
160 ministres auront été choisis puis lâchés – ou recasés – par Macron au sein de 8 gouvernements
Un autre titulaire de la fonction présidentielle aura t il été autant critiqué pour sa gouvernance ? les critiques sont légion et les ministres peinent à cacher leur colère.
RAPPEL DES DÉCLARATIONS D’EX FUTURS MINISTRES
Édouard Philippe : Macron, « celui qui n’assume rien mais promet tout »
Pendant la campagne présidentielle, Édouard Philippe a tenu une chronique dans Libération dans laquelle il a à plusieurs reprises égratigné celui qui l’a nommé Premier ministre lundi : Emmanuel Macron, écrivait-il en janvier, « se présente en tribun adepte d’un populisme désinvolte », qui « n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ». « De quoi restera-t-il le nom ? » s’interrogeait-il.
« D’une révolution manquée ou d’une victoire éclair ? D’une trahison misérable ou d’une ambition démesurée ? » En février, il se moquait cette fois des attitudes christiques de Macron, même si, disait-il, « il aurait tort de se gêner ». « Il marche sur l’eau en ce moment. Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole […] Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. »
Bayrou : Macron, « ça ne marchera pas »
Le dirigeant d’En marche !, candidat à l’élection présidentielle ? « Ça ne marchera pas », assurait le nouveau ministre de la Justice en septembre. « Derrière cet hologramme, il y a une tentative, qui a déjà été faite plusieurs fois, de très grands intérêts financiers et autres qui ne se contentent plus d’avoir le pouvoir économique, ils veulent avoir le pouvoir politique ! » disait François Bayrou, qui a régulièrement épinglé Emmanuel Macron pour sa proximité supposée avec « le monde de l’argent ».
Le Maire : Macron, un candidat « sans projet » car « sans convictions »
Le nouveau ministre de l’Économie n’a mis que quelques minutes à changer sa biographie sur Twitter après sa nomination. Sur le réseau social, il a plusieurs fois attaqué Emmanuel Macron : après la polémique déclenchée par les propos du chef de l’État sur la colonisation en février, il tweetait : « Macron a commis une faute politique contre la France et contre les Français. Qu’il s’excuse devant tous ceux qu’il a blessés ! » « Emmanuel Macron est le candidat sans projet car c’est le candidat sans convictions : il change de discours suivant l’auditoire », disait-il aussi, reprenant sur Twitter des propos tenus lors d’une émission politique. En novembre, il disait déjà n’avoir « rien trouvé de très surprenant ou novateur » dans ses idées.
Hulot : Macron, un « vote de raison » mais pas « un chèque en blanc »
Le nouveau ministre de la Transition énergétique avait appelé à voter Macron « contre Marine Le Pen » dans une tribune publiée pendant l’entre-deux-tours de la présidentielle. Un vote « de raison et de responsabilité », mais « en aucun cas » un « chèque en blanc et encore moins “une adhésion sans réserve à votre projet”, avait-il prévenu. “Un modèle qui semble préférer le libre-échange au juste échange, la croissance à la prospérité, l’écologie saupoudrée ici et là à l’écologie intégrale”, écrivait-il.
Darmanin : Macron sera le “poison définitif” d’un “pays malade”
“M. Macron n’aura pas de majorité […] Loin d’être le remède d’un pays malade, il sera au contraire son poison définitif”, écrivait le nouveau ministre de l’Action et des Comptes publics dans une tribune publiée en janvier. Son élection, estimait-il, “précipiterait la France dans l’instabilité institutionnelle et conduirait à l’éclatement de notre vie politique. Alors dans ce vide, le populisme le plus abject arrivera, celui de Mme Le Pen”, disait-il aussi, après avoir décrit le “populisme light” d’Emmanuel Macron : “Un populisme chic, avec un beau sourire, de beaux costumes, une belle histoire.” Le qualifiant de “pur produit du système”, il attaquait aussi un candidat qui “ne sort jamais de l’ambiguïté. Il promet tout, finance tout, rembourse tout : les lunettes, les prothèses auditives et les soins dentaires ! C’est Noël avant l’heure”.
