
ARTICLE – Dette : «Les Grecs de l’antiquité avaient trouvé une excellente manière de taxer les milliardaires»
Ouest-France Publié le 04/09/2025
Courrier des lectrices et des lecteurs. « Dans la cité antique d’Athènes, les citoyens les plus fortunés entraient en compétition entre eux pour leur honneur et pour la puissance de la cité. Pas comme nos malheureux milliardaires, qui vont se plaindre dans le giron de Donald Trump que la France les persécute… »
André Lucas (Calvados) propose une solution inspirée de la Grèce antique face au problème de la dette en France :
« Où trouver les 44 milliards d’euros qui manquent cruellement dans les caisses de l’État ? Et si l’on s’inspirait de la démocratie athénienne du siècle de Périclès (homme d’État athénien ayant vécu au Ve siècle avant J.-C.) ? Pour contraindre les très riches à contribuer au bien public, les Athéniens avaient imaginé un système astucieux : la liturgie (rien à voir avec la religion).
Pour assumer les lourdes dépenses liées à la défense, à la culture, etc., un collège de magistrats désignait chaque année un riche citoyen pour prendre en charge financièrement un « service public ».
Il s’agissait par exemple d’équiper une trière (bateau de guerre avec son équipage), de financer une chorégie (mise en scène d’une trilogie comprenant le financement de l’auteur, des acteurs, du chœur, des costumes) ou les Panathéennes (l’équivalent de notre 14 juillet).
« Le citoyen désigné avait deux solutions »
Pour les responsables athéniens, « la richesse personnelle n’est possédée que par délégation de la cité ». Dès qu’un besoin collectif apparaissait, on créait la liturgie ad hoc en désignant le citoyen capable de l’assumer financièrement. Une bonne centaine à l’époque de Démosthène, au IVe siècle avant J.-C..
Le « liturge » désigné, plus ou moins volontaire, avait le choix entre deux solutions : accepter cette charge qui lui conférait un prestige considérable auprès de ses concitoyens, la victoire au concours des chorégies étant la plus prisée ; ou bien refuser, mais dans ce cas, il lui incombait de proposer le nom d’un collègue « milliardaire » comme lui, avec la procédure de « l’antidosis », à savoir l’échange des fortunes. En un mois de procès, l’affaire était tranchée. Autant dire que l’antidosis était rare.
« Rêvons un instant »
Bon gré, mal gré, les milliardaires de l’époque entraient en compétition entre eux pour leur honneur et pour la puissance de la cité. Pas comme nos malheureux milliardaires, qui vont se plaindre dans le giron de Donald Trumpque la France les persécute, les opprime, les presse comme des citrons !
Rêvons un instant que les quarante plus grosses fortunes de France soient désignées liturges « à l’insu de leur plein gré », qui de l’Éducation nationale, qui de la Santé, qui de la Justice, qui de la Défense, en donnant un milliard à l’État, sauf à préférer la redoutable et hasardeuse antidosis. Et voilà le déficit de la France comblé. Selon l’usage à Athènes, on pourra même décerner une couronne de lauriers, voire dresser une statue à notre Premier ministre, par ailleurs éminent helléniste. »