en encadrant les démocraties par des constitutions économiques plus strictes, dans le sillage des réflexions de James Buchanan et de Gordon Tullock. Certaines institutions essentielles au bon fonctionnement du capitalisme démocratique devraient être préservées du marchandage démocratique.

En termes plus crus, en limitant certains biens et certains services à proposer sur le marché politique, il est possible de réduire la capacité de nuisance d’un personnel politique médiocre. Sanctuariser la propriété et la justice par le droit hors « législation » mettrait au second plan les problèmes liés à la professionnalisation de la vie politique démocratique. Nos politiciens ne seraient sans doute pas bien meilleurs, mais nos vies seraient mieux protégées de leurs erreurs et de leurs bêtises.

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