« Emmanuel Macron et ses ministres : entre ambigüité et acidité »
TITRAIT L’OPINION QUI POURSUIVAIT :
Emmanuel Macron observe l’équipe Barnier. Sa dent est parfois dure, sa distance par rapport aux affaires gouvernementales à géométrie variable
Antoine Armand, nouveau ministre de l’Economie et des Finances, a récemment déjeuné avec Emmanuel Macron. Il n’était pas encore membre du gouvernement, mais député EPR. Le chef de l’Etat organise régulièrement ces rencontres avec 10 à 15 élus de son camp. Pour entendre leurs souhaits, leurs craintes, pour parler encore de la dissolution – il admet que ce fut violent – et pour faire passer des messages : « Il ne faut pas qu’on oublie notre héritage politique. »
Au fond, il ne connaît pas très bien la plupart des députés. Ni les ministres, y compris ceux de son parti. « Armand, tu le connais ? Qu’est-ce que tu en penses ? », a-t-il demandé à un proche. Même interrogation à propos d’Anne Genetet, ministre de l’Education nationale, pourtant élue depuis 2017….
« Ces anciens ministres d’Emmanuel Macron recasés »
TITRAIENT LES ECHOS QUI POURSUIVAIENT /
Après les nominations ce mercredi d’Amélie de Montchalin en tant qu’ambassadrice auprès de l’OCDE et de Jean Castex à la présidence de la RATP, petit retour sur les recasages des anciens ministres d’Emmanuel Macron.
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« Emmanuel Macron : “Un naufrage”
Manuel Valls critique sévèrement Emmanuel Macron. Et sa colère semble bien plus grande que prévue.
Les tensions continuent de s’accentuer au sommet de l’État. En novembre, Manuel Valls, en colère, a livré un constat sévère sur le second quinquennat d’Emmanuel Macron. Il le qualifie de ‘‘naufrage.’’ Invité sur Radio J, l’ancien Premier ministre a dénoncé une présidence qu’il juge affaiblie par la dissolution et minée par une crise politique ‘‘profondément inquiétante.’’ Un jugement sans détour qui intervient après son départ du ministère des Outre-mer lors du dernier remaniement.
Selon Manuel Valls, la réélection d’Emmanuel Macron en 2022 ‘‘était quand même incroyable.’’ Mais elle n’a pas permis de ‘‘donner sens au deuxième quinquennat.’’ Un mandat qui s’enlise dans l’instabilité et fragilise jusqu’aux institutions elles-mêmes.
Emmanuel Macron : un quinquennat sous tension et une dissolution catastrophique
Pour l’ancien chef du gouvernement, le tournant majeur de ce quinquennat se résume en un mot : la dissolution d’Emmanuel Macron. Selon lui, il s’agit d’une erreur stratégique majeure. ‘Le président paye le prix’’ et ‘‘les institutions et la démocratie le payent aussi.’’ Manuel Valls évoque désormais une véritable ‘‘crise de régime’’.
Le « en même temps » « alimente l’impuissance ».
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau affirmait que le macronisme n’est « ni un mouvement ni une idéologie ». Une déclaration qui a provoqué la colère du parti présidentiel Renaissance et de plusieurs ministres, dont Elisabeth Borne.
Pour Bruno Retailleau, « le macronisme s’achèvera avec Emmanuel Macron« . Le ministre de l’Intérieur a donné, ce mercredi 23 juillet, une interview au magazine Valeurs actuelles. Dans ce long entretien, celui qui a été élu président des Républicains en mai dernier formule une virulente critique du macronisme, qui n’est selon lui « ni un mouvement politique ni une idéologie » car il « repose essentiellement sur un homme« .
Bruno Retailleau ajoute qu’il « ne croit pas au ‘en même temps« » car celui-ci « alimente l’impuissance« . « Ma présence au gouvernement n’est pas une adhésion au macronisme« , a encore déclaré le ministre.
Emmanuel Macron “cassant” et “méprisant” : ses ministres n’en peuvent plus
TITRAIT FEMME ACTUELLE QUI POURSUIVAIT :
Dans Le Point, en kiosque jeudi 20 février 2020, de nombreux ministres et collaborateurs d’Emmanuel Macron déplorent l’ambiance et le manque de confiance entre le Président et ses élus. Par Claire Frayssinet,
Emmanuel Macron commencerait-il à avoir “tous les symptômes de Sarko” ? C’est ce qu’affirme un membre du ministère au Point jeudi 20 février 2020. “Il méprise les gens, il les toise de son intelligence » ou encore “les ministres disent de lui qu’il se caresse devant les miroirs », peut-on lire. Pour la première fois depuis son élection, le président de la République ne trouve plus grâce aux yeux de ses ministres. Lassés de son attitude “cassante”, de voir qu’il “prend rarement la peine de s’exprimer » et de devoir affronter le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, ils n’hésitent plus à hausser le ton. “C’est moi le roi et ce sont mes députés, mes gens », ose même l’imiter le collaborateur d’un autre ministre auprès de nos confrères. Si les critiques fusent dans les arcanes du pouvoir, les noms d’oiseaux “volent et où certains sont affublés d’un petit nom désobligeant ». La cause de cette ambiance pesante : la réforme des retraites. Ami du président de la République, Jean-Marc Borello explique : “À Matignon, ils ne savent pas manager. Si vous prenez des gens brillants et que vous les faites travailler sans coordination, il y a forcément des couacs”.
Entre le président et ses ministres, il n’y a plus de confiance
Selon lui : “On les a épuisés : tous travaillent comme des fous. Il faut prendre du temps pour travailler ensemble, réfléchir, prendre un verre… Se parler. » Après les nombreuses révoltes des Français, les membres du gouvernement auraient même l’impression d’être seuls face à la gronde générale. Impossible pour eux de trouver du soutien auprès du chef de l’Etat, rapporte une autre source : “Ni le Président ni le Premier ministre n’a confiance en eux. Ils ne leur envoient jamais de texto pour dire : ‘Tu as bien défendu ton texte’. Personne ne se sent aidé, soutenu, porté… » Résultat : les ministres savent qu’ils risquent de subir un sacré revers lors des prochaines élections municipales. Reste à savoir s’ils le feront payer à Emmanuel Macron en se désolidarisant de lui. L’époux de Brigitte Macron va-t-il devoir faire face à un remaniement ministériel ? Alors qu’il semble déjà viser l’élection présidentielle de 2022, jamais un président n’aura autant fait face aux démissions successives de ses ministres. Le reste de son mandat s’annonce bien compliqué.
« Je croyais qu’Emmanuel Macron était mon meilleur ami. Finalement, j’étais peut-être le dernier des naïfs. » GERARD COLOMB
DECLARAIT GERARD COLOMB AU POINT :
« Je croyais qu’Emmanuel Macron était mon meilleur ami. Finalement, j’étais peut-être le dernier des naïfs. » Il nous avait donné rendez-vous dans un bouchon lyonnais, le 24 novembre 2021. Depuis son départ de la place Beauvau, Gérard Collomb fuyait plutôt les médias mais il avait accepté, ce jour-là, de revenir longuement sur ses relations avec le président de la République et sur l’action qui avait été la sienne au ministère de l’Intérieur.
C’est l’histoire d’un rendez-vous manqué, d’une désillusion comme la politique en provoque trop souvent. Quand il arrive à l’Elysée, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron se souvient encore de ce qu’il doit au maire de Lyon. Lors de la passation de pouvoir, il confie à François Hollande : « Je lui dois tout. » Gérard Collomb a recueilli pour le candidat des parrainages par dizaines, il a tenté de calmer certaines de ses ardeurs ou de ses envolées lyriques – désapprouvant par exemple le choix du titre Révolution pour le livre que publie le futur président -, il l’a dissuadé pendant la campagne de proposer la dépénalisation de la consommation de certaines drogues. Il est l’incarnation du vieux monde face à celui qui croit qu’avec lui va survenir le nouveau monde.
A table, ce jour-là, Gérard Collomb se souvient comment sa vie a basculé, le début des ennuis qui iront jusqu’à lui faire perdre son bien le plus précieux, la mairie de Lyon. Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne, et encore moins de la place Bellecour à la place Beauvau. « Gérard, qu’est-ce que tu veux, ministre ou le parti ? » C’est demandé façon Macron, entre deux portes et entre deux tours, ceux de la présidentielle. Lui le décentralisateur ne répond rien, il s’attend que lui soit proposé bientôt l’un de ces ministères de la Ville ou de l’Aménagement du territoire qui font le bonheur des grands élus locaux. La question d’Emmanuel Macron n’en était évidemment pas une, quelques jours plus tard, l’interrogation est devenue ordre : « Gérard, il faut que tu sois ministre de l’Intérieur. »
Le voici ministre d’Etat, tout en haut du tableau gouvernemental, juste derrière le Premier ministre. Gérard Collomb saute dans le vide. En cette époque, les macronistes de gauche sont encore légion, d’ailleurs il en est, mais pas de cette gauche-là qui conduit certains à avoir des pudeurs de gazelle dès qu’il s’agit de sécurité ou d’immigration. Du coup il est moqué, ou alors il fait sourire lorsqu’il répond Lyon, quel que soit le sujet.
Fini de rire : il a maille à partir avec le groupe macroniste à l’Assemblée nationale lorsqu’il lui fait avaler la loi Silt (sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme)alors que beaucoup, les doux rêveurs, étaient arrivés au Palais Bourbon persuadés que l’état d’urgence en vigueur depuis les attentats de 2015 était digne du monde d’avant. Et ce n’est rien par rapport au tremblement de terre que provoque la loi asile et immigration, traumatisme encore bien présent dans tous les esprits au moment où Gérald Darmanin avance avec son texte. Bien sûr, jamais Emmanuel Macron ne le désavoue publiquement, mais ce président peut dire blanc et faire noir, ou l’inverse, ou les deux « en même temps ».
Pire, il a ses zones grises. En juillet 2018, Le Monde révèle l’affaire Benalla, du nom de ce chargé de mission qui à l’Elysée se mêlait souvent de ce qui ne le regardait pas, par exemple le maintien de l’ordre lors des manifestations du 1er mai. Imaginez Gérard Collomb, l’homme le mieux informé de France selon la légende qui colle à la peau de tout ministre de l’Intérieur, et cette fois le macroniste le moins au courant des turpitudes d’Alexandre Benalla.
Quatre fois, il est tenté de démissionner
Entre le président et son ministre d’Etat, il y a désormais plus qu’une feuille de papier à cigarette, il y a un exemplaire de L’Express. Celui du 19 septembre 2018, dans lequel Gérard Collomb annonce qu’il sera candidat aux municipales de mars 2020. Et qu’il quittera son poste un an avant. Bazar au sommet de l’Etat, il va vite plier les gaules.
L’histoire est étourdie. La fameuse phrase qu’il lâche au moment de son départ – « Aujourd’hui, on vit côte à côte […], je crains que demain, on vive face à face » – et qui est beaucoup citée depuis sa mort samedi soir, il l’avait déjà utilisée en 2015, dans un congrès du PS – mais qui l’avait entendu, qui s’en était souvenu ?
Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois même, il avait menacé de claquer la porte. Emmanuel Macron l’avait toujours retenu mais à chaque fois davantage Gérard Collomb se rendait compte qu’il n’avait pas l’influence qu’il escomptait sur le président. Et que la majorité présidentielle n’avait pas trouvé son unité sur les sujets régaliens qui le préoccupaient de plus en plus.
Quelques jours avant notre échange, Gérard Collomb avait croisé le chef de l’Etat à Lyon, pour le salon international de la restauration. Jamais chiche en mots d’amour, ce président. Sauf qu’il n’y a plus de preuve, seulement le poison du doute. « Moi, je l’ai trouvé bien, mais au bout d’un moment, vous ne savez pas ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. » Et si Gérard Collomb avait, ce disant, dressé le plus acéré portrait d’Emmanuel Macron ?
ARTICLE – Double discours et manipulations : les anciens ministres d’Emmanuel Macron se confient sur leur passage au gouvernement
Par Carl Meeus, pour Le Figaro Magazine
Dans leurs derniers livres, Bruno Le Maire et Gabriel Attal racontent comment le président de la République n’a pas joué franc-jeu avec eux.
Emmanuel Macron ? Ce sont ses anciens ministres qui en parlent le mieux. On connaissait la complexité du personnage, mais, dans leurs derniers livres, Bruno Le Maire et Gabriel Attal brossent un portrait plus sombre du président de la République. Ses défenseurs y verront la posture d’hommes aux ambitions présidentielles qui cherchent à s’éloigner de celui qui les a nommés ministre de l’Économie et premier ministre.
Peut-être, mais leurs témoignages rejoignent ceux de Jean-Michel Blanquer et d’Élisabeth Borne, qui montraient déjà un Emmanuel Macron qui, selon son ancien ministre de l’Éducation, « ne déteste pas les coups tordus, aime écouter les conseillers du soir plutôt que les ministres du jour et se crée à lui-même des problèmes qui seraient évitables. D’une certaine façon, il réussit souvent ce qu’il y a de plus difficile et rate des choses assez simples. Il peut accomplir une prouesse et aussitôt la gâcher par une phrase ou une posture. »
